Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'entreprise Pneu Laurent, une filiale du groupe Michelin, à Avallon le 13 avril 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'entreprise Pneu Laurent, une filiale du groupe Michelin, à Avallon le 13 avril 2017.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Déplacement à l'entreprise Pneu Laurent, à Avallon (Yonne) le 13 avril 2017

ti :
Monsieur le Maire,
Monsieur le Président du conseil départemental,
Mesdames, Messieurs les élus,
Monsieur le Président du groupe MICHELIN,
Monsieur le Directeur de cette usine,
Mesdames messieurs, ouvriers, techniciens, ingénieurs qui faites vivre cette unité si essentielle pour le groupe MICHELIN.


Je cherchais dans cette période des leaders pour vanter l'industrie française. Il y a d'abord l'évidence MICHELIN, parce que MICHELIN est un leader mondial, le 2ème au monde en matière de pneus. Vous n'avez cessé ces dernières années à travers une politique d'investissement, de compétitivité, d'innovations, de recherches, d'améliorer encore vos performances.

Je suis allé à Clermont-Ferrand, vous m'aviez fait réaliser un tour de circuit, pour voir si je tenais la route, ce qui pour un Président, -surtout par temps de pluie- est absolument nécessaire. J'avais été frappé, comme tous les visiteurs à Clermont, de ce qu'est la qualité du site de production et surtout de la stratégie de l'ensemble du groupe.

Je n'avais pas pu aller à une inauguration -qui me tenait pourtant à cœur-, parce que j'étais retenu à l'étranger de ce qui est l'avenir de MICHELIN à travers un nouveau site de production et de formation. Car MICHELIN a toujours voulu que sa performance industrielle puisse être accompagnée par l'excellence en matière de qualification et de formation.

Partout où je vais dans le monde, grâce à MICHELIN, j'ai à chaque fois des retours des plus grands pays, que ce soit des pays émergents ou des pays très industrialisés, de l'exceptionnelle situation industrielle de MICHELIN.

Je sais que la concurrence est rude, elle est rude partout, mais elle est rude notamment dans ce secteur.

Je voulais aller vers un autre leader, c'est-à-dire vous, chez PNEU LAURENT, dont l'activité consiste à recycler, à rechaper des pneus et à les rendre comme neufs. C'est une activité qui remonte à loin et qui à vue son essor ici à Avallon, puisque Monsieur Laurent est un créateur, qui de son garage, a fait cette usine, qui ensuite a été absorbée, au bon sens du terme, par le groupe MICHELIN pour devenir, parce que vous êtes ici leader européen, leader européen dans un groupe mondial.

J'en tire une conclusion : quand on est leader mondial et premier européen, il vaut mieux rester dans la course et qu'il serait particulièrement incompréhensible de se mettre de côté et de penser que n'achèteraient des pneus Michelin, que des voitures françaises et des automobilistes français. Qu'on ne réparerait des pneus que s'ils viennent de France et chaque fois qu'il y en aurait un qui viendrait de l'étranger, nous ne le prendrions pas et que nous-mêmes, nous n'exporterions rien qui puisse priver les travailleurs français de quoi ? De leur travail.

C'est ce que vous avez aussi démontré chez MICHELIN, la nécessité d'être dans une stratégie mondiale, vous avez des implantations partout dans le monde. Certains ici pourraient se dire : mais pourquoi toutes ces importations ne sont pas en France ? Parce que si on veut gagner des marchés, capter de la production, il faut être sur les lieux de consommation.

Mais vous avez tenu à avoir des sites, 15 usines ici en France et 20.000 salariés. C'est pourquoi je voulais vous rendre hommage, Monsieur SENARD. Je l'ai fait pour votre père dans d'autres circonstances, je le fais pour vous aujourd'hui parce qu'il faut avoir un dirigeant, il faut avoir des salariés, il faut avoir des cadres, c'est une équipe, il faut avoir une stratégie. Si on a un dirigeant qui n'est pas complètement convaincu de sa stratégie ou s'il l'agite simplement dans certaines périodes, pour ensuite en prendre une autre, alors il ne peut pas y avoir de confiance. La confiance est toujours fondée sur la vérité, jamais sur le mensonge, jamais sur la tromperie ou l'illusion. C'est ce qui s'est passé ici dans ce groupe.

Ce n'est pas toujours facile de dire la vérité, vous l'avez vous-même éprouvé en disant : il va falloir que nous reconsidérions notre activité pour cette technologie de rechaper les pneus, mais vous l'avez fait. Vous l'avez fait d'ailleurs avec le souci des intérêts français, puisque vous avez rapatrié ici, ce qui était à l'étranger pour le fabriquer en France. Cela a été, je crois, pour vous un signe de très grande confiance de la part de vos dirigeants.

