Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec RTL le 18 décembre 2017, sur la politique de l'immigration. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec RTL le 18 décembre 2017, sur la politique de l'immigration.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti :
ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Gérard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les débats sur la loi immigration s'annoncent chaud, vous êtes là pour en parler. Merci et rebonjour à vous. Pour mieux accueillir, le gouvernement veut durcir la politique migratoire. C'est votre ligne qui l'a emporté.

GERARD COLLOMB
Je crois que c'est la ligne de tous les Français, une ligne raisonnable. On voit bien aujourd'hui en France, nous avons 95 000 demandes d'asile par an, ça veut dire une grande ville chaque année. Si évidemment nous accueillons tout le monde, nous ne pourrions pas accueillir dans de bonnes conditions. Nous, nous avons décidé de pouvoir accueillir celles et ceux qui sont réfugiés des théâtres de guerre, qui sont prisonniers politiques, mais en même temps d'essayer de mener une politique qui permette que les migrations économiques soient gérées de manière autre.

ELIZABETH MARTICHOUX
Voilà la philosophie générale. Il y a loi en préparation puis, parallèlement, les circulaires qui sont publiées ; on va voir ça dans le détail. Vous avez bien demandé aux préfets d'accélérer les expulsions dans une circulaire le 20 novembre dernier.

GERARD COLLOMB
Oui, bien sûr. Je pense que ceux qui sont déboutés du droit d'asile doivent être aujourd'hui expulsés. C'est plus 14 % d'éloignements.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez des résultats ?

GERARD COLLOMB
Plus 14 %.

ELIZABETH MARTICHOUX
Depuis ?

GERARD COLLOMB
Sur les onze premiers mois de l'année, plus 14 % et je ne suis arrivé qu'au mois de mai comme vous le savez. Ça veut dire qu'effectivement, lorsqu'on veut, on peut avoir des résultats de ce point de vue.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a une circulaire du 12 décembre aussi qui fait beaucoup parler d'elle. Toujours dans l'objectif que vous avez de rendre la politique plus efficace, des équipes mobiles vont vérifier les situations des migrants accueillis en centre d'hébergement d'urgence. Examiner leur situation, c'est-à-dire ?

GERARD COLLOMB
Ça veut dire qu'aujourd'hui nous ne savons pas qui est dans ces centres d'hébergement d'urgence. On pense qu'il y a à peu près un tiers des personnes qui sont des réfugiés, qui pourraient être placés ailleurs et avoir droit au logement, avoir droit à une vie normale. Un tiers qui sont des déboutés du droit d'asile, donc qui devraient pouvoir s'en aller. Et un autre tiers dont il faut évaluer la situation. Aujourd'hui, c'est à peu près 103 000 personnes qui sont dans ces centres parce qu'on n'arrive plus à les loger, dont 50 000 à l'hôtel. Quelquefois, ils sont à l'hôtel depuis quinze ans, ce n'est pas normal évidemment.

ELIZABETH MARTICHOUX
Qui seront ces équipes mobiles ? Il y aura qui dans ces équipes mobiles ? Il y aura des policiers ?

GERARD COLLOMB
Non, il n'y aura pas de policiers. Ce sont à la fois des équipes des préfectures et en même temps de l'OFI, Office français de l'immigration.

ELIZABETH MARTICHOUX
Gérard COLLOMB, vous présentez cela très tranquillement mais les associations sont vent debout. Jamais un fonctionnaire n'est entré pour demander quelle est la situation administrative de ces personnes qui sont en situation d'urgence.

GERARD COLLOMB
Il y a eu déjà des réponses qui ont été données. Il y a une jurisprudence du Conseil d'Etat qui est constante. Autant l'urgence, c'est pour accueillir de manière instante pendant une semaine, pendant deux semaines. Mais quand les gens sont là depuis quinze ans, vous ne pouvez pas dire qu'il y a une urgence absolue.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ce ne sont pas des personnes qui sont là depuis quinze ans, Gérard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Si. Dans les hôtels, j'ai ici des personnes qui sont là depuis quinze ans, qu'on n'a jamais sorties de cette situation. Evidemment, il convient de résoudre leur problème de manière humaine. Croyez-moi, celles et ceux qui vont aller dans ces centres vont effectivement placer, de manière à ce que ces gens puissent soit s'insérer dans notre société s'ils y ont droit, soit effectivement être éloignées.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous dites cela mais les associations comme Emmaüs sont très attachées, par exemple, à ce qu'on appelle l'inconditionnalité de l'hébergement d'urgence. Quelle que soit la situation dans laquelle la personne se trouve, elle doit pouvoir être là en n'ayant pas la crainte d'être contrôlée. Or, elle le sera de facto.

