Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la société Safran, une entreprise française spécialisée dans les domaines de l'aéronautique et de la défense, à Montluçon le 9 février 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la société Safran, une entreprise française spécialisée dans les domaines de l'aéronautique et de la défense, à Montluçon le 9 février 2017.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Déplacement dans l'Allier ; discours à la société Safran, à Montluçon le 9 février 2017

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Mesdames, Messieurs,


Je suis venu ici devant vous les personnels de cette entreprise pour vous féliciter car l'Etat est à la fois actionnaire et en même temps client de l'entreprise. Actionnaire, il tient à le rester même si sa part dans le capital se réduit ; client, il le sera toujours compte tenu de l'excellence de vos produits.

Je tenais à venir à Montluçon parce que c'est un site historique et plein d'avenir. L'histoire - parce qu'il faut toujours revenir à l'histoire - c'est le choix qu'avait fait à l'époque un entrepreneur, Monsieur MÔME de venir en 1934 en pleine crise, créer une usine ici à Montluçon, comme pour vaincre la fatalité, comme pour dire qu'il était possible de produire de l'excellence ici à Montluçon à une époque où sans doute beaucoup s'interrogeaient sur la pertinence de ce choix.

Puis il y a eu cette évolution permanente qui a fait qu'on fabriquait des machines à chaussures, des engins d'extraction et puis aujourd'hui on y fabrique des gyroscopes, des missiles, des drones : vous êtes donc un site d'avenir. Et c'est là que se conçoivent, se produisent les fabrications qui correspondent à l'industrie de demain.

Ce site a néanmoins connu aussi des plans sociaux et des réductions d'effectifs, et beaucoup se sont interrogés : est-ce que cela allait durer ? C'est la question quand on est salarié, quand on est élu et qu'il y a une unité de cette ampleur : est-ce que ça va continuer ? Est-ce que dans la mondialisation, cette usine a sa place ? Est-ce que face à la compétition, à la concurrence, il y aura toujours des produits à fabriquer ? Je sais bien que c'est encore ce que vous avez à l'esprit et que vous vous dites : est-ce que demain pourra être conforme à nos espérances ? Est-ce qu'on ne doit pas craindre de ce monde, avec un certain nombre de menaces qui pèsent sur lui, avec l'idée que certains pourraient produire pour eux-mêmes ? Alors que vous êtes l'illustration que l'on peut produire ici en France et être pleinement partie prenante du monde car ici vous exportez partout dans le monde. Si on repliait SAFRAN derrière ses frontières, il n'y aurait plus de SAFRAN. Nous devons produire français autant qu'il est possible et faire en sorte que la technologie, l'excellence, les savoir-faire qui sont les vôtres puissent être d'abord ici représentés.

Mais nous devons produire pour le monde, et avoir des clients partout dans le monde. Même si l'Etat est votre client, la vocation de ce que vous fabriquez, c'est d'être proposé à d'autres Etats, à d'autres entreprises parce que vous êtes une entreprise de taille mondiale qui a vocation à produire autant qu'il est possible en France, mais partout dans le monde.

SAFRAN est une entreprise qui est présente aussi dans de nombreux pays. Tout à l'heure, monsieur PETITCOLIN disait que j'avais visité plusieurs sites de SAFRAN. C'est vrai, je suis allé dans la Meuse, je suis allé à Eragny, mais je suis aussi allé au Mexique où il y a une unité de SAFRAN. Alors on pourrait se dire : mais qu'est-ce que vous allez faire au Mexique ? - Je suis sûr que certains le pensent. Vous êtes au Mexique parce que vous produisez pour le Mexique ; et du Mexique, vous allez pouvoir produire pour l'Amérique Latine et avec des commandes qui sont passées aux usines du groupe en France.

C'est cela être un leader mondial, car vous êtes leader mondial : c'est être capable de fournir pour tout le monde. Alors je parlais de ce qu'avaient été les risques pour hier ; je veux parler maintenant de ce que sont les chances pour demain, puisqu'avec l'exportation du Rafale - dont vous avez suivi sans doute les différentes étapes et les différents succès - chaque fois qu'il y a des Rafale qui sont vendus dans le monde, c'est une bonne nouvelle pour SAFRAN, parce qu'il y a aussi les commandes de missiles qui vont avec.

