Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'industrie textile et sur l'innovation, à Gérardmer le 20 janvier 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'industrie textile et sur l'innovation, à Gérardmer le 20 janvier 2017.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Déplacement dans les Ardennes et les Vosges sur le thème de l'industrie, le 20 janvier 2017

ti :
Madame la ministre,
Monsieur le président du Conseil régional au sein du Conseil départemental,
Monsieur le maire,
Mesdames, messieurs les parlementaires, élus,
Mesdames, messieurs,


D'abord vous, Monsieur le président de cette entreprise, vous nous avez fait une belle démonstration de savoir-faire et de franc-parler. Vous avez fait un discours plein d'allusions, plein de références et en même temps plein d'espoir.

Mais surtout, vous avez voulu montrer qu'ici, dans ce département des Vosges, terre industrielle qui avait eu à souffrir de beaucoup de crises, vous étiez capables de vous redresser et d'imaginer l'avenir, mais aussi de vous prendre directement en main. C'est ce que vous avez fait à travers ce rassemblement des entreprises textiles dans ce département. Puis ensuite, vous avez donné l'idée à d'autres en Alsace, dans la région Grand Est, en Rhône-Alpes et maintenant dans toute la France, de pouvoir défendre le fabriqué dans les Vosges, le fabriqué dans le Grand Est, fabriqué en France.

Alors vous avez ici une tradition qui est celle de plusieurs générations d'entrepreneurs mais aussi de salariés, qui se sont –décennie après décennie – battus pour qu'il y ait du textile, du textile qui puisse être une référence, du textile qui soit au début de la chaine jusqu'à la distribution.

Votre entreprise GARNIER THIEBAUT en est une illustration, puisque vous avez été crée en 1830. C'était la fin de la monarchie Charles X, Louis Philippe venait de s'installer, -je vais vous faire l'Histoire- donc vous avez vu des rois, des Présidents de la République, un empereur et finalement il était temps que je vienne ici, à tous égards.

C'était d'autant plus nécessaire qu'à l'Elysée, il y a du linge, il y a des nappes qui viennent de chez vous. Je ne les regarderai plus de la même manière. Il m'a été dit qu'en plus, c'était des nappes intachables.

Je ne sais pas depuis quand elles ont été mises en place, je veux croire avant moi pour que cette innovation n'ait pas été due à des fautes de goût. Mais il est vrai qu'il y a une tradition, il y a une histoire et il y a aussi une excellence. Parce qu'il n'est pas possible de perpétuer une filière textile comme la vôtre, concurrencée à l'échelle du monde par des pays à très faible coût de main d'œuvre, s'il n'y a pas une capacité de fournir ce que les autres ne peuvent pas fabriquer.

C'est ce que vous avez compris avant d'autres, être sur des petites séries, être capable de pouvoir personnaliser la commande qui vous est faite, faire en sorte que vous puissiez être dans l'innovation, c'est-à-dire dans l'avant-garde technologique. J'évoquais les nappes intachables mais je pourrais aussi parler du textile numérique parce qu'ici, on fait de la fibre avec bien sûr du tissu, mais on le fait aussi avec de la fibre optique pour pouvoir envoyer un certain nombre de signaux, pour mettre de la lumière et vous le faites en plus ici, dans un territoire qui est exceptionnel. Il est rare de pouvoir travailler dans un site aussi beau. Je ne parle pas simplement du site industriel qui – il m'a été dit – avait été détruit pendant la Seconde Guerre mondiale et reconstruit après. Je parle du site naturel. Il fait beaucoup dans le succès de votre filière, ici dans les Vosges.

Mais je pourrais parler d'autres territoires de France, parce que ce que vous arrivez à donner, c'est aussi une référence, un ancrage, donc une vitalité et des paysages que l'on ne voit nulle part ailleurs.

Donc quelle est finalement la leçon qu'il faut tirer ? Il faut utiliser le passé comme une référence, pas comme une nostalgie. Il y a tellement de personnes qui parlent du passé comme si c'était un âge d'or. Est-ce que vous pensez que travailler dans les entreprises textiles, il y a 30-50 ans était facile ? Etait-ce avec des conditions de travail exemplaires ? Non. Donc il n'y a pas d'âge d'or. Est-ce qu'il était simple de pouvoir retrouver du travail ? Sans doute davantage qu'aujourd'hui, mais c'était un travail qui pouvait être très dur, très pénible.

