Conférence de presse conjointe de MM. Emmanuel Macron, Président de la République, et Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie, sur les relations franco-russes et sur les conflits en Syrie et en Ukraine, à Versailles le 29 mai 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Conférence de presse conjointe de MM. Emmanuel Macron, Président de la République, et Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie, sur les relations franco-russes et sur les conflits en Syrie et en Ukraine, à Versailles le 29 mai 2017.

Personnalité, fonction : MACRON Emmanuel, POUTINE Vladimir.

FRANCE. Président de la République; RUSSIE. Président

ti :
M. Macron : « Bonjour à toutes et tous, merci d'être là. Je tenais d'abord à remercier le Président Poutine d'avoir répondu à l'invitation que je lui avais faite il y a quelques jours, lorsqu'il m'avait appelé après ma prise de fonction, pour venir dans ce lieu symbolique où aujourd'hui nous célébrons les trois cents ans, presque jour pour jour, de la visite de Pierre Le Grand en France. Alors, pour mieux comprendre et connaître les secrets d'un royaume qui avait su étonner le monde. Et, durant cette visite qui dura plusieurs semaines, Pierre Le Grand passa plusieurs jours à Versailles, qui était alors le sommet des arts, des techniques de l'époque. Et, où se préparait déjà, au début du XVIIIe siècle, les idéaux des Lumières, en tout cas le génie qui allait faire cet esprit des Lumières. Il a pu s'entretenir à ce moment-là avec des ingénieurs, des écrivains, des archivistes. Et l'Histoire nous enseigne alors qu'il revint en Russie quelques temps après avec des idées fortes, quelques convictions, des croquis, nous allons les voir ensemble dans quelques instants. Et, il fut élu membre honoraire de l'Académie Royale des sciences dont il s'inspira et avec une volonté véritablement de moderniser votre pays. Pierre Le Grand c'est le symbole de cette Russie qui veut s'ouvrir à l'Europe et qui veut tirer en Europe tout ce qu'elle a de grand, de fort, et nous en avons d'ailleurs, tout à l'heure, évoqué plusieurs aspects, y compris dans nos échanges un peu plus particuliers. Et ce qui est important dans cette histoire qui a aujourd'hui trois siècles, c'est ce dialogue entre la France et la Russie qui n'a jamais cessé. Dialogue entre nos intellectuels, nos cultures, qui sema les germes d'une amitié mutuelle qui dure encore aujourd'hui et qui a été jalonnée par nos plus grands penseurs, nos plus grands artistes et les chefs d'État successifs. Et vous verrai d'ailleurs, tout à l'heure, le dessin préparatoire à la statue monumentale de Pierre le Grand, nous le verrons, il vous est familier Monsieur le Président, dans cette ville qui vous a vu naître et qui vous est chère. Et cette statue qui fait la fierté de Saint-Pétersbourg, votre ville bien-aimée, on la retrouve ici dans ces prémices. Cette Russie qui s'ouvre à l'Europe, cette amitié franco-russe, c'est cela que je souhaitais vous faire partager en vous invitant aujourd'hui à Versailles et c'est ce qui a été le fondement de notre discussion aujourd'hui, cette histoire qui nous dépasse et qui a scellée l'amitié franco-russe.

La France, le 7 mai dernier, a affirmé souverainement, dans l'élection présidentielle, son attachement à son indépendance, son engagement européen et sa volonté de peser dans le destin du monde. Aucun enjeu essentiel ne peut être traité aujourd'hui sur ces sujets sans dialoguer avec la Russie. Et c'est aussi pour cela que je souhaitais que nous puissions, ensemble, évoquer, comme nous l'avons fait pendant un long moment, l'ensemble des dossiers qui font le présent et l'avenir de nos deux pays. Nous avons donc eu l'occasion de passer en revue l'ensemble des dossiers avec le président Poutine.

