Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec BFMTV et RMC le 14 décembre 2017, sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le prix des produits agricoles, le menu végétarien dans les cantines scolaires, l'agriculture bio et sur le plan loup. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec BFMTV et RMC le 14 décembre 2017, sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le prix des produits agricoles, le menu végétarien dans les cantines scolaires, l'agriculture bio et sur le plan loup.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :
JEAN-JACQUES BOURDIN
Stéphane TRAVERT, ministre de l'Agriculture, est notre invité ce matin. Bonjour.

STEPHANE TRAVERT
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être là. L'aéroport de Notre-Dame-des-Landes : est-ce que vous êtes prêt à rétrocéder les terres des agriculteurs qui ont expulsés ou expropriés ?

STEPHANE TRAVERT
Vous savez, je pense que ce n'est plus un sujet agricole depuis longtemps. Notre-Dame-des-Landes est un sujet d'aménagement du territoire aujourd'hui. S'il y a des agriculteurs qui sont restés et qui sont aujourd'hui avec celles et ceux qui veulent que l'aéroport ne se fasse pas, mais ils sont peu nombreux : je crois qu'ils sont au nombre de quatre, aujourd'hui ce qui importe c'est qu'il y ait un plan. Le gouvernement a reçu le rapport hier et à partir de ce rapport qui est plutôt bien fait, il va falloir prendre une décision. Mais vous savez, je pense qu'il faut en sortir. Il faut en sortir : ça fait trop longtemps qu'on est sur savoir si on doit faire l'aéroport, si on ne doit pas le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des terres agricoles préservées, ça doit vous satisfaire si on ne fait pas l'aéroport. Et probablement qu'il ne sera pas fait, cet aéroport.

STEPHANE TRAVERT
C'est très important de préserver des terres agricoles. Pour le coup, tout ce qui devait être fait en l'état sur ce sujet a été fait. Aujourd'hui ce qui importe, c'est ce sujet d'aménagement du territoire et comment on répond à la demande croissante de transport de voyageurs par voie aérienne. Il y a donc deux options qui se posent sur la table : l'extension de l'aéroport actuel ou la construction de Notre-Dame-des-Landes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Cette solution alternative.

STEPHANE TRAVERT
Les deux solutions alternatives, c'est dans le rapport. Le gouvernement prendra une position, il l'a dit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous à titre personnel, vous êtes plutôt pour la solution de l'extension de l'aéroport ?

STEPHANE TRAVERT
Ma position personnelle là-dedans n'a aucune importance. Ce qui m'importe, c'est qu'enfin on sorte de ce débat qui a pollué quasiment tout le quinquennat précédent et il faut que nous puissions travailler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui pollue le quinquennat d'Emmanuel MACRON aussi jusqu'en janvier.

STEPHANE TRAVERT
Il faut travailler, prendre une décision. La décision sera prise et elle sera soutenue par l'ensemble des membres du gouvernement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Fin des états généraux de l'alimentation jeudi prochain. Modification sur les prix des produits agricoles, c'est très, très important pour le consommateur et pour l'agriculteur. Pourquoi ? Parce que les prix des produits agricoles seront fixés à partir des coûts de production. A partir de quand ?

STEPHANE TRAVERT
A partir du moment où nous aurons mis la loi en route.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand cette loi ?

STEPHANE TRAVERT
Nous travaillons dessus actuellement et le projet de loi sera présenté en conseil des ministres en début d'année.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En janvier ? Février ?

