Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'inauguration du Centre de création contemporaine Olivier Debré, à Tours le 10 mars 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'inauguration du Centre de création contemporaine Olivier Debré, à Tours le 10 mars 2017.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Inauguration du centre de création contemporaine de Tours, à Tours le 10 mars 2017

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Votre Majesté, vous nous faites un grand honneur en venant ici à Tours et en participant à l'inauguration du Centre de création contemporaine Olivier Debré.

Il y a comme la confirmation d'une amitié entre la France et la Norvège, mais aussi une émotion partagée entre vous et nous pour les œuvres d'Olivier DEBRÉ. Je suis heureux d'avoir pu, moi-même, répondre à l'invitation que m'avaient lancée le maire de Tours, le président de la future Métropole, le président du Conseil départemental, le président du Conseil régional – car vous savez qu'en France, nous avons encore tous ces niveaux d'administration qui, ajoutés les uns aux autres, permettent le financement d'un tel centre culturel –. Il ne faut jamais s'en plaindre.

J'étais prêt à répondre favorablement à la lettre qui m'était envoyée et que monsieur DEBRÉ, lui-même, avait voulu compléter par une adresse à ma qualité autant qu'à ma personne mais j'étais, depuis 48 heures, au Conseil européen à Bruxelles. Je ne savais pas si je pourrais m'échapper, après toute une nuit et une partie de la matinée. Mais, l'Europe est ainsi faite qu'elle m'a permis d'être à l'heure pour cette inauguration.

Il faut aimer l'Europe, à la fois pour sa longueur, mais aussi pour sa capacité de prendre à la fin, toujours la bonne décision. Si la Norvège n'est pas membre de l'Union européenne, elle participe à l'esprit européen, et même – cela ne se sait pas suffisamment – à son budget. La Norvège ayant accès au marché intérieur européen, y compris à la culture européenne, participe au financement de nos dépenses communautaires. Je le dis pour des pays qui viendraient à s'échapper de l'Union européenne, nous saurons les retrouver.

Nous sommes ici rassemblés pour inaugurer le Centre de création contemporaine Olivier Debré. C'est toujours un moment d'émotion que d'ouvrir les portes d'un lieu dédié à la culture, à la création artistique et c'est un espoir. Un espoir parce que beaucoup de jeunes ou de moins jeunes vont être accueillis ici et découvrir d'un seul coup, une émotion qui va les suivre toute leur vie. Ce lieu a un destin singulier, il a été rappelé. Il s'est construit patiemment, depuis trente-cinq ans et porte désormais la marque d'un immense artiste, Olivier DEBRÉ.

Olivier DEBRÉ a toujours partagé son temps entre Paris, où il est né, et la Touraine, la Loire et sa famille. Ses premières esquisses d'enfance montrent qu'il était, déjà, influencé par son grand-père. Il avait deux grands-pères, vous me direz « là n'est pas l'originalité », mais avoir un grand-père, Robert DEBRÉ, grand résistant, grand médecin, grand inventeur de ce qu'a été l'organisation du système de santé – et Marisol TOURAINE sait de quoi il s'agit – et un autre grand-père, grand artiste, grand peintre qui lui avait donné cette vocation. La ministre de la Culture doit savoir qu'il y a des influences dont on ne se sépare jamais.

Après avoir reçu, sans doute, une initiation par Édouard DEBAT-PONSAN, son grand-père, Olivier DEBRÉ a été reçu à l'École des Beaux-arts, a dirigé des ateliers avec des artistes célèbres, a rencontré PICASSO, bref, Olivier DEBRÉ, au tournant des années 1960, avait déjà défini sa peinture comme une « abstraction fervente » et avait voulu qu'il y ait toujours place pour les espaces et pour la lumière. D'où son amour pour la Norvège et sa recherche de nouveaux paysages, de nouveaux lieux, de nouvelles couleurs et donc de nouvelles émotions.

Les œuvres qui constituent aujourd'hui la donation – car une donation a été effectuée – sont cinq grands tableaux, 150 dessins auxquels s'ajoutent 140 œuvres qui ont été prêtée ; elles vont trouver un écrin exceptionnel ici, dans ce lieu, cet équipement. Le mot « équipement » est d'ailleurs mal choisi. Ici on est déjà dans de la création architecturale et je veux souligner le talent des deux architectes portugais, Francisco et Manuel AIRES MATEUS qui ont réussi à réhabiliter ce bâtiment qui datait des années 1950 et qui ont donné des lignes qui paraissent tout à fait nouvelles et forcément contemporaines

Une donation parce que, en France, non seulement nous avons des œuvres, des artistes, mais nous avons aussi des collectionneurs ou des familles qui, à un moment, acceptent de transmettre ce qu'ils ont de plus chers, c'est-à-dire des œuvres pour que les musées français ou les centres de création puissent les proposer aux yeux du monde entier. Il y a quelques mois, c'était Colette et Pierre SOULAGES, le célèbre peintre de l'outre-noir, qui avait fait don d'une partie de ses collections ; c'est ce qui a permis de constituer le fonds du musée de Rodez qui connaît un immense succès. Plus récemment, une donation qui a été effectuée par deux Américains, un couple, Monsieur et Madame HAYS – hélas, Spencer HAYS a disparu depuis – qui permettent par cette donation, de faire du musée d'Orsay un lieu qui va recevoir des peintres nabis. C'est un formidable espoir pour cette grande espérance culturelle qui consiste pour le XIXème siècle, à mettre les œuvres de l'esprit à la disposition de tous.