Sur la Syrie, j'ai rappelé quelles étaient nos priorités, et je crois que nous pouvons, sur cette voie, travailler ensemble, en tout cas c'est mon souhait, dans les prochaines semaines. Notre priorité absolue c'est la lutte contre le terrorisme et l'éradication des groupements terroristes et en particulier de Daesh. C'est le fil directeur de notre action en Syrie et ce sur quoi je veux que, au-delà du travail que nous conduisons dans le cadre de la coalition, nous puissions renforcer notre partenariat avec la Russie. Ensuite, je souhaite que nous puissions organiser une transition démocratique mais en préservant un État syrien. Je l'ai redit, je considère que dans la région les États faillis sont une menace pour nos démocraties, et on l'a vu à chaque fois, ils ont conduit à faire progresser les groupements terroristes. Mon souhait, c'est que nous puissions là aussi assurer la stabilité, la transition démocratique, avec deux volontés profondes que j'ai réaffirmées dans le dialogue que nous avons eu avec le président Poutine. La première c'est qu'une ligne rouge, très claire, existait de notre côté : l'utilisation d'armes chimiques par qui que ce soit et donc toute utilisation d'armes chimiques fera l'objet de représailles, et d'une riposte immédiate, en tout cas, de la part des Français. Et en la matière je souhaite que d'ailleurs nous puissions échanger les informations utiles et travailler ensemble pour partager la lecture de la situation sur le terrain. Ensuite la France sera vigilante pour que tous les accès humanitaires et les modalités d'évacuations humanitaires soient retenus sur l'ensemble des théâtres d'opération dans la région. Parce que là aussi il y a un conflit dont la complexité n'est plus aujourd'hui à décrire, mais les populations civiles innocentes ne sauraient être les victimes de, parfois, notre incapacité collective à prendre parti. C'est dans le cadre de ces principes que je souhaite que la coopération entre nos deux pays puisse se renforcer, avec une volonté qui est de trouver dans la durée, une solution politique, inclusive, qui permettra, au-delà de l'éradication des terroristes, de ramener la paix en Syrie.

Sur la situation en Ukraine, nous avons longuement parlé des différents points de détails et de mise en oeuvre du processus dit de Minsk. Notre souhait, je crois pouvoir le dire, sous le contrôle du président Poutine, c'est que, dans les meilleurs délais, puisse se tenir à nouveau un échange sous le format dit Normandie, avec donc l'Allemagne et l'Ukraine. Et qu'un bilan complet de ces éléments puisse être partagé et en particulier, que nous puissions, sous le format de Normandie, avoir accès à un rapport détaillé de l'OSCE qui s'assure d'éléments extrêmement structurants et importants dans la région. Sur ce sujet c'est donc un processus qui doit perdurer, mais sur lequel nous avons l'un et l'autre, partagé nos vues. En tout cas j'ai, pour ma part, rappelé la volonté que nous puissions aboutir, dans le cadre des engagements de Minsk à une désescalade de ce conflit et de toutes les conséquences, de part et d'autre, qu'il a pu générer.

Enfin sur les sujets plus bilatéraux, j'ai rappelé au président Poutine l'importance de plusieurs sujets qui touchent, particulièrement, à la fois nos valeurs et nos opinions publiques, et j'ai, à cette occasion, rappelé l'importance pour la France du respect de toutes les personnes, de toutes les minorités et toutes les sensibilités, dans la société civile. Nous avons évoqué le cas des personnes LGBT en Tchétchénie, mais également le cas des ONG en Russie. Sur ces sujets, j'ai très précisément indiqué au président Poutine les attentes de la France et nous sommes convenus d'avoir un suivi extrêmement régulier ensemble. Le président Poutine m'a d'ailleurs indiqué avoir pris plusieurs initiatives sur le sujet des personnes LGBT en Tchétchénie, avec des mesures visant à faire la vérité complète sur les activités des autorités locales et régler les sujets les plus sensibles. Je serai, pour ma part en tout cas, constamment vigilant sur ces points qui correspondent à nos valeurs. De manière plus large, nous avons partagé le souhait de créer un échange plus intense, plus transparent entre nos sociétés civiles, qui participera aussi du rapprochement indispensable entre celles-ci et d'un dialogue constructif. Aussi, comme cela existe aujourd'hui entre la Russie et l'Allemagne, nous sommes convenus que, pour permettre à notre jeunesse, nos acteurs économiques, culturels, nos penseurs de dialoguer, de se rapprocher et de surmonter les éventuelles incompréhensions, un forum franco-russe des sociétés civiles sera mis en place. Le dialogue du Trianon, si je puis l'appeler ainsi en référence à l'exposition que nous allons voir dans quelques instants, qui permettra un travail plus étroit entre nos sociétés civiles, notre communauté de recherche, d'enseignement, et notre jeunesse. Sur la relation bilatérale, mon souhait est en effet que nous puissions poursuivre et même intensifier celle-ci.

