Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 15 décembre 2017, notamment sur l'accident ferroviaire à Millas, le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes et l'élection territoriale en Corse. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 15 décembre 2017, notamment sur l'accident ferroviaire à Millas, le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes et l'élection territoriale en Corse.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : BRUCE TOUSSAINT
Notre invité ce matin sur France Info est le porte-parole du gouvernement Benjamin GRIVEAUX.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Benjamin GRIVEAUX. Nous ressentons tous bien sûr une grande émotion après ce qui s'est produit à Millas, 4 adolescents tués, un train a percuté un bus scolaire. Ce drame a eu lieu à 16h00, nous n'avons aucune information sur les circonstances de l'accident, est-ce que vous en avez ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, déjà dire que ce qui s'est passé hier a bouleversé le pays, a bouleversé le responsable politique que je suis, a bouleversé le père que je suis, et que ce matin nos pensées vont déjà à tous les enfants qui sont en train de se battre contre les blessures. Il y a 8 personnes qui sont encore en urgence absolue, il y a 4 enfants qui sont décédés. On pense évidemment aux familles, les processus d'identification ont été difficiles. On pense aux proches, on pense à leurs camarades de classe, et la cellule psychologique a été mise en place au collège pour accompagner, parce qu'il y a les blessures physiques, et puis il y a des blessures psychologiques, elles sont parfois moins visibles, par définition, mais elles sont très dures à refermer. Et moi je veux objectivement saluer l'ensemble des forces de l'Etat qui se sont mobilisées, que ce soit les services de secours, les secours d'accompagnement, gendarmerie, services d'enquête qui vont faire leur travail, j'y viens, et les services de l'Education nationale, Jean-Michel BLANQUER sera auprès des enseignants.

JEAN-MICHEL APHATIE
La mobilisation a été assez extraordinaire.

BENJAMIN GRIVEAUX
La mobilisation a été remarquable, et elle est à saluer.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que vous avez des éléments sur les circonstances ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Trois enquêtes vont débuter, celle du Bureau Enquête Accident, une enquête de la justice, bien sûr, et puis une enquête de la SNCF. Moi je ne dispose pas, à cette heure, d'éléments, il y a des éléments, évidemment, qui seront importants de connaître, qu'il sera important de connaître. La conductrice du bus est grièvement blessée, elle n'a donc pas pu être entendue, elle sera sans doute une personne importante à entendre, donc à ce stade on ne dispose pas d'éléments, sauf à savoir que, a priori, la visibilité était bonne et qu'il n'y avait pas, sur ce passage à niveau, de caractère défectueux…

JEAN-MICHEL APHATIE
Personne ne comprend, il n'était pas réputé spécialement accidentogène non plus…

BENJAMIN GRIVEAUX
Voilà, il n'était pas réputé accidentogène non plus, maintenant l'enquête va suivre son cours. Il est indispensable qu'on puisse évidemment faire la lumière, on le doit aux familles, on le doit aux proches, on le doit aux Français, et puis faire en sorte que si les responsabilités peuvent être établies très clairement, eh bien que, à l'avenir, sur les 15.000 passages à niveau que compte la France, eh bien ce type d'événement tragique ne puisse pas se reproduire à l'avenir.

BRUCE TOUSSAINT
La question que tout le monde se pose évidemment, concerne les barrières de ce passage à niveau, étaient-elles ouvertes, fermées, vous n'avez pas d'information à ce stade ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, à ce stade on n'a aucune information sur…

BRUCE TOUSSAINT
Est-ce que ça relance le débat sur les passages à niveau, il y en a plus de 10.000 en France…

