Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à RTL le 20 décembre 2017, sur la vérification de la situation des personnes recueillies dans les centres d'hébergement et les travaux de l'INSEE sur les prélèvements obligatoires en 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à RTL le 20 décembre 2017, sur la vérification de la situation des personnes recueillies dans les centres d'hébergement et les travaux de l'INSEE sur les prélèvements obligatoires en 2018.

Personnalité, fonction : PHILIPPE Edouard, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Premier ministre;

ti : ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Edouard PHILIPPE.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être dans ce studio de RTL ce matin. D'abord, 350 000 euros pour gagner deux heures seulement sur son agenda, est-ce que c'est comme ça que l'Etat montre l'exemple ?

EDOUARD PHILIPPE
Non. Je vois bien le sens de votre question et je reconnais que des sommes, dès qu'on parle de déplacement du Premier ministre ou du président, sont toujours impressionnantes. Moi, je me souviens que quand j'ai été nommé à Matignon, j'ai été impressionné par les montants en jeu. De quoi s'agit-il ? Je devais me rendre en Nouvelle-Calédonie, j'y ai passé quatre jours et trois nuits, 24 heures d'avion aller, 24 heures d'avion retour, onze heures de décalage sur place. Non pas du tout pour un voyage d'agrément mais pour un déplacement que l'ensemble des observateurs et des gens qui connaissent la Nouvelle-Calédonie savaient un déplacement compliqué. Je suis parti en vol commercial pour aller jusqu'à Tokyo, et puis ensuite de Tokyo à Nouméa, j'ai utilisé un A340 de l'armée de l'air qui n'est pas conçu pour des vols long-courriers d'ailleurs, qui n'est pas utilisé pour des déplacements ministériels ou pour des vols long-courriers. Je l'ai utilisé parce qu'il se trouve qu'en l'occurrence, c'était pratique et moins cher. Je l'ai réutilisé pour faire Nouméa-Tokyo et à Tokyo, on a utilisé un vol qui été affrété, un vol privé. Alors ce n'est pas moi tout seul, madame MARTICHOUX : on était un peu plus de cinquante dans la délégation. Il y avait des ministres, il y avait des conseillers, il y avait aussi un certain nombre d'officiers de sécurité qui assurent la protection du Premier ministre et des ministres qui étaient présents. C'est compliqué de déplacer et c'est cher. Je comprends parfaitement à la fois la surprise et peut-être même, évidemment même, les interrogations que se posent les Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais c'était prévu dès le départ d'affréter ce vol privé à 350 000 euros ? Effectivement, ça revient à 6 000 euros par personne.

EDOUARD PHILIPPE
On l'a fait très tôt parce qu'on savait qu'il n'y avait pas de vol commercial à l'heure où on allait rentrer et on savait qu'il fallait rentrer pour un élément impératif qui est que le président de la République, lui, partait le mercredi matin de notre retour, je crois qu'il partait en Algérie ce jour-là.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je vous le confirme.

EDOUARD PHILIPPE
Et la règle, c'est que dans toutes les mesures du possible, on essaye de faire en sorte que le Premier ministre ou le président de la République soient sur le territoire national. Ce qui, compte tenu des circonstances de l'époque, est plutôt une bonne règle.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour dire les choses, il était impossible de décaler le départ du président de deux heures pour qu'effectivement ces 350 000 euros ne soient pas dépensés ? Il ne pouvait pas y avoir une organisation différente ?

EDOUARD PHILIPPE
Je comprends très bien qu'on puisse se poser la question.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous savez la sensibilité des Français à ces questions-là.

EDOUARD PHILIPPE
Mais bien sûr et je l'assume complètement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que c'est une erreur ? Est-ce que c'est un dérapage ?