Donc nous devons nous dire qu'il faut avoir du passé une fierté et pas simplement une mélancolie. Puis il faut faire de cette fierté un élément de projection vers l'avenir, d'où le choix qui a été le vôtre de donner à l'innovation toute sa place.

Il y a une volonté de la part de l'Etat de développer ce qu'on appelle « les textiles intelligents », non pas que les autres ne l'étaient pas, mais parce qu'on peut mettre dans le tissu des éléments qui vont pouvoir soigner, qui vont pouvoir informer, qui vont même pouvoir développer des usages.

Il y a un projet qui s'appelle « Textronique » qui permet – et il y a plusieurs acteurs qui sont dans la région du Grand Est – aux entreprises, entreprises vosgiennes, entreprises de toute la France, de pouvoir développer du textile intelligent. L'Etat a soutenu financièrement cette performance et ce développement.

Alors il nous faut une histoire, il nous faut de l'innovation, il nous faut de l'excellence, mais il nous faut des personnels, vous. Il nous faut des salariés qui puissent, transmettre leur savoir-faire - ici les plus anciens le font à l'égard des plus jeunes – et garder cette qualification que vous avez eue année après année. Il nous faut former les jeunes qui viendront dans les entreprises du textile aujourd'hui et demain.

C'est un enjeu que nous avons évoqué au cours de la journée, car il n'y a plus d'école de textile, simplement parce qu'il y a eu tellement de crises industrielles qu'il n'y avait plus nécessairement l'utilité ou les vocations pour former des jeunes au métier du textile, des jeunes et des moins jeunes.

Alors ce sont les entreprises qui font en réalité ce travail de qualification indispensable. L'Etat les appuie et vous avez vous-mêmes des droits avec les comptes personnels de formation, comptes personnels d'activité. Tout cela vous appartient en propre et les entreprises peuvent utiliser ces possibilités de formation pour qualifier, d'abord par l'apprentissage qui reste une entrée dans un certain nombre de métiers, puis ensuite par la formation pour les salariés et enfin pour les demandeurs d'emploi, les chômeurs.

Nous avons développé le plan 500.000 formations pour les demandeurs d'emploi avec les régions et le président RICHERT – qui préside l'ensemble des exécutifs régionaux – nous a beaucoup aidés puisqu'il faut que ce soit les régions qui avec l'Etat, avec les partenaires sociaux, puissent favoriser ces formations.

Il y a un chômeur sur dix qui reçoit une formation dans notre pays seulement, alors qu'il y a des postes de travail qui ne peuvent pas être occupés faute de qualification. Donc l'enjeu c'est la formation et d'avoir un personnel comme vous, hautement qualifié parce que c'est la condition du succès.

Nous avons aussi voulu qu'il y ait des identifications d'origine. C'est là que vous intervenez et que vous avez cette belle idée, Monsieur de MONTCLOS, de vouloir non seulement promouvoir votre entreprise, je crois que chacun sait que vous dirigez GARNIER THIEBAUT, s'ils ne savaient pas avant, ils le savent maintenant et ils connaissent également toutes vos qualités au sens le plus politique du terme.

Vous avez aussi voulu fédérer, après avoir eu cette réussite ici, vous avez voulu que l'ensemble des entreprises du textile, ici dans les Vosges, puissent travailler ensemble et porter une identification, un label, l'excellence française. Cela a donné « Vosges, Terre textile » et c'est le Syndicat textile de l'Est qui a eu cette garantie, que c'était bien à partir des critères qui étaient posés, des normes qui devaient être respectées que l'on pouvait attribuer ce label.

Il y a près de 25 entreprises aujourd'hui qui sont dans ce rassemblement, dans cette initiative et je veux ici les remercier. Je les ai rencontrées pour le déjeuner et il y a une forme de passion qui s'est dégagée de cette initiative, en termes de reconnaissance, en termes de valorisation et aussi en termes de complémentarité.

Vous avez même fait des manifestations à Paris pour défendre votre marque, votre label, votre idée de fabriquer en France. Je ne sais pas pourquoi vous êtes venus manifester, mais je ne sais pas pourquoi vous n'êtes pas venus jusqu'à moi pour dire ce que vous pensez, ce qui m'a obligé à venir jusqu'à vous sans drapeau, sans gilet, j'en étais d'ailleurs très frustré mais je l'aurais peut-être à la fin.