Sur le plan culturel, l'année dernière a été marquée par des expositions importantes, en particulier celle organisée à la Fondation Louis Vuitton, en partenariat avec le musée de l'Ermitage et le musée Pouchkine, qui en fut un autre, je veux veiller à ce que nos peintres, nos musiciens, nos écrivains, nos scientifiques puissent travailler ensemble dans les meilleures conditions. Et à ce titre, nos ministres de la Culture travailleront sur cette feuille de route. Je me réjouis d'ailleurs, Monsieur le président, vous la verrez tout à l'heure, que notre ministre de la culture récemment nommée, Françoise Nyssen, est avant tout une grande éditrice et elle a contribué à faire connaître nombre d'auteurs russes, pour toutes celles et ceux qui lissent le français, puisqu'en tant qu'éditrice, elle a soit fait découvrir, soit surtout fait découvrir des traductions plus adaptées de Dostoïevski, Tchekhov, Pouchkine et plusieurs autres. Intensifier une relation bilatérale c'est aussi poursuivre les projets économiques, les projets scientifiques, les projets de partenariat dans l'aéronautique, dans le spatial, dans l'énergie, qui ont été développés ces dernières années et auxquels nous serons l'un et l'autre, vigilants. Je souhaite aussi que nous puissions fluidifier les relations en termes de financement de ces grands projets entre nos deux pays. Voilà mesdames et messieurs, Monsieur le président, ce que je souhaitais en quelques mots rappeler de nos échanges, en souhaitant que l'un et l'autre nous nous rappelions à chaque instant que cette histoire nous dépasse. Nous sommes ici, dans cette galerie des Batailles, elle célèbre beaucoup de victoires militaires mais ces victoires militaires ne doivent jamais faire oublier qu'elles étaient toujours le fruit d'incompréhensions et qu'elles ont, bien souvent, fait tomber beaucoup d'Hommes. Vous venez d'une ville et d'un pays qui s'est battu au début du siècle précédent pour la liberté et en particulier la liberté de l'Europe. Et c'est toute cette histoire qui, l'un et l'autre, nous dépasse et c'est fort de toute cette histoire qu'en venant ici à Versailles, que je souhaitais que l'un et l'autre nous puissions, sur tous les sujets qui font notre présent et le destin de nos nations, construire les solutions pragmatiques et exigeantes qui nous permettront de surmonter parfois les vicissitudes du quotidien. Je vous remercie. »