GERARD COLLOMB
Lorsque, par exemple, à la frontière italienne il arrive 50 000 personnes par an, est-ce que j'accueille tout le monde ? En Allemagne, il y a eu 300 000 déboutés du droit d'asile qui essayent de venir en France. Est-ce qu'on accueille tout le monde ? Non. On ne peut pas accueillir tout le monde parce qu'autrement, c'est des villes comme Lyon qu'il faudrait construire. C'est tout simplement la raison qui nous guide et nous allons le faire évidemment de façon très humaine.

ELIZABETH MARTICHOUX
Finalement, vous êtes comme Emmanuel MACRON. Vous dites que l'administration doit prendre le pas dans les centres d'hébergement sur les associations. C'est ce qu'avait dit Emmanuel MACRON devant les préfets cet automne : « Je n'accepterai jamais que lorsque l'administration vient faire son travail dans un centre d'hébergement, une association puisse l'empêcher de faire. » Vous dites aux associations : « Ne nous empêchez pas de faire. »

GERARD COLLOMB
Non.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est vous qui l'avez dit.

GERARD COLLOMB
On dit : « Travaillons de manière partenariale. » Ce que dit Emmanuel MACRON, c'est qu'on ne peut pas rester dans la situation où l'on est et qu'il faut effectivement traiter le problème de ces personnes. De manière humaine mais le traiter. Et ensuite effectivement, nous souhaitons le plus possible…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas du fichage ?

GERARD COLLOMB
Non. Nous souhaitons le plus possible travailler avec les associations mais c'est à elles de dire comment elles veulent travailler avec nous.

ELIZABETH MARTICHOUX
Elles ont quitté la salle, elles ont quitté Beauvau.

GERARD COLLOMB
Un certain nombre de travailleurs sociaux, et je les comprends, disent : « Nous, nous faisons du travail social. Donc ça, ce ne sera jamais notre travail. » Nous comprenons mais nous, nous voulons le faire parce qu'effectivement la situation aujourd'hui – vous la voyez sur Paris – est totalement explosive et on n'arrive plus à gérer un système qui a sa propre logique, qui finalement ne dépend plus d'aucune personne. On ne peut pas gérer comme cela.

ELIZABETH MARTICHOUX
En attendant, les associations disent surtout qu'elles veulent saisir le défenseur des droits ; elles l'annoncent ce matin. Elles craignent une atteinte aux droits des personnes étrangères. Elles ont quitté la place Beauvau il y a quelques jours, elles ont quitté la table.

GERARD COLLOMB
La moitié l'a quittée, l'autre moitié est restée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous allez les faire revenir comment ?

GERARD COLLOMB
On va les revoir. Nous, on essaye toujours de persuader. C'est même ce qui fait la marque de fabrique. La marque de fabrique d'Emmanuel MACRON, c'est cette capacité à convaincre. Au début, les gens doutent de ce qu'il fait, puis progressivement ils comprennent. Sur ce sujet comme sur les autres, il va comprendre et je pense que l'immense majorité des Français comprend la politique que nous menons.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est ça que vous dites : « L'opinion est derrière nous, elle demande de la fermeté. » Il y a quelques années, si la droite avait fait ça, si Nicolas SARKOZY avait fait ça, qu'est-ce que la gauche aurait dit ?

GERARD COLLOMB
Mais on n'est plus à l'époque d'il y a une dizaine d'années. Aujourd'hui, l'immigration est régulière parce que vous voyez bien quels sont les problèmes. Lorsqu'Emmanuel MACRON va par exemple en Afrique, qu'il va porter un message, c'est pour dire : « Nous allons vous aider à vous développer chez vous. » Moi, je vais aller bientôt, invité par le ministre de l'Intérieur du Niger avec tous les ministres de l'Intérieur, pour porter une parole. « Nous allons vous aider, la place est chez vous et l'Europe doit être à vos côtés pour que vous puissiez effectivement trouver votre place, développer les emplois, porter le développement économique de l'Afrique chez vous. »

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans la future loi, Gérard COLLOMB, vous souhaitez étendre la durée de rétention dans les centres où séjournent les étrangers qui n'ont pas d'autorisation de séjour. Elle est actuellement de 45 jours, vous voulez la doubler. Quel est l'objectif ? Pourquoi ?

