Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à Sud Radio le 19 décembre 2017, sur l'affaire du médicament Lévothyrox et le système de soins dans le cadre des laboratoires et de la santé publique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à Sud Radio le 19 décembre 2017, sur l'affaire du médicament Lévothyrox et le système de soins dans le cadre des laboratoires et de la santé publique.

Personnalité, fonction : BUZYN Agnès, ROGER Patrick.

FRANCE. Ministre des solidarités et de la santé;

ti :

PATRICK ROGER
La ministre de la Santé et des Solidarités, bonjour Agnès BUZYN.

AGNES BUZYN
Bonjour.

PATRICK ROGER
Nouvelle étape dans l'affaire du Lévothyrox, aujourd'hui la nouvelle formule qui a été mise sur le marché au mois de mars est accusée de provoquer des maux de tête, des nausées de la part en fait... avoir la perte de cheveux pour certains patients qui se plaignent de ne pas avoir été bien informés et réclament l'ancienne formule avec du lactose. Qu'est-ce que vous pouvez leur annoncer, en fait, ce matin ?

AGNES BUZYN
Que dès que j'ai appris l'existence de personnes qui étaient très mal en fait avec la nouvelle formule du Lévothyrox j'ai cherché très rapidement à diversifier l'offre de façon à ce que chacun trouve le bon produit et notamment à faire revenir l'ancienne formule, il faut savoir que cette ancienne formule ne sera plus produite - même pour les autres pays européens - à la fin de l'année 2018...

PATRICK ROGER
Oui, mais pour l'instant elle l'est toujours en Isère.

AGNES BUZYN
Voilà ! Et donc on a fait revenir des stocks qui étaient prévus pour d'autres pays, donc 300.000 boîtes ont été ramenées en France depuis cet été, il y aura – et j'ai réussi à obtenir du laboratoire MERCKX une prolongation de l'arrivée de ces stocks pendant toute l'année 2018 - ce qui permettra aux médecins de prescrire à leurs patients d'autres formules, d'autres médicaments de façon à accompagner leurs patients puisque nous savons que l'ancienne formule disparaîtra complètement du marché européen dans un an. Donc, les personnes ont un an pour trouver parmi les cinq produits existant sur le marché actuellement...

PATRICK ROGER
Ce qui convient, quoi ?

AGNES BUZYN
Celui qui leur convient.

PATRICK ROGER
Mais il y a eu quand même un défaut de communication, non, de la part du laboratoire, de MERKX, non ?

AGNES BUZYN
Oui évidemment, puisque personne ne savait que la formule avait changé parmi les patients et à la fois notre système n'est pas prévu pour informer les patients, en fait le système prévoit qu'on informe les médecins ou les pharmaciens eux doivent prévenir leurs patients - c'est organisé comme ça - donc c'est clairement un défaut du système. Donc, j'ai lancé une mission sur l'information des patients pour voir comment nous pouvons à l'avenir sur les médicaments pouvoir toucher directement les personnes et éviter justement ce défaut d'information.

PATRICK ROGER
Ils réclament, les patients, à travers leurs avocats, des indemnités : 10.000 euros à peu près pour la répartition justement des préjudices moraux. Vous, vous encouragez justement cette indemnité ou pas ?

AGNES BUZYN
Vous imaginez bien que je ne vais pas intervenir dans une décision de justice. Tout ce que je peux dire à ce stade c'est que dans la procédure de changement du Lévothyrox, du médicament il n'y a pas eu de faute, l'Agence du médicament a demandé à MERKX en 2015 de changer sa formule car elle était instable et le laboratoire s'est soumis à la pression des autorités françaises pour changer de formule, la nouvelle formule est meilleure, d'ailleurs - parmi les trois millions de personnes qui aujourd'hui prennent du Lévothyrox – beaucoup, la grande majorité, se sentent très, très bien avec la nouvelle formule. Ensuite, la justice...

PATRICK ROGER
Pour les autres, il faut les accompagner et puis tester ?

AGNES BUZYN
Pour les autres j'ai diversifié l'offre, donc il y a maintenant cinq produits disponibles sur le marché et normalement toutes les pharmacies seront achalandées.

PATRICK ROGER
L'ancienne formule on ne peut pas y revenir, on n peut pas y revenir ?

AGNES BUZYN
Le laboratoire arrête sa production dans le courant de l'année 2018 puisque les autres pays européens passent également à la nouvelle formule, voilà, c'est difficile d'obliger un laboratoire a continué à produire une molécule qu'on lui a nous-mêmes autorités françaises de changer parce que la qualité n'était pas au rendez-vous.

PATRICK ROGER
Oui. A propos de médicaments, à partir du 1er janvier prochain 11 vaccins obligatoires qui ont fait l'objet de vives contestations, pour vous c'est un problème de santé publique justement la vaccination ? Est-ce qu'il y a une remise en cause par certains ?

AGNES BUZYN
D'abord elles n'ont pas été l'objet de vives contestations, il y a un noyau dur antivaccins en France très, très...