STEPHANE TRAVERT
Je ne maîtrise pas le calendrier parlementaire mais nous avions dit, et le président de la République l'avait dit dans son discours du 11 octobre dernier, que le projet de loi sera soumis au débat au Parlement dans le premier semestre 2018. Nous espérons le plus tôt possible parce qu'il y a une attente chez les professionnels. Aujourd'hui ce que nous souhaitons faire, c'est redonner du prix et redonner du revenu à nos agriculteurs. Nous avons donc souhaité inverser la construction du prix en partant des coûts de production dans les exploitations. Nous avons besoin que les agriculteurs puissent s'organiser en organisations de producteurs. C'est pourquoi nous avons fait les plans de filières. Si vous comprenez le calendrier : fin des états généraux où nous allons conclure sur les ateliers, les discussions qui ont eu lieu, où nous avons mis autour de la table toutes les associations, les partenaires, les distributeurs, les transformateurs et tous les autres. Nous allons, à partir de là, créer, travailler sur le projet de loi qui nous permettra demain de répondre à cette demande.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le projet de loi qui fixera les règles. Les prix seront fixés à partir des coûts de production de l'agriculteur ou de l'éleveur, on est bien d'accord ?

STEPHANE TRAVERT
De l'agriculteur et de l'éleveur ou d'un groupe d'agriculteurs et d'éleveurs sur un bassin. Vous savez, si on prend par exemple le lait, les coups de production en Normandie ou en Bretagne sur le lait ne sont pas les mêmes que sur le lait de montagne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et le consommateur ne paiera pas plus cher.

STEPHANE TRAVERT
Aujourd'hui, il s'agit de diversifier l'offre, de structurer une offre et il n'y a pas de raison que le consommateur paye plus cher.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc projet de loi imposant ces nouvelles règles : premier semestre.

STEPHANE TRAVERT
Premier semestre, oui. C'était l'engagement du président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'un menu végétarien sera imposé un jour par semaine dans les cantines scolaires ?

STEPHANE TRAVERT
Il y a un débat là-dessus et il est naturel que ce débat ait lieu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je vous pose une question : oui ou non ?

STEPHANE TRAVERT
Et moi, je vous y réponds. Il y a un débat. C'est un débat qui a été posé. C'est une question qui est arrivée aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une affirmation du ministre HULOT.

STEPHANE TRAVERT
Une affirmation de mon collègue Nicolas HULOT, bien sûr, mais il y a des discussions à avoir. Ce que je souhaite, c'est comment nous assurons demain pour nos enfants dans les cantines scolaires une alimentation saine et de qualité. Mon raisonnement est celui-là : c'est comment faire en sorte que demain nous puissions préserver le capital santé de nos enfants, à savoir une alimentation saine. Cela passe aussi par le fait que nos enfants puissent avoir des pratiques alimentaires qui soient bonnes. Cela passe aussi par la diversification de leur consommation et donc nous pouvons avoir le choix. Je souhaite que demain les enfants puissent, quand ils sont à la cantine, avoir comme c'est le cas aujourd'hui, le choix soit entre consommer du poisson et des légumes, consommer de la viande et des légumes ou consommer un plat végétarien si ça peut être leur choix.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On n'impose pas un plat végétarien.

STEPHANE TRAVERT
Moi, je n'impose pas. Je ne souhaite pas imposer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas de l'écologie punitive. C'est ce que vous avez dit : ça, c'est de l'écologie punitive.

STEPHANE TRAVERT
Je ne suis pas dans cette volonté d'imposer les choses. Je suis pour que l'on puisse réfléchir ensemble à une proposition qui soit multiple, de manière à ce que les enfants puissent trouver un équilibre alimentaire. Bien évidemment, je n'ai absolument rien contre un menu végétarien. Ce qui importe, c'est que tout au long de la semaine, dans leurs pratiques alimentaires, les enfants puissent trouver leur équilibre. Vous savez, vous avez un bon nombre d'enfants : s'ils ne mangent pas de poisson ou s'ils ne mangent pas de viande le midi à la cantine, parfois le soir ils n'en ont pas chez eux parce que leurs parents n'ont pas forcément les moyens de leur en donner. Moi, je suis très vigilant aussi sur cette question-là. Il ne s'agit donc pas de stigmatiser bien évidemment, jamais, mais il s'agit de donner le choix et d'avoir des pratiques responsables. Aujourd'hui, nous avons un gros travail de pédagogie à faire auprès de nos enfants, mais aussi auprès des parents pour que, tout au long de la semaine, les choix alimentaires puissent faire en sorte que nos enfants se portent bien, aient une alimentation saine et équilibrée pour éviter toutes les maladies cardiovasculaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Stéphane TRAVERT, est-ce que vous vous parlez avec Nicolas HULOT ?