Je suis venu vous dire merci, merci pour ce que vous avez fait, merci d'avoir défendu une belle idée qui est celle de pouvoir être reconnu pour l'excellence, la qualité et la fabrication ici, dans cette terre de Vosges.

Vous avez pu ainsi confirmer la volonté qui est celle de la ministre, de pouvoir donner des appellations d'origine, comme nous le faisons pour les produits agricoles. En effet pour les produits agricoles, je ne vais pas les citer tous mais il y en a quelques-uns ici, dans les Vosges et dans cette région du Grand Est, on arrive à savoir d'où viennent par exemple les fromages, mais nous avions une difficulté, on n'arrivait pas à reconnaître les produits qui étaient véritablement fabriqués dans telle ou telle région, qui correspondaient à une qualité, à une histoire et surtout, à un respect de normes particulièrement exigeantes. Donc, nous avons développé les appellations d'origine pour les produits industriels, ce que l'on appelle les indications géographiques.

Vous avez fait allusion à un de mes possibles collègues, comme vous l'avez dit, qui va prêter serment aujourd'hui. Vous savez qu'il y a des négociations qui ont été ouvertes entre les Etats-Unis et l'Europe, qui sont pour l'instant suspendues, enfin en tout cas reportées. Toute la question était de savoir si on arrivait à reconnaître ou à faire reconnaître ces appellations d'origine et nous, nous disions (la France) qu'il n'était pas possible d'avoir des échanges commerciaux s'il n'y avait pas cette reconnaissance.

Cela vaut pour les produits agricoles, cela vaut pour les produits industriels, cela vaut aussi pour la culture, parce que cela fait partie de ce que l'on doit défendre en termes non pas de patrimoine comme si nous étions des populations qui devaient être protégées, non, parce qu'il y avait la reconnaissance de normes et d'exigences qui devaient être reconnues pour que le consommateur sache bien ce qui était fabriqué ici ou ce qui a été fabriqué ailleurs.

Ensuite il fait son choix, nul ne l'oblige à prendre tel ou tel produit mais il doit être sûr que ce qui était ici, une nappe, un linge ou un vêtement, puisse avoir toutes les conditions de la reconnaissance de cette appellation.

Alors aujourd'hui, le nombre de produits labellisés a quadruplé et il y a 20 millions de produits qui sont ainsi labellisés. Cela concerne aussi bien la filière bois, que le textile, ou que l'automobile. Hier par exemple, j'étais à Charleville-Mézières pour PSA, ils ont des voitures, des véhicules qui sont reconnus comme étant fabriqués en France et c'est une information qui est donnée aux consommateurs.

Voilà pourquoi il était si important que je vienne vous exprimer le témoignage de notre reconnaissance. Nous avons travaillé ensemble pour en arriver là, mais il y a encore beaucoup à faire. Il faut d'abord mener des négociations commerciales, il faut aussi qu'en France nous puissions promouvoir cette qualité et cette excellence et enfin, il faut que nous puissions convaincre les consommateurs, car ce sont les consommateurs qui décident.

Je vais terminer sur deux messages. D'abord, nous sommes dans une économie mondiale ouverte, il n'est pas possible et il n'est pas souhaitable d'ailleurs de vouloir s'isoler de l'économie mondiale. Qui penserait ici que l'on puisse s'enfermer, se replier et considérer qu'on n'aurait à commercer avec personne d'autre que nous-mêmes ? Ici, vous fabriquez des produits que vous exportez, que vous exportez partout dans le monde.

Vous allez – toute la filière textile – de plus en plus exporter. Alors si l'on fermait les frontières comme certains nous le recommandent ou comme celui qui prête serment voudrait aussi qu'il y ait la fermeture ou des taxes ou des droits, qui puissent empêcher un certain nombre de produits de venir aux Etats-Unis, alors ce serait la remise en cause du travail partout où il peut être fait.

Que l'on puisse avoir des règles qui évitent qu'il y ait des concurrences faussées, est tout à fait légitime, cela fait partie de ce que nous devons absolument engager comme négociation. Mais nous ne devons pas imaginer la France fermée à l'égard du reste du monde, ce serait des pertes d'emplois, ce serait des pertes de compétences, ce serait des pertes considérables de développement pour notre économie.