GERARD COLLOMB
Nous allons nous aligner dans la loi sur tout comme les pays européens le font. C'est-à-dire par exemple, notre droit nous allons l'aligner sur celui de l'Allemagne. Pourquoi ? Parce que quelques fois, nous ne recevons pas les laissez-passer des autres pays et il nous faut donc des temps plus longs.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il vous faut 90 jours pour savoir exactement, pour prendre les moyens de reconduire les personnes à la frontière.

GERARD COLLOMB
La moyenne européenne est à 90 jours et quelquefois elle est du double exactement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc trois mois avec interdiction de sortir pour des hommes, des femmes, des enfants, ça ne vous trouble pas ?

GERARD COLLOMB
Ça, c'est la limite extrême. Aujourd'hui sans doute, le temps de rétention doit être de quelques jours.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous pourriez renoncer ? Est-ce que vous pourriez adoucir cet aspect-là, cette durée-là ? On entendait Pierre HENRY à sept heures et demie dans le journal qui dit : « C'est trop, ce n'est pas humain. »

GERARD COLLOMB
Nous allons travailler d'abord avec les parlementaires. Cette loi, nous voulons la penser avec chacune et chacun mais nous savons que nous devons avancer. J'étais en Albanie il y a trois jours et les Albanais me disaient : « On est prêt à vous aider mais votre système d'asile et d'immigration attire effectivement l'ensemble de celles et ceux qui, en Europe ou ailleurs, veulent aller en France. » Il faut changer cela.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous disiez à tout à l'heure : « La situation est devenue intenable à Paris. » Dans la nuit du 10 au 11 décembre, plusieurs dizaines de migrants étaient dispersés par les forces de l'ordre près de la porte de la Chapelle. Il y a des témoins qui ont filmé la scène : les tentes ont été lacérées. Les tentes ont été lacérées ! C'est-à-dire que systématiquement, elles ont été détruites par les forces de l'ordre.

GERARD COLLOMB
Oui, mais la plupart des migrants qui sont porte de la Chapelle, qui étaient quelques milliers il y a quelques temps, sont replacés dans des centres d'hébergement. Croyez-moi, il vaut mieux être dans des centres en dur qu'aujourd'hui être sous des tentes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sur le lacérage des tentes, ça peut vous paraître dérisoire mais…

GERARD COLLOMB
Je ne suis pas sûr qu'il y ait de lacérage des tentes.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. Vous avez ordonné une enquête pour savoir si les forces de l'ordre… Parce que ce n'est pas légal.

GERARD COLLOMB
Oui. Figurez-vous que sur Calais, il y avait eu un certain nombre de plaintes d'associations et nous avons fait faire une enquête générale de l'administration. Ce qui a été dit était loin de ce qui, à l'époque, avait été supputé. Par exemple, on disait qu'on avait dans la police des gaz poivre : on n'en a pas en France. Donc le rapport était un rapport objectif qui montrait les difficultés des uns et des autres mais qui concluait que le respect de l'ordre se faisait dans la déontologie que l'on devait avoir.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup Gérard COLLOMB. On souligne qu'aujourd'hui, il y a des réfugiés qui fuient la guerre en Afrique…

GERARD COLLOMB
Que nous accueillons.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et qui sont accueillis en France après avoir été sélectionnés par le HCR en Libye. Ils arrivent à Roissy tout à l'heure, lundi, mardi, mercredi, une soixantaine d'entre eux.

GERARD COLLOMB
Vous voyez que nous avons une politique équilibrée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il fallait aussi le dire. Merci Gérard COLLOMB.

GÉRARD COLLOMB
Merci.

YVES CALVI
La France fait l'objet de 95 000 demandes par an, ça fait une ville moyenne vient de nous dire le ministre de l'Intérieur. « Nous devons gérer ces questions raisonnablement et humainement. Tout le monde n'est pas dans l'urgence, certains vivent à l'hôtel notamment depuis quinze ans », nous a déclaré le ministre Gérard COLLOMB.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 décembre 2017

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