STEPHANE TRAVERT
Mais bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que j'ai lu et entendu… Franchement, vous vous parlez ?

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr qu'on se parle. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Nous sommes tous les deux membres d'un gouvernement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que sur de nombreux points, vous n'êtes pas tout à fait d'accord.

STEPHANE TRAVERT
Je ne suis pas d'accord avec vous. Je pense qu'il peut y avoir des différences d'analyse sur les trajectoires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a des différences d'analyse, elles existent.

STEPHANE TRAVERT
Mais sur les objectifs, nous les partageons tous les deux et nous nous parlons parce que nous travaillons ensemble et que nous avons la volonté de réussir. Je vous rappelle que, sous l'autorité du Premier ministre et du président de la République, nous avons une feuille de route à porter. Et cette feuille de route sera conduite et construite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous vous inclinez quand il faut s'incliner et lui aussi.

STEPHANE TRAVERT
Mais il y a des arbitrages et ces arbitrages sont rendus à la fois par le Premier ministre et le président de la République et moi, je n'ai pas de problème avec ça. Je veux vous rassurer là-dessus. On dit souvent n'importe quoi, nous nous parlons et nous nous parlons parce que c'est nécessaire pour pouvoir bien travailler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le bio ; les producteurs bio sont très inquiets. Vous les avez entendus. J'avais la représentante de l'agriculture bio ce matin sur RMC. Que se passe-t-il ? Vous savez ça mieux que moi, les agriculteurs bio sont aidés pour passer du traditionnel au bio pendant cinq ans.

STEPHANE TRAVERT
Tout à fait. C'est une aide à la conversion.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les aides à la conversion. Est-ce que ces aides à la conversion sont maintenues ?

STEPHANE TRAVERT
Mais bien sûr. Pour tout vous dire, quand j'ai entendu la présidente de la FNATH dire que nous allions supprimer les aides à la conversion, j'en suis tombé de ma chaise. Où est-ce qu'on a entendu ça ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors combien ? Quel montant ?

STEPHANE TRAVERT
Les aides à la conversion, souvenez-vous de ce que nous avons fait en juillet dernier. Nous avons fait un transfert du pilier 1 vers le pilier 2 sur les politiques européennes. C'est de l'argent de l'Europe que nous avons réinjecté pour financer le bio parce que nous étions dans une impasse financière. Aujourd'hui, si nous ne l'avions pas fait, là effectivement, pour le coup, il n'y aurait plus d'argent pour financer le bio. La France elle-même ne se désengage pas de la conversion puisque, vous le savez bien aujourd'hui, il y a une demande sociale de plus en plus forte de nos consommateurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d'accord. J'ai une question précise.

STEPHANE TRAVERT
On est d'accord mais il faut que je réponde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Répondez-moi.

STEPHANE TRAVERT
Je vais vous répondre de manière précise, monsieur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien ? Quel montant pour 2018 ?

STEPHANE TRAVERT
Nous avons augmenté aujourd'hui de trois cent soixante millions d'euros sur le bio en permettant, avec le transfert P1-P2, de pouvoir financer l'ensemble des pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les aides à la conversion sont maintenues pendant combien de temps ? 2018, ça représente combien ?

STEPHANE TRAVERT
Aujourd'hui, il ne s'agit pas de donner de chiffres. Nous sommes sur une programmation jusqu'en 2020.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jusqu'en 2020, ça fait combien ?

STEPHANE TRAVERT
Trois cent soixante millions qui vont courir jusqu'à la fin de la programmation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trois cent soixante millions. Et sur les aides au maintien ?

STEPHANE TRAVERT
Il n'y a pas que les aides à la conversion. Nous avons besoin avec les aides à conversion de faire en sorte que plus d'agriculteurs demain puissent se convertir au bio pour répondre à la demande sociale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord.