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y en a 15.000 en France, c'est un débat que nous pourrions avoir aussi avec d'autres pays européens, il y en a 18.000 en Allemagne. Entre 2003 et 2015 on a baissé de moitié les accidents liés à des passages à niveau, il y a un plan qui a été mis en place, de sécurisation, il y a deux plans même, un en 2008 par Dominique BUSSEREAU, qui a été entendu hier, qui était très ému d'ailleurs, son expression, et en 2013. Il reste 162 passages à niveau à sécuriser dans le pays, celui, hier, de Millas, ne faisait pas partie, puisqu'il était sécurisé. Donc, à nouveau, il faut déterminer ce qui s'est passé, pour pouvoir faire en sorte que ça n'arrive plus à l'avenir.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc plusieurs enquêtes, et bien entendu nous poursuivons sur l'antenne de France Info, durant toute la journée nous observons attentivement ce qui se passe à Millas, et dès que des informations pourront être données, notamment sur les circonstances de l'accident, nous le ferons bien évidemment. Nous allons parler, il faut enchaîner, la vie continue, de la politique Benjamin GRIVEAUX. François HOLLANDE, le prédécesseur d'Emmanuel MACRON, était sur RTL hier soir, on l'écoute.

FRANÇOIS HOLLANDE
Je suis pour que, Emmanuel MACRON, président de la République, puisse réussir son mandat.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il a jeté la rancune à la rivière comme disait l'autre.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, je crois que quand on a été président de la République, quelle qu'ait été sa sensibilité politique, si on n'a pas cheville au corps l'envie que son pays aille mieux, que son pays réussisse, et que son successeur soit, dans sa mission, accompagné…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est quand même élégant comme geste, ce n'est pas banal.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est très élégant, et je vais vous dire une chose, beaucoup devraient s'en inspirer, et, parfois, les oppositions que nous avons devraient s'inspirer des mots de François HOLLANDE et souhaiter que le pays réussisse, j'ai la faiblesse de penser que certaines de nos oppositions souhaitent que nous échouions pour pouvoir bénéficier d'une alternance politique.

JEAN-MICHEL APHATIE
Excusez-moi, des oppositions…

BENJAMIN GRIVEAUX
Je lui reconnais beaucoup d'élégance, il a fait preuve d'élégance. C'est un observateur, désormais, de la vie politique, c'est sa liberté de s'exprimer comme il l'a fait hier….

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah bon, ce n'est plus qu'un observateur ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est sa liberté de s'exprimer comme il l'a fait hier…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un observateur pour vous ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Et c'est une liberté qu'il faut respecter.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est plus qu'un observateur pour vous ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est un observateur. Il est engagé dans la France s'engage, qui est sa fondation, c'est un observateur engagé, si vous souhaitez que j'apporte une précision.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je ne sais pas s'il se définirait lui-même comme ça. Et je voudrais juste compléter votre propos, parce que des oppositions qui s'opposent, dans une démocratie, c'est non seulement normal, mais…

BENJAMIN GRIVEAUX
Qui s'opposent, c'est nécessaire, mais qui ne souhaitent pas que nous réussissions ou que le pays réussisse.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, mais ça, vous avez été dans l'opposition. Quand vous étiez dans l'opposition Nicolas SARKOZY…

BENJAMIN GRIVEAUX
Moi je souhaitais que le pays aille mieux. Vous savez, le matin quand je me lève j'essaye

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, mais vous vous êtes opposé vous aussi.

