Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'entreprise automobile Peugeot SA, à Sochaux le 14 avril 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'entreprise automobile Peugeot SA, à Sochaux le 14 avril 2017.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Déclaration à la visite de l'entreprise PSA à Sochaux, le 14 avril 2017

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Je veux d'abord saluer les élus qui sont ici, les parlementaires, la présidente du conseil départemental, le président du conseil régional, les maires qui sont ici et qui m'accueillent en terre sochalienne, si je veux dire plus loin en terre montbéliarde, si je veux dire encore plus loin, on va dire, en terre de Franche-Comté même si aujourd'hui, la région est avec la Bourgogne.

Vous avez raison de parler de votre histoire, parce que c'est une histoire que celle de l'automobile de Sochaux, une histoire qui remonte à loin, aux débuts de l'automobile.

Une histoire industrielle, une histoire de femmes et d'hommes venus quelquefois de loin pour travailler ici et qui ont forgé une mémoire, cette mémoire que vous transmettez de génération en génération.

Mais faut-il encore qu'il y ait un avenir. Il ne suffit pas de regarder l'industrie comme une nostalgie, comme une mélancolie qu'il faudrait regretter et dire que nous allons passer à un autre temps. Non, il y aura toujours des usines pour fabriquer des automobiles, on les fabrique différemment d'hier, heureusement. On les fabrique avec des ouvriers, des techniciens, des ingénieurs, des opérateurs.

Vous avez rappelé, Monsieur le directeur, que j'étais venu il y a un peu plus de cinq ans. J'étais alors candidat, je venais essayer une voiture et je suis aujourd'hui parmi vous, Président de la République.

Il y a cinq ans quand j'étais venu ici, il y avait un contexte qui était lourd parce que l'industrie automobile en général connaissait de grandes difficultés. On vendait moins de voitures et nos concurrents étaient plus compétitifs que nous. Nous nous interrogions même sur l'avenir de PSA, un plan social était en voie d'être préparé, il était déjà connu, il n'avait pas été annoncé puisque nous étions en campagne électorale mais je savais qu'il allait se produire.

Nous étions aussi dans un moment où des sites eux-mêmes étaient menacés, certains d'ailleurs ont fermé, je pense à Aulnay et puis ici où il y avait la grande question : combien y aurait-il encore d'emplois ? Est-ce qu'il y aurait un avenir pour le bassin ? Est-ce que nous pourrions avoir des véhicules capables d'être parmi les plus performants ? Enfin, est-ce que le groupe familial PEUGEOT pourrait avoir la taille nécessaire, les capitaux indispensables pour mener la transition ?

Je reviens vers vous et cinq ans plus tard, que s'est-il passé ? Il y a eu d'abord une nouvelle direction qui, avec Monsieur GALLOIS et Monsieur TAVARES, a fixé un cap stratégique, a mobilisé les cadres, le personnel pour dire qu'il y avait un avenir.

Un accord a été passé entre les salariés et la direction. Ce n'est jamais facile de trouver un compromis parce que lorsqu'on craint pour son propre avenir, est-ce que ce qu'on lâche va être véritablement une contrepartie suffisante ? N'y a-t-il pas le risque d'un engrenage ?

La plupart des organisations syndicales -pas toutes- ont choisi de signer cet accord qui a permis de donner de la compétitivité et aussi d'offrir des contreparties positives en cas de retour à meilleure fortune. C'est le cas aujourd'hui.

L'Etat a été doublement sollicité, il y avait une société de financement de PEUGEOT, celle qui fait des crédits pour acheter des voitures qui connaissait de très graves difficultés financières. J'ai alors décidé de donner la garantie de l'Etat pour qu'il n'y ait aucun risque sur cette société.

Pierre MOSCOVICI, qui était ministre à l'époque, a été pour beaucoup dans cette décision, mais il y avait la question du capital, c'est-à-dire de ce qu'allait être PSA. Il fallait convaincre la famille de céder une partie de ce qu'elle avait en patrimoine, faire venir d'autres actionnaires chinois mais comme il y avait des Chinois, il fallait qu'il y ait des Français pour qu'on soit à égalité. C'est pourquoi j'ai décidé que l'Etat prendrait une part au capital exactement égale à celle de l'actionnaire chinois pour que nous soyons sûrs que nous garderions la capacité de décision, l'indépendance qui est nécessaire pour une grande entreprise comme PSA, mais pourquoi un actionnaire chinois ?