Il y a la production qui s'annonce du nouveau drone Patroller, qui va vous donner de nombreuses activités pour les années qui viennent, qui va vous permettre d'avoir un plan de charges qui est assuré jusqu'en 2020 - c'est déjà pas mal d'aller jusqu'en 2020, donc d'avoir aussi une visibilité pour la suite et d'avoir cette confiance que vous devez avoir pour votre propre avenir.

Cette réussite - elle est incontestable - vous la devez à votre ténacité qui vous a fait justement vaincre un certain nombre d'obstacles. Vous la devez également à l'excellence de votre savoir-faire que j'ai pu constater et à la perfection de votre technologie - ici il y a un gyroscope de sous-marin qui peut garder une position fiable pendant des milliers d'heures.

Cette réussite, Montluçon, la doit également, à sa capacité de transmettre des savoir-faire. J'ai pu rencontrer des salariés qui sont là depuis 35 ans - même un qui était là depuis 40 ans et qui me posait la question de savoir s'il pourrait partir en retraite, sans que l'on ait besoin de reporter l'âge ou d'allonger la durée de cotisations. Oui, ce sera possible, à certaines conditions !

J'ai pu rencontrer des jeunes salariés qui ont été récemment embauchés et qui veulent obtenir des plus anciens justement cette transmission, justement cet échange d'expérience qui est indispensable et sur laquelle j'avais conçu le Contrat de génération. Ici à SAFRAN, le Contrat de génération, vous l'aviez déjà mis en place avec des tuteurs qui peuvent donner aux plus jeunes toutes les conditions pour leur réussite.

Votre établissement est également, je l'évoquais, fournisseur de la défense nationale, avec des centrales inertielles, essentielles pour notre autonomie stratégique, pour l'autonomie et l'indépendance de la France. Quand on fabrique des pièces pour la défense, on n'est pas dans n'importe quelle entreprise, on n'est pas dans n'importe quelle usine : on doit avoir un degré d'exigence encore plus élevé. On doit concevoir que ce que l'on fait ici, cela sert pour qu'il y ait, par l'utilisation des produits, une défense qui puisse être fiable et respectée, mais c'est vrai, ces pièces-là sont utilisées.

C'est aussi une responsabilité, et aussi, un moment, une interrogation presque morale, éthique : qu'est-ce que l'on fait, et pourquoi on le fait. Je suis là aussi pour vous le dire. Ce que l'on réalise ici, pour notre défense, permet la protection de notre pays, permet le respect qui doit être celui de nos militaires, qui utilisent les produits que vous fabriquez. Lorsque je me rends sur un certain nombre de lieux où il y a nos militaires, qui peuvent frapper des terroristes en Syrie, en Irak, au Mali, ils utilisent vos produits.

Ils doivent avoir une confiance absolue dans vos fabrications, et ils l'ont. C'est aussi une fierté, la vôtre, parce que vous savez que vous pouvez être responsables de notre défense nationale. Tous les composants qui sont issus des ateliers de Coriolis - que je n'ai pas visités, mais que le ministre de la Défense a visités - permettent justement d'équiper nos forces, depuis les sous-marins, les Rafale, les hélicoptères, jusqu'aux missiles.

Le missile AASM, qui est assemblé sur ce site, est pleinement utilisé, et sera de plus en plus utilisé. Cela a justifié des commandes nouvelles qui vous ont été passées, parce que c'est ce que j'ai également décidé pour l'emploi de nos forces.

Dans l'atelier où nous sommes, seront également bientôt fabriqués les drones tactiques de l'armée de terre, les drones Patroller. Je veux en dire un mot, parce que c'était une grande question quand je suis arrivé aux responsabilités.

Nous devions avoir des drones, nous, fabriqués en France, pour la France, et pour l'exportation. Donc nous avons fait confiance à SAFRAN pour la fabrication de ces drones. 85 % sont fabriqués en France, et cela va créer 300 emplois qualifiés, ici, à Montluçon, mais également à Fougères, à Eragny, à Poitiers. Je n'ai pas encore visité Fougères et Poitiers. Cela me manque dans mon palmarès pour bien connaître SAFRAN, mais c'est essentiellement à Montluçon que ces emplois vont être créés. Pour vous, là-aussi, c'est à la fois une fierté, et en même temps, une nouvelle garantie pour l'activité de ce site.

Puis, vous avez également voulu avec SAFRAN fédérer des PME dans ce qu'on appelle le Cluster Patroller. Grâce aux drones, vous pouvez avoir un environnement industriel qui va mobiliser des PME, et donc des salariés qui, grâce à cette commande, grâce à SAFRAN, vont pouvoir eux aussi avoir une perspective d'avenir et d'emplois.

