Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la coopération universitaire et scientifique entre la France et Singapour, à Singapour le 27 mars 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la coopération universitaire et scientifique entre la France et Singapour, à Singapour le 27 mars 2017.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Voyage officiel en République de Singapour ; Forum Innovation France Singapour, à Singapour le 27 mars 2017

ti :

Monsieur le ministre,
Mesdames, Messieurs,
Monsieur le Président d'ASTA,
Mesdames et Messieurs
Chers amis,


Je souhaitais être parmi vous pour inaugurer ce forum franco singapourien, d'abord parce que l'innovation est au cœur de l'histoire de Singapour et également des relations entre nos deux pays.

J'ouvre cette rencontre aux côtés du président d'ASTA, un centre scientifique qui est devenu en l'espace de 15 ans, l'une des références mondiales en matière de biotechnologie ou de sciences de l'ingénieur. Votre institut du génome est un modèle et nos chercheurs sont fiers de travailler avec vous et j'ai encore eu l'occasion de le voir par cette visite que je fais ce matin.

La France et Singapour partagent la même priorité qui doit être accordée à l'innovation. Nos deux pays ne peuvent en effet pas compter sur des ressources naturelles abondantes ou des énergies que nous pourrions transformer.

Notre principal atout est donc humain et technologique. C'est notre créativité, notre capacité à produire avec invention, notre sens de l'initiative, nos efforts de recherche qui vont nous donner un avantage comparatif dans la mondialisation.

Nous avons donc une obligation d'excellence et c'est ce qui fonde notre stratégie économique en France et à Singapour.

Pour ce qui concerne la France, j'ai voulu que l'innovation puisse être soutenue par de nombreux mécanismes fiscaux ou financiers, que ce soit le crédit impôt recherche ou le lancement de la French Tech ou encore le programme des investissements d'avenir qui sert justement à financer un certain nombre d'innovations de rupture. Les résultats sont là, il n'y a jamais eu autant de création de startups en France que ces dernières années et mon pays se classe au 3ème rang mondial de l'innovation, avec dix entreprises sur les cent les plus innovantes au monde, selon les classements internationaux.

La recherche ne peut se concevoir qu'à l'échelle mondiale et donc pour réussir, il faut être capable de nouer des coopérations, des partenariats, forger des alliances, mutualiser les centres de recherche et c'est ce que nous avons décidé de faire entre la France et Singapour. Parce que Singapour est un exemple et je me réjouis que de nombreuses entreprises françaises aient été particulièrement actives dans les domaines d'avant-garde, de pointe, je pense à ENGIE, AIRBUS, SANOFI, THALES et à tant d'autres qui ont permis de nouer les partenariats entre Singapour et la France.

De la même manière, j'ai toujours voulu que soient encouragés les investissements étrangers en France et notamment venus d'Asie, et plus particulièrement ceux de Singapour, parce que je considère que chaque fois qu'il peut y avoir au-delà des capitaux qui peuvent être investis et des talents qui peuvent être accueillis, des créateurs et des innovateurs qui peuvent être accompagnés, c'est une chance pour l'économie française.

Voilà pourquoi je crois, et il est important de le rappeler dans les circonstances que nous vivons, à l'économie ouverte. Je pense que c'est l'échange qui nous rend plus fort, à condition bien sûr que cet échange soit juste. Je crois aussi à la circulation des capitaux et des personnes. Nous avons tout intérêt à ce qu'il y ait des investissements qui puissent se faire partout dans le monde, dès lors qu'ils apportent de la technologie, qu'ils créent de l'emploi. Rien ne serait pire dans la période que nous connaissons, que de grandes puissances ou de grandes économies décident de se refermer sur elles-mêmes, au prétexte qu'il y aurait tout à craindre de l'extérieur. C'est le contraire : il ne peut pas y avoir d'exportation s'il n'y a pas d'importation. Il ne peut pas y avoir d'investissement que nous pourrions recevoir de notre propre pays, s'il n'y a pas aussi la possibilité pour nos entreprises d'investir partout dans le monde. C'est cette règle là qui a fait que la croissance a pu se développer ces dernières années, que des pays émergents ont pu arriver à maturité, que d'autres peuvent maintenant en se développant devenir des pays émergents et que le monde a pu connaître une amélioration.

Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'inégalités à combattre, qu'il n'y a pas de pauvreté à réduire, qu'il n'y a pas de chômage à diminuer, non, nous devons chacun dans nos pays faire cet effort, qu'en même temps que nous nous ouvrons, nous assurons par nos propres atouts, par nos propres investissements, ce qu'il y a de meilleur dans nos sociétés, d'où l'enjeu de l'innovation. La recherche, elle se fait en réseau et à travers de nombreuses coopérations et c'est le sens des accords que nous allons signer avec le gouvernement de Singapour et je rappelle que Singapour est le troisième pays du monde, après les États-Unis et le Japon, pour le CNRS, notre grand centre de recherche qui coopère partout dans le monde. C'est dire la confiance que nous accordons à Singapour, mais aussi la confiance que Singapour veut bien aussi nous offrir.