PATRICK ROGER
Oui, voilà.

AGNES BUZYN
Voilà ! Très actif...

PATRICK ROGER
Qu'on entend davantage.

AGNES BUZYN
Qu'on entend beaucoup sur les réseaux sociaux effectivement, mais, quand vous regardez la communauté médicale, la communauté scientifique, il y a un consensus absolu pour rendre les vaccins obligatoires puisque la population française commençait à tellement douter que la couverture vaccinale n'était pas au rendez-vous pour les enfants - avec des risques pour la vie des enfants - et donc il y a en fait un très large consensus dans la communauté médicale et, quand je regarde les votes à l'Assemblée et au Sénat qui ont accompagné le vote de la loi, en fait la grande majorité des élus a voté en faveur de la vaccination obligatoire.

PATRICK ROGER
Oui. Venons-en maintenant aux hôpitaux, malade comme jamais le déficit explose, pas de chance ça tombe sur vous en faites en 2017, un milliard et demi d'euros, vous connaissez bien le monde de l'hôpital, il y a urgence à réformer, quelles réformes indispensables pour faire face à ce déficit abyssal ?

AGNES BUZYN
D'abord c'était un déficit attendu, c'est-à-dire que la construction même du financement des hôpitaux depuis quelques années a entraîné progressivement des dérives puisqu'on a demandé aux hôpitaux d'être rentables, il y a une différence entre avoir une très bonne gestion financière d'un établissement et chercher à avoir des activités rentables puisque l'hôpital en fait à une mission de service public, il doit accueillir de façon universelle, il doit former, il doit faire de la recherche et il doit être un centre de recours, donc aujourd'hui la tarification des hôpitaux n'est plus adaptée à leur valeur ajoutée. Donc, il y a un enjeu pour moi de réformer le financement de notre système de santé...

PATRICK ROGER
Oui, c'est-à-dire de remettre en fait des dotations pour les hôpitaux et à eux de gérer le budget sans avoir cette course à l'activité et aux actes ?

AGNES BUZYN
On ne reviendra certainement pas la dotation globale, parce que ça permettait à chacun de tranquillement garder ses sous sans forcément... beaucoup travaillait, donc il y avait quand même un enjeu de mettre tout le monde au travail, mais aujourd'hui je pense que le système est pervers, il entraîne cette situation et c'est parce que je connaissais cette situation de l'intérieur depuis années que j'ai accepté quelque part ce poste de ministre parce que je savais qu'il fallait réformer et, donc, la réforme elle viendra en 2018.

PATRICK ROGER
Oui. La réforme ça passe notamment par l'ambulatoire, c'est-à-dire le retour aussi le soir à la maison après les opérations, notamment ?

AGNES BUZYN
Oui. C'est beaucoup plus ambulatoire, nous le savons, mais c'est aussi restructurer l'hôpital pour le centrer sur sa forte valeur ajoutée et nous savons que l'hôpital aujourd'hui est indispensable dans le paysage de la santé.

PATRICK ROGER
Oui. Agnès BUZYN, est-ce qu'il n'y a pas aussi un problème d'emplois, d'effectifs, c'est un peu tabou cette question mais les 2/3 des budgets des hôpitaux vont vers la masse salariale, à Marseille par exemple on dit qu'il faut faire des efforts et il faudra sans doute supprimer des postes ?

AGNES BUZYN
La masse salariale a en fait augmenté de façon mécanique ces dernières années puisqu'on a revalorisé le point d'indice de la fonction publique hospitalière et puis on a fait ce qu'on appelle le PPC, c'était une réforme en fait qui va augmenter mathématiquement la part qu'on verse aux salaires, ce qui ne veut pas forcément dire que les gens soient très bien payés - soyons clairs – mais la masse salariale augmente alors que l'activité des hôpitaux baisse, donc il y a un effet ciseau qui fait qu'aujourd'hui nos hôpitaux sont dans le rouge. Pour autant, je pense qu'on ne peut pas baisser les effectifs de soignants, je crois que les équipes sont sous tension...

PATRICK ROGER
Oui. Mais à Marseille par exemple à La Timone il faut supprimer, réduire les effectifs ou pas, 10 %...

AGNES BUZYN
Non, non, évidemment je ne le...

PATRICK ROGER
Il y a une grève qui va démarrer ?

AGNES BUZYN
Aujourd'hui je ne suis pas capable évidemment de donner hôpital par hôpital la part de la masse salariale, moi je suis prudente sur une chose c'est qu'aujourd'hui les équipes soignantes sont sous d'énormes tensions, elles font un métier très difficile et on ne peut pas aujourd'hui imposer aux soignants dans les hôpitaux un rythme encore plus élevé d'activité.

PATRICK ROGER
Agnès BUZYN, question de Michaël DARMON et Christophe BORDET tout d'abord.

