Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'industrie automobile française, à Cléon le 24 février 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'industrie automobile française, à Cléon le 24 février 2017.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Déplacement en Seine-Maritime ; visite de l'usine Renault de Cléon, à Cléon le 24 février 2017

ti :

Mesdames, messieurs les parlementaires, les élus,
Monsieur le directeur général,
Mesdames, messieurs,

Je voulais venir à Cléon parce que c'est une usine qui a une histoire, une grande histoire qui correspond à l'industrie automobile de l'après-guerre, avec ses succès, ceux de RENAULT.

Il y avait une autre raison : le député Guillaume BACHELAY me disait toujours de venir à Cléon. Il fallait trouver l'occasion. Il me restait peu de temps pour honorer cet engagement, mais j'y tenais particulièrement.

D'abord parce que c'est RENAULT et que c'est une grande entreprise française qui rayonne partout dans le monde, qui innove, qui investit et qui embauche. Parce qu'ici, en Normandie – j'ai des liens avec la Normandie – l'industrie automobile fait vivre beaucoup de familles, notamment cette usine, Cléon.

Je voulais aussi venir parce que l'industrie automobile est née en France, l'automobile est née en France et vous en êtes finalement les continuateurs, parce qu'il faut inventer génération après génération. L'industrie automobile, c'est 450.000 personnes qui vivent autour de ces activités, c'est à peu près 60 % d'une production qui se trouve exportée dans le monde. Ce que l'on fabrique en France, c'est utile pour les consommateurs français et j'allais dire c'est indispensable pour les consommateurs partout dans le monde.

Enfin parce qu'ici, il y a de l'innovation, de l'invention puisque nous sommes dans cet atelier qui met en œuvre des pièces pour construire des moteurs électriques.

Je vais d'abord commencer par un récit, celui du début du quinquennat. Je ne vais pas vous faire tout le quinquennat, rassurez-vous, mais quand je suis arrivé aux responsabilités du pays, l'industrie automobile était en très grandes difficultés. Il y avait des plans sociaux qui étaient annoncés, notamment chez PEUGEOT, il y avait des difficultés pour le groupe RENAULT.

Le marché avait considérablement chuté et le nombre d'immatriculations était à un niveau historiquement bas. La filière automobile était même menacée dans son existence pour beaucoup de sous-traitants notamment.

Il fallait réagir, ne pas subir simplement une réalité qui nous était imposée, tous ces plans sociaux que l'on trouvait à notre arrivée. Il a fallu lancer un plan qui a mobilisé tous les acteurs de la filière, les grands groupes comme RENAULT mais aussi des sous-traitants, des PME, bref ! Toutes les entreprises qui vivent de l'industrie automobile.

L'Etat a également fait son devoir, il a mis en œuvre des moyens financiers pour les équipementiers, mais également pour soutenir la consommation et l'achat d'automobiles, notamment pour le véhicule électrique. Nous avons aussi fait en sorte que, présent au capital de RENAULT, nous puissions lui donner tout notre appui pour son développement.

PEUGEOT, PSA, était également devant de très graves difficultés et il a fallu que l'Etat prenne une participation au capital de PSA et garantisse un certain nombre de financements.

Puis il y a eu tous les soutiens que nous avons pu apporter à travers la politique que j'ai conduite, notamment le pacte de responsabilité, le crédit impôt compétitivité emploi, le crédit impôt recherche pour que les entreprises puissent disposer des marges nécessaires pour investir, pour exporter et pour embaucher.

Enfin, il y a eu ces accords qui ont été signés par les partenaires sociaux. Ce n'est jamais facile de signer un accord, parce qu'on ne sait jamais ce que l'on voit et on sait ce que l'on peut perdre. Pourtant, il y a eu cette conclusion d'un accord qui a pu permettre plus de flexibilité, donner des améliorations considérables de productivité et permettre qu'il y ait plus d'emplois, plus d'investissements et plus d'efforts de recherche.

Toutes ces contreparties ont été satisfaites dans un temps plus court que celui même qui avait été imaginé. C'est vous aussi qui avez participé directement au redressement de l'entreprise et à son succès. Il est bien légitime qu'il y ait donc – comme cela a été annoncé – des créations d'emplois qui aient pu se faire en 2016 et qui pourront aussi se faire en 2017, avec l'intégration de ceux qui sont en intérim par rapport à ce qui est leur attente, c'est-à-dire d'avoir un contrat à durée indéterminée.

Il y a aussi cette satisfaction, et vous l'avez évoquée monsieur le directeur général, d'avoir un plan de charge qui est assuré à l'horizon 2023 et sans doute plus de productions encore qui pourront être faites ici, à Cléon comme dans toutes les usines du groupe.