A Tours, nous aurons un autre exemple de donation avec Léon et Martine CLIGMAN, je sais que vous y travaillez et, comme la ministre de la Culture, je ne peux qu'appuyer tous les efforts que vous pouvez engager. Appuyer y compris sur le plan fiscal, car cela a été je crois, une très belle invention de l'Administration des impôts, qui n'a pas que des défauts et qui a réussi non seulement à permettre qu'il puisse y avoir des incitations, mais aussi qu'il y ait des facilités pour favoriser les donations qui sont la richesse de notre pays.

Aujourd'hui, c'est l'ouverture de ce Centre de création contemporaine Olivier DEBRÉ, qui est une fierté pour la ville de Tours, pour son l'agglomération, pour le département, pour la région et pour la France. C'est le sens de ma présence ici.

C'est une fierté, parce que, comme l'a dit le président de la Région, vous êtes capables de montrer une forme de continuité entre ce qu'étaient les ouvertures que proposait la Renaissance, l'accueil qui était fait aux artistes et aux plus grands d'entre eux, Léonard de VINCI, et aujourd'hui d'avoir la création contemporaine qui puisse trouver toute sa place. C'est cette présence d'un patrimoine d'exception d'un réseau de musée des Beaux-arts et d'un Centre d'art contemporain qui en se conjuguant, fait le succès de cette inauguration.

Il y a cette volonté qui est la vôtre, qui la nôtre, de décloisonner les arts, les disciplines, les époques, et de faire que le public puisse être largement accueilli. Dans ce Centre de création contemporaine, il y a toujours eu cette volonté d'accueillir le public, d'initier le jeune public, et notamment scolaire pour venir découvrir les œuvres, d'avoir cette initiation indispensable, ce partage, cette émotion.

Nous allons, dans quelques minutes, enfin voir les œuvres et les salles, c'est comme un lieu de mystère, une nef, une galerie blanche, une galerie noire, bref il y a là comme une curiosité qui ne demande qu'à être étanchée. Je veux souligner une fois encore le lien avec la Norvège, parce que nous avons ici des œuvres qui viennent de votre pays, Majesté et qui nous permettent d'accueillir aussi de nombreux artistes que je veux saluer aujourd'hui, parce que notre conception de la culture est celle de l'ouverture.

Olivier DEBRÉ disait simplement : « Je crois que ce qui compte, ici, c'est l'émotion ». L'émotion a, si je puis dire, sa place ; c'est cette volonté assumée qui se retrouve dans sa peinture, mais également dans votre geste architectural et dans votre volonté de créer ce Centre de création contemporaine. Cette émotion est partagée, elle est offerte, elle est ouverte et il était très important que dans cette période où il y a tant d'inquiétudes, tant de risques, tant de menaces, tant de défis, tant d'épreuves, il y ait aussi des lieux qui incarnent l'espoir, l'imagination, l'invention, l'ouverture, non pas comme une réponse à ce qui pourrait nous atteindre dans ce que nous pensons être l'essentiel, mais comme une capacité, génération après génération, de rappeler pourquoi nous sommes la France, pourquoi nous sommes aussi l'Europe. Pourquoi cette Europe qui suscite parfois tant de critiques et de contestations, est également un espace de culture, nous ne le rappelons jamais assez, je m'y suis efforcé durant ces quelques heures, avant que je ne vienne ici à Tours et que l'on s'interrogeait sur ce que devait être le 60ème anniversaire de la signature du Traité de Rome.

L'Europe n'est pas simplement un marché. Ce n'est pas une monnaie. Ce n'est pas une libre circulation, même si tout cela compte. C'est d'abord des valeurs communes : une volonté de liberté, de droit, de démocratie et de culture. L'Europe, avant même que l'Union se constitue, était déjà un espace de culture, avec des artistes qui circulaient partout, des créations qui s'échangeaient et des rois, des reines qui accueillaient des artistes pour les faire travailler au service, c'est vrai, des cours, mais qui sont devenues après des peuples. C'est cet esprit-là qu'il faut continuer de porter avec la démocratie, avec l'idée que nous sommes ensemble pour longtemps et que nous sommes un exemple pour le reste du monde. Voilà l'esprit qui nous anime aujourd'hui.

Nous sommes devant une double création d'un ensemble contemporain. Il y a à la fois la création contemporaine olivier DEBRÉ et il y a une autre œuvre contemporaine qui est la métropole. Philippe BRIAND peut être doublement heureux car il a, avec le maire de Tours et tous les élus qui sont ici, la satisfaction d'avoir un lieu qui va rayonner bien au-delà du département et de la région, autour de la création contemporaine et le législateur a été capable de faire le choix d'une création contemporaine qui est la métropole de Tours. D'ailleurs, la condition qu'on devrait porter – cela n'a pas été fait, et je le regrette – pour qu'il y ait une création de métropole, pour qu'il y ait une métropole, il faut qu'il y ait de la création contemporaine. Merci.

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