CHRISTOPHE BORDET
Agnès BUZYN, le patron du CHU de Toulouse Raymond LE MOIGN, le nouveau directeur de cabinet de votre ministère en janvier, début janvier du ministère de la Santé, il avait été directeur adjoint sous Marisol TOURAINE et c'est lui selon la CGT qui a fait baisser les effectifs du CHU de Toulouse et par là même la qualité des soins, c'est lui qui a alourdi le déficit du CHU de Toulouse, vous répondez quoi à la CGT ce matin les yeux dans les yeux ?

AGNES BUZYN
Le directeur du CHU avait une mission qui était le retour à l'équilibre de ces CHU, moi les échos que j'en ai - notamment des élus Toulousains qui m'en parlent – me disent que ça a été un excellent directeur d'hôpital, par ailleurs j'ai connu de monsieur Raymond LE MOIGN dans d'autres fonctions et je sais la vision qu'il a de la santé pour nos concitoyens qui est très proche de la mienne, c'est-à-dire la qualité des soins.

CHRISTOPHE BORDET
Il était là sous Marisol TOURAINE, il est avec vous maintenant, c'est ça le nouveau monde ?

AGNES BUZYN
Ce ne sera pas tout à fait les mêmes responsabilités...

CHRISTOPHE BORDET
C'est le nouveau monde ?

AGNES BUZYN
Ce ne sera pas tout à fait les mêmes responsabilités, celles d'un directeur de cabinet c'est d'orchestrer aujourd'hui le travail d'un cabinet très large, je rappelle que mon ministère couvre les champs de la santé certes mais également celui de la famille, de l'enfance, des personnes âgées, de la pauvreté et de la réforme des retraites...

PATRICK ROGER
Oui, des solidarités.

AGNES BUZYN
Donc vous imaginez, des solidarités au sens large.

PATRICK ROGER
Question de Michaël DARMON.

MICHAËL DARMON
Si on se projette sur 2018, il y a un énorme dossier, chantier qui va être ouvert, que vous allez porter principalement, celui des retraites. Est-ce que vous pouvez nous dire ce matin à quoi les Français doivent-ils s'attendre avec leur retraite puisque donc le projet est de tout transformer donc dans notre vie aujourd'hui publique ?

AGNES BUZYN
La réforme voulue par le président de la République elle venait d'un constat qui était que les Français perdaient confiance dans la capacité à payer les retraites, notamment pour les plus jeunes, avec des jeunes aujourd'hui qui pensent qu'ils ne sont pas assurés d'avoir une retraite - comme nous l'avons ou comme nous allons l'avoir – et il y avait donc un enjeu de cohésion intergénérationnel. Maintenant que je regarde le sujet de très près, je me rends compte à quel point le système est incompréhensible, illisible, par exemple si vous êtes une infirmière et que vous avez travaillé 25 ans dans le privé et 25 ans à l'hôpital ou 20 ans dans le privé et 20 ans à l'hôpital mettons et que vous l'avez fait d'abord dans le privé, puis à l'hôpital, ou alors que vous avez commencé à l'hôpital et terminé dans le privé, pour le même salaire vous n'aurez pas la même retraite à l'arrivée, donc c'est quand même un enjeu d'équité aujourd'hui...

MICHAËL DARMON
Donc la volonté de lisser du système ?

AGNES BUZYN
La volonté d'avoir une retraite à priori par points, c'est-à-dire que chacun, chaque euro cotisé donnera à chacun les mêmes droits, après il y aura évidemment probablement des modulations - donc le travail est immense vous comprenez – l'objectif c'est de rendre confiance dans le système des retraites, de le rendre lisible, de le rendre transparent. Donc, je voudrais commencer par partager le constat avec les Français du caractère non transparent et incompréhensible de notre système de retraites.

MICHAËL DARMON
Vous en parlez vous parce qu'en fait ce n'est plus Jean-Paul DELVOYE qui s'en occupe comme c'était prévu ou vous avez repris le dossier en main ?

AGNES BUZYN
Non, pas du tout, nous travaillons main dans la main avec le Haut-commissaire. Le Haut-commissaire consulte énormément, rencontre tous les syndicats, rencontre tous les professionnels, mais la réforme il faudra la porter politiquement au Parlement...

MICHAËL DARMON
Ce sera vous ?

AGNES BUZYN
Et forcément ce sera moi.

PATRICK ROGER
Oui, ce sera vous. Dernière question, effectivement sur le droit aujourd'hui à la pilule, c'est aujourd'hui le... il y a 50 ans était adoptée en fait cette loi, la pilule avec la loi Neuwirth, pas de remise en question de la contraception et de l'avortement bien sûr, surtout pas ?

AGNES BUZYN
Non, c'est une drôle de question tout de même que vous me posez, bien sûr que non.

PATRICK ROGER
Non, mais sur l'avortement bien sûr puisqu'il y a toujours le débat vous le savez.

AGNES BUZYN
Non, il n'y a pas de débat.

PATRICK ROGER
Il n'y a pas de débat, voilà, c'est clair. Merci Agnès BUZYN, ministre des Solidarités et de la Santé, qui était l'invitée de Sud Radio ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 décembre 2017

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