Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la campagne d'information contre le harcèlement à l'école, à Paris le 4 avril 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la campagne d'information contre le harcèlement à l'école, à Paris le 4 avril 2017.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Cérémonie de remise des prix « Non au harcèlement 2017 », à Paris le 4 avril 2017

ti :

Mesdames les ministres,
Mesdames Messieurs les recteurs,
Mesdames Messieurs les responsables d'établissement, professeurs, élèves.


Je tenais à ce que cette quatrième édition puisse se tenir ici à l'Elysée pour vous dire toute l'importance que l'Etat attache à cette campagne contre le harcèlement à l'école. Notre plus grande fierté est de voir autant d'élèves s'impliquer, s'engager et inventer des modes de communication pour convaincre les autres. Car ce sont d'abord les élèves qui, hélas, sont victimes du harcèlement, qui lui-même est provoqué par d'autres élèves, et c'est ce que vous avez traduit dans vos messages.

Le premier effort que l'on doit faire est de créer une ambiance à l'école qui puisse être celle de la sérénité, de la tranquillité, de l'amitié et de la stimulation pour la transmission du savoir. Il est vrai que les enseignants, les responsables d'établissement, ont aussi un rôle tout à fait particulier, de faire en sorte que ce climat scolaire puisse être le meilleur possible, mais rien ne peut être véritablement durable si les élèves ne sont pas eux-mêmes engagés dans ce mouvement.

C'est pourquoi les ministres ont voulu, aussi bien pour l'Education nationale que pour les familles, et les droits des femmes, faire en sorte que le harcèlement puisse être dénoncé. D'abord être reconnu, parce qu'il n'y a rien de pire que d'avoir des actes qui restent dans le silence ou des phénomènes, comme le harcèlement, la violence verbale, la violence physique, qui ne soient pas dénoncés et même identifiés.

D'où ce que nous avons voulu faire, c'est-à-dire avoir un outil statistique, quelque chose que l'on peut produire dans les administrations. Ce n'est pas simplement pour faire des chiffres, c'est tout simplement pour que l'on puisse savoir ce qui se passe dans les établissements et suivre les actions qui peuvent prévenir ces phénomènes de harcèlement ou de violence.

Pourquoi nous le faisons ? Parce que l'école doit être un lieu où, pour que chacun et chacune apprenne, il y ait, autant qu'il est possible, une ambiance, un climat, une situation, qui permettent l'épanouissement et l'émancipation. Et si on laisse la violence, le harcèlement, s'installer à l'école, alors c'est dans toute la société que l'on va les retrouver.

Dans un des films - celui qui a été d'ailleurs reconnu comme coup de cœur - qui était le plus dramatique, où on voit un jeune qui a été le responsable d'un harcèlement, qui a hélas produit un drame, on voit comment ce jeune, durant toute sa vie, vivra avec ce souvenir et va peut-être répéter des violences, y compris lorsqu'il sera adulte, y compris à l'égard de ses propres enfants.

Nous voulions qu'il y ait des enquêtes qui puissent être faites dans chaque académie et que des groupes puissent s'organiser pour suivre les établissements et pour savoir exactement ce qui se produit dans notre pays. On pense qu'il y a à peu près 1 élève sur 10 qui est victime de harcèlement. C'est considérable, même si on peut dire que 9 sur 10 vont à l'école sereinement. Mais savoir qu'il y en a 1 sur 10 qui part de son domicile, qui quitte ses parents, qui font confiance eux-mêmes à l'école, et qui peut connaître une situation que lui ressent comme du harcèlement, c'est être sûr que l'échec sera au bout, l'échec pour ce jeune, mais l'échec aussi pour la classe.

Nous avons donc voulu suivre ces situations et savoir s'il y avait des résultats à partir des campagnes qui avaient déjà été lancées, de la sensibilisation que la ministre avait voulu introduire dans les établissements, avec les recteurs. On a constaté, heureusement, qu'il y avait une baisse du nombre de jeunes victimes de harcèlement, aussi bien au collège que dans les écoles. Pour nous, c'est la preuve que ce que vous avez vous-même engagé, c'est-à-dire cette campagne contre le harcèlement, puisse avoir des effets.