Parce que c'était aussi une opportunité pour le groupe d'aller vendre en Chine et donc d'accéder au marché chinois. Il y avait une grande question qui était de savoir si cette stratégie allait marcher, elle ne pouvait marcher que s'il y avait un niveau de performance élevé, que s'il y avait de l'innovation, que s'il y avait de l'investissement, ce qui s'est d'ailleurs produit.

Il y avait une autre question qui était de savoir ce que les sites allaient devenir. C'est alors qu'il y a eu des choix et des choix très importants qui ont été faits et notamment pour Sochaux, vous l'avez rappelé, Monsieur le Directeur. Une annonce a été faite ici, 200 millions d'euros d'investissements et qui vont permettre -vous nous en avez montré la maquette- de reformater, remodeler le paysage, tout en donnant plus de performance, plus de compétitivité et donc plus d'emplois parce que sur ce site, il y a aussi des recrutements qui ont été faits.

Tout à l'heure, on m'a présenté les CDI, des vrais CDI parce qu'il y a ici toutes sortes de contrats. Il y a des gens qui entrent en apprentissage, des gens qui entrent en contrat à durée déterminée, il y a des gens qui entrent en intérim, il y a des gens qui entrent après en contrat à durée indéterminée intérim et puis il y a le contrat à durée indéterminée. Parfois, il n'y a pas de rupture entre les différentes étapes. J'ai interrogé un opérateur qui attendait son contrat à durée indéterminée depuis cinq ans. Et puis il l'a eu, ce qui lui donne conscience qu'il va pouvoir travailler longtemps ici à PSA.

Des investissements donc, des investissements très importants, des emplois durables mais fallait-il aussi que l'on puisse se préoccuper des sous traitants, ces sous-traitants qui sont indispensables pour PSA parce que c'est en ayant de bons sous-traitants capables de fournir à l'heure dite les meilleures technologies qu'on peut faire les automobiles dont vous êtes si fiers. Vous avez eu l'intelligence, je dois le dire, d'organiser sur le bassin d'emploi avec l'aide de la région, je n'en doute pas, du département, de l'agglomération, mais vous avez eu l'intelligence de pouvoir faire une zone industrielle où tous les sous-traitants seront présents.

Alors, il y aura Faurecia, Plastic Omnium, Inergy et cela va créer 300 emplois. Enfin, vous avez décidé de faire ici à Sochaux l'usine du futur. L'usine du futur s'intègre dans l'industrie du futur. Ce n'est donc pas de faire une usine sans salariés -ce n'est plus une usine quand il n'y a plus de salariés-, c'est faire une usine avec des salariés qui vont faire ce que les concurrents ne peuvent pas aujourd'hui imaginer faire, c'est-à-dire avec des robots, avec des machines, avec des outils, avec des technologies qui feront que le travail va s'améliorer, que la performance va s'élever et que l'on pourra se projeter dans l'avenir. Quel est l'avenir pour l'industrie automobile ? C'est bien sûr de faire des véhicules de grand confort, de grande qualité et vous avez ici une gamme très impressionnante, j'y reviendrai. C'est aussi de vous projeter dans ce qui va être le véhicule du futur.

Or, le véhicule du futur, c'est le véhicule électrique. Ici, vous préparez le véhicule électrique, vous préparez aussi le véhicule hybride. La voiture du futur, c'est aussi la voiture où le numérique prend toute sa place, où le numérique permet qu'il n'y ait plus de conducteurs, ce qui est navrant pour celui qui aime conduire ou celle qui aime conduire mais il faut aussi se préparer à cette évolution là. On voit déjà dans les transports collectifs des bus qui peuvent rouler de manière totalement autonome et qu'il y a des concurrents qui ne sont pas des concurrents automobiles, qui sont des concurrents de grands groupes numériques qui veulent faire le véhicule autonome pour ensuite conquérir l'industrie automobile. C'est donc tout à fait essentiel que vous soyez, vous PSA, les meilleurs en matière de numérique.

Alors, vous allez ici devoir non seulement recruter mais former vos personnels et une des grandes réformes que j'ai engagées, c'est de pouvoir donner à chacune et à chacun d'entre vous un Compte Personnel d'Activité, un compte personnel de formation qui fait que tout au long de votre carrière, de votre vie que vous restiez chez PEUGEOT -ce que je vous souhaite- ou ailleurs, vous ayez ce patrimoine, ce capital qui vous appartient et qui peut être fructifié pour que vous puissiez disposer de formation pour changer de métier ou, au contraire, rester dans le même métier, mais avec une qualification plus haute. C'est à vous, personne ne peut vous le prendre et c'est ce qui vous permet d'avoir cette confiance dans votre avenir et ce qui permet aussi à PSA de savoir que vous, avec vos différences, vous aurez toujours la possibilité d'être qualifiés par rapport à des exigences technologiques de plus en plus grandes.

