Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, sur le plan de modernisation du Maintien en condition opérationnelle aéronautique, sur la base aérienne 105 d'Evreux-Fauville le 11 décembre 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, sur le plan de modernisation du Maintien en condition opérationnelle aéronautique, sur la base aérienne 105 d'Evreux-Fauville le 11 décembre 2017.

Personnalité, fonction : PARLY Florence .

FRANCE. Ministre des armées

ti :
Messieurs les chefs d'état-major, monsieur le major général des armées,
Mesdames et Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et messieurs les personnels militaires et civils de la base aérienne 105 « Commandant Viot » et du ministère des armées,
Mesdames et messieurs les présidents et directeurs généraux de sociétés,
Mesdames et messieurs,


C'est ici, sur la base aérienne d'Evreux-Fauville, au coeur de notre défense aérienne, sur ces pistes et dans ses hangars, synonymes pour toutes nos armées du transport aérien, que j'ai souhaité venir vous parler.

Vous êtes, chacun, une facette de nos armées. Vos métiers sont différents, vos actions parfois peu connues mais vous êtes tous les combattants de la France. Militaire ou civil ; soldat, ingénieur ou ouvrier, chacun de vos gestes compte. Venir à votre rencontre, vous parler directement, c'est une respiration pour moi. C'est un moment privilégié, fort, riche, qui me permet de vous connaître et de vous parler sans intermédiaire, sans déformation.

Venir ici, à Evreux, c'est aussi venir aux confins de nos armées, de nos savoirs, de nos technologies. Nous sommes sur une base aérienne, mais qui oserait cantonner le milieu aéronautique à l'armée de l'air ? Les chefs militaires de nos trois armées sont présents à mes côtés aujourd'hui, pensez-vous que ce soit anodin ? Non. Votre travail, votre engagement, se fait aux services de toutes nos armées. Il se fait au service de nos avions, de nos hélicoptères, de nos drones maintenant, sans regarder leur arme ou leur théâtre d'opération. Toutes nos armées doivent savoir dompter les airs et c'est grâce à vous qu'elles y parviennent.

Venir à Evreux, c'est donc venir aussi vous exprimer la reconnaissance de toutes nos forces et de toutes nos armées.

Souffrir de la main de l'ennemi, cela peut être le sort de la guerre. Souffrir des avaries de sa propre technique, ce n'est le sort de rien, c'est inadmissible.

Votre mission est donc centrale, précise, minutieuse. Et c'est grâce à votre vigilance, à votre savoir-faire que demain, comme chaque jour, en toute sérénité, des pilotes voleront, des parachutistes embarqueront et nos armes vaincront.

Le Maintien en Condition Opérationnelle, c'est notre capacité à agir. Le MCO, c'est l'assurance que l'effort financier, technique, humain, considérable, auquel nous consentons tous, est bien employé. Le MCO, c'est notre souveraineté.

Venir sur la base aérienne 105, c'est venir près de nos Transall. C'est aussi venir, au plus près de ce qui montre l'impérieuse urgence de réformer notre MCO aéronautique. Les Transall sont des aéronefs anciens, peut-être, mais très performants. Ils sont le fruit d'une collaboration fructueuse entre la France et l'Allemagne et sont plus que jamais nécessaires pour accomplir nos contrats opérationnels. Au Sahel, par exemple, ils sont très employés et très nécessaires. Pourtant, en 2017, seuls 30% d'entre eux sont disponibles.

Voilà la difficulté actuelle de notre soutien : des savoir-faire immenses, des femmes et des hommes de qualité, des techniques perfectionnées, des besoins considérables, des moyens conséquents et, au final, 30% de disponibilité.

Cette situation n'est pas tenable, j'en ai donc fait une priorité personnelle. Avec l'appui du Premier Ministre et, pour ne pas vous mentir, une attention toute particulière du Président de la République, j'ai décidé de m'emparer du MCO aéronautique et de tout faire pour tenter de le guérir, enfin.