Plus largement, les résultats… j'ai évoqué 2012, nous sommes en 2017, ils sont là, ils viennent d'ailleurs d'être publiés. Les principaux constructeurs ont significativement augmenté leurs ventes, plus d'un million de véhicules en plus par rapport à 2012. Et les immatriculations de véhicules en France ont augmenté, elles, de 2 millions.

Il y a eu grâce à cet effort qui a été le vôtre, l'effort d'investissement, l'effort d'innovation à travers l'alliance de RENAULT avec NISSAN. Vous êtes devenus le 3ème constructeur au monde. Pour nous, c'est une immense fierté que d'être ici, chez RENAULT.

Alors on pourrait s'arrêter là en disant « finalement l'essentiel est acquis, regardez la situation qu'il y avait en 2012, nous sommes en 2017 et il n'y aurait plus qu'à finalement laisser faire », ce serait le pire des calculs. Nous avons besoin de moderniser encore notre industrie, nous avons besoin d'inventer des produits de demain. C'est ce que fait RENAULT qui a su se mobiliser pour la mobilité qu'on appelle « durable », c'est-à-dire la mobilité qui va consommer moins de produits énergétiques ou qui va fonctionner avec l'électricité.

RENAULT est le leader du véhicule électrique, je le rappelais ici même. Vous fabriquez des moteurs électriques pour la Zoé, mais aussi pour d'autres groupes, parce qu'ici vous travaillez pour RENAULT et pour tous les constructeurs et les meilleurs au monde.

Vous allez continuer à prendre part à cette révolution énergétique qui est sous nos yeux et qui est indispensable, si on veut être capable à la fois de respecter nos engagements pour le climat ; et en même temps d'être les meilleurs dans la compétition. Parce qu'en réalité, ce qu'on appelle « des contraintes écologiques », ce sont des leviers pour l'industrie française. C'est ce que vous avez parfaitement compris ici. Vous avez fait que l'objectif pour nous tous, qu'il y ait moins de pollution, puisse être aussi un argument de vente et, donc, de production et d'emplois.

La France va pouvoir créer plus d'emplois, fabriquer plus de véhicules grâce à cet enjeu écologique et énergétique. Nous sommes aujourd'hui en France le premier marché européen pour le véhicule électrique ; notre objectif c'est d'en construire 2 millions d'ici 2020, véhicules électriques et véhicules hybrides, je dois le préciser.

Vous produisez aussi des moteurs pour le diesel, et pendant un certain temps il y aura toujours des véhicules qui devront être produits, qui fonctionnent au diesel, qui roulent au diesel. Il faut faire cette transition. Si on la fait trop lentement, on perdra des parts de marché et on voit en ce moment qu'un certain nombre de faits qui ont pu entraîner une suspicion. Mais si on le fait trop vite, on risque de perdre aussi des qualités de production et de la production. Il faut trouver cet équilibre et c'est ce que le gouvernement sous mon autorité a décidé d'engager.

Pour être les meilleurs, il faut inventer aussi l'usine du futur, c'est celle que j'ai visitée aujourd'hui. Vous êtes dans une usine du futur, avec de nombreux robots qui améliorent les conditions de travail et qui donnent de la productivité et donc de l'emploi.

Je sais bien ce que l'on a tous en tête quand on évoque un robot, on se dit « finalement le robot va remplacer le travail humain », d'une certaine façon oui, il remplace un travail pénible. Mais le robot permet d'améliorer encore la production, donc produire davantage et puis de donner aux travailleurs, à l'opérateur, aux salariés un enrichissement même du contenu de son travail.

J'ai vu en visitant l'usine, l'usine du futur, j'ai vu ces tableaux qui numérisent votre production, qui permettent à chaque fois de vérifier ce qui s'est fabriqué, ce qui s'est conçu, d'améliorer encore le processus, donner les résultats. C'est ainsi que l'on peut être les meilleurs.

Pour être les meilleurs dans la compétition mondiale, il y a certains qui disent « il faut abaisser le coût du travail, il faut essayer d'avoir une précarité supplémentaire ». Non. Il faut être les meilleurs dans la technologie, dans l'innovation, dans l'invention et dans l'usine du futur. C'est la raison pour laquelle avec RENAULT et avec d'autres grands groupes, nous avons lancé l'Alliance pour l'industrie du futur qui produit ses résultats.

Vous avez en plus une mission très délicate qui est de fournir des pièces avec aucun défaut, pour que les constructeurs qui vous achètent ces pièces soient sûrs que cela va être parfait. Ici, c'est parfait et c'est ce qui fait votre force, c'est ce qui donne à votre entreprise ses perspectives de développement.