EDOUARD PHILIPPE
Je l'assume complètement, cette décision. Je l'assume tellement que je veux l'expliquer. Et si vous me laissez deux minutes, je voudrais vous dire quelque chose qui va surprendre les Français mais qui est vrai. Ce matin, vous m'avez invité pour venir sur RTL. Si vous aviez invité Edouard PHILIPPE, je serais venu en métro, ça m'aurait coûté 1,90 euro ou deux euros si j'étais venu en bus, ou éventuellement j'aurais pris le taxi et j'aurais payé mon taxi. Vous avez invité le Premier ministre, il se trouve que c'est moi, mais vous avez invité le Premier ministre. Et vous avez peut-être vu, quand je suis arrivé devant les studios de RTL, que je suis arrivé avec quatre véhicules, avec des motards, avec plus de quinze personnes, avec un médecin, madame MARTICHOUX, qui me suit en permanence et un transmetteur de l'armée qui me suit en permanence. Parce que c'est le régime qui est donné au Premier ministre d'être systématiquement en mesure de réagir. Ça coûte redoutablement cher, madame MARTICHOUX, et j'en suis parfaitement conscient.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il y a une réflexion sur le train de l'Etat ?

EDOUARD PHILIPPE
Juste, je termine. J'en suis tellement conscient que j'essaye de faire en sorte, contrairement à ce que peut donner le sentiment de cette photographie sur le Tokyo-Paris, de limiter au maximum les frais. Je vous en donne un exemple. Le voyage total de Nouvelle-Calédonie qu'on ne mentionne pas a coûté beaucoup plus cher que ces 350 000 euros mais coûté nettement moins cher, 30 % moins cher, que le voyage identique de mon prédécesseur en Nouvelle-Calédonie. Pourquoi ? Parce que justement on a utilisé deux fois ces A340.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je comprends bien que vous l'expliquiez par le train de l'Etat. Je ne voudrais pas non plus qu'on y passe trop de temps parce qu'il y a beaucoup de questions très importantes.

EDOUARD PHILIPPE
C'est vous qui m'avez branché sur le sujet, madame MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Absolument.

EDOUARD PHILIPPE
J'essaye de répondre parce que sinon, on va me soupçonner de vouloir cacher quelque chose. J'assume tout et j'explique.

ELIZABETH MARTICHOUX
Tout à fait mais très rapidement, pardon. D'abord, est-ce que vous le referiez ? Est-ce que vous le referiez ou est-ce que vous feriez différemment la prochaine fois ?

EDOUARD PHILIPPE
Dans toute la mesure du possible, je préfère…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que vous ne dites pas ce matin : « J'ai fait une erreur. Je ferai différemment la prochaine fois » ?

EDOUARD PHILIPPE
Non. J'ai pris une décision, je l'assume. Le coût global du voyage était inférieur…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous l'assumez, très bien.

EDOUARD PHILIPPE
Absolument. Mais vous savez madame MARTICHOUX, dans l'ensemble j'assume ce que je fais et je pense que c'est une règle saine.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous assumez, absolument. Les députés ont voté l'encadrement des frais de mandat conformément à la loi confiance qui était la première emblématique du quinquennat. Est-ce qu'il ne faudrait pas encadrer de la même façon les frais des ministres pour éviter cette espèce d'incompréhension sans doute ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais ils sont soumis à des règles d'abord. Détrompez-vous si vous imaginez qu'on fait ce qu'on veut. C'est soumis à des règles, c'est soumis à des contrôles, c'est soumis d'ailleurs à un budget. Vous verrez que les budgets attribués à Matignon en 2018 n'augmentent pas par rapport à 2017 puisque j'ai choisi de m'appliquer à moi-même, si j'ose dire, la règle que souhaite voir appliquée par l'ensemble, c'est-à-dire le zéro valeur en termes de progression. Les règles existent, la transparence doit être de mise. Encore une fois, j'assume cette décision et je fais en sorte, pour ce qui me concerne, d'essayer de comprimer les coûts. Mais parfois, il y a des décisions à prendre et parfois il faut les assumer.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sujet clos provisoirement ou pas. On verra, monsieur le Premier ministre. On va parler de ce coup de vis sur la politique migratoire qui met les associations, le défenseur des droits et bien d'autres vent debout, avec une disposition particulière d'ailleurs qui met le feu aux poudres. En deux mots, vous autorisez par une circulaire du 12 décembre des fonctionnaires de la préfecture à aller vérifier la situation administrative des personnes qui sont là recueillies. Ces centres étaient finalement des sanctuaires, ce ne sera plus le cas. Est-ce que face à la polémique, vous maintenez la disposition ou vous comptez l'enlever ?