Je m'engage personnellement mais c'est collectivement que nous sommes attendus. Combien de propositions ? d'articles ? de passes d'armes ? Combien de mètres de papiers et d'heures de palabres ont été consacrés au MCO ? Chacun, industriel, corps de contrôle, parlementaires… est allé de son constat, de sa critique, de son commentaire. Le MCO aéronautique suscite l'intérêt, c'est certain. Il suscite l'imagination, aussi, sans aucun doute, puisque depuis 2011, plus de 300 recommandations de haut niveau ont été faites. Mais il était temps que le MCO aéronautique suscite l'action.

Ce temps est arrivé.

En me penchant sur le MCO aéronautique, une première chose m'a frappée. Il est un point sur lequel je n'ai besoin de nul rapport pour me forger une opinion: c'est l'immense qualité des personnels qui au quotidien, au sein du ministère des armées et chez nos industriels, entretiennent nos aéronefs. J'ai pu encore le constater ce matin, à votre contact sur les plots de maintenance de nos Transall C-160 et de nos Casa CN-235. Votre tâche est noble et vous l'accomplissez avec talent, rigueur, devoir.

Et j'ai la conviction que les résultats contrastés de la disponibilité de nos flottes, ne vous sont en rien imputables. La responsabilité, je vous le dis, elle nous appartient à nous : les décideurs, les responsables qui avons mis en place un système qui bride la performance et vous empêche de récolter les félicitations que vous méritez. J'y reviendrai.

Il me fallait un état des lieux complet, objectif et intransigeant de la situation. J'ai décidé de lancer en septembre dernier une mission d'audit stratégique sur le MCO aéronautique. Je l'ai confiée à Christian Chabbert, expert incontestable et reconnu dans le monde de l'aéronautique, expert aujourd'hui extérieur au ministère. Je tiens à le remercier pour le travail remarquable qu'il a mené. Je dois dire que je suis honorée de diriger un ministère capable de produire de tels professionnels qui, même après avoir « posé la casquette », continuent de se distinguer par un sens aigu de l'Etat et de l'intérêt général.

Et c'est aujourd'hui sur les fondements des conclusions indépendantes proposées par Christian Chabbert, après plus de 80 auditions des principaux acteurs du MCO, que je viens vous annoncer les décisions que j'ai prises.

Mais avant d'en venir à ces conclusions, j'aimerais partager avec vous un constat clair. Déplaisant mais inévitable : malgré les efforts certains de tous les acteurs, efforts que je reconnais et que je salue, la performance du maintien en condition opérationnelle aéronautique est insuffisante.

En premier lieu, la disponibilité des flottes d'aéronefs demeure trop faible : globalement, elle est inférieure à 50%, c'est-à-dire que moins d'un aéronef sur deux est en mesure d'effectuer la mission pour laquelle il a été conçu et acheté, souvent cher.

Elle stagne sans s'améliorer depuis plusieurs années : la disponibilité était de 44% en 2012, elle est encore de 44% aujourd'hui. Elle était de 55% lorsque la SIMMAD a été créée en 2000.

Pourtant les ressources qui sont consacrées à l'entretien et à la logistique aéronautique augmentent année après année : nous sommes passés de 3,2 milliards d'euros en 2012 à plus de 4 milliards en 2017, soit une augmentation de 25% en 5 ans!

Loin d'augmenter la disponibilité, cet accroissement des ressources n'aboutit dans certains cas qu'à une inflation du coût des heures de vol.

C'est le cas pour des flottes récentes comme les hélicoptères Caracal, dont le coût de l'heure de vol est passé de près de 19.000 euros en 2012 à 34.000 euros en 2016, soit une augmentation de 81 %, pour une activité stable et une disponibilité amputée d'un cinquième.

C'est encore le cas pour des flottes plus anciennes, comme par exemple le C130, puisque le coût d'une heure de vol est passé de près de 6.000 euros en 2012 à 15.000 euros en 2016, soit une augmentation de 150%, pour un parc identique et alors que sur la même période, l'activité et la disponibilité ont toutes les deux baissé de plus de 40%.

Payer plus pour voler moins : ce n'est pas précisément une situation à laquelle je me résous.

Pour certains aéronefs des trois milieux, la disponibilité est devenue critique : c'est, par exemple, le cas des hélicoptères des trois armées, des avions de patrouille maritime, des avions de transport. Dans ces cas, moins d'un appareil sur quatre est capable de voler.