M. Poutine : « Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs. Pour ma part, je voudrai également remercier M. le Président pour l'invitation à venir en France dans cette belle ville de Versailles que je n'ai jamais visité avant. Evidemment, je suis impressionné par Versailles parce que cela reflète la grandiosité de la France et de son Histoire. C'est l'histoire qui uni nos deux pays, la France et la Russie et c'est l'exposition qui en témoigne aussi, l'exposition qu'on va visiter. Je parle de l'exposition qui marque trois cents ans depuis la visite du tsar russe, du tsar réformateur Pierre le Grand, en France. Mais la visite de Pierre le Grand n'a pas marqué le début des relations franco-russe, c'est l'histoire dont les racines remontent à l'époque d'antan. Vous savez, la reine française Anne, russe, qui est la fille cadette du prince Iaroslav le Sage, c'est elle qui a beaucoup contribué au développement de la France. Elle était une des fondatrices d'au moins deux dynasties européennes, je parle des Bourbons et des Valois. Et jusqu'au moment présent, l'une de ces dynasties règne en Espagne, comme nous le savons. Mais c'est vrai que nous avons surtout abordé les sujets de nos relations bilatérales, les relations entre la Russie et l'Union européenne. On a discuté des points épineux sur le dossier global et on a essayé de trouver les approches communes pour résoudre ces problèmes épineux. Je suis convaincu que les intérêts fondamentaux de la Russie sont beaucoup plus importants que la situation politique présente. Et c'est surtout l'entrepreneuriat français qui le comprend plus qu'autrui. Les compagnies françaises fonctionnent toujours en Russie. Je rappelle qu'aucune des cinq cents compagnies françaises, au court de ces dernières années, malgré toutes les difficultés économiques, les restrictions économiques, n'a pas quitté le marché russe. De plus, on voit l'intérêt de nos amis français de développer l'interaction économique. L'année dernière les investissements directs français dans l'économie russe sont montés de 2.5 milliards de dollars. En même temps le chiffre d'affaires bilatéral continu de croître. L'année dernière la croissance est montée jusqu'à 14% et les premiers mois de cette année ont marqués la croissance de plus de 30%. On a également abordé les sujets de notre interaction humanitaire. On a discuté de la nécessité des échanges entre la jeunesse de nos deux pays. Il faut inviter plus d'étudiants français en Russie et vice-versa. Il faut étudier la culture, l'histoire, les langues des peuples de nos deux pays. J'ai noté que dans le cercle du président il y a beaucoup de gens qui connaissent la langue russe. Et j'espère que ce ne sont pas les experts de l'Union soviétique, ce sont les experts de la Russie en sens plus global. Je parle de l'histoire, de la culture, de la langue de notre pays. C'est un signe positif et j'espère que nous aurons plus de partisans ici entre nous, les gens qui nous comprennent, qui nous sentent, les gens avec qui on pourrait avoir un dialogue détaillé sur les sujets d'intérêt commun. À l'exposition qu'on va voir bientôt, on verra les objets très précieux du musée de l'Ermitage, relatifs à la visite de Pierre le Grand en France. La visite que M. le Président a déjà mentionné, qui était une date charnière dans les relations entre la France et la Russie, qui a marqué le caractère amical pour beaucoup d'années à suivre entre nos deux pays. On a abordé les sujets clés de l'agenda bilatéral, comme je l'ai déjà dit. On a abordé les sujets économiques et culturels. On a également abordé le dossier ukrainien. On a discuté les solutions de la crise syrienne, évidemment. On a abordé également une situation très compliquée et très dangereuse, à mon avis, qui est le problème nucléaire en Corée du Nord. Je parle du programme des missiles, le programme nucléaire. On est convenus de chercher les solutions communes à tous ces problèmes afin d'éviter l'escalade et de mettre la situation sur les rails d'amélioration. On s'est mis d'accord que notre tâche principale, pour le moment, c'est la lutte contre le terrorisme. M. le Président a proposé de créer un groupe de travail, d'assurer les échanges et les délégations russes et française. Et, je voudrais saluer que, sur le plan pratique, il faut coordonner nos actions de lutte contre le terrorisme qui est, sans aucun doute, une grande menace pour la Russie aussi bien que pour les pays européens, en particulier pour la France. En ce qui concerne le dossier ukrainien notre position est claire. Je l'ai évoquée à M. le Président encore une fois. On ne peut pas éliminer le terrorisme en défiant l'Etat de la région qui est déjà assez fragile. Je suis convaincu que, de concert, dans la lutte contre le terrorisme on pourrait aboutir au succès. Mais, encore une fois, je répète qu'on ne peut aboutir à un succès uniquement si on agit de concert contre cette peste du XXIème siècle. Encore une fois, je veux remercier M. le Président pour cette invitation. Je rappelle que le Tsar, Pierre le Grand, a passé des semaines en France, mais on comprend que dans le monde diplomatique c'est le principe de la réciprocité qui domine. Et j'invite pour ma part M. le Président, