Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, sur l'entreprise ArianeGroup spécialisée dans l'espace et la défense, Les Mureaux le 14 décembre 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, sur l'entreprise ArianeGroup spécialisée dans l'espace et la défense, Les Mureaux le 14 décembre 2017.

Personnalité, fonction : PARLY Florence .

FRANCE. Ministre des armées

Circonstances : Visite de l'usine des Mureaux-ArianeGroup, Les Mureaux le 14 décembre 2017

ti :


Monsieur le préfet,
Monsieur le président, cher Jean-Jacques,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le délégué général pour l'armement, cher Joël,
Monsieur le directeur général, cher Alain Charmeau,
Mesdames et messieurs,


Merci, cher Alain Charmeau, pour ces quelques mots. Merci aussi à vous et à chacun, présent ici, de m'avoir si parfaitement accueillie et guidée tout au long de cette visite de l'usine des Mureaux.

Je vais vous faire un aveu : j'attendais cette visite avec impatience. D'abord parce que visiter l'usine des Mureaux, c'est en quelque sorte voir un mythe de ses propres yeux. Dans une vie antérieure, j'occupais des fonctions dans l'industrie du transport et, déjà, dans ces fonctions j'avais entendu parler de l'usine des Mureaux.

Et le moins que je puisse dire, c'est que je n'ai pas été déçue ! L'esprit de conquête, d'innovation, de défi qui anime chacune et chacun entre les murs des Mureaux depuis plus de 100 ans ne vous a pas quittés. Ce que j'ai vu aujourd'hui, c'est le visage de l'excellence technique et de l'exigence industrielle. C'est l'avenir de l'espace, de la place que la France y occupera et l'avenir de notre dissuasion.

Car c'est aussi cela, la force immense d'ArianeGroup : se trouver au confins des enjeux les plus vastes, des plus sensibles aussi, et y exceller.

L'espace a toujours été l'objet de fascinations, d'études, de conquêtes. Mais il est aussi devenu un objet de mouvement, de contrôle et de rivalités.

L'espace se démocratise, son accès y est plus facile, libéralisé avec le lancement programmé d'ici 2025 de plusieurs méga-constellations de microsatellites et même le tourisme s'y développe. Ces changements auront une conséquence très concrète : le nombre d'alertes collision en orbite va se multiplier.

Vous savez tous ici, que cet enjeu n'a rien de dérisoire. Nous devons le maîtriser par la régulation et la mise en place d'une gestion en temps réel du trafic spatial. Aujourd'hui, la France calcule le risque de collisions lors de ses lancements depuis Kourou grâce à des données en grande partie américaine. Nous devons nous doter de notre propre cartographie complète, pour identifier tous les objets en orbite et les détecter en amont afin de dissuader d'éventuels agresseurs.

Car c'est vrai, maîtriser l'espace exo-atmosphérique, c'est non seulement maîtriser les menaces environnementales comme la prolifération des débris et les menaces intentionnelles comme les actions d'espionnage ou de sabotages aux conséquences parfois dramatiques pour nos forces en opérations ou nos concitoyens dans leur quotidien.

La France a toute sa place dans l'espace. Elle doit pouvoir y accéder librement et souverainement. Elle doit relever les défis industriels, de cartographie, de régulation. La France a pleinement conscience des enjeux et sait que, bientôt, disposer d'une base de lancement et d'un lanceur ne sera plus suffisant.

Pour faire de la France, de l'Europe aussi, l'acteur incontournable de l'espace elle sait pouvoir compter sur un acteur de choix : ArianeGroup.

Vous vous êtes emparés du défi de la sécurité spatiale et vous développez un réseau de télescopes automatisés piloté depuis ces murs pour la surveillance de l'orbite géostationnaire.

Ce travail est infiniment prometteur, il offre à la défense des innovations et une aide précieuse pour la surveillance de notre espace ; mais nous pouvons aller plus loin. Il y a près de 20 ans, l'Europe décidait Galileo. Elle a parlé d'une voix et surmonté ses différences, parce que les enjeux le méritaient. Aujourd'hui, c'est pour la construction d'un système de surveillance de l'espace que nous devons parler d'une voix, européenne. Car l'enjeu est trop important, notre souveraineté, notre liberté en dépendent trop. Nous pouvons nous unir et créer, ensemble, à l'échelle européenne, une architecture commune, sur la base de nos compétences opérationnelles et des technologies dont nous disposons ou que nous devons développer.

Une fois encore, la France se doit d'être au rendez-vous. Nous disposons de compétences industrielles appréciées et reconnues. Et pour définir, cet édifice nouveau, ambitieux mais nécessaire, de surveillance de l'espace, nous devons travailler avec nos partenaires européens, particulièrement l'Allemagne.

Nous devrons mettre en réseau les capacités existantes et, ensuite, développer les technologies et les traitements de fusion de données pour identifier, suivre et caractériser les objets d'intérêt sur les différentes orbites.