Nos scientifiques et je veux les saluer, nos chercheurs ont l'habitude de collaborer et de travailler partout dans le monde. J'en ai rencontré ici qui s'étaient installés depuis déjà plusieurs années, qui apportent le meilleur d'eux-mêmes à l'élévation de nos connaissances, de nos savoirs et de leur transmission entre Singapour et la France.

Alors quels sont les domaines sur lesquels nous pourrions encore avancer ensemble ? Le premier, c'est la santé. L'investissement dans la santé est nécessaire pour lutter contre un certain nombre de fléaux, pour guérir des maladies qui ont été particulièrement chroniques ces dernières années et pour anticiper les effets du vieillissement de la population. C'est ce qu'on appelle la Silver Economy et le lancement d'un programme de recherche Silver dans le cadre de Create a permis à des entreprises françaises de la santé de se regrouper à l'échelle de l'Asie du sud-est et d'engager un travail fructueux avec les entreprises et les chercheurs singapouriens.

Dans le domaine de la santé donc, nous devons être en avance parce que s'il y a un domaine sur lequel nous pensons que les dépenses vont continuer à croître, c'est bien celui de la santé. Dès lors que nous savons tout de l'espérance de vie, la démographie, c'est un des rares domaines où l'on peut prévoir l'avenir.

Nous devons donc tout faire pour que les personnes qui vivront plus longtemps puissent vivre mieux et qu'à partir de là, elles puissent être accompagnées. Ca peut être comme ça m'a été démontré par des objets connectés, par la domotique, par tout ce qui peut être signaux, alarmes et interventions au plus tôt, lorsqu'une difficulté peut apparaître, mais c'est aussi tout ce qui peut intervenir sur le corps humain, tout ce qui peut être facteur de connaissance de notre propre état de santé ou de ce qu'il peut avoir comme éventuelles causes de difficultés. C'est à travers cette technologie de pointe que nous pouvons à la fois améliorer notre niveau de santé, mais aussi faire des économies sur le système sanitaire. C'est donc un enjeu très important et qui appelle une coopération à un niveau très élevé et une très grande confiance.

Le deuxième domaine, c'est ce qu'on appelle les technologies émergentes, le plus grand incubateur au monde est à Paris, c'est la station F. Dans les prochains mois, nous allons mettre en place un programme d'échange de startups entre la France et Singapour pour justement utiliser ces données et pour que les travaux que nous allons réaliser puissent être prochainement mis en place. Nous allons créer ici à Singapour un French Tech hub et j'en ai lancé hier les bases et les principes.

Pour nous, il est très important que puissent se regrouper ici tout ce qui peut constituer des facteurs d'utilisation des données. Les données, c'est la matière première de la technologie, le big data à travers des algorithmes, c'est tout ce que nous pouvons anticiper sur ce que va être l'économie de demain, qui va être fondée sur les données. Donc là aussi nous faisons confiance à Singapour et Singapour nous fait également la preuve de la relation qui a été établie depuis de longues années entre nos deux pays.

Troisième domaine, l'industrie 4.0, elle est fondée sur l'usine intelligente et là encore, Singapour a accueilli des expériences pionnières, comme celle menée avec AIRBUS en matière de maintenance aéronautique et nous pouvons maintenant avec l'automobile ou avec d'autres produits, avoir la même ambition de l'industrie 4.0.

Autre domaine, la ville durable, ou la ville intelligente et là aussi Singapour fait figure de laboratoire mondial et nous y contribuons, tout à l'heure j'ai eu l'occasion de le voir, et de le constater avec les véhicules mis en auto-partage par le groupe BOLLORE. Et nous voulons contribuer aux solutions que beaucoup de villes en Asie vont adopter, mais aussi beaucoup de villes en Afrique, en Amérique latine parce que tout l'enjeu n'est pas simplement de construire, de bâtir, d'équiper, c'est d'avoir des villes qui puissent être économes en déplacement, économes en énergie, économes en émission de gaz à effet de serre parce que nous sommes tous devant l'obligation d'appliquer les accords de Paris et de faire en sorte que la planète puisse être préservée, même si le phénomène de métropolisation va se poursuivre.

C'est un grand enjeu, c'est un enjeu bien sûr écologique, mais c'est un enjeu humain, dans quelle ville voulons-nous vivre, dans quel environnement, dans quel espace, comment voulons-nous nous déplacer, comment voulons-nous consommer, comment voulons-nous nous cultiver ? Est-ce que nous sommes simplement dans des villes dont nous ne comprenons même plus le sens ? Cette question-là est une question éminemment politique, il n'est pas sûr que les citoyens puissent accepter très longtemps d'être simplement des habitants, des consommateurs, des transportés. Ce qu'ils veulent, ce n'est pas simplement que la ville soit intelligente, c'est que leur intelligence soit stimulée, d'où ce que nous faisons avec Singapour de préparer les villes de demain.