EDOUARD PHILIPPE
Ce sera toujours le cas. Il ne s'agit pas de revenir sur ce qu'on appelle l'inconditionnalité de l'accueil, c'est-à-dire le fait que dans ces centres d'hébergement, on accueille indifféremment et inconditionnellement des Français SDF, des étrangers ayant demandé à bénéficier du droit d'asile, des étrangers qui parfois ont bénéficié du droit d'asile comme vous le savez très bien, madame MARTICHOUX, ou des étrangers en situation irrégulière qui n'ont pas demandé le droit d'asile ou qui se sont vus déboutés du droit d'asile. Inconditionnalité de l'accueil. Je comprends parfaitement que les associations, que tous ceux qui s'engagent dans l'accueil parfois des migrants et parfois de ceux qui en ont le plus besoin soient attentifs à cette inconditionnalité de l'accueil. Notre objectif n'est pas de revenir sur l'inconditionnalité de l'accueil. Notre objectif, c'est de dire à l'intérieur de ces centres, il y a des gens qui peuvent bénéficier de dispositifs dont ils ne bénéficient pas encore. Je pense notamment à tous les demandeurs d'asile et peut-être plus encore à ceux qui se sont vus octroyer le droit d'asile. Notre objectif, ce n'est pas d'aller faire le tri. Notre objectif, ce n'est pas d'aller débusquer telle ou telle catégorie. Notre objectif, c'est de faire en sorte que des fonctionnaires qui ne seront pas des forces de l'ordre, qui auront prévenu vingt-quatre heures avant leur arrivée dans le centre d'hébergement - vous voyez bien, madame MARTICHOUX, que dès lors qu'on prévient vingt-quatre heures avant, il ne s'agit pas d'aller faire un tri et d'aller débusquer – puissent se porter sur place et identifier ceux qui peuvent bénéficier de droits, ceux qui peuvent bénéficier de procédures, pour faire en sorte qu'elles soient plus efficaces. C'est de ça dont il s'agit, madame MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le but, c'est ça. C'est instruire encore plus vite, si on peut dire, le cas des personnes potentiellement autorisées à séjourner en France.

EDOUARD PHILIPPE
Absolument.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais il y aura quand même, sur le principe, au-dessus de ces personnes, hommes, femmes, enfants qui avaient la certitude d'être à l'abri, une épée de Damoclès. De fait, vous me dites : « L'inconditionnalité sur le papier, elle ne sera pas remise en cause. » Oui, mais elle pourrait être dévoyée, monsieur le Premier ministre. Ces centres seront désacralisés, en tout cas c'est un risque qui est pris. Est-ce que vous l'admettez ? C'est un risque

EDOUARD PHILIPPE
J'entends les interrogations, j'entends les oppositions qui peuvent être formulées.

ELIZABETH MARTICHOUX
Plus que ça, de l'émotion, une émotion forte.

EDOUARD PHILIPPE
Bien sûr, bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le droit d'asile et le devoir d'accueillir est dans la loi. Est dans la loi.

EDOUARD PHILIPPE
Et vous me verrez toujours du côté de ceux qui croient et qui mettent en oeuvre le droit d'asile. Moi mon objectif, c'est d'expliquer ce que nous voulons faire. Et c'est de l'expliquer calmement, complètement, justement pour pouvoir rassurer ceux qui, de bonne foi, s'inquiètent en ayant la certitude que je ne convaincrai pas ceux qui pensent que, par nature, après avoir fait preuve d'humanité au moment de l'accueil d'urgence, il faudrait par nature considérer que tout étranger en situation, y compris irrégulière, y compris après avoir fait une demande d'asile et s'être vus déboutés de ce droit, auraient vocation à rester. Moi mon objectif, mon objectif il est simple : il est de faire en sorte, et ce sera d'ailleurs l'objectif de la loi qui sera soumis au Parlement au début de l'année prochaine, il est de faire en sorte qu'on améliore très nettement, considérablement la façon dont la France accueille les demandeurs d'asile et la façon dont la France traite ceux qui sont bénéficiaires du droit d'asile.

ELIZABETH MARTICHOUX
On va y venir. En attendant, on ne voit, c'est vrai, qu'un volet plutôt répressif. Quand les fonctionnaires - vous dites et je veux expliquer - quand les fonctionnaires auront identifié dans ces centres un étranger susceptible d'être expulsé, qu'est-ce qui se passera ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais leur objectif n'est pas d'identifier…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ce sera le cas. Ce sera forcément le cas, c'est la vie.

EDOUARD PHILIPPE
Notre objectif n'est pas d'identifier un étranger qui aurait vocation à être expulsé. Notre objectif sera d'identifier un étranger qui s'est vu octroyer le droit d'asile et qui n'a rien à faire, rien à faire dans un centre d'hébergement d'urgence alors que vous savez parfaitement - et la situation aujourd'hui n'est pas acceptable - que beaucoup d'étrangers qui se sont vu octroyer le droit d'asile logent encore dans des centres d'hébergement. Donc il faudra l'identifier justement pour être certain….

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça, c'est le volet positif, vous l'avez dit. Est-ce que le risque existe pour les personnes en situation irrégulière n'ayant pas vocation à rester de se faire expulser plus vite ? On rappelle que les préfets ont reçu une consigne le 20 novembre d'expulser davantage.

EDOUARD PHILIPPE
La réponse est non puisque, encore une fois, ce ne sont pas des forces de l'ordre qui iront dans les centres puisqu'elles auront été prévenues vingt-quatre heures avant. Non mais vous savez, madame MARTICHOUX, on peut parfaitement, sur ce sujet, se faire peur, avoir peur d'ailleurs. Encore une fois, je ne veux pas du tout méconnaître le fait qu'il y a énormément de gens qui s'expriment et qui s'expriment de bonne foi, mais se faire peur ça peut arriver aussi. Nous notre objectif, il n'est pas de faire le tri. Il est d'être beaucoup plus efficace vis-à-vis d'étrangers ayant demandé l'asile ou l'ayant obtenu, qui ne sont pas bien traités dans notre pays. C'est ça mon objectif et je n'en démordrai pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce qui inquiète aussi, Monsieur le Premier ministre, c'est que ce que voient les associations, c'est qu'aujourd'hui la vie est rendue difficile aux migrants avec des camps évacués, des tentes qui sont lacérées, des couvertures qui sont supprimées. Il y a plus d'expulsions, la consigne a été donnée. Les préfets sont des agents de l'Etat, ils s'exécutent. Et puis les migrants qui ont été enregistrés dans un pays européen à leur arrivée et qui doivent y être renvoyés pourraient être enfermés. Un texte a été voté la semaine dernière, je crois, à l'Assemblée nationale qui va dans ce sens et qui a été porté par Les Constructifs soutenus par le gouvernement. C'est un peu complexe mais mis bout-à-bout mis, avouez que la dimension humanitaire de votre politique migratoire ne saute pas aux yeux.

EDOUARD PHILIPPE
Mais parce que je prétends que notre politique en matière de migration, elle est beaucoup plus vaste que ce que vous évoquez. D'abord, elle part dans les pays d'origine avec un développement… publique au développement et avec des accords… diplomatiques pour faciliter les retours de ceux qui ont vocation à rentrer chez eux. Elle passe par la Libye. Toutes les initiatives prises par le président de la République pour stabiliser la situation politique en Libye s'inscrivent, évidemment, aussi - pas seulement mais aussi - dans cette logique. Et sur le territoire national, une fois que les migrants sont arrivés, soit en arrivant directement, soit en passant par un pays européen, notre objectif c'est de traiter beaucoup plus dignement qu'aujourd'hui, je l'ai dit, les demandeurs d'asile et ceux qui se sont vus donner le droit d'asile, et de faire en sorte de continuer à donner des titres de séjour à ceux qui ont vocation à obtenir un titre de séjour. Ça arrive, ça continue à exister pour les étudiants, pour les gens qui viennent parfois travailler, pour des gens qui viennent retrouver leurs familles. Mais pour tous ceux qui n'ont pas de titre de séjour et qui ne s'en verront pas octroyé, d'être plus efficace dans les reconduites à la frontière. Et je vais vous dire, madame MARTICHOUX, en disant ça j'ai bien conscience que je ne réussirai pas à convaincre ceux qui, par principe, pensent qu'un étranger qui est sur notre territoire aurait vocation à rester. Il n'a pas vocation à rester et il faut le reconduire.