Nous devons dans cette mondialisation être capables d'identifier nos produits, le « fabriqué en France », c'est la reconnaissance de l'excellence, ce n'est pas une contrainte que nous posons à l'égard des consommateurs, c'est une information que nous leur donnons et une garantie que nous leur accordons. Donc nous devons être les meilleurs dans la spécialisation internationale, c'est une grande leçon.

On peut essayer de baisser les coûts de main d'œuvre sur certaines productions, nous ne serons jamais compétitifs comme d'autres pays émergents, c'est une évidence et nous ne voulons pas de cela. Nous sommes attachés à notre modèle social, nous sommes conscients que nous devons rémunérer le travail, même si j'ai voulu qu'il puisse y avoir des allègements de cotisations ou d'impôts pour les entreprises pour qu'elles soient compétitives, mais pour qu'elles soient compétitives par rapport à des pays industrialisés, pas par rapport à des pays qui sont de toute façon avec des niveaux de coût de main d'œuvre très bas.

Alors si nous voulons être compétitifs, nous devons l'être sur le coût du travail par rapport aux pays industrialisés et nous y sommes, mais nous ne pourrons gagner de parts de marché que si nous sommes sur les meilleurs créneaux, les meilleures filières, les meilleurs produits, que si nous sommes en avance avec des technologies et des salariés bien formés, bien qualifiés, parce que personne ne pourra prendre ce qui est votre patrimoine.

Votre patrimoine c'est vous, c'est ce qui a été transmis de génération en génération, c'est ce que vous avez appris ici et c'est ce que vous savez faire et que d'autres ne savent pas faire. C'est la première leçon.

On doit être pleinement dans la mondialisation, mais être nous-mêmes dans l'innovation, dans la reconnaissance de la qualité de nos produits, dans la formation de notre main d'œuvre et dans la reconnaissance des savoir-faire. A ce moment-là, nous pouvons gagner et nous allons gagner, comme vous allez le faire.

La seconde leçon est qu'il n'y a pas de possibilité de développement s'il n'y a pas d'innovation, s'il n'y a pas d'investissement. C'est pour nous très important que les entreprises puissent investir avec des machines, avec des robots, avec ce que l'on appelle l'industrie du futur. Ici, vous avez de très belles machines, avec des personnels pour les servir, parce que les machines ne fonctionnent pas toute seules.

On parle beaucoup des robots, mais les robots sont nécessaires dans une économie. Les Allemands ont beaucoup plus de robots que nous, donc nous devons avoir des machines mais il faut avoir aussi les personnels pour les servir, il faut avoir des personnels qualifiés. Il faut être dans l'innovation, l'innovation elle peut être technologique, elle peut être aussi sociale, une bonne organisation du travail apporte de la performance en plus. L'innovation peut être aussi dans le design, dans la présentation des produits, c'est ce que vous faites ici. Donc nous devons investir et innover sans cesse.

Voilà ce que j'étais venu vous dire ici, à Gérardmer, parce qu'il est vrai que c'est un lieu exceptionnel, vous avez fait en sorte qu'il y ait de la neige pour m'accueillir, pour que l'on rappelle que – et Monsieur le maire ne me contredira pas – c'est ici une station de tourisme, mais aussi une ville et un territoire où il y a eu toujours une industrie textile et où il y aura demain une industrie textile. C'est vous qui la représentez et la France est faite de toute cette excellence.

Il faut avoir confiance dans l'avenir et c'est ce que j'ai essayé de vous dire tout au long de mon propos. Il faut savoir d'où l'on vient, l'histoire, ce qu'elle nous a apporté, il faut savoir les luttes qu'il a fallu engager pour gagner un certain nombre de libertés, de droits sociaux ou de progrès humains et puis ensuite, être capable d'aller loin et de se projeter autant qu'il est possible vers la réussite.

Mais pour cela, il faut des hommes et des femmes qui se prennent en main, il faut des patrons, vous en avez un, il ne doit pas être facile tous les jours, mais c'est lui qui a permis aussi – avec bien sûr ses collaborateurs – de faire que cette entreprise puisse se poursuivre, se développer et j'ai rencontré les chefs d'entreprise. Puis il faut des salariés, parce que sans les salariés on ne peut rien. C'est vous qui faites que cette entreprise a une âme et qu'elle correspond à ce que nous nous faisons de l'idée de la France. C'est pour cela que c'était très important quand on veut connaître la France, il faut toujours revenir dans les Vosges pour avoir la belle ligne d'horizon.


Merci à vous, vive la République et vive la France.

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