Enfin il y a le domaine des Fintech, ce sont des solutions technologiques innovantes permettant de faciliter les transactions et l'accès à la finance, mais dans des conditions sécurisées. En effet il y a un risque que les financiers n'avaient sans doute pas imaginé, c'était que leur système puisse être pénétré, puisse être contrôlé, puisse être déstabilisé de l'extérieur. Ils avaient peut-être imaginé d'autres crises possibles, encore qu'il aurait été souhaitable qu'ils les aient mieux anticipées. Mais ce qu'ils n'avaient sans doute pas saisi, c'est que la technologie pouvait avoir un atout considérable pour le développement de leurs transactions, mais aussi pouvait comporter un danger par rapport à la captation d'un certain nombre d'informations, d'où l'enjeu des Fintech. Tout ce qui peut permettre que les transactions soient sûres et qu'il n'y ait là aucun risque de détournement de l'information ou des données que les autres clients veulent absolument préservés.

Ce qui m'amène au sujet de la cyber-sécurité, qui est pour nous là encore un élément essentiel avec le ministre de la Défense, Jean-Yves LE DRIAN. Nous avons voulu que la France soit à l'avant-garde en matière de cyber-défense que nous considérons comme un axe majeur pour notre politique de défense et comme une priorité budgétaire dans le cadre des lois qui programment l'effort de défense pour la France. Nous le faisons bien sûr par rapport aux risques terroristes, nous le faisons aussi par rapport aux risques de déstabilisations de pays par d'autres, qui peuvent utiliser les technologies pour rentrer dans les systèmes d'informations, pour piller des données, pour mettre en cause de grandes entreprises, pour fausser les règles du jeu, voire fausser les règles du jeu électoral, ça peut arriver. Donc nous avons tout intérêt à avoir une cyber sécurité et une cyber défense qui puissent garantir notre indépendance et nous permettre de pouvoir mieux lutter contre le terrorisme. La lutte contre le terrorisme passe par les services de renseignements, par des actions militaires aussi, mais passe également par les systèmes technologiques et par les réseaux d'informations.

A partir de là, nous avons là aussi conçu avec Singapour, un programme de coopération aussi bien avec le président qu'avec le Premier ministre, j'ai mis cette question de la cyber défense au cœur de nos discussions, parce que nous sommes des pays qui pouvons apporter, d'abord à nous-mêmes ces conditions de sécurité, mais aussi aux autres et proposer ces outils de cyber défense à l'ensemble des pays amis.

Je veux terminer sur l'enjeu que représentent l'éducation, la formation et la recherche. Il n'y a pas d'avenir pour des pays quelle qu'en soit la taille s'il n'y a pas une volonté d'élever le niveau de qualification. Singapour a fait ce choix depuis longtemps, les performances de Singapour en matière d'éducation sont parmi les plus élevées au monde, dans les études dites Pisa, Singapour arrive toujours en tête et ça, ça a été le fruit d'investissements continus pendant des années. La France a voulu également faire de l'éducation sa priorité, depuis 2012 en tout cas c'est le cas, et d'investir dans la jeunesse à tous les niveaux. Dès le plus jeune âge, jusqu'à l'université et la recherche. Et ce qui pour nous doit être maintenant la priorité, c'est de faire que l'élévation de la qualification puisse être partagée par tous les citoyens et qu'elle soit tournée vers tous les citoyens, car il y a pas plus grande inégalité que celles qui existent entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, ceux qui sont qualifiés et ceux qui ne le sont pas, ceux qui peuvent avoir un parcours d'élévation et de promotion et ceux qui en sont interdits, empêchés.

Alors nous voulons là aussi avoir une coopération universitaire et scientifique, il y a beaucoup d'échanges qui existent entre nos centres de recherches français, je salue ici leurs représentants, les centres de recherches singapouriens, beaucoup d'accords aussi entre les universités et nous pensons que c'est un élément essentiel au pacte démocratique, car dans une économie performante, dans une économie créative où la connaissance joue un rôle aussi grand, nous avons besoin de citoyens éclairés, de citoyens qui partagent un projet collectif, qui soient pleinement associés aux résultats d'ensemble et qui se sentent directement concernés par le progrès. Avec Singapour nous avons des principes, des valeurs, que nous voulons partager, qui valent bien sûr pour nos deux pays, compte tenu de l'histoire qui nous unit et qui valent aussi pour la communauté internationale. Nous sommes pour l'indépendance, nous sommes pour le droit international, nous sommes pour que la raison l'emporte sur les émotions et les passions, ou les tensions, nous sommes pour qu'il y ait une qualité de vie. Nous sommes pour la préservation de l'environnement. Nous sommes pour l'avenir de la planète et des générations qui viennent. Voilà ce qui fonde le partenariat entre Singapour et la France, pour nous, la science n'est pas un but en soi, la science, elle produit le progrès et parce que nous sommes deux nations qui croient profondément au progrès, c'est pourquoi nous sommes unis aujourd'hui. Merci.

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