Enfin, il y a l'avenir du diesel parce qu'on en parle beaucoup. Vous fabriquez du diesel, longtemps PSA a été regardé comme étant un des grands constructeurs diesel. Mais là aussi, PSA avait anticipé d'abord en évitant qu'il y ait des émissions dangereuses. PSA avait aussi anticipé en faisant des véhicules hybrides et PSA, on lui a laissé le temps, comme aux autres constructeurs de pouvoir faire cette transition du diesel vers d'autres carburants et c'est ce qui vous permet, là aussi, d'avoir confiance dans l'avenir.

On m'a présenté la gamme, la dernière fois c'était pour la DS5 ; quand j'étais venu comme candidat, en pensant que je serai Président, PEUGEOT PSA m'avait donc présenté le véhicule. Il faut dire que le premier véhicule que j'ai emprunté, une fois Président, était un véhicule avec un toit ouvert. Mais c'est le contrat qui était passé : le Président doit sortir avec le toit ouvert, quelle que soit la météo. Je vous confirme que le toit ouvert n'est pas étanche, donc que l'eau coule dans le véhicule, mais je l'ai voulu car c'était ce que nous avions décidé ensemble, faire honneur à la marque PEUGEOT PSA en allant jusqu'au bout avec le toit ouvert. Ensuite, j'ai pris un toit fermé, il valait mieux parce qu'il y a eu aussi des météos très difficiles.

Je voulais aussi que le Président de la République puisse faire, comme il était prévu et quelles que soient les intempéries, ce chemin. Vous aussi, vous avez fait le chemin, quelle que soit l'intempérie parce que vous avez reçu la pluie, vous avez reçu la tempête, vous avez reçu tout ce qui angoisse à un moment de savoir comment ça sera, est-ce qu'il y a une éclaircie possible ? Est-ce qu'il y a une visibilité ? Est-ce qu'on en sortira ? Vous vous êtes tous posé cette question et vous avez réussi, vous êtes aujourd'hui regardés comme les meilleurs. Vous avez été capables de racheter OPEL. Qui aurait dit en 2012 que nous pourrions, vous pourriez -enfin comme l'Etat est actionnaire- acheter OPEL ? À l'époque en 2012, c'était plutôt de savoir qui allait racheter PSA. Aujourd'hui, c'est vous qui êtes, si je puis dire, à la manœuvre.

Vous m'avez présenté de nouveaux véhicules, la 3008, voiture de l'année, et là aussi cela a dépassé vos espérances. Pourtant, le prix est un prix de haut de gamme mais il y a une telle confiance dans la technologie PSA que le consommateur veut ce véhicule et est même prêt à attendre cinq mois. Cela nous rappelait, Monsieur le Directeur, ce que nous vivions à d'autres époques où il fallait attendre très longtemps pour avoir une voiture, pas simplement parce qu'on ne pouvait pas la payer, mais parce que même quand on pouvait la payer, il fallait un délai, ce qui n'est plus supportable aujourd'hui. Les plus jeunes ne se souviennent pas aussi que pour avoir le téléphone fixe, il fallait attendre. Alors, quand j'en vois qui sont pressés, qui se plaignent de tout, qui disent qu'ils sont abandonnés, qu'ils sont oubliés, il faut les secouer. Il faut leur dire que le monde avance et qu'ils avancent avec le monde et qu'il ne faut pas toujours se plaindre. Il faut, au contraire, se battre pour que l'avenir soit meilleur. Il ne faut pas toujours penser que c'est mieux ailleurs. D'ailleurs, il suffit d'aller ailleurs pour revenir vite ici, pour savoir que c'est ici qu'on a le mode de vie, la liberté que beaucoup nous envient.

Il faut arrêter de penser que le monde peut nous faire du mal. C'est nous qui devons changer le monde et c'est en ayant cette confiance que l'on peut à la fois réussir dans une entreprise comme on peut réussir dans notre propre pays. Alors, je voulais, cinq ans après, une fois que nous avons, vous et nous, fait notre travail, fait notre devoir, vous dire ma fierté parce que quand je reviens ici, quand je vois ce qu'est devenu PSA, quand je vous vois avec un sourire plus franc qu'il y a cinq ans -il était un peu crispé il y a cinq ans- je me dis que nous avons bien travaillé et que nous avons bien servi notre pays !


Merci !

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