STEPHANE TRAVERT
Nous sommes bien d'accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc trois cent soixante millions, on est d'accord. Et les aides au maintien ?

STEPHANE TRAVERT
Si on veut être précis parce que vous aimez les choses précises, monsieur BOURDIN, nous avons rajouté à ces aides à la conversion un crédit d'impôt sur le bio que nous avons voté dans la LFI qui touchera l'ensemble des agriculteurs bio. Un crédit d'impôts à trois mille cinq cents euros qui permettra aussi aux producteurs bio de pouvoir investir, de pouvoir de accompagner leur production. Et il y a les aides au maintien. Les aides au maintien, c'est un dialogue que nous avons avec les régions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous vous déchargez sur les régions.

STEPHANE TRAVERT
On ne se décharge pas sur les régions, monsieur. Les régions sont libres de gérer les sommes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quel effort l'Etat va faire pour les aides au maintien ?

STEPHANE TRAVERT
Mais l'Etat a déjà fait ces efforts.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais là ?

STEPHANE TRAVERT
Au début de programmation monsieur BOURDIN, l'Etat alloue une somme qui est gérée par les régions. Les régions dans ces sommes ont la capacité ou non de faire de l'aide au maintien ou de faire tout autre chose. Vous avez un certain nombre de régions qui, aujourd'hui, ont déjà consommé une grosse partie de leur enveloppe, voire toute leur enveloppe. Ce que nous avons demandé, parce qu'il y a une demande sociale qui est très forte sur le bio, nous avons besoin qu'il y ait plus d'agriculteurs qui puissent se convertir pour pouvoir structurer une offre sur les produits bio, c'est-à-dire avoir une offre meilleure. La question que je me pose aujourd'hui, c'est que nos consommateurs veulent des produits bio, mais est-ce qu'ils veulent aussi des produits bio qui soient importés ? Je ne le crois pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, justement.

STEPHANE TRAVERT
Ils veulent des produits bio qui soient de bonne qualité et qui soient produits en France. Nous avons donc besoin de conversion supplémentaire, c'est important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les aides au maintien ? Quel sera l'effort de l'Etat jusqu'en 2020 ?

STEPHANE TRAVERT
Ce n'est pas comme ça que le débat doit être pris, monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est dommage. C'est dommage. Parce que vous allez couper les aides au maintien.

STEPHANE TRAVERT
Non, nous n'allons pas couper les aides.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors combien jusqu'en 2020 ?

STEPHANE TRAVERT
Ce sont les régions qui, aujourd'hui, définissent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, vous vous déchargez sur les régions.

STEPHANE TRAVERT
Non monsieur, nous ne nous déchargeons pas sur les régions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors combien ?

STEPHANE TRAVERT
Ce sont les régions qui définissent les aides si elles veulent le faire ou pas, mais il n'y a pas que les régions. Il y a les agences de l'eau.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors combien d'argent de la PAC versé aux régions pour ces aides ?

STEPHANE TRAVERT
C'est difficile de vous donner un chiffre là-dessus puisque tous les acteurs sont concernés. Vous avez les régions, les départements, les agences de l'eau qui peuvent financer de l'aide au maintien. Ce que nous avons souhaité faire, c'est une chose : faire le pari de la conversion. Nous avons dit aux régions : « Avec les sommes qui vous sont allouées, regardez si vous pouvez continuer les aides au maintien », parce qu'il nous semble que c'est aujourd'hui quelque chose d'important pour bon nombre. Mais je voudrais rappeler quand même une chose. C'est que tous ceux qui cette année, par exemple, ont fait le choix de la conversion, bénéficieront des aides au maintien pendant trois ans ou cinq ans. Après, c'est le choix des régions de faire ou de ne pas faire. C'est un dialogue que nous devons avoir avec les régions. Moi, je ne jette pas l'opprobre sur les régions sur ce sujet-là, mais c'est un dialogue que nous devons avoir ensemble. En tous les cas, nous ne nous sommes désengagés sur rien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Stéphane TRAVERT, le glyphosate. En trois ans, franchement, est-ce qu'on peut trouver des alternatives pour éliminer les mauvaises herbes ?