Lequel d'entre nous, pour son usage personnel, accepterait de devoir acquérir quatre voitures pour disposer de la certitude de pouvoir en conduire une, mais pas davantage, en payant de plus en plus cher son garagiste ? Pourquoi se satisfaire pour l'Etat d'une situation que chacun jugerait choquante si elle lui était personnelle ? Est-il acceptable de réaliser plus de 3,5 milliards environ d'acquisitions neuves dans le domaine aéronautique pour n'en obtenir qu'une aussi faible disponibilité ?

Cette situation n'est donc plus tolérable ; et elle nous préoccupe tous d'autant plus que les engagements de la France sur les théâtres d'opérations extérieures sont importants, tant en nombre qu'en intensité. Même si la disponibilité des aéronefs en opérations est assurée à un bon niveau, moins d'aéronefs en ligne, c'est une mission opérationnelle qui doit être abandonnée, c'est un équipage qui ne s'entraîne pas, ce sont des pilotes qui perdent leurs qualifications. Dans un environnement contraint, augmenter notre disponibilité est la seule voie possible pour améliorer nos capacités opérationnelles, bien davantage que de se lancer dans une illusoire et onéreuse augmentation de parc.

Ensuite, cette faible disponibilité crée une situation insoutenable dans la durée pour les armées. Elle les empêche de réaliser l'entraînement et la formation nécessaires, de régénérer le potentiel des machines. Elle sur-sollicite les équipages et les mécaniciens.

Au regard de votre remarquable engagement actuel sur tous les théâtres d'opérations, il me paraît essentiel de prendre des mesures qui permettent d'inscrire votre action dans la durée. On ne peut pas se féliciter d'avoir une des plus belles armes aériennes du monde, une des plus efficaces et des plus crédibles opérationnellement, si décisive dans les batailles que nous livrons – c'est un constat partagé au-delà de notre hexagone que j'ai pu mesurer lors de mes déplacements - et ne pas faire tout ce qu'il faut pour maintenir son rang.

Pour maintenir son rang, il faudra, j'en suis pleinement consciente, acquérir de nouvelles capacités. La protection des français, passe nécessairement par cet investissement. C'est la réflexion que nous accomplissons dans le cadre de la LPM : son élaboration est un travail toujours en cours, mais je peux d'ores et déjà annoncer l'arrivée des MRTT à Istres, le renforcement des capacités de renseignement avec le REAPER, qui jouera un rôle central, ou encore le développement de moyens ISR.

Il faudra évidement de nouveaux armements et des modes diversifiés d'emploi. C'est le choix que j'ai fait en décidant l'armement de nos drones de surveillance. Il faudra aussi se prémunir des menaces en développant les nouveaux standards qui permettront de garantir notre liberté d'action dans les espaces aériens. A plus long terme, c'est le défi du futur système de combat aérien que nous devons relever. Ce sont les enjeux de l'innovation et de la haute technologie. Vous connaissez mon attachement à ces nouvelles dynamiques. Les aviateurs y sont en première ligne.

Mais pour maintenir son rang, il faut avant tout améliorer son activité, comme me le recommande le général Lanata. Et le renforcement capacitaire, auquel nous aspirons tous, n'aura de sens que si nous savons, collectivement, répondre de façon stable et durable au défi du maintien en condition opérationnelle de nos capacités.

Comme je l'ai déjà dit, il est vrai qu'aujourd'hui, en opérations extérieures, le taux de disponibilité est très bon. Cela tient pour une large part à l'implication exceptionnelle de nos personnels qui y sont déployés et auxquels je souhaite rendre hommage, en même temps que les remercier. Cela tient aussi au travail des acteurs des structures de MCO qui ont, dans le contexte de forte tension d'engagement opérationnel que nous connaissons, pris les mesures immédiates pour faire monter la disponibilité moyenne des flottes engagées.

Car ce qu'ils font est remarquable, dans un contexte souvent difficile, comme il peut l'être à Gao au Mali dans le cadre de l'opération Barkhane, sur notre base avancée projetée H5 au profit de l'opération Chammal, ou à bord de nos bâtiments de guerre loin de métropole. Nous demandons beaucoup à nos personnels, c'est-à-dire à vous tous, sans toujours mettre à votre disposition un cadre et une organisation adaptés.

Mais je n'oublie pas que cette très bonne disponibilité en opérations a un prix, celui d'une indisponibilité trop élevée, au quotidien, sur nos bases métropolitaines, qui vous empêche de reprendre votre souffle et de récupérer vos forces. Nous sommes, en quelque sorte, dans la situation du coureur de fond incapable de s'alimenter au point de ravitaillement.

Nous ne pouvons pas nous permettre de brûler notre capital de façon irrémédiable. Ce risque de surchauffe maintenant identifié, il nous faut le maîtriser. C'est mon objectif.

Enfin, à l'heure où nous bâtissons la loi de programmation militaire, qui décidera du format des armées et de leur niveau d'activité, il faut regagner des marges de manoeuvre, en améliorant singulièrement la disponibilité de nos appareils.

Je connais votre engagement pour rendre disponibles les aéronefs dont vous êtes en charge. Vous avez la chance d'avoir un métier qui vous permet de satisfaire votre passion aéronautique, et vous vous battez tous les jours pour que nos avions, nos hélicoptères, nos drones puissent voler et partir en mission.

Vous donnez tant pour nos forces et notre défense. Nous vous devons en retour un système simplifié, unifié, lisible - dans ses responsabilités et sa gouvernance. Le système dans lequel vous évoluez aujourd'hui est trop complexe, trop segmenté, il implique trop d'acteurs, leurs responsabilités sont trop diluées, trop redondantes.

Certes, le MCO aéronautique est une fonction complexe ; Certes, les difficultés du Caracal ne sont ainsi pas celles de l'A400M ni de l'Atlantique 2 et chaque flotte d'aéronefs a ses particularités ; Certes, nous avons sans doute prolongé au-delà du raisonnable certaines flottes déjà anciennes. Cependant, cette évidence ne doit pas nous empêcher de considérer le problème dans sa globalité, car c'est toute notre organisation qui doit davantage vous aider dans la conquête quotidienne d'une meilleure disponibilité.

Face à cette complexité, votre intelligence collective a été remarquable, mais elle ne peut pas faire de miracle. Je vous le dis nettement, nous ne sommes pas encore à la hauteur, ni des enjeux, ni de votre engagement.


La mission conduite par Christian Chabbert a montré que cette situation n'est pas inéluctable. Elle peut, au contraire, et elle doit donc, être redressée. Et ce n'est pas qu'une question de moyens. Les moyens sont là, dans les domaines financiers, techniques et humains, ces moyens ont augmenté, mais ils demeurent insuffisamment exploités par des façons de faire et une organisation interne en partie inadaptées et qu'il faut donc réformer. Une organisation plus performante et plus opérationnelle doit permettre de davantage relayer les actions volontaires de ceux qui ont aujourd'hui la responsabilité de faire voler nos appareils.

Certes j'attends de vous des résultats, mais je demande aussi des industriels à la hauteur de votre engagement et des besoins que vous exprimez. Mon exigence sera la même pour tous, car le MCO est une comme une chaîne, dont la résistance dépend de chaque maillon.


La situation préoccupante que j'ai décrite appelle donc une réforme ambitieuse du MCO aéronautique. Cette réforme sera menée selon deux axes principaux, qui sont pour moi stratégiques et complémentaires : il s'agit des questions liées à la gouvernance et à la maîtrise d'ouvrage étatique, et à la coordination entre les armées et les industriels.

J'ai dit « ambitieuse ». Nous devons nous fixer des objectifs qui ne sont pas la simple et prudente transcription de « l'atteignable ». Il nous faut savoir aller au-delà pour atteindre ce qui est vraiment « nécessaire » pour nos forces et les opérations qu'elles mènent. Et certaines de mes décisions vont au-delà des recommandations faites par Christian Chabbert.

Le premier point concerne la gouvernance du MCO aéronautique

L'objectif de cette gouvernance, c'est de décider d'une stratégie puis de la mettre en oeuvre.