BENJAMIN GRIVEAUX
J'entends bien Jean-Michel APHATIE, mais entre s'opposer et souhaiter que le pays ne réussisse pas, il y a deux choses. Moi j'ai toujours souhaité que le pays réussisse, qu'il y ait moins de chômage, que l'éducation se porte mieux, que notre système de santé aillé bien.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors, celui qui vous critique ce matin, évidemment l'actualité fait que ces propos ne sont pas beaucoup répercutés, mais c'est une critique importante. Vous l'avez peut-être vu, peut-être pas, mais en tant qu'ancien secrétaire d'Etat à Bercy ça va vous intéresser, c'est le Gouverneur de la Banque de France, François VILLEROY DE GALHAU, un personnage important, qui dit – alors il le dit avec ses mots, c'est diplomatique, mais enfin l'attaque est vive – « Sur les dépenses publiques la rupture n'est pas encore suffisante », il vous reproche de trop dépenser d'argent. Et c'est vrai qu'en 2018 la dépense publique va augmenter par rapport à 2017, et quand on voit l'état financier de la France ça inquiète le Gouverneur de la Banque de France. Qu'est-ce que vous lui répondez, Benjamin GRIVEAUX ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord que, pour la première fois depuis 11 ans, nous allons respecter les 3 % de déficit fixés par nos règles européennes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Merci la croissance.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, merci les efforts qui ont été consentis puisque nous avons trouvé, je le rappelle, 8 milliards d'euros manquants à notre arrivée, et nous avons eu le cadeau, laissé par la précédente majorité, de la taxe à 3 % sur les dividendes qui a coûté la bagatelle de 10 milliards, dont 5 milliards dès cette année. Donc nous avons fait un exercice de baisse…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais les dépenses publiques continuent d'augmenter, c'est ce que vous dit VILLEROY DE GALHAU.

BENJAMIN GRIVEAUX
Massive de la dépense publique, pour permettre de tenir les 3 %. L'objectif, à la fin du quinquennat…

JEAN-MICHEL APHATIE
En 2018 elles vont augmenter.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est d'avoir 5 points de dette en moins, 3 points de dépense publique, 1 point de prélèvement obligatoire. Je suis certain que François VILLEROY DE GALHAU partage en tout cas…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il ne le dit pas…

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne sais pas s'il ne le dit pas, mais ce dont je suis certain c'est que nos partenaires européens reconnaissent les efforts qui sont faits, reconnaissent les changements structurels qui sont engagés, et je suis certain que, lui-même d'ailleurs, au sein de la Banque de France, engage des efforts pour réduire la voilure.

BRUCE TOUSSAINT
Vous restez avec nous Benjamin GRIVEAUX, il est 8h40, l'essentiel de l'info.

(…)

BRUCE TOUSSAINT
Benjamin GRIVEAUX, le porte-parole du gouvernement, est l'invité de France Info ce matin.

JEAN-MICHEL APHATIE
Edwige COUPEZ signalait ce sondage Odoxa, l'action du Premier ministre est saluée, 60 %...

BRUCE TOUSSAINT
56 %.

JEAN-MICHEL APHATIE
56 % la trouvent plutôt bonne, mais un tiers ne le connaissent pas, c'est quand même curieux !

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, en tout cas je veux dire une chose, il gagne à être connu le Premier ministre…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais un tiers ne le connaissent quand même pas.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça c'est une chose importante, vous savez, et croyez-moi, en politique, c'est sans doute même la chose la plus importante, certains gagnent à ne pas être connus. Il mène une action engagée auprès du président de la République depuis sa nomination à Matignon, il est un chef d'équipe attentif à ses équipes, cohérent dans son action, et à la fois maîtrisant la technique, mais ne se laissant jamais enfermer dans des éléments techniques. Il a été le maire du Havre, et il est important, et on le voit, et on le sent, et on l'a vu hier à la Conférence nationale des territoires, dans le dialogue qui a été construit avec les collectivités locales, qu'il trouve son chemin, et chaque jour c'est un plaisir, objectivement, de travailler dans cette équipe.

BRUCE TOUSSAINT
Evidemment, ça ne dérange pas le président de la République de voir son Premier ministre aussi populaire, voire plus populaire que lui ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je comprends que vous essayez de remettre des « coins », parce que c'est l'histoire de la 5e République que le président de la République et le Premier ministre se mettent des « coins » entre eux, il se peut que les choses soient en train de changer. Et, à nouveau, la transformation politique qui s'est opérée en mai et au mois de juin dernier, dont peu croyaient, je l'entends, faites-nous le crédit que cette transformation politique se pratique y compris dans les comportements et que, oui, le président de la République et le Premier ministre peuvent travailler ensemble sans imaginer que l'un se méfie de l'autre ou que l'un a de la défiance vis-à-vis de l'autre.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je vais citer approximativement un bon mot qui, je crois, appartient à Georges POMPIDOU, donc voyez je suis en danger, « dès que le locataire de Matignon pose le pied sur le perron, à Matignon, il pense à l'Elysée. » Edouard PHILIPPE est peut-être l'exception dans cette longue lignée, c'est ce que vous…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, vous savez, nous sommes habitués à avoir fait des choses à caractère exceptionnel, au sens premier du terme, depuis 1 an, dans la vie politique française.