Il y a 500 robots sur ce site et je sais qu'il y en aura encore davantage parce que RENAULT va investir massivement sur Cléon. Ça aussi, c'est un atout de plus pour votre emploi dans cette entreprise.

Je voudrais également évoquer l'exportation, parce que parfois nous nous disons : est-ce qu'il faut produire pour le monde entier, est-ce qu'il ne faudrait pas tout simplement produire pour l'Europe et pour la France et se replier sur nous-mêmes ? Il y en a même qui nous disent qu'il faudrait ne produire que pour la France et ne jamais exporter pour ne jamais importer. Mais ici si nous n'exportions pas, si vous n'exportiez pas quasiment un moteur sur 2, ce serait la moitié de la production qui ne s'effectuerait pas.

Donc le protectionnisme, l'élévation de barrières entre les pays, ce serait finalement la pire des nouvelles pour une industrie comme l'industrie automobile et pour RENAULT. Quand je vois qu'il y a un nouveau Président des Etats-Unis qui commence à évoquer le protectionnisme, nous devons là-dessus réagir, nous avons besoin du commerce mondial, nous avons besoin d'avoir des clients partout dans le monde et nous devons éviter qu'il y ait cette guerre qui puisse resurgir, cette guerre commerciale. On sait comment cela peut se terminer les guerres commerciales, par les guerres tout simplement.

Alors nous devons avoir confiance, non pas dans la mondialisation telle qu'elle est, nous en connaissons les limites et nous en voyons quelquefois les dangers, mais dans l'ouverture au monde parce que c'est finalement ce que la France a toujours su faire. Ceux qui ont commencé à construire des automobiles, ont toujours eu l'idée que cela pouvait être produit pour être vendu partout dans le monde, parce que la France n'a peur de rien, parce qu'elle produit de la technologie, parce qu'elle est dans l'innovation et parce qu'elle a un savoir-faire, et c'est le vôtre, qui est l'un des meilleurs au monde.

Pour parvenir à ce haut niveau de qualité, pour avoir cette performance, pour être dans l'usine du futur, pour produire des moteurs électriques, c'est vrai qu'il faut des personnels. S'il n'y a pas de personnel, il n'y a pas de résultats. Et pour avoir des opérateurs ou des opératrices, des techniciens, des ingénieurs qui soient de cette qualité, il faut de la formation. Je sais que le groupe RENAULT investit massivement pour la formation. On m'a donné tout à l'heure des chiffres, 200 millions, 220 millions d'euros pour la formation, c'est considérable mais c'est essentiel.

Cette formation d'abord, elle concerne les plus jeunes. Ici, il y a eu beaucoup d'apprentis qui ont eu leur première expérience professionnelle et ensuite sont entrés dans le groupe. Mais cela concerne tous les salariés. C'est la raison pour laquelle, le gouvernement a créé le compte personnel d'activité. Beaucoup d'entre vous ne savent pas ce qu'est le compte personnel d'activité. C'est un droit qui vous est acquis, que vous constituez tout au long de votre vie professionnelle, qui est à vous, qui n'est pas à l'entreprise, qui n'est pas à l'Etat, qui est à vous.

Au fur et à mesure de votre vie professionnelle, vous pouvez – avec ce compte personnel d'activité, bien sûr en lien avec l'entreprise – vous former, vous qualifier pour avoir des promotions, pour avoir une élévation du niveau de qualification et, donc je l'espère, de meilleurs salaires. Grâce à ce compte personnel d'activité, on peut avoir tout au long de sa vie la possibilité de se former et c'est indispensable. Indispensable pour les salariés, indispensable pour l'entreprise, c'est de l'intérêt commun et je dois dire indispensable pour la France.

Voilà pourquoi je voulais m'adresser à vous. RENAULT c'est un symbole. Quelquefois ça peut être utilisé pour la meilleure ou pour la pire des choses les symboles. Mais pour les Français, RENAULT c'est un symbole, un symbole d'un esprit, d'une conquête, aussi du dialogue social qui doit être à chaque fois promu et un symbole de réussite et de qualité.

C'est la raison pour laquelle, votre usine est une des meilleures vitrines du travail de notre pays et de l'industrie automobile. C'est une grande fierté pour le Président de la République d'être ici avec vous, d'être ici à Cléon, parce qu'en étant là je peux vous exprimer toute ma reconnaissance pour ce qui a été fait ici, à RENAULT et ici à Cléon.

Vous avez réussi à redresser votre entreprise, à la faire rayonner partout dans le monde, à lui donner des résultats très appréciables qu'il conviendra aussi de partager ; et à faire en sorte que vous puissiez être sur les technologies d'avenir. Voilà pourquoi je voulais être ici, j'allais dire chez vous et d'une certaine façon, étant né à Rouen chez moi.


Merci.


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