Nous devons abandonner la démarche trop consensuelle qui est aujourd'hui la nôtre : elle favorise trop souvent le statu quo et disperse les responsabilités. Elle nous empêche d'appréhender les difficultés, et donc de les résoudre.

Une démarche réellement exécutive doit être résolument mise en oeuvre, sous l'autorité du chef d'état-major des armées. Celui-ci fixera en lien avec les chefs d'état-major de l'armée de l'air, de l'armée de terre et de la marine, les objectifs de haut niveau, tels que l'activité, la disponibilité, les budgets et les ressources humaines allouées. C'est, je crois, le meilleur moyen pour instruire la cohérence entre les objectifs des armées et les ressources qu'elles y consacrent, décider des harmonisations interarmées, et enfin préparer les arbitrages de mon niveau lorsqu'ils sont nécessaires. Les chefs d'états-majors de l'armée de l'air, de l'armée de terre et de la marine seront bien sûr au coeur de cette démarche stratégique, en tant que prescripteurs de l'activité de leurs flottes, avec les crédits et les ressources humaines qui leur sont confiés.

Pour établir une stratégie en matière de MCO, la mettre en oeuvre, et in fine rendre nos aéronefs disponibles, nous nous appuyons aujourd'hui sur une maîtrise d'ouvrage assurée par la SIMMAD. La SIMMAD réalise un travail difficile, complexe, et assume avec abnégation et valeur l'entretien de nos nombreuses flottes, certaines vieillissantes. Je salue l'investissement du général Philippe Roos, directeur depuis 2016 de la SIMMAD, mais aussi la valeur de ses personnels, entièrement dévoués à leur tâche.

Je crois aujourd'hui que notre maîtrise d'ouvrage étatique conduit de trop nombreuses activités, ce qui l'amène à devoir prendre trop de décisions, de trop bas niveau, dans trop de domaines : par exemple pour les rechanges, les mouvements de matériel, la gestion des aléas mineurs. Trop souvent, elle agit en coupure sur des processus qu'elle ne pilote pas et sans réelle plus-value. Elle doit donc être recentrée sur un nombre restreint d'activités, mais à plus forte valeur ajoutée. Les interfaces inutiles doivent être supprimées.

Le rôle de notre maîtrise d'ouvrage étatique est de rendre les aéronefs disponibles. Je souhaite donc qu'elle soit désormais entièrement tournée vers l'obtention de la performance attendue. Cela suppose qu'elle se concentre sur l'élaboration de la stratégie du MCO aéronautique, et notamment sa stratégie contractuelle, et sur le pilotage de haut niveau des contrats de maintenance.

J'ai donc décidé de transformer la SIMMAD en une Direction de la Maintenance Aéronautique. Cette direction, effective au 1er mars 2018, sera placée sous l'autorité directe du chef d'Etat-major des Armées, et elle sera responsable de la performance du MCO aéronautique. Dans ce cadre, la stratégie élaborée par la DMAé sera validée par le CEMA. La DGA, chargée de veiller au maintien et au développement des capacités technologiques et industrielles nécessaires à la défense, continuera à contribuer à l'élaboration de cette stratégie de soutien. Elle la déclinera en particulier au moment de l'acquisition d'un nouveau matériel, à travers un contrat qui inclura le soutien dans les premières années d'utilisation. La conception de nos équipements neufs doit désormais être systématiquement pensée en intégrant leur future maintenance, dont les coûts excèdent bien souvent le prix d'achat. C'est en coût global qu'il nous faut maintenant absolument raisonner, avant d'engager l'achat de matériel neuf.

Cette maîtrise d'ouvrage rénovée devra porter un effort particulier dans le domaine contractuel : la DMAé généralisera le recours à des contrats de soutien longs et globaux confiés à un maître d'oeuvre principal, et particularisé à chaque flotte. En particulier, la DMAé ne dissociera pas les fonctions logistiques des activités de réparation ou d'entretien. L'industriel doit être responsabilisé de bout en bout, et la DMAé devra se concentrer sur le pilotage de ces contrats rénovés.

Il s'agit finalement d'éviter ce que nous connaissons aujourd'hui pour l'hélicoptère Tigre, dont le maintien en condition opérationnelle relève de 30 contrats différents, que la maîtrise d'ouvrage doit gérer directement.