JEAN-MICHEL APHATIE
Dans l'actualité de cette semaine il y avait le rapport, qui n'a rien tranché, sur Notre-Dame-des-Landes. Le président de la République a indiqué qu'il prendrait une décision avant la fin du mois de janvier, et nous connaissons cette dcision.

BENJAMIN GRIVEAUX
Eh bien vous avez de la chance, parce que moi je ne la connais pas.

JEAN-MICHEL APHATIE
26 avril 2017, sur France 2, Emmanuel MACRON.

EMMANUEL MACRON
Il y a eu un vote, mon souhait, je vous le réitère ici, très clairement, c'est de le respecter.

BRUNO RETEILLEAU
Donc de le faire ?

EMMANUEL MACRON
Donc de le faire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà la décision que prendra Emmanuel MACRON.

BRUCE TOUSSAINT
Eh bien voilà, on sait.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce que j'aime dans les passages que vous retenez c'est que, à chaque fois, il manque la suite du raisonnement, donc moi je vais vous le dire.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est une accusation de malhonnêteté que je réfute. Non, il dit « on va le faire. »

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui…

JEAN-MICHEL APHATIE
L'aéroport, il le dit.

BENJAMIN GRIVEAUX
D'accord, et donc…

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc voilà la décision.

BENJAMIN GRIVEAUX
Quelle raison aurions-nous eu de nommer le 1er juin trois experts pour demander une médiation et un rapport si la décision…

JEAN-MICHEL APHATIE
Pour calmer le jeu, dit Emmanuel MACRON.

BENJAMIN GRIVEAUX
Si la décision, Jean-Michel APHATIE, avait déjà été prise. Nous ne sommes pas du genre à aimer perdre notre temps. Nous avons demandé un rapport à trois experts, pourquoi ? Pour répondre d'abord à une première question – et ce rapport, vous dites il ne tranche rien, ce n'est pas vrai – il tranche une première question qui était de savoir s'il y a un besoin aéroportuaire dans le Grand Ouest français. La réponse est clairement oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Eh bien oui, ça fait 50 ans qu'on parle de Notre-Dame-des-Landes, donc c'est oui.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, et ça fait 50 ans qu'il n'y a pas de décisions qui ont été prises.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, donc il y a besoin.

BENJAMIN GRIVEAUX
Donc il y a un besoin aéroportuaire dans le Grand Ouest français, c'est important pour qu'il puisse se développer. Et il y a deux options, qui ont été explorées. Dans la consultation qui a été faite…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il ne le savait pas le 6 avril, Emmanuel MACRON, qu'il y avait une autre option possible…

BENJAMIN GRIVEAUX
Dans la consultation qui a été faite en juin 2016, une seule option était présentée, c'était on ne fait pas l'aéroport, ou on fait l'aéroport uniquement à Notre-Dame-des-Landes. Une bonne consultation c'est une consultation éclairée, avec peut-être des choix multiples, et avec des options différentes. Et donc, ce qu'on a demandé d'explorer, aux trois experts, c'est de savoir, un, s'il y avait un besoin, il est identifié, la réponse est oui, deux, s'il y avait une alternative, la réponse est oui, il y a une alternative, c'est une extension. Les deux scénarii ont leurs inconvénients, ça a été rappelé par le Premier ministre lors de la présentation du rapport mercredi à Matignon, et donc nous allons engager le dialogue, parce qu'on va présenter ça aux élus locaux, aux acteurs associatifs et aux acteurs du monde économique, et la décision sera prise par le gouvernement avant la fin du mois de janvier.