Les PME sont essentielles pour nos territoires. Bien sûr, quand il y a un site SAFRAN dans un bassin d'emplois comme Montluçon, c'est une opportunité considérable, mais il faut aussi qu'il y ait des PME.

Tout à l'heure, j'ai visité VIATEMIS, pas loin d'ici, une entreprise qui a été reprise, qui était en liquidation, et où il y avait des salariés qui avaient été licenciés, et qui se posaient la question de savoir comment ils pourraient imaginer leur propre avenir. Il a fallu qu'un chef d'entreprise, qui est un ancien cadre, reprenne cette unité et puisse lui donner une perspective.

Elle fabrique ses produits entièrement, ici, sur ce bassin d'emplois. De la première pièce jusqu'à la confection finale du produit. Elle est devenue leader européen dans son domaine et elle vend dans 45 pays. Là aussi, imaginons qu'on ne puisse plus vendre, qu'on se soit refermé sur nous-mêmes et qu'on n'ait plus de clients à l'étranger, cette entreprise disparaîtrait du jour au lendemain.

Alors quelles sont les conditions pour réussir ? Question que tout dirigeant d'entreprise se pose et que nous, au sommet de l'Etat, nous devons avoir à l'esprit. Il y a deux conditions pour réussir, il faut à la fois de l'investissement et il faut du personnel formé. S'il y a l'un sans l'autre, cela ne peut pas marcher. Donc pour relancer l'investissement, j'avais pris la décision de conclure le pacte de responsabilité, -cela a été beaucoup questionné,- améliorer les marges des entreprises, cela ne va pas de soi et pourtant, cela est nécessaire si on veut qu'il y ait de l'investissement.

Le crédit impôt compétitivité emploi bénéficie, -comme toutes les entreprises,- à SAFRAN. Il y a eu cette reprise de l'investissement, qui est tout à fait significative, ici, dans votre entreprise, mais qui est vrai pour l'ensemble du pays. Investir pour innover, investir pour être les meilleurs dans la technologie, investir pour l'excellence, mais cela ne suffit pas, il faut aussi former, recruter des jeunes, former tous les personnels, c'est ce que vous avez fait, ici. J'ai eu l'occasion de m'en rendre compte avec cette école interne Cap excellence, qui est ce que nous pouvons imaginer de mieux pour les personnels, à la fois, celles et ceux qui sont déjà dans l'entreprise et qui peuvent atteindre un niveau de qualification plus élevé, s'adapter aux nouvelles commandes. Et puis, les plus jeunes, qui entrent, ou les moins jeunes qui peuvent entrer aussi dans l'entreprise, qui sont recrutés et qui peuvent ainsi se qualifier.

Votre modèle, ici à SAFRAN, j'ai voulu qu'il puisse être généralisé à l'ensemble du pays, avec la création du compte personnel d'activité, que vous pouvez d'ailleurs vous-même avoir en disponibilité immédiate, vous pouvez même vérifier quels sont vos droits par les réseaux sociaux. Donc ce compte personnel d'activité, permet d'avoir des droits à soi, des droits personnels, des droits individuels pour la formation, qui peuvent être mobilisés à tout moment au cours de la vie professionnelle.

Je veux terminer en vous disant que la France s'est toujours redressée à travers de grands projets industriels. Parce que l'industrie représente des technologies, représente des fabrications et que s'il y a des services qui sont indispensables pour la vie en commun, s'il y a une agriculture qui est aussi un élément tout à fait majeur pour notre alimentation, l'industrie correspond à des projets qui sont ceux de l'avenir.

Un moteur d'avion est un projet considérable qui est conçu très longtemps en amont, en avance donc, fabriqué plus tard et qui a une durée de vie. Vous avez fabriqué des moteurs d'avion, c'était l'objet initial de SAFRAN, même si vous fabriquez beaucoup d'autres choses. Mais vous avez conçu son développement puis à un moment, vous avez imaginé ce que pouvait être un autre moteur d'avion, celui que vous mettez maintenant en fabrication.