Ainsi, sur le Tigre comme pour beaucoup d'autres flottes, de très nombreux organismes, étatiques ou privés, sont responsables de la disponibilité d'un aéronef. Chacun de ces organismes m'annonce n'être qu'une partie du problème et n'assume que d'être une partie, la plus petite possible, de la solution. Finalement, lorsque survient une indisponibilité, je ne trouve plus de responsable ! Et, sur le terrain, vous les mécaniciens et les équipages, vous êtes démunis.

C'est précisément ce que je veux maintenant éviter.

Je continuerai également à porter un regard attentif aux PME et aux ETI. C'est pourquoi ces contrats globaux seront assortis d'un plan d'acquisition qui décrira la place faite à ces entreprises réactives et innovantes. Ces plans leur permettront de conserver toute leur place aux côtés des plus grands groupes, en lien avec les autres mesures portées par le ministère dans ce domaine, comme par exemple le lancement le 16 novembre dernier avec BPI France, du fonds d'investissement Definvest.

Si le système de combat aérien de demain reste encore à inventer, je n'ai pas de doute sur le fait que sa conception et son soutien recourront massivement à une industrie 4.0 reposant sur des technologies intelligentes : la numérisation, la robotisation, l'impression 3D, le big data, la fusion de données. Elles révolutionneront, je crois, nos méthodes, et permettront par exemple de développer la maintenance prédictive. La maintenance et la logistique vont donc être révolutionnées à très brève échéance, tout comme le métier de maintenancier. Les PME et les ETI, au coeur de la démarche d'innovation, doivent être à nos côtés et aux côtés des grands groupes, pour nous maintenir à la pointe de l'innovation et de l'excellence.

Pour rénover notre stratégie contractuelle, la DMAé devra disposer de façon stable des compétences de haut niveau qui lui sont nécessaires, sans rester tributaire des aléas des plans annuels de mutation. Un plan de ressources humaines adapté sera donc consolidé avec la DGA et les armées. J'attends en particulier de la DGA, dont l'ADN est la maîtrise d'ouvrage de programmes complexes, qu'elle réalise des efforts particuliers, en mettant à disposition de la DMAé des personnels hautement qualifiés. Je souhaite le dire avec force : le MCO est une tâche aussi noble que la conception d'aéronefs modernes, ou leur pilotage dans la troisième dimension.

Pour préfigurer l'organisation et la stratégie de la nouvelle Direction de la Maintenance Aéronautique, je nommerai très rapidement une équipe projet, qui sera au travail dès le 1er janvier 2018. Cette équipe projet, qui me rendra compte directement, associera l'ensemble des parties prenantes : l'EMA et la DMAé bien sûr, les trois armées, le SIAé, avec le concours des services concernés de la direction générale de l'armement et du secrétariat général pour l'administration.

Quant au système d'information du MCO aéronautique, j'ai donné comme instruction à la DGA de poursuivre l'examen des options alternatives reposant sur des logiciels déjà développés et capables de satisfaire le besoin dans un coût et des délais acceptables.


Le deuxième point a trait à la coordination entre les armées et les industriels

La base d'Evreux a pour parrain le Commandant Jules Viot, dont nous avons célébré au mois d'octobre les 70 ans de la disparition : cet aviateur est mort pour la France dans le ciel de Cao Bang, en 1947. Cet anniversaire nous rappelle, s'il en était besoin, que la finalité des forces est de conduire les opérations et que l'esprit de sacrifice exigé par l'état militaire peut aller jusqu'au sacrifice suprême.

Tout part donc des opérations, et la réforme du MCO devra s'attacher à préserver nos capacités opérationnelles et la sécurité de nos soldats, marins et aviateurs. Aujourd'hui, près de 16.000 personnes, au sein des armées, réalisent des opérations de maintenance sur nos avions et hélicoptères, qu'il s'agisse d'interventions techniques de niveau 1 ou 2. Ces activités permettent aux armées de disposer en leur sein de personnels qualifiés et capables d'agir sur les terrains en opérations et en toute autonomie. Elles sont donc nécessaires pour leur réactivité et leur capacité à durer.