JEAN-MICHEL APHATIE
Emmanuel MACRON était trop catégorique quand il était candidat alors, peut-être connaissait-il mal le dossier.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, à nouveau, il est important de pouvoir…

BRUCE TOUSSAINT
Il a changé d'avis.

BENJAMIN GRIVEAUX
A nouveau, il est important de pouvoir se déterminer à partir de faits très concrets.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas le rapport qui vous a appris qu'on pouvait aménager l'aéroport de Nantes.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, peut-être êtes-vous plus avant que le gouvernement sur ces sujets, nous aurions aimé avoir votre expertise, Jean-Michel APHATIE…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous me l'auriez demandé, il y a longtemps que je vous l'aurais dit, ça fait des années qu'on parle d'agrandir l'aéroport de Nantes.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais nous avons eu besoin, un, de faire tomber la pression qui était forte, deux, de pouvoir engager le dialogue, et trois, d'avoir aussi un chiffrage des deux options, et avantages, et inconvénients… pour prendre une bonne décision, et croyez-moi, et c'est ça la grande différence, parce que c'est vrai que ça fait 40 ans, je crois même que la première publicité pour Notre-Dame-des-Landes c'était une photo d'un concorde avec marqué dessous Nantes-New York, donc vous voyez, ça date. Et donc, la décision sera prise, et elle sera appliquée.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc on verra si ce sera conforme à ce que disait Emmanuel MACRON le 6 avril ou pas. Quand est-ce que vous évacuerez la ZAD ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, à nouveau, c'est en fonction de la décision qui sera prise que l'évacuation…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, ce n'est pas automatique l'évacuation de la ZAD ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, il y a deux options, soit c'est l'aéroport se fait à Notre-Dame-des-Landes, et donc il y aura une évacuation de la ZAD, soit c'est une extension de l'aéroport existant, et il n'y a plus aucune raison, pour les occupants de la ZAD, d'y rester.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça aussi ça plaide pour Nantes en fait. C'est un abandon sans le dire.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a beaucoup d'éléments qu'il faut prendre…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est ce qu'on peut déduire de votre propose ce matin.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, à nouveau… est-ce que l'obsession c'est de se dire on fait ce qu'on a décidé il y a 40 ou 50 ans, ou est-ce que l'obsession c'est de se dire on répond à un besoin identifié qui est la sous-capacité aéroportuaire du Grande Ouest français ? La réponse c'est : il faut répondre au besoin, voilà, sans être borné. Et je le dis à nouveau, il y a des inconvénients aux deux solutions. Donc, la solution elle sera difficile, mais elle sera prise et elle sera appliquée, c'est la grande différence avec ceux qui parfois nous donnent des leçons, et qui n'ont pas appliqué les décisions qui ont été prises ces 10 ou 15 dernières années.

JEAN-MICHEL APHATIE
Dans l'actualité aussi, en ce début de semaine, il y avait le scrutin corse qui a donné une majorité aux représentants autonomistes et indépendantistes, vous avez dit vous-même que la co-officialité de la langue corse, que réclament ces élus, il n'est pas question d'y penser, et nous avons noté au milieu de la semaine une intervention, à ce propos, de Ségolène ROYAL, que je voulais vous faire entendre.