Toutes les grandes compagnies utilisent les moteurs SAFRAN et celles qui ne les utilisent pas, pour moi, jettent un doute sur leur fiabilité ou leur crédibilité ou leur vitesse. Chaque fois que je monte dans un avion – enfin, je monte toujours dans le même, donc il n'y a pas beaucoup à s'interroger – je demande s'il y a un moteur SAFRAN. Pour un pays comme la France, savoir que nous avons pu maîtriser cette technologie – combien de pays maîtrisent la technologie des moteurs d'avion ? Très peu – c'est aussi une forme de fierté. Il faut avoir cette fierté quand on est comme vous, salariés d'une grande entreprise au service du pays.

Récemment, il y a eu une fusion entre SAFRAN et ZODIAC. Une fusion, quelquefois cela inquiète. On se dit : « Mais qu'est-ce qu'on va devenir puisqu'il va y avoir une grande entreprise qui va être le produit de deux qui existaient précédemment ? » En fait, cette fusion SAFRAN-ZODIAC est une nouvelle opportunité, elle va créer de nouveaux emplois, de nouvelles activités parce que le groupe ainsi créé va devenir un acteur mondial, un acteur majeur, un leader.

Je veux ici en féliciter la direction. Monsieur McINNES et Monsieur PETITCOLIN ont fait des choix. C'est toujours un risque de faire des choix. Un risque parce qu'ils peuvent être contrariés par des conjonctures, par des événements, par des impasses parfois technologiques. Vous avez fait des choix stratégiques et j'ai pu les mesurer au cours de ces cinq dernières années. C'étaient les bons choix pour l'entreprise. Mais vous n'auriez pu les faire que si vous étiez sûrs d'avoir des personnels qui pouvaient être à la mesure de relever le défi et c'est ce qui s'est produit. C'est donc grâce à vous tous que l'entreprise a pu franchir toutes ces étapes et atteindre ce niveau et ce plan de charges.

Parce qu'une entreprise, c'est comme un pays. Il faut qu'il y ait une équipe. Bien sûr qu'il y a des sensibilités différentes ; bien sûr qu'il y a des contradictions, que tout le monde n'a pas nécessairement les mêmes intérêts. Mais en même temps, il y a une volonté commune qui est de réussir. Cette réussite doit être partagée. C'est aussi ce que doit faire une entreprise : produire, partager et en même temps investir pour l'avenir. Ce qui vaut pour une entreprise vaut également pour une nation. Nous allons connaître là encore des débats. Il faut être conscients que ce qui se joue, c'est bien plus que des intérêts personnels ou des intérêts partisans.

C'est l'intérêt national, dans un monde qui, vous l'avez sans doute relevé, est devenu plus menaçant, plus incertain, y compris dans ce qui se passe à nos frontières, pas si loin d'ici. Des conflits, ce qui s'est produit sur notre propre sol, le terrorisme, avec les Etats-Unis d'Amérique qui sont partis sur une ligne qui n'est pas forcément celle que nous comprenons, que nous partageons : le repli, l'isolationnisme, la volonté d'abord de faire prévaloir des intérêts qui ne sont pas forcément des intérêts pour la planète. Nous sommes devant ce monde-là, avec une Europe qui se pose toujours des questions de savoir quel va être son avenir avant de se déterminer sur des choix qui doivent être des choix essentiels pour notre cohésion et pour notre production.

Il faut avoir le sens de l'intérêt national, de ce que nous devons faire ensemble, de ce que nous devons aussi réussir. Après un choix, une élection, il faut être capable de se rassembler, pas de se diviser. C'est finalement la leçon que je tire de ma visite ici. Vous êtes unis sur ce projet d'entreprise, vous êtes fiers de fabriquer des produits qui sont essentiels pour notre pays, vous êtes conscients que vous avez plus qu'à faire votre travail mais c'est une forme de devoir pour le pays.

Je voulais ici vous exprimer ma gratitude, ma reconnaissance parce que quand on vient ici à SAFRAN, on sent qu'il y a un esprit, un esprit d'équipe, un esprit de confiance et ici à Montluçon, c'était encore plus important. Parce que je sais ce qu'a supporté Montluçon ces dernières années, ce qu'ont été des restructurations extrêmement douloureuses. Pour ce bassin d'emploi qui vous regarde, qui espère beaucoup en vous, qui souhaite qu'il y ait des recrutements qui puissent se faire, des formations qui puissent être dispensées, des réussites industrielles qui puissent être accomplies, oui , tout le monde a le regard sur SAFRAN ici à Montluçon, et d'abord le Président de la République.


Vive Montluçon, vive SAFRAN et vive la République.


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