Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec RTL le 15 décembre 2017, sur la reconnaissance par le président des Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d'Israël, le nucléaire en Corée du Nord et en Iran, les djihadistes français et sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec RTL le 15 décembre 2017, sur la reconnaissance par le président des Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d'Israël, le nucléaire en Corée du Nord et en Iran, les djihadistes français et sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre de l'Europe et des affaires étrangères;

ti :
ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Jean-Yves LE DRIAN et merci d'être dans ce studio de RTL ce matin.

JEAN-YVES LE DRIAN
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
« Il a quitté l'accord de Paris, il rompt avec le droit international », c'est vous-même d'ailleurs qui l'avez dit, est-ce qu'on peut faire confiance au président TRUMP, qui à l'évidence ne respecte pas la parole donnée ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Avant de parler de TRUMP, simplement une pensée émue à l'égard des familles victimes par la mort ou l'hospitalisation de leurs enfants de la catastrophe de Millas. Le Premier ministre s'y est rendu hier, en tout cas nous avons ce matin beaucoup d'émotion surtout à cette heure-ci où les jeunes collégiens vont retrouver leur école sans certains de leurs camarades. Je reviens à TRUMP ; sur la position prise à l'égard de Jérusalem et la décision annoncée de reconnaitre Jérusalem comme capitale d'Israël et transférer l'ambassade américaine, la France a fait état de son désaccord. La réalité c'est que sur cette question, il faut un cadre, une méthode et un objectif. Le cadre c'est le respect du droit international. Il y a eu une série de résolution du Conseil de sécurité concernant la situation au Proche Orient, concernant le positionnement d'Israël et de la Palestine. Il faut les respecter. En particulier la résolution 1396, il y en a eu plusieurs. Ça c'est le cadre. Ensuite, il y a la méthode ; la méthode c'est la négociation. Il faut agir avec les Israéliens, les Palestiniens pour aboutir à un processus permettant l'objectif, et l'objectif c'est deux Etats vivant en sécurité l'un et l'autre avec des frontières reconnues, et ayan l'un et l'autre comme capitale Jérusalem. Voilà quel est le sujet. Et finalement il est assez simple. Il faut donc maintenant qu'il y ait les initiatives nécessaires pour reprendre le processus de paix. Il faut donner aux Palestiniens un espoir et une perspective, et il faut aussi qu'Israël assume ses responsabilités. C'est la raison pour laquelle l'autre jour le président MACRON a souhaité que monsieur NETANYAHOU fasse des signes pour aboutir à un processus de paix.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je reviens à ce que vous dites, il faut des signaux ; en représailles de l'annonce le Premier ministre turc ERDOGAN a reconnu Jérusalem est comme capitale de la Palestine. C'était une réponse à TRUMP. Sans aller jusque-là, est-ce que le président MACRON pourrait faire un geste lui aussi à l'égard des Palestiniens, dans ce contexte ?

JEAN-YVES LE DRIAN
La France est prête à accompagner toute initiative politique permettant d'aboutir à un résultat de paix au Proche Orient. On attend une initiative américaine qui est annoncée déjà depuis quelques semaines. Si elle permet un processus de paix la France sera derrière. En ce qui concerne la capitale de chacun des Etats nous attendons le processus de paix et l'aboutissement de la négociation pour nous positionner. Et donc la France n'a pas l'intention de mettre son ambassade pour l'instant ailleurs qu'à Tel Aviv.

ELIZABETH MARTICHOUX
Tout indique que le déménagement de l'ambassade américaine en fait de Tel Aviv à Jérusalem, après l'annonce qui a mis le feu aux poudres, puisse prendre des mois peut-être des années en fait. Ça veut dire quoi ? Après avoir jeté la foudre Washington calme le jeu ? Dans le fond est-ce que ça va être une réalité ce déménagement ?

JEAN-YVES LE DRIAN
La réalité la plus urgente c'est l'initiative de paix que les Etats-Unis doivent proposer dans quelques temps.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je vous pose la question sur le déménagement qui a une haute définition significative symbolique et géopolitique telle qu'elle a été annoncée ; Est-ce que ça va avoir lieu à votre avis par exemple avant la fin du mandat de Donald TRUMP ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui c'est possible, mais il faut trouver un terrain, il faut y construire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais c'est le plus probable… Ça va prendre combien de temps ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il faut demander aux Américains, moi je ne suis pas chargé de la construction.

ELIZABETH MARTICHOUX
Justement ils disent des mois, des années. Est-ce que c'est pour calmer le jeu ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Monsieur TILLERSON a dit à Paris qu'il faudra un peu de temps, c'est vrai qu'il faut du temps pour construire. Le problème c'est l'acte politique, c'est ça le sujet. C'est « je désire que la capitale d'Israël soit Jérusalem, et je constate que je vais m'y installer ». Ça c'est l'acte qui est posé, c'est un acte politique, c'est celui qui a l'essentiel de la valeur et c'est celui avec lequel nous sommes en désaccord.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour revenir à TRUMP et la première question que je vous posais, vous allez justement je crois à Washington dans les jours qui viennent…

JEAN-YVES LE DRIAN
Lundi oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et vous allez justement rencontrer votre homologue TILLERSON ; lui, il se dit prêt à discuter avec la Corée du Nord qui est un gros gros dossier, il a dit « il faut se mettre autour de la table », lui il veut faire de la diplomatie. Est-ce que TRUMP va le laisser faire ou est-ce qu'il va par une phrase ou un tweet dévastateur torpiller ces tentatives-là qui correspondent à ce qu'on imagine devoir être …

JEAN-YVES LE DRIAN
La question de la Corée du Nord est une question majeure, parce que l'accès de la Corée du Nord à la possibilité de l'arme atomique est essentiel et très risqué, et menace l'ensemble de la région y compris d'ailleurs indirectement l'Europe. Donc la non prolifération signifie qu'il faut empêcher la Corée du Nord d'accéder à cette arme nucléaire et pour l'instant ils y sont prêts puisqu'il y a à la fois des essais balistiques qui se sont accélérés depuis quelques semaines et les essais nucléaires qui se sont aussi accélérées.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ils l'ont l'arme nucléaire !!

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui mais ils n'ont pas encore la capacité de projeter l'arme nucléaire. Et à un moment donné ça risque d'arriver. Et lorsque ce moment-là sera arrivé alors nous serons dans une situation extrêmement grave et extrêmement tendue. Donc il faut en anticipation éviter ce risque qui est un risque pour tous les acteurs de la région, la Chine, le Japon, la Russie, je ne parle pas de la Corée du Sud évidemment qui est aux premières loges. Donc les initiatives qui sont prises visant à essayer de trouver le dialogue ne peuvent qu'avoir notre encouragement. J'observe d'ailleurs que le président TRUMP s'est entretenu avec le président POUTINE à cet égard il y a quelques heures. Les voix du dialogue sont encore possibles. Pour l'instant il faut que nous ayons une position extrêmement ferme à l'égard de la Corée du Nord, c'est la raison pour laquelle il y a les sanctions, mais en même temps dire « il faut aboutir à une dénucléarisation de l'ensemble de la péninsule coréenne ». Si les initiatives qui sont prises permettent de se mettre autour de la table pour discuter, tant mieux. Je sens qu'il y a un petit peu de progrès, on n'est plus de manière aussi ferme qu'il y a quelques semaines ; il y a des perspectives, j'espère qu'elles vont pouvoir aboutir.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous irez prochainement en Iran monsieur le ministre.

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour préparer la visite d'Emmanuel MACRON, elle est confirmée ?

JEAN-YVES LE DRIAN
J'irais en Iran parce qu'il faut parler avec tout le monde. Et j'irai en Iran pour dire trois choses. D'abord que l'accord de Vienne, qui a été validé par les autorités iraniennes et par la communauté internationale qui permettent d'éviter l'accès précisément à l'arme nucléaire de l'Iran, cet accord de Vienne il doit être respecté et il est respecté, nous le constatons par les différents contrôles qui sont effectués et le fait que le président TRUMP n'ait pas validé les conclusions des rapports qui ont été faits ne modifient en rien notre position. Et je l'espère la position de l'Iran. Ça c'est le premier point. Le deuxième point c'est que nous sommes très préoccupés des enjeux balistiques et de l'accroissement de l'Iran dans ses capacités qui risquent elles aussi de remettre en cause l'équilibre de la région, nous le dirons. Et puis le troisième point, qui est le plus immédiat, nous sommes vraiment en désaccord sur le fait que l'Iran continue à avoir une présence, y compris une présence armée en Syrie, et le règlement de paix de la situation au Moyen Orient ne peut passer que par l'intégrité, la souveraineté de la Syrie et le fait que chaque communauté en Syrie puisse vivre en paix sans intervention extérieure, et ça c'est un problème de fond ; il vaut mieux aller le dire directement pour échanger.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quand ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Dans peu de temps.

ELIZABETH MARTICHOUX
Avant la fin de l'année ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Non, non, début de l'année prochaine.

ELIZABETH MARTICHOUX
En janvier, début janvier.

JEAN-YVES LE DRIAN
En janvier.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que vous confirmez qu'un certain nombre de djihadistes français ou francophones en tout cas sont arrivés il y a quinze, vingt jours au nord de l'Afghanistan dans des districts contrôlés par Daesh ? C'est ce qu'a déclaré le gouverneur de la région. Est-ce que vous en avez la trace, est-ce que vous en avez la preuve ? Et d'où viendraient-ils ? De Syrie ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il y a plusieurs centaines de combattants de Daesh qui sont de nationalité française, en Syrie et en Irak. Une partie d'entre eux suive les flux de départ des diaristes vers d'autres horizons, et effectivement aussi en Afghanistan où il y a des zones qui sont tenues aujourd'hui par Daesh, ce qu'on appelle la zone Khorasan qui vont continuer le combat contre

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ils pourraient faire partie de ces combattants qui fuient effectivement la Syrie et l'Irak et qui s'éparpillent, comme vous l'aviez dit …

JEAN-YVES LE DRIAN
Les combattants s'éparpillent, il n'y a pas que des combattants français dans cette affaire, il y a des combattants qui viennent de plusieurs pays européens et de plusieurs pays du Moyen Orient ; Ils sont en mutation. Ce qui est dangereux c'est le fait que la défaite territoriale de Daesh ne signifie pas la défaite de Daesh. C'est-à-dire que Daesh rentre en clandestinité, donc il y a toujours des risques de menace et de transferts de leurs activités ailleurs. Manifestement plutôt vers l'est que vers l'ouest, mais il faut être très très vigilants sur les conséquences de cette victoire. C'est une victoire ; mais c'est une victoire qui doit permettre de garder la vigilance et qui doit aussi nous amener à embrayer sur le processus de reconstruction à la fois en Irak et en Syrie.

ELIZABETH MARTICHOUX
On arrive à la fin de cette interview. Deux qu'étions de politique intérieure. Vous êtes le seul breton, je crois, du gouvernement…

JEAN-YVES LE DRIAN
Non, il y a Nicolas HULOT aussi. Il est quand même breton, nous sommes deux bons bretons.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez avec constance soutenu, contrairement à lui, le projet d'un nouvel aéroport de Nantes. « Je suis à fond », avez-vous dit, vous avez dit à Emmanuel MACRON à quel point c'était important pour la Bretagne de construire un nouvel aéroport ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui. L'essentiel pour les Bretons dans cette affaire c'est d'avoir la capacité de voyager par avion dans les années qui viennent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Avec un nouvel aéroport ou avec l'extension de l'ancien…

JEAN-YVES LE DRIAN
La seule solution qui nous apparaissait possible jusqu'à présent c'était la solution de Notre-Dame-des-Landes puisque c'est un projet qui est entre Nantes et Rennes, donc tout ça va très bien. Maintenant il apparait qu'il y a peut-être une autre solution, eh bien le gouvernement va trancher. Moi en tout cas je donne mon avis.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et vous lui avez dit. Et vous pensez qu'il va prendre une décision qui sera conforme aux intérêts de la Bretagne ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je l'espère. L'intérêt de la Bretagne c'est que les Bretons puissent voyager.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc par un nouvel aéroport ou pas ; Ça a un peu évolué donc votre position.

JEAN-YVES LE DRIAN
Non, ma position c'est le fait qu'il me parait que Notre-Dame-des-Landes c'est la meilleure solution ; il apparait là qu'il y a une autre option, il faut l'étudier mais en tout cas l'essentiel c'est que la décision soit prise rapidement.

ELIZABETH MARTICHOUX
François HOLLANDE était hier sur RTL, l'invité de Marc-Olivier FOGIEL et Alain DUHAMEL, il a retenu ses coups contre Emmanuel MACRON contrairement à des déclarations antérieures qui étaient un petit peu plus, on va dire, piquantes. Il a bien fait ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui parce que la France prend toute sa place en ce moment, la France est attendue, la France est respectée, la France est en position de leader. La créativité diplomatique d'Emmanuel MACRON est reconnue par tous ; on sort d'un sommet sur le climat dont il a pris l'initiative, on sort d'un sommet sur le Sahel dont il a pris l'initiative, on sort d'un sommet sur le Liban dont il a pris l'initiative. Bref, la France est en position d'action et il importe qu'elle soit respectée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci Jean-Yves LE DRIAN d'avoir été sur RTL ce matin. Vous êtes toujours au PS, oui ou non ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je vais vérifier les orientations du PS à la fin de l'année. J'ai payé ma carte en début de cette année comme tout un chacun.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous prendrez votre décision…

JEAN-YVES LE DRIAN
En fonction des orientations.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous pourriez rejoindre En Marche ! après si vous quittez…?

JEAN-YVES LE DRIAN
Vous le verrez.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous le verrez, c'est pas exclu, ce sera peut-être le cadeau de Noël pour En Marche ! en début d'année prochaine. Je vous remercie à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 décembre 2017

Rechercher