Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, dans "Les Cahiers de l'ANAH" d'octobre-décembre 2017, sur la politique du logement. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, dans "Les Cahiers de l'ANAH" d'octobre-décembre 2017, sur la politique du logement.

Personnalité, fonction : MEZARD Jacques.

FRANCE. Ministre de la cohésion des territoires

ti :
Q - Dans quelle mesure la stratégie logement du gouvernement, présentée en septembre dernier, peut-elle contribuer à lutter contre les fractures territoriales ?

Mon expérience d'élu local et de parlementaire m'a permis de mesurer à quel point le logement est au coeur de la cohésion des territoires. Dans les zones dites tendues, la demande croissante de logements creuse les inégalités et complexifie la vie quotidienne. La pénurie de logements éloigne de l'emploi les moins privilégiés et freine la mobilité sociale et géographique. À l'inverse, certaines villes moyennes sont confrontées à une offre qui ne trouve pas sa demande. Faute de logements adéquats, de services adaptés ou tout simplement d'emploi et de formation à proximité, de nombreux logements restent vacants et se dégradent. Ces dysfonctionnements sont source d'inégalités et empêchent nos territoires de donner leur plein potentiel. Seule une politique globale peut contribuer à les enrayer. Notre feuille de route s'articule autour d'objectifs structurants : favoriser une offre de logements adaptée à tous nos territoires ; accompagner la demande de logements dans les territoires détendus ; promouvoir la rénovation énergétique des logements, en priorité ceux des ménages modestes ; faciliter l'accès au logement et la mobilité au sein des parcs de logements, en particulier vis-à-vis des publics jeunes, actifs ou modestes ; enfin, développer l'insertion par le logement d'abord. Cette stratégie doit mobiliser l'ensemble des acteurs du logement, au sein des services déconcentrés de l'État, des associations et des opérateurs qui contribuent à la solidarité nationale. Elle sera traduite, pour ce qui relève des mesures législatives, dans un projet de loi qui est en cours d'élaboration en lien avec tous nos partenaires.

Q - Comment l'Anah peut-elle être partie prenante de cette nouvelle donne ?

Le parc privé est un levier essentiel pour relever le défi du logement. Je connais le travail que mène l'Anah dans ce domaine et sa capacité à répondre efficacement aux vrais enjeux. Son programme de lutte contre la précarité énergétique Habiter Mieux entraîne une forte mobilisation des acteurs locaux, favorise l'émergence de projets de territoire et participe au maintien d'une activité économique locale en soutenant de petites entreprises artisanales. Depuis sa création, Habiter Mieux a permis la réalisation de plus de 4 milliards d'euros de travaux pour près de 250 000 logements rénovés. C'est considérable. Habiter Mieux jouera un rôle central dans notre objectif de lutte contre la précarité énergétique en permettant la rénovation de 75 000 « passoires énergétiques » chaque année, dont une part significative en copropriétés. Tout en répondant aux enjeux climatiques, il apportera un gain de pouvoir d'achat aux citoyens les plus modestes. À cet égard, je salue la démarche de l'Anah pour, d'une part, améliorer les actions d'information et de repérage des ménages éligibles et, d'autre part, simplifier et dématérialiser les procédures de demandes d'aides.

Q - L'un des volets de la stratégie logement porte sur la requalification des centres anciens des villes moyennes. Quelles en sont les grandes orientations ?

Les villes moyennes ont été, trop longtemps, les grandes oubliées de l'aménagement du territoire. Nombreuses sont celles qui présentent des signes de perte de vitalité fragilisant la qualité de vie, la cohésion sociale et le développement économique local. Souvent mal connectées aux pôles urbains et aux grands axes de circulation, ces villes sont confrontées à une sous-occupation et donc à une dégradation de leur bâti. L'Anah mène une politique volontariste contre ce phénomène, notamment dans le cadre des Opah-RU (Opération programmée d'amélioration de l'habitat de renouvellement urbain). Les outils et les aides qu'elle déploie auprès des collectivités et des propriétaires bailleurs participent à la résorption de l'habitat insalubre et au retour des habitants dans les centres-villes.

C'est cette même ambition que poursuit le plan gouvernemental en faveur des villes moyennes. Dès 2018, ce plan donnera la priorité à la requalification des centres anciens dégradés. Il proposera des actions mises en oeuvre dans le cadre de « contrats de redynamisation » entre les collectivités et l'État. Un des objectifs sera de mieux adapter l'offre de logements aux attentes de la population.

Q - Quels sont les défis auxquels l'Anah doit faire face aujourd'hui ?

L'Anah est un opérateur de l'État présent sur tous les territoires, c'est une richesse et une force. L'Agence est au coeur d'un réseau qui fédère les services déconcentrés de l'État (Dreal, DDT), les collectivités, les bureaux d'étude et les associations. De plus, elle intervient à toutes les étapes des projets de rénovation : élaboration des programmes, repérage des ménages, accompagnement, attribution des aides, évaluation… Aujourd'hui, le gouvernement attend de l'Anah et de son réseau qu'ils fassent mieux, plus vite et plus simple pour répondre toujours plus efficacement aux attentes. La simplification et la dématérialisation des procédures administratives sont des piliers de la modernisation de l'État et de ses opérateurs. L'Anah est déjà pleinement engagée dans ce chantier. Il faut aujourd'hui généraliser les actions initiées afin d'améliorer le service rendu à nos concitoyens, notamment les plus fragiles. L'Anah doit également poursuivre et renforcer son travail de terrain. Il lui faut continuer de tisser des partenariats, mobiliser des acteurs divers, publics et privés, développer une ingénierie spécifique et une expertise fine qui lui permet de toujours mieux répondre aux besoins de la population. Qu'il s'agisse d'un quartier urbain ancien à requalifier, d'un centre-bourg rural à revitaliser, d'une copropriété dans un quartier « sensible », l'Anah doit accompagner les élus dans l'élaboration de leurs stratégies et dans la réalisation de leurs projets. Plus que jamais, elle doit s'affirmer comme un opérateur de la solidarité nationale au service de la cohésion des territoires.


Source http://www.anah.fr, le 19 décembre 2017

Rechercher