Qu'est-ce que c'est que le harcèlement ? Cela commence par une moquerie, cela peut se poursuivre par des chahuts, toujours à l'égard des mêmes élèves, ou une stigmatisation, une mise à l'écart de la classe. Cela peut être aussi pour le jeune qui en est victime, une dépression, une anxiété, jusqu'à des gestes qui peuvent être contre son intégrité physique.

Lutter contre le harcèlement, c'est aussi avoir l'idée de la santé qui doit être protégée, du bien-être. Nous avons lancé ici même, il y a quelques mois, un plan pour le bien-être et la santé des jeunes, parce qu'être soi-même respectueux de son corps, faire en sorte qu'il puisse y avoir des conduites qui puissent préserver la santé, c'est aussi d'une certaine façon lutter contre le harcèlement.

Nous avons aussi voulu qu'il puisse y avoir des témoignages, sans que ce soit de la délation, mais que nous puissions dans les établissements, connaître les situations de harcèlement.

Enfin, il y a cette campagne de mobilisation et ces prix. Quand il y a des prix, on se dit : on est revenu aux temps anciens que moi j'ai connus, où l'on remettait des prix d'excellence, tableaux d'honneur, dans des salles où il y avait tous les élus qui étaient là et où c'était d'ailleurs toujours les mêmes qui étaient récompensés, ce qui était une forme de harcèlement pour tous les autres. Je ne veux pas vous dire dans quelle catégorie j'étais, pour ne pas introduire un biais dans votre raisonnement, ni un jugement sur moi-même. Mais aujourd'hui il ne s'agit pas du tout de cela. Il s'agit d'abord de prix collectif, parce que c'est un travail d'équipe qui a été mené. C'est aussi un prix qui salue un établissement. Vous avez vu la fierté de ses élèves et aussi de leurs enseignants, des responsables d'établissement. D'ailleurs, quand je suis arrivé, on m'a tout de suite donné un badge. Heureusement, c'était le badge du collège qui a gagné, - mais je n'étais pas du tout informé : il y avait comme une volonté de me mettre dans la campagne – je parle de la campagne de mobilisation contre le harcèlement !

Donc, il y a une fierté qui s'attache au prix qui est décerné, fierté collective, fierté individuelle : tous ces jeunes qui ont pu, à travers cette expérience, se dépasser eux-mêmes et en plus arriver à convaincre les autres. C'est pourquoi la campagne du ministère a vocation à être largement diffusée à travers les travaux des jeunes qui se sont présentés ici.

Donc, ce n'est pas des prix qui vont aboutir à avoir des moyens financiers considérables, même si finalement il y en a quand même qui sont attribués aux établissements : cela fait partie aussi de ce que nous voulons faire, c'est-à-dire qu'il y ait une reconnaissance pour des projets pédagogiques. Pour faire des films, pour diffuser les vidéos, pour avoir un matériel qui puisse aussi être mis à la disposition des établissements pour faire connaître leurs travaux ou leurs réflexions.

Mais surtout c'est un prix qui a vocation à être rendu public, c'est ce que nous faisons, c'est pour cela que j'ai voulu que ce soit à l'Elysée, parce que c'est une campagne citoyenne, car si nous nous respectons à l'école, nous nous respecterons ensuite tout au long de notre vie de citoyen.

Puisque nous sommes dans des moments où la citoyenneté est appelée, où l'on demande que des votes puissent s'exprimer, où le peuple français va avoir à connaître un choix important, il est très important que nous soyons aussi conscients de ce que les établissements arrivent à forger comme esprit citoyen et c'est le rôle de l'école. Ce n'est pas simplement de transmettre un savoir, une connaissance et cela est le rôle premier de l'école. Mais c'est aussi de transmettre des éléments qui permettent à chaque jeune de se comporter ensuite comme une citoyenne ou un citoyen, d'avoir été capable de rejeter la violence, de rejeter le harcèlement, très tôt dans sa vie : cela permet aussi de rejeter le harcèlement et la violence plus tard. Car ne croyez pas que le harcèlement et la violence cessent quand on vieillit, non, on peut être harcelé même très tard dans son existence, il y a même des harceleurs qui ne cessent pas de harceler tout au long de leur vie et donc il faut les déceler très tôt pour prévenir ensuite ces comportements et faire en sorte que, comme citoyen, on évite tous les harcèlements par rapport à la démocratie. Merci à vous et félicitations.

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