Pour chaque aéronef, l'ensemble des lots de travaux, étatiques ou privés, devra être regroupé pour en faire une suite ordonnée aboutissant à sa disponibilité. Il s'agit donc bien d'assurer la cohérence et l'optimisation d'ensemble des activités de MCO. En outre, le maître d'oeuvre est évidemment le mieux placé pour accéder aux bureaux d'études et appliquer des solutions industrielles de gestion des aléas. Le fonctionnement en plateau, qui regroupe sur un même lieu les industriels et les forces, permettra un meilleur partage des faits techniques et des solutions de réparation. J'entends par ailleurs que sur chaque base hébergeant des activités de MCO aéronautique, soit mis en place un guichet logistique, pour optimiser les flux, en assurant notamment l'échange-standard des pièces nécessitant réparation.

J'ai visité l'été dernier le chantier du porte-avions Charles de Gaulle, en arrêt technique majeur pour 18 mois. J'ai retenu que l'ensemble des parties prenantes aux réparations (les industriels, l'équipage ou les ateliers militaires du Service logistique de la Marine) était placé sous la maîtrise d'oeuvre unique d'un industriel. Cette organisation permet de gérer les risques, les co-activités, de déterminer les chemins critiques, de favoriser le partage du retour d'expérience. Il n'est parfois pas inutile de déporter son regard vers d'autres horizons pour y détecter de bonnes pratiques.

Je soutiens également les initiatives qui vont être lancées dans le domaine de la navigabilité, domaine indispensable à la sécurité des vols, mais qui mérite certainement quelques simplifications et améliorations. L'entretien d'épaisses liasses documentaires, si indispensable soit-il pour assurer la sûreté de nos matériels et la sécurité de nos équipages, ne doit pas verser dans une inflation contre-productive, qui mêlerait le nécessaire et le superflu, au détriment de notre agilité.


Je souhaite maintenant vous présenter mes réflexions sur le SIAé, le service industriel de l'aéronautique.

Je crois profondément en l'utilité de disposer, au service de l'Etat, d'un outil industriel apte à concevoir et effectuer des solutions de réparation innovantes et de haut niveau. D'abord, cet organisme contribue à améliorer la compétence technique des militaires dans les armées, en particulier dans la marine nationale. Je crois que la Marine se félicite, amiral, de voir ses personnels formés par des personnels aussi compétents. Ensuite, disposer d'un organisme industriel public permet d'envoyer ses personnels procéder à des réparations sur le terrain. Par ailleurs, pour les flottes les plus anciennes, lorsque l'intérêt économique qu'elle suscite chez les industriels s'étiole, l'Etat peut s'appuyer sur un établissement capable de les entretenir dans la durée en repoussant les frontières de l'obsolescence. Enfin, posséder dans le secteur public un industriel tel que le SIAé permet de remettre en question dans certains domaines choisis les entreprises privées, qui seraient à défaut placées dans une situation de monopole trop confortable.

J'ai beaucoup de considération pour le SIAé dont je souligne la valeur ; j'apprécie la grande qualité du travail fourni par ses personnels. Même si l'activité de ce service est directement reliée à une responsabilité régalienne, certains considèrent néanmoins qu'une administration n'a pas la capacité de conduire une activité industrielle aussi complexe, et que des adaptations de sa forme juridique doivent être prévues. Sur ce point, je suis à ce stade prudente.

Pour ma part, je considère que les objectifs qui doivent guider notre stratégie pour le SIAé sont d'abord la performance industrielle et économique. Et bien sûr, ces enjeux sont intimement liés à la liberté d'action du SIAé, dans des domaines tels que les achats, les partenariats et les ressources humaines. C'est à cette aune qu'il faut juger de l'opportunité et des modalités d'une éventuelle transformation du SIAé. Les questions juridiques viennent seulement après, s'il est démontré qu'elles apportent véritablement une plus-value pour le SIAé, sans rien remettre en cause des atouts qu'il nous procure déjà. L'opportunité et les modalités d'une telle transformation doivent être étudiées avec grand soin, et il reviendra à l'équipe projet de me rendre un avis d'ici l'été 2018. Le SIAé conservera en toute hypothèse son statut public. Pendant cette période, nous entretiendrons un dialogue très régulier avec les représentants du personnel, que je souhaite immédiatement rassurer : dans tous les cas de figure, le statut des personnels serait évidemment conservé.