Pour relever ce défi, le fonds européen de défense et tous ses instruments seront précieux. Ils permettront d'assurer des investissements, leur cohérence, leur efficacité. Ils donneront une voix à l'Europe dans la régulation des future des activités spatiales. Ce fonds, c'est une opportunité rare, celle de donner à l'Europe plus encore et pleinement sa place dans le concert des puissances spatiales.

Nous y parviendrons et je compte sur la direction générale de l'armement, l'état-major des Armées et notamment le Commandement interarmées de l'espace, pour définir une feuille de route en concertation avec nos partenaires européens pour couvrir l'ensemble des besoins de surveillance de l'espace.

Le défi européen, ArianeGroup l'a dans ses gènes. Je pense à Ariane 6 qui est un parfait exemple de notre capacité à nous unir quand les défis l'imposent. Ariane 6, c'est le gage de l'indépendance économique des fabricants de satellites européens et de leurs clients. C'est l'assurance d'un service de lancement fiable, disponible, compétitif. C'est la garantie stratégique que les Etats membres de l'ESA et de l'UE puissent mettre en orbite leurs outils de souveraineté en matière d'observation, de surveillance et de communication sécurisée.

Bien sûr, tout ne se fait pas en un jour. Les négociations sont âpres. Il a fallu trouver des modèles économiques et commerciaux solides et durables pour peser face à une concurrence de plus en plus rude. Il a fallu réorganiser nos activités et gagner en efficacité, je l'ai vu tout au long de ma visite ici.

Notre travail de pédagogie au sein de l'Union continue et je suis venue ici, aussi, pour vous dire que vous pourrez compter sur moi pour être une avocate acharnée d'Ariane 6 partout où cerla sera nécessaire.

Une avocate acharnée, car je crois qu'Ariane 6 est bien plus qu'un projet ambitieux : c'est le fondement d'une stratégie industrielle et d'un long cycle d'innovation qui fera de l'Europe l'aiguillon des technologies de rupture.

C'est à nous de construire les succès à venir. L'innovation n'apparaît pas par magie, c'est un effort continu. La rupture ne se décrète pas, elle se prépare.

La signature aujourd'hui même avec l'ESA du contrat sur Prometheus, le futur moteur européen à la fois peu cher et potentiellement réutilisable, démontre s'il le fallait que l'esprit d'innovation irrigue abondamment les bureaux d'études de l'aérospatiale européenne.

Et j'ai aussi toute confiance en ArianeGroup. Je connais votre qualité, votre professionnalisme, votre détermination. Je sais que vous avez passé un nouveau jalon dans la fabrication d'Ariane 6 avec la qualification des pièces au sol. Je sais votre tâche pour tenir nos engagements sur le calendrier et les performances de la future fusée.

Cette confiance, je vous la dis, bien sûr. Mais vous la vivez aussi, en étant parmi les gardiens de notre dissuasion avec le système d'arme M51.

Notre dissuasion, vous le savez, est plus que jamais nécessaire. L'actualité en Corée du Nord surgit sans doute dans tous nos esprits, mais, plus largement, depuis 2016, c'est toute une activité balistique aussi inédite et qu'intense que nous vivons. Plus de 180 tirs en 2016, la poursuite de la prolifération, la modernisation des arsenaux nucléaires, la multiplication et la montée en puissance des systèmes balistiques…

Si nous ne voulons pas être exposés, nous devons être parfaitement protégés. Et c'est ce que nous offre notamment les missiles M51. Aujourd'hui, les trois SNLE dans le cycle opérationnel assurent la permanence à la mer de ce système d'arme M51, tous les sous-marins de la marine nationale sont équipés de missiles M51 et le M51.2 est opérationnel. Grâce à vous, grâce aux équipes d'ArianeGroup, comme j'ai pu le voir à l'Ile Longue, la Force Océanique Stratégique dispose des performances de ces deux versions du missile.

Le M51.3 sera le troisième incrément de la famille du M51. Sa mise en service opérationnelle est prévue pour 2025 et il sera déployé, ensuite, sur tous les SNLE avec pour objectif d'adapter les performances du missile aux évolutions des besoins opérationnels de la prochaine décennie.

Anticiper et comprendre l'avenir, justement, c'est précisément ce que nous devrons faire pour maintenir et adapter notre force de dissuasion et sa crédibilité. Cela passera par un investissement significatif dans les études amonts. Cela passera par le lancement du prochain incrément de notre système d'arme, le M51.4, à mi-mandat, j'espère. Et cela passera, enfin, par l'engagement et le travail de tous dans nos armées comme dans ici.

Je vous le disais tout à l'heure. J'ai confiance. Confiance en vous, en votre qualité, en votre talent. Et j'y vois un signe quand, le jour même de la naissance d'ArianeGroup, un tir d'acceptation du M51.2 est mené depuis un SNLE nommé « Le triomphant ».


Vive ArianeGroup !
Vive la République ! Vive la France !


Source http://www.defense.gouv.fr, le 15 décembre 2017

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