Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à Europe 1 le 15 décembre 2017, sur l'accident survenu entre un autobus de ramassage scolaire et un train au passage à niveau de Millas. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à Europe 1 le 15 décembre 2017, sur l'accident survenu entre un autobus de ramassage scolaire et un train au passage à niveau de Millas.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre des transports;

ti : PATRICK COHEN
En studio et en direct avec nous, la ministre des Transports. Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

PATRICK COHEN
Vous étiez vous aussi sur place aux côtés du Premier ministre et, j'imagine, effarée par la violence, l'horreur de l'accident et le traumatisme des familles.

ELISABETH BORNE
Effectivement. C'est un accident effroyable qui s'est produit hier à Millas avec un bilan particulièrement lourd. On l'a dit : quatre enfants décédés, une dizaine qui sont encore dans un état critique. C'était toute la douleur des familles et aussi leur angoisse puisque l'identification a été compliquée et tout ça a ajouté aussi à l'angoisse des familles.

PATRICK COHEN
A l'instant, le préfet vient de faire savoir que l'identification des victimes était terminée.

ELISABETH BORNE
Voilà. Moi, je voudrais vraiment redire aussi toute l'émotion, toute la tristesse et la solidarité du gouvernement à l'égard des familles. Je pense que c'est aussi la solidarité de tous les Français face à ces circonstances dramatiques.

PATRICK COHEN
Est-ce qu'il y a des mesures que peut prendre le gouvernement pour accompagner ces familles ?

ELISABETH BORNE
Effectivement. Hier, la priorité c'était les secours et l'accompagnement des familles. Immédiatement une cellule a été mise en place pour accompagner les familles. Puis je vous annonce qu'on va nommer un coordinateur interministériel pour aider les familles, pour les accompagner dans la durée. Parce qu'il y a l'actualité et, ensuite, les familles pourraient craindre de rester seules et donc le rôle de ce coordinateur interministériel va être d'être présent aux côtés des familles dans la durée, pour les aider aussi dans leurs démarches. Et donc, il sera sur place dès demain.

PATRICK COHEN
Il sera sur place dès demain et donc nommé…

ELISABETH BORNE
Il est nommé dans la matinée.

PATRICK COHEN
Dans la matinée. Ce sera un haut-fonctionnaire ?

ELISABETH BORNE
Voilà, c'est un haut-fonctionnaire.

PATRICK COHEN
Avez-vous ce matin, Elisabeth BORNE, des informations sur ce qui s'est passé pour que le car se retrouve au milieu de la voie ferrée ? Fonctionnement normal ou pas du passage à niveau ? Barrière levée ou baissée ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je voudrais appeler tout le monde à la prudence aujourd'hui, Ne commentons pas la position des barrières. La conductrice du bus est elle-même blessée, donc elle n'a pas pu encore être interrogée. C'est le temps maintenant de l'enquête judiciaire et de l'enquête administrative. On doit la vérité aux familles, ce sera l'objet de l'enquête judiciaire de déterminer les responsabilités. Et puis on doit aussi aux familles de tirer toutes les leçons de ce drame et donc ce sera l'objet de l'enquête administrative. Les enquêteurs sont sur place aussi pour analyser les circonstances, comprendre ce qui s'est passé et faire qu'on en tire toutes les leçons.

PATRICK COHEN
Mais vous nous confirmez que ce passage à niveau-là en particulier n'était pas considéré comme dangereux. Il n'était pas signalé comme spécialement dans la liste des passages à niveau sur lesquels il faudrait faire des travaux.

ELISABETH BORNE
Je vous confirme que ce passage n'était absolument pas dans la liste des passages à niveau signalés. Il y a un programme national pour traiter les passages à niveau qui sont signalés ou considérés comme dangereux, mais ce passage à niveau n'était pas considéré comme dangereux.

PATRICK COHEN
La SNCF ne supprime que cinq à sept passages à niveau par an sur les quinze mille que compte encore le réseau. Est-ce qu'il faut, à votre avis, faire plus et plus vite ?

ELISABETH BORNE
Les suppressions de passages à niveau, c'est des travaux compliqués mais on a aussi d'autres dispositifs pour mieux signaler les passages à niveau, renforcer la signalisation lumineuse. C'est aussi des enjeux de sécurité routière. Vous savez que beaucoup de Français, en fait un Français sur cinq, dit ne pas avoir respecté les règles de sécurité routière et avoir franchi un passage à niveau sans respecter ces règles. Mais en tout cas, il y a un programme national, on va le mener avec détermination. On va aussi utiliser toutes les innovations qu'on peut pour mieux protéger aussi les automobilistes ceux qui voyagent dans les trains, on est en train de tester par exemple la détection de présence sur les passages à niveau. Donc on mène ce programme avec détermination et on va continuer à le faire et on tirera toutes les leçons de cet accident.

PATRICK COHEN
Détection de présence et effectivement, ce sont des radars installés sur la route, c'est ça, à l'approche de la voie ferrée ?

ELISABETH BORNE
Des radars installés sur la route aussi pour appeler à la vigilance les conducteurs automobiles. Dans 98% des cas, c'est en fait une faute de sécurité routière qui conduit à une collision sur les passages à niveau et donc on teste aussi de la détection d'obstacles qui pourraient arrêter le train mais donc les tests sont en cours sur ces dispositifs.

PATRICK COHEN
Il y en a 7 installés, je crois, jusqu'à présent et c'est un coût d'équipements qui varie entre 300 et 500 000 euros, ce qui est assez considérable.

ELISABETH BORNE
C'est surtout qu'on teste de la technologie pour pouvoir aller plus loin et encore mieux protéger les automobilistes.

PATRICK COHEN
Ce que vous avez voulu rappeler il y a un instant dans le sens des campagnes de prévention, c'est que l'essentiel des accidents de passages à niveau sont dus à des facteurs humains, à des erreurs humaines avant d'être des erreurs mécaniques !

ELISABETH BORNE
Absolument. Je vous le disais, 98% des cas, c'est effectivement une faute de sécurité routière ; c'est pourquoi on a une campagne de sensibilisation pour dire aux gens de faire attention sur les passages à niveau, de respecter la signalisation. Donc c'est effectivement le sens de cette campagne de sensibilisation.

PATRICK COHEN
31 morts l'an dernier sur les passages à niveau, 33 cette année, sans compter les victimes de la catastrophe de Millas pour l'instant.

ELISABETH BORNE
Absolument. Donc on va continuer à agir sur ces passages pour en améliorer la sécurité.

PATRICK COHEN
Je reviens sur la situation que vous avez pu observer sur place à Millas, plusieurs bus, plusieurs cars scolaires se succédaient sur la route.

ELISABETH BORNE
Alors effectivement il y avait un deuxième bus qui suivait celui qui a été percuté par le TER et donc tous ces enfants qui ont été témoins de l'accident effectivement vont être aussi pris en charge et voilà évidemment l'émotion était terrible hier à Millas avec cette angoisse en plus sur l'attente de l'identification des victimes et bon, je pense, c'est évidemment toute la ville qui est traumatisée et qui va être accompagnée suite à ce terrible accident.

PATRICK COHEN
Et donc à l'heure où nous parlons, Elisabeth BORNE, on ne peut pas exclure une hypothèse, défaillance technique, celle du passage à niveau, d'un passage qui ne se déclenche pas parce que la pédale sur la voie ferrée ne se déclenche pas à l'approche du TER ou erreur humaine, erreur d'un conducteur de bus ?

ELISABETH BORNE
Oui, je crois qu'il veut vraiment faire preuve de beaucoup de réserves. Attendons les enquêtes. L'enquête judiciaire, l'enquête administrative, respectons la douleur des familles. Laissons les enquêtes se dérouler sans vouloir tirer des conclusions avant que les faits soient établis.

PATRICK COHEN
Mais vous comprenez en même temps que l'émotion provoquée par cet accident suscite des questions sur le déroulement ?

ELISABETH BORNE
Les familles ont le droit de savoir, ça sera l'objet de l'enquête judiciaire et on en tirera toutes les leçons. C'est l'enquête administrative, les enquêteurs sont sur place aujourd'hui.

PATRICK COHEN
Est-ce que le rôle du coordinateur dont vous avez annoncé la nomination sera aussi de fournir des informations sur l'avancée de l'enquête ?

ELISABETH BORNE
Le coordinateur, absolument, il sera aux côtés des familles pour les soutenir, pour les informer, pour les aider dans les démarches, il sera à leurs côtés dans la durée.

PATRICK COHEN
Et les premiers résultats de l'enquête, c'est une affaire de quelques jours ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'on pourra avoir rapidement des premières indications mais il y a des équipements sur le train qui permettent de connaître la vitesse, il y a des indications aussi sur le passage à niveau qui permettront de vérifier son fonctionnement. Donc je pense qu'on aura ces indications ; le procureur les aura, les enquêteurs les auront. Voilà j'espère qu'on pourra communiquer rapidement pour clarifier les circonstances de ce drame.

PATRICK COHEN
Merci beaucoup Elisabeth BORNE, ministre des Transports d'être venue ce matin au micro d'Europe 1 quelques heures après cette terrible catastrophe dont on va reparler dans un instant évidemment.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 décembre 2017

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