ELIZABETH MARTICHOUX
On a bien compris.

EDOUARD PHILIPPE
Il faut évidemment dans l'accueil d'urgence, dans le soin, faire preuve d'humanité. Vous n'avez jamais entendu quiconque au sein de la majorité dire qu'il ne faudrait pas soigner ceux des étrangers, y compris en situation irrégulière, qui se trouvaient dans des situations d'urgence en matière de santé. En aucune façon on irait sur ce terrain-là. Mais une fois qu'on a fait cet accueil, une fois qu'on a fait ce soin d'urgence, les étrangers en situation irrégulière ont vocation à retourner chez eux ou dans le pays par lequel ils sont arrivés en Europe. C'est ce qu'on appelle les Dublinés, et vous avez évoqué en un mot que c'était un sujet technique et compliqué. C'est vrai que c'est un sujet technique et compliqué parce que cet accord a été conçu avant la grande vague migratoire que nous connaissons et ils ne sont pas adaptés à cette vague migratoire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Juste, très vite. Le projet de loi, vous avez dit au Parlement début de l'année, non, plus tôt au printemps, non ? En conseil des ministres, il arrive quand le projet de loi sur l'immigration, en février, c'est ça ?

EDOUARD PHILIPPE
Il arrivera en tout début de l'année en Conseil des ministres…

ELIZABETH MARTICHOUX
En janvier, en février ?

EDOUARD PHILIPPE
Et il sera discuté au cours du premier semestre devant le Parlement, et probablement avant le printemps.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a des bonnes nouvelles, Edouard PHILIPPE, ce matin François LENGLET en parlait juste avant, la croissance pourrait atteindre 1,9 % dès cette année, les chefs d'entreprise ont repris confiance depuis 1 an, sans précédent depuis plusieurs années. C'est une satisfaction évidemment, c'est dans la droite ligne de vos objectifs, c'est la politique économique qui produit ses effets ?

EDOUARD PHILIPPE
Ecoutez, j'ai par nature d'être assez prudent, et donc permettez-moi de ne pas commenter des chiffres qui ne sont jamais que des prévisions…

ELIZABETH MARTICHOUX
De l'INSEE !

EDOUARD PHILIPPE
Oui, oui, j'ai beaucoup de respect pour l'INSEE, ce sont des grands professionnels, mais enfin il arrive à l'INSEE… l'INSEE, comme souvent les économistes, arrive très bien à expliquer ce qui s'est passé, pour ce qui va se passer c'est souvent plus compliqué, parce que c'est évidemment très difficile. Donc j'entends, et je me réjouis que les prévisions soient bonnes, mais je ne vais pas commenter des choses qui ne sont pas encore arrivées.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pourquoi cette prudence ? Parce que…

EDOUARD PHILIPPE
Parce que c'est dans ma nature Madame MARTICHOUX, c'est peut-être parce que je suis Normand.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bon, très bien…

EDOUARD PHILIPPE
Mais c'est peut-être aussi parce que, en dépit d'un âge qui est encore relativement jeune dans ce milieu, j'ai un tout petit peu d'expérience et je sais que se réjouir de choses qui ne sont pas encore arrivées, n'est jamais très sain.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que c'est aussi parce que le chômage ne baissera pas, dit-on, l'INSEE aussi, dans les mêmes proportions, que les bonnes nouvelles ?

EDOUARD PHILIPPE
Ecoutez, permettez-moi d'être cohérent et de ne pas commenter quelque chose qui n'est pas arrivé, puisque je ne vois…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça ce n'est pas banal ! Et, il y a une surprise, c'est peut-être aussi pour ça qu'il ne faut pas trop se réjouir, parce qu'il y a la hausse des prélèvements, impôts et taxes sur les ménages, qui vont augmenter de 4,5 milliards l'an prochain. Franchement, on ne l'avait pas venu venir, vous ne nous l'aviez pas dit.