SEGOLENE ROYAL
Qu'on laisse aussi les évolutions sur la langue corse, c'est une reconnaissance culturelle, ce qui est une revendication des Corses sur la langue corse, ils ont raison. C'est une question de culture, c'est une question de biodiversité culturelle, et ça, la revendication sur la langue corse, est parfaitement légitime.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ils ont raison, dit-elle avec un accent inimitable, voyez Ségolène ROYAL n'a pas du tout le même point de vue que vous.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il m'arrive de ne pas être d'accord avec Ségolène ROYAL. La langue de la République c'est le français, c'est la Constitution. Est-ce que cela empêche d'avoir, en Bretagne, des écoles Diwan où on enseigne le breton qui est une langue magnifique ? Est-ce que ça empêche, dans le Sud-ouest, d'avoir des signalisations et des écoles en basque ? Est-ce que ça empêche, en Corse, d'avoir aujourd'hui le corse enseigné dans les écoles ? Non. Les langues régionales sont de très belles langues, il faut les chérir parce qu'elles font partie de notre histoire nationale…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais il y a une particularité corse, puisqu'il y a des collectivités particulières…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais il a déjà été reconnu, le particularisme corse, dans le cadre de la collectivité, c'est une collectivité territoriale unique.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et les électeurs se sont prononcés dimanche.

BENJAMIN GRIVEAUX
Le scrutin de dimanche dernier, en Corse, n'était pas un scrutin sur l'autonomie ou l'indépendance, c'était un scrutin local, qui faisait suite à la modification et à la création de la collectivité territoriale unique. Les habitants de Corse, le scrutin de dimanche soir, il était aussi là pour trancher les questions de développement économique, d'emploi, de transports, d'accès aux soins, d'environnement, en Corse, qui sont des sujets du quotidien pour les habitants de la Corse.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et de reconnaissance de la langue, parce que c'était dans le programme de ceux qui ont triomphé dimanche dans les urnes. C'est aussi une expression du suffrage universel.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, la discussion se fera sur les sujets de développement, sur les sujets d'accompagnement de la Corse, pour que la jeunesse de Corse trouve demain un emploi, puisse construire son avenir.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça vous embête que Ségolène ROYAL continue à faire de la politique, elle est payée par le gouvernement pour être représentante sur les pôles Arctique et Antarctique, et puis elle intervient dans le débat, elle a critiqué Nicolas HULOT, elle vous contrarie sur la Corse, c'est gênant ou pas ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, écoutez, elle a toujours été une voix libre de la politique française, et, vous savez…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il n'y a pas de devoir de réserve quand on a une fonction officielle ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous ne sommes pas dans une logique où on bâillonnerait les personnalités, moi je trouve très bien que chacun puisse s'exprimer. Le débat ne nous a jamais fait peur, il est même sain qu'on puisse débattre, c'est peut-être parce que nous n'avons pas assez débattu des sujets de fond, dans ce pays, qu'il y a eu un certain désamour du politique, que les gens se sont réfugiés parfois dans l'abstention, parfois dans les votes extrêmes. Débattons, sereinement, sans caricature.

JEAN-MICHEL APHATIE
Comptez sur Ségolène ROYAL pour ça.

BENJAMIN GRIVEAUX
J'en suis certain.

(…)

JEAN-MICHEL APHATIE
Dans une vie précédente, vous étiez membre du Parti socialiste, vous avez peut-être croisé, rencontré Jean-Jacques URVOAS qui a été un bref garde des Sceaux et qui est accusé d'avoir diffusé des documents couverts par le secret d'une enquête préliminaire à …

BRUCE TOUSSAINT
Thierry SOLERE !

JEAN-MICHEL APHATIE
… Thierry SOLERE, député Les Républicains à l'époque, vous connaissez Jean-Jacques URVOAS, vous avez une opinion sur ce que « Le Canard Enchainé » a révélé ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord, si les faits sont avérés, ils sont d'une très grande gravité. C'est ce qu'a rappelé la garde des Sceaux. Maintenant, il y a une enquête qui est en cours et on n'a pas l'habitude de commenter les enquêtes qui sont en cours. Que le Parquet transmette des informations à la chancellerie, au garde des Sceaux, c'est parfaitement légitime. C'est ce qui garantit l'unité, l'homogénéité de la politique pénale dans notre pays. Il est en revanche anormal que ces infos une fois remontées redescendent si je peux m'autoriser cette expression.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bien sûr ! Ca nourrit …

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça doit être conservé évidemment dans le secret de la chancellerie !

JEAN-MICHEL APHATIE
…l'argumentaire de ceux qui souhaitent une indépendance du Parquet !

BENJAMIN GRIVEAUX
L'indépendance du Parquet a été reconnue par une décision du Conseil constitutionnel encore la semaine dernière, c'était vendredi dernier. Je sais que les syndicats de magistrature et de la haute magistrature ont été critiques à l'égard de cette décision, je l'ai entendu. Les travaux qui seront engagés par Nicole BELLOUBET, la garde des Sceaux dans le cadre de la révision constitutionnelle nous n'excluons pas de pouvoir encore apporter une garantie supplémentaire à cette indépendance mais à l'évidence …

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous y êtes hostile !

BENJAMIN GRIVEAUX
Non. Pourquoi dites-vous cela ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, il n'y a pas d'indépendance puisque de toutes les façons …

BENJAMIN GRIVEAUX
Il n'y a pas d'instruction individuelle !

JEAN-MICHEL APHATIE
…la remontée d'informations …

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne peux pas vous laisser dire. Jean-Michel APHATIE, ne tombez pas dans la caricature, vous avez une décision du juge constitutionnel qui est un juge indépendant qui date de vendredi dernier qui consacre l'indépendance du Parquet par rapport à la chancellerie, par rapport au garde des Sceaux. C'est l'indépendance, ce n'est pas le politique qui dit, c'est le Conseil constitutionnel, le juge suprême en France, ça, c'est la première chose. La deuxième chose, je suis en train de vous le dire, on va travailler à des propositions dans le cadre de la révision constitutionnelle pour encore renforcer cette indépendance du Parquet, donc ne me dites pas qu'il n'y a pas d'indépendance du Parquet dans le pays. Ça a été reconnu par le Conseil constitutionnel…

JEAN-MICHEL APHATIE
Relative, une indépendance relative.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a un lien entre le Parquet et le garde des Sceaux, mais c'est heureux, parce que je suis convaincu d'une chose, c'est que nos concitoyens ne comprendraient pas que le gouvernement ne dirige pas, aussi, et ne garantisse pas l'unité de la politique pénale dans notre pays.

JEAN-MICHEL APHATIE
Thierry SOLERE peut rester membre de la République En Marche si… ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, moi je ne fais pas le procès dans le procès, déjà attendons ce que l'enquête judiciaire dira, voyons les responsabilités des uns et des autres, et si les choses devaient s'avérer exactes, les décisions seront prises. Vous savez, on n'a pas eu la main qui tremble sur ces sujets-là au sein de la République En Marche.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce député de la République En Marche nous a surpris, il s'appelle Hervé BERVILLE, il est élu dans les Côtes-d'Armor, il est face à Jean-Jacques BOURDIN, on l'écoute.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il vrai que la prime de Noël va être reconduite ?

HERVE BERVILLE
La prime de Noël ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous savez ce que c'est la prime de Noël ?

HERVE BERVILLE
Alors moi je n'ai pas de prime de Noël en tant que député.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas vous en tant que député, mais les Français, eux ? Vous ne connaissez pas la prime de Noël ?

HERVE BERVILLE
Mais je vous dis que, en tant que député, je ne vais pas recevoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas vous, évidemment, pas vous, mais les Français ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Voir un député qui fait la loi coupé à ce point de la vraie vie, des choses simples.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, alors ça c'est l'argument facile. Il a 27 ans, Hervé BERVILLE, il est arrivé du Rwanda à l'âge de 4 ans, et l'école de la République lui a permis aujourd'hui d'être député de la Nation, il peut arriver…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas un élément explicatif ça, qu'il soit arrivé à 4 ans du Rwanda.

BENJAMIN GRIVEAUX
Attendez, j'entends, Jean-Michel APHATIE, il peut arriver…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il est député.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il peut arriver à un parlementaire… vous savez quoi, les hommes et les responsables politiques il leur arrive d'être faillibles, personne n'est parfait. Il nous arrive de faire des erreurs, il nous arrive de ne pas savoir, nous ne sommes pas comme vous, omniscients, nous ne savons pas tout, c'est aussi simple que ça.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, vous pensez que je sais tout, c'est gentil ça !

BENJAMIN GRIVEAUX
Et vous savez, c'est un garçon qui est très engagé dans sa circonscription, qui a remporté sa circonscription, qui se démène au Parlement, qui passe de nombreuses heures, qui travaille beaucoup, et donc, voilà. Je l'ai vu le jour-même, il se trouve qu'on se croisait chez l'un de vos confrères, il était catastrophé…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a de quoi.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ouais, enfin surtout moi j'aimerais qu'on regarde tout le travail qu'il a accompli…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il fait la loi quand même, donc…

BENJAMIN GRIVEAUX
Parce que tout ce qu'il fait de remarquable n'est jamais souligné, et d'ailleurs ça vaut pour tous les parlementaires, quelle que soit leur sensibilité politique, on ne souligne jamais le travail remarquable qui est fait, les heures passées, les nuits passées au Parlement, on montre toujours le petit morceau qui va mal, c'est un état d'esprit, ce n'est pas le mien. Moi j'ai plutôt tendance à boire le verre à moitié plein qu'à moitié vide, je suis sûr d'une chose, c'est que cette fois-ci la prime de Noël sera parfaitement intégrée.

JEAN-MICHEL APHATIE
Puisque vous êtes porte-parole du gouvernement, Benjamin GRIVEAUX, vous pourrez peut-être nous expliquer pourquoi la féministe Rokhaya DIALLO a été écartée du Conseil du numérique que le gouvernement met en place. Monsieur MAHJOUBI, qui est secrétaire d'Etat au Numérique, dit que si elle avait figuré dans ce Conseil, ce Conseil n'aurait pas pu travailler dans la sérénité. Ça veut dire quoi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord le choix des personnes qui siègent au sein du Conseil national du Numérique a été fait par la présidente, qui a été nommée il y a quelques jours, Marie EKELAND.

JEAN-MICHEL APHATIE
Elle a choisi 30 personnes.

BENJAMIN GRIVEAUX
Qui a choisi 30 personnes, et qui a considéré…

JEAN-MICHEL APHATIE
Dont Rokhaya DIALLO.

BENJAMIN GRIVEAUX
Que la présence de Rokhaya DIALLO ne permettait pas sans doute au Conseil national du numérique d'avoir la sérénité nécessaire à ses débats.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, ce n'est pas elle qui a parlé de sérénité, c'est monsieur MAHJOUBI qui a parlé de sérénité.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est elle qui a estimé, le communiqué était de monsieur MAHJOUBI, mais c'est Marie EKELAND qui a aussi estimé que…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est elle qui l'avait choisie.

BENJAMIN GRIVEAUX
Sans doute, peut-être toutes les diligences n'avaient-elles pas été faites, mais que peut-être ça ne permettait pas au Conseil national du numérique, dont la mission est importante, de mener avec sérénité les débats auxquels il va être confronté.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pourquoi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Parce qu'il y aura beaucoup de débats, on a entendu la question de la neutralité du Net…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, non, mais pourquoi elle, quel problème pose-t-elle d'après vous ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, elle a des positions, et elle a eu des positions, encore très récemment, qui… il est important d'avoir des gens qui ont des positions différentes, et le Conseil national du numérique réunit des gens qui sont d'obédiences très différentes, et dont un certain nombre, d'ailleurs, ne soutiennent pas les positions du gouvernement.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a des positions qui sont interdites alors ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Quand elle dénonce un racisme d'Etat institutionnalisé oui, et quand elle soutient les ateliers de formation non mixtes dans l'éducation nationale, oui.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Benjamin GRIVEAUX, merci d'avoir été avec nous ce matin.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 décembre 2017

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