STEPHANE TRAVERT
Il va falloir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais moi j'entends les agriculteurs, la FNSEA qui dit : « Mais non, c'est impossible. » Et la FNSEA n'est pas seule. Franchement, est-ce que vous y croyez ?

STEPHANE TRAVERT
Ecoutez, nous avons une décision qui a été prise par la Commission européenne : cinq ans. Mais nous avons une décision politique du président de la République qui a souhaité que la France soit en pointe sur ce dossier, qui a souhaité que la France montre l'exemple. Nous allons montrer l'exemple, nous allons faire en sorte…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y croyez ? Est-ce que vous y croyez ?

STEPHANE TRAVERT
L'important, ce n'est pas de savoir si j'y crois ou si je n'y crois pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais tout le monde, les experts disent que c'est impossible.

STEPHANE TRAVERT
Nous verrons dans trois ans où nous en serons. Nous verrons où nous en serons dans trois ans, monsieur BOURDIN. Je ne peux pas vous dire autre chose. Je m'appuie sur la science et le droit. Aujourd'hui, nous devons mobiliser à la fois les instituts techniques, nous devons mobiliser la recherche et c'est la commande du président de la République qui est de dire : « Nous devons accélérer. » Mais nous devons accélérer et le devoir, le travail qui est le mien c'est de savoir comment est-ce que nous accompagnons les agriculteurs, comment est-ce que nous travaillons avec eux. Vous savez que pour beaucoup d'agriculteurs, ils ont déjà fait beaucoup d'efforts sur ces sujets. Il y a en période de cinq ans : pas d'arrêt s'il n'y a pas de produit de substitution. C'est clair. Nous avons une période de cinq ans mais nous avons une commande politique aussi où le président a été clair.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trois ans.

STEPHANE TRAVERT
Trois ans et regardons dans trois ans où nous en serons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Regardons dans trois ans où nous en serons !

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si dans trois ans nous n'avons pas trouvé d'alternative, nous poursuivons. C'est bien cela, Stéphane TRAVERT ?

STEPHANE TRAVERT
La période dans laquelle nous sommes est une période de cinq ans. Regardons dans trois ans où nous en sommes ; nous avons trois ans. Mais vous avez vu d'où nous sommes partis ? Nous étions à dix ans, mais la France a été là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est trois ans mais ça peut être prolongé.

STEPHANE TRAVERT
Ce n'est pas que ça peut être prolongé, on a une période de cinq ans. Il y a cinq ans autorisés par l'Union européenne et nous allons chercher des alliés pour travailler. J'ai passé trois jours à Bruxelles à négocier les quotas pour nos filières pêche. Ce sont des sujets que nous avons évoqués avec nos partenaires européens et je peux vous dire que, là aussi, un certain nombre d'entre eux nous disent : « Cette période de trois ans, on a envie d'essayer aussi. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le plan loup. Les éleveurs sont très en colère. Pourquoi ? Parce que désormais pour être indemnisé après une attaque, un éleveur devra démontrer qu'il a mis en place des mesures de protection acceptables. Est-ce acceptable pour les éleveurs ?

STEPHANE TRAVERT
La ligne de conduite qui est la mienne est assez simple. C'est comment protéger nos éleveurs ; comment faire en sorte que, parce que nous sommes attachés à l'agro-pastoralisme, parce que nous sommes attachés à l'aménagement du paysage et du territoire, comment les éleveurs peuvent continuer à faire correctement leur travail ? Donc il y a un certain nombre de dispositifs qui sont mis en place pour se protéger. C'est du barrièrage quand c'est possible bien évidemment, ce sont des chiens, ce sont des heures de garde qui sont mis à disposition des éleveurs. Et puis, il y a aussi la biodiversité qu'il nous faut préserver. C'est comment on essaye de faire cohabiter ces exigences, ces deux-là. Nous essayons de travailler avec les progressistes des deux rives sur ces sujets et je sais que c'est difficile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous comprenez les éleveurs ?

STEPHANE TRAVERT
Je comprends les éleveurs. Un éleveur qui est attaqué, qui a été attaqué une dizaine de fois dans l'année, je comprends sa détresse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce acceptable donc ? Est-ce acceptable ? Un éleveur pour être indemnisé devra démontrer qu'il a mis en place des mesures de protection. Est-ce acceptable ?

STEPHANE TRAVERT
L'éleveur, il est en capacité de pouvoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous pose la question : est-ce acceptable pour un éleveur ?

STEPHANE TRAVERT
A un moment, il faut que l'éleveur puisse démontrer qu'il a pris des mesures.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est à lui de démontrer qu'il n'a pas pris toutes les mesures ?

STEPHANE TRAVERT
Non, pas qu'il n'a pas pris toutes les mesures.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que je vois dans le plan loup.

STEPHANE TRAVERT
C'est à l'éleveur de dire : « Voilà les mesures que nous avons prises et qui me permettent d'avoir une indemnisation derrière lorsqu'il y a des attaques. » Mais ce qui m'intéresse, c'est d'attaquer là où il y a une pression de la prédation. Vous avez des départements où vous avez des attaques qui sont faibles, et vous avez d'autres départements, lorsque vous avez plus d'une centaine d'attaques, c'est là où il faut travailler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une autre question : faut-il permettre aux éleveurs de pouvoir tirer le loup en permanence ? Je vous pose la question, oui ou non ? Faut-il permettre aux éleveurs de tirer le loup ? C'est ce que demande la FNSEA. Oui ou non ?

STEPHANE TRAVERT
Ça s'appelle un tir de défense. Si vous êtes attaqué, vous pouvez tirer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites oui. Il faut permettre aux éleveurs de tirer ?

STEPHANE TRAVERT
C'est ce qui s'appelle le tir de défense. Vous avez des tirs de prélèvement, lorsqu'il y a trop de loups sur un secteur et que, par rapport à l'équilibre de la biodiversité, il faut prélever un certain nombre de loups. Mais vous avez aussi les tirs de défense. Ces tirs de défense sont prévus dans le texte et lorsque vous êtes attaqué, les bergers et les éleveurs peuvent se défendre bien évidemment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Stéphane TRAVERT, j'ai deux questions encore. Sur l'abattage des animaux d'élevage : le consommateur doit-il être informé de la méthode d'abattage ?

STEPHANE TRAVERT
Vous savez, tout ce qui doit concourir à une information, à la meilleure information de nos consommateurs sera une bonne chose. Moi, je suis pour renforcer sur l'étiquetage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable à ça ? Que le consommateur connaisse la méthode d'abattage ?

STEPHANE TRAVERT
Que l'on soit transparent, oui surtout. C'est bien normal.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien normal. Deux choses encore. La chasse à courre, il y a une proposition de loi qui a été déposée pour interdire la chasse à courre.

STEPHANE TRAVERT
Je pense que, comme toutes les choses, il faut pouvoir les encadrer. Moi, je n'ai pas d'avis particulier sur la chasse à courre mais je pense que, comme toutes les choses, il faut éviter les excès mais éviter aussi les interdictions. Il faut discuter. Moi, je suis un homme de dialogue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est comme pour la corrida. Vous défendez la corrida ou pas ?

STEPHANE TRAVERT
Je ne défends pas. Je ne suis jamais allé voir un spectacle de corrida. C'est comme toutes ces pratiques : je souhaite qu'on n'interdise pas mais qu'on puisse travailler, négocier et faire en sorte que les uns et les autres puissent s'entendre. Vous savez, la recherche du compromis est un long travail et je le mesure chaque jour au ministère de l'Agriculture.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Stéphane TRAVERT.

STEPHANE TRAVERT
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 décembre 2017

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