EDOUARD PHILIPPE
Non mais, l'étude de l'INSEE, que j'ai vue aussi, là vous avez remarqué qu'on parle non plus en pourcentage mais qu'on parle en volume, c'est l'effet volume, je dis ça devant monsieur LENGLET qui voit très bien ce que je veux dire. C'est-à-dire que quand vous avez une augmentation sur un certain nombre d'impôts, je pense par exemple au tabac, et que vous n'intégrez pas l'éventuelle diminution de la consommation qu'elle est censée induire, vous avez un produit de la fiscalité, c'est comme ça que l'INSEE a travaillé, qui est évidemment bien supérieur.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous dites aux Français, si vous ne voulez pas voir vos prélèvements augmenter, arrêtez de fumer ?

EDOUARD PHILIPPE
Madame MARTICHOUX, vous êtes une femme remarquablement intelligente, et en général j'essaie d'être précis, vous savez très bien que ce n'est pas ce que j'ai dit. Ne cherchez pas la petite phrase.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez dit que les 4,5 milliards ne tenaient pas compte des effets de comportement que ça pouvait induire.

EDOUARD PHILIPPE
J'ai dit que dans le travail de l'INSEE il y avait l'application d'une fiscalité nouvelle à un volume et à une consommation inchangée. Nous avons fait des hypothèses…

ELIZABETH MARTICHOUX
La hausse de CSG, ça, ça ne changera pas.

EDOUARD PHILIPPE
Absolument.

ELIZABETH MARTICHOUX
La hausse de CSG, la hausse des carburants…

EDOUARD PHILIPPE
Nous avons fait des hypothèses qui étaient plus conservatrices, y compris d'ailleurs en matière de croissance, Madame MARTICHOUX. C'est bien la première fois, en général les gouvernements sont accusés, à juste titre, de faire des hypothèses de croissance qui sont plus optimistes que ce qui se passe réellement, nous nous avons choisi d'être extrêmement, extrêmement prudents, là encore parce que je préfère avoir à gérer des bonnes surprises que des mauvaises.

ELIZABETH MARTICHOUX
En termes de gestion il y a un dossier lourd, c'est la préparation de l'évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, opération à risque. La préparation est en cours, tous les services de l'Etat sont déjà prépositionnés ?

EDOUARD PHILIPPE
On nous a rendu le rapport, dont vous savez que j'avais demandé qu'il soit produit pour nous éclairer sur les alternatives envisageables au projet de Notre-Dame-des-Landes, par pour remettre, par nature, en cause le projet tel qu'il a été pensé, ça fait longtemps qu'il a été pensé d'ailleurs, mais pour voir s'il y avait d'autres alternatives qui n'auraient pas été étudiées. Et le rapport que les trois personnalités que j'avais chargées d'étudier ce dossier est un rapport intéressant parce que justement il ouvre au moins une alternative, enfin une option. Donc, la décision n'est pas encore prise, j'ai indiqué qu'avant de la prendre, d'ici la fin du mois de janvier, et de l'assumer dans les mêmes conditions de clarté que les décisions que je prends, j'aurai besoin d'avoir quelques contacts notamment avec les élus locaux, je le ferai dans le courant du mois de janvier, début du mois de janvier, et ensuite une décision sera prise. Les deux décisions qui sont devant nous sont deux décisions difficiles, parce qu'elles ont toutes les deux des inconvénients, donc je ne m'attends pas à ce que ce soit une décision simple, je le sais, et je l'assumerai, et après quoi il est assez naturel que l'ensemble des services de l'Etat se préparent à toutes les hypothèses, c'est-à-dire aux deux décisions que je suis susceptible de prendre.

ELIZABETH MARTICHOUX
Edouard PHILIPPE, les sondages sont bons pour le président, pour vous ils sont même parfois meilleurs que pour le président, c'est ma dernière question, mais, vous savez, ça rendait fous certains chefs de l'Etat de voir leur Premier ministre plus populaire qu'eux. Ça ne trouble pas la bonne entente de votre couple, l'Exécutif ?

EDOUARD PHILIPPE
En aucune façon, on parle assez peu des sondages Emmanuel MACRON et moi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, c'est vrai, même pour vous en réjouir, même quand ils sont bons ? Donc voilà, prudence sur les prévisions de croissance, et silence sur les bons sondages. Merci beaucoup Monsieur le Premier ministre d'avoir été ce matin l'invité de RTL.

EDOUARD PHILIPPE
Merci madame MARTICHOUX.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 décembre 2017

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