En outre, je serai particulièrement attentive à ce que le SIAé continue à être fortement impliqué dans le MCO des programmes militaires modernes, souvent en partenariat avec d'autres maîtres d'oeuvre, et que son carnet de commande soit assuré sur le long terme.


En définitive, sur ces thèmes de la gouvernance et de la maîtrise d'ouvrage étatique, des travaux des forces et du SIAé, je veux supprimer les interfaces inutiles, aligner les travaux dans une logique de performance, accorder des responsabilités globales de bout en bout et sans dilution.

C'est donc un vaste plan d'ensemble de modernisation du MCO Aéronautique qui va être mis en place.

Je le suivrai personnellement. Ses détails me seront proposés par l'équipe projet, qui coordonnera, en lien avec mon cabinet, les différents aspects de cette réforme et provoquera les arbitrages de mon niveau.


Nos partenaires industriels sont nombreux ici aujourd'hui, car je tenais à les associer à cette réforme, et à ce qu'ils soient présents pour cette étape fondatrice. Etre plus exigeants avec nous-mêmes nous permettra de nous montrer plus exigeants avec eux. Des responsabilités clarifiées au sein du ministère des armées avec une organisation alignée sur les objectifs de performance n'offriront plus la possibilité, en cas de retard ou de difficulté, de s'abriter derrière des clauses contractuelles trop protectrices.

Nos partenaires industriels, même s'ils ont pu vous décevoir dans les domaines de la maintenance ou de la logistique, sont de grands industriels : ils l'ont démontré par la conception et la construction d'aéronefs extraordinaires.

Cependant, nous achetons pour voler, pas pour stocker : ni dans des hangars ni sur des parkings.

Il me semble paradoxal que je doive préciser ce qui paraît pourtant évident : « il faut que ça vole », comme on dit dans les escadrons, les flottilles et les régiments.

Pour cela, nous avons besoin d'industriels qui se sentent concernés par la disponibilité des aéronefs qu'ils construisent, et avec lesquels nous puissions discuter des difficultés qui surviennent, avec confiance, dans la reconnaissance de la complémentarité de nos compétences.

Est-ce trop demander ? Mesdames et messieurs les industriels, je vous pose, avec franchise et très directement, cette question.

J'attends maintenant votre réponse. Mais je suis certaine que vous avez compris que le « combat proven » s'entend dorénavant « maintien en condition opérationnelle inclus » et que votre crédibilité réside aussi dans notre capacité à utiliser les matériels que nous avons acquis auprès de vous.

Enfin, en conduisant cette réforme, nous serons à même de démontrer à nos interlocuteurs qu'un euro budgété est un euro pleinement et utilement consacré au MCO aéronautique. Nous n'en serons que plus forts lorsque nous présenterons nos besoins en vue de la prochaine loi de programmation militaire.

La conquête d'une meilleure disponibilité aujourd'hui garantira nos succès opérationnels de demain et la construction, après-demain, d'un outil de défense cohérent et efficace, dans la durée.


Je nous souhaite la réussite la plus complète dans cette réforme aussi ambitieuse que nécessaire. J'ai beaucoup d'attentes car je suis persuadée qu'elle peut améliorer dans la durée nos capacités opérationnelles ainsi que votre activité et votre environnement au quotidien.

Vous l'avez compris, cette réforme dégagera des ressources nouvelles qui, dans un environnement contraint, permettront d'améliorer sensiblement la disponibilité des aéronefs, et donc, par conséquence, de poursuivre durablement les opérations actuelles et d'intervenir partout où l'intérêt et les valeurs de la France l'exigeront.

Agir ou subir. Je crois qu'il est temps de prendre en main notre avenir. Alors, au ministère des armées, et en particulier pour le MCO Aéronautique, agissons, agissons collectivement, sans conservatisme, sans peur des obstacles, et avec détermination. J'ai confiance en vous, et ensemble, nous réussirons.


Vive la République ! Vive la France !


Source http://www.defense.gouv.fr, le 15 décembre 2017

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