Vous avez évoqué aussi l'enjeu du rechapage, c'est-à-dire de faire de l'économie circulaire. On parle beaucoup d'environnement, quelquefois c'est théorique, quelquefois cela peut être très pratique et vous ici, vous êtes des industriels qui font de l'écologie. Il faut l'expliquer aux écologistes qui ne sont pas toujours convaincus, mais l'écologie cela se fait aussi avec de l'industrie. C'est-à-dire que quand vous permettez à ce qu'un pneu puisse être grâce à votre intervention, rechapé deux fois, c'est autant de matières premières qui sont économisées et puis autant de déchets qui sont évités. Cela a un prix et cela doit aussi conduire les pouvoirs publics à soutenir une activité comme la vôtre.

C'est la raison pour laquelle la Ministre de l'Écologie a voulu qu'il y ait un contrat qui puisse être signé, des engagements pour la croissance verte, de manière à ce que l'on renforce la surveillance du marché pour que la concurrence soit loyale et que l'on puisse ainsi mieux inciter aux fabrications comme les vôtres. Je pense que votre activité a de l'avenir, car de plus en plus on exigera le recyclage, l'économie circulaire et on évitera qu'il y ait des produits qui n'aient qu'une durée de vie particulièrement courte. Parce que vous permettez à un produit qui est fabriqué chez MICHELIN d'avoir une longue vie, si je puis dire 2 ou 3 mandats supplémentaires c'est pas mal. Mais pour cela, il faut faire un certain travail et faire en sorte qu'il puisse y avoir cette cohérence, toujours cette cohérence.

Je voulais aussi venir vous voir pour expliquer, peut-être moi qui suis à l'extérieur, on dira plus haut, on pourra dire plus près parce que je suis venu au plus près de vous, qu'est ce qui fait le succès d'une grande entreprise comme MICHELIN et donc le vôtre ? Il faut de l'investissement, s'il n'y a pas l'investissement, il ne peut pas y avoir de progrès technologiques incorporés. Ici beaucoup de ceux qui sont là depuis longtemps, m'ont dit au cours de cette visite, il y a 10 ans, il y a 15 ans, cela ne se passait pas comme cela. Donc il faut investir.

Pour investir, il faut que les entreprises aient des marges et c'est pourquoi j'ai fait le choix de leur donner des marges, avec le pacte de responsabilité, le crédit impôt compétitivité emploi etc… Pour que ces entreprises investissent dans ce qu'il va y avoir de mieux dans la technologie. C'est la première condition.

Il faut aussi qu'il y ait de la recherche et de l'innovation. Pourquoi MICHELIN a réussi dans un secteur très concurrentiel, très compétitif, quand d'autres n'y sont pas parvenus ? C'est parce que vous avez un centre de recherche et de développement très important, que vous avez su préserver en France et en attirant les meilleurs ingénieurs venus du monde entier. C'est ce qui donne l'excellence française.

Tout à l'heure vous avez dit les français sont toujours en train de douter. Qu'ils voient peut-être de plus près ce qu'ils sont capables de faire. Ils doutent de ce que font les autres, mais ils ne doutent pas de ce qu'ils font eux-mêmes et ici, vous ne doutez pas de ce que vous avez été capables de mener à bien. Parce que la recherche française, l'innovation française est parmi la plus haute au monde. Je peux le constater parce qu'on vient me le dire et quelquefois, on vient nous prendre nos ingénieurs.

La troisième condition pour réussir, est la formation et la qualification des personnels. Parce que s'il y a pas comme vous, des salariés qui sont capables de transmettre leur savoir-faire, d'incorporer leur intelligence et de réussir à faire que le produit soit encore plus beau, -quelqu'un m'a dit plus beau, cela compte un beau pneu et plus élevé encore en performance,- MICHELIN ou tout autre groupe ne pourra pas y arriver.

MICHELIN a mis en place un système de formation interne et il y a eu une réforme que j'ai faite passer, qui donne à chacune et à chacun d'entre vous un compte personnel de formation, qui est devenu un compte personnel d'activité qui vous appartient, des heures de formation pour élever votre qualification. Vous avez d'autant plus d'heures de formation que vous avez eu une qualification au départ qui a pu être basse et avec l'entreprise, vous définissez avec vos représentants syndicaux, des plans pour la formation professionnelle. C'est ce qui fait là encore la différence.

Vous savez ce qui est plus souvent cruel ? Quand je vais dans une usine, je rencontre un dirigeant d'entreprise, il me dit : « moi je voudrais bien embaucher – vous, vous avez embauché, ici - moi je voudrais bien embaucher mais, je ne trouve pas les personnels ». Alors est-ce que cela veut dire que des gens ne voudraient pas travailler ? Non, c'est parce qu'ils ne sont pas formés par rapport à certains emplois, pas bien orientés. Il faut donc former autant qu'il est possible ceux qui sont déjà dans l'emploi et les demandeurs d'emploi. C'est pourquoi je vais lancer le plan 500.000 formations pour les demandeurs d'emploi, pour que l'on puisse les mettre sur les métiers d'avenir, les débouchés professionnels, et cela commence à donner des résultats.

Enfin si on veut réussir, il faut être déjà dans la transition écologique. Souvent on les regardait comme une contrainte, une charge supplémentaire et en fait on s'aperçoit que l'écologie, l'environnement, cela va être un levier pour être plus productif et c'est la raison pour laquelle la France s'est beaucoup donnée dans cette perspective. C'est en France qu'a été signé le fameux Accord de Paris sur le climat, que certains pays notamment les Etats-Unis ne veulent plus forcément appliquer comme il était prévu. Mais ce qui est intéressant, c'est que même des pays qui ne veulent pas l'appliquer l'Accord, les entreprises viennent voir les dirigeants et leurs disent, mais si on ne fait pas les investissements dans l'écologie dans l'environnement, comme vous l'avez fait ici, on sera disqualifié dans la compétition.

Voilà pourquoi vous êtes les leaders et voilà pourquoi il y a de la place pour l'industrie en France. Ceux qui vous disent que l'industrie va disparaître sont souvent ceux qui n'ont jamais travaillé dans l'industrie. Ceux qui vous disent qu'il suffirait de fermer les frontières, sont ceux qui ne connaissent rien à l'industrie, parce qu'ils savent bien qu'aujourd'hui, l'industrie est mondiale. Ceux qui vous disent que l'on pourrait augmenter de je ne sais combien, les salaires, à l'oreille c'est toujours agréable, mais c'est savoir qu'à terme c'est la compétitivité de l'entreprise qui va disparaître, ce sont des emplois qui vont être mis de côté.

Cela a été un choix très important, compte tenu de mes engagements, de dire qu'est-ce que l'on peut faire pour que ce soit, et l'intérêt de l'entreprise, et l'intérêt des salariés, et que l'on puisse trouver du pouvoir d'achat et de l'emploi ? C'est un équilibre qu'il faut trouver, si on balaye cet équilibre, il y aura ni emploi, ni pouvoir d'achat, ni avenir pour l'industrie.

Donc, je voulais, ici, à travers l'image que vous donnez, on ne verra peut-être que des pneus ici, les gens se diront « mais qu'est-ce qu'il est allé faire dans une usine de pneus ? », avec les pneus on va loin et on n'a même pas besoin d'en changer. Je vous souhaite que vous alliez le plus loin possible.

Vous fabriquez ou vous rechapez les plus beaux pneus au monde. Vous êtes, en plus, sans discrimination, parce que même quand c'est des pneus qui n'ont pas été fabriqués par MICHELIN vous les prenez et je vous en félicite. Parce qu'il faut être sans discrimination quand il s'agit de l'intérêt général.

Donc, je voulais vous dire toute ma gratitude. Vous, vous avez un mot qui est revenu, Monsieur le président, c'est la fierté. Parce que vous êtes fiers d'être MICHELIN et fiers d'être PNEU LAURENT – je ne sais pas si on peut débaptiser l'entreprise, l'appeler Laurent MICHELIN - mais en tout cas vous avez ces deux origines, ces deux traditions, ces deux histoires et souvent, dans une ville, une usine correspond à son identité.

Clermont-Ferrand, qui est une grande ville que j'aime beaucoup, qui a plein d'atouts, chaque fois qu'on voit un clermontois on lui parle de MICHELIN, on lui parle aussi de rugby, mais cela ne lui fait pas toujours plaisir, surtout quand c'est un Briviste qui le fait, mais on parle toujours de MICHELIN. Ici, j'imagine, à Avallon, on parle de PNEU LAURENT, parce que cela compte de donner à une ville une fierté industrielle.

Vous avez fait plus que cela, d'être leader au monde, leader européen, et donc cela méritait bien la visite du Président de la République pour vous exprimer toute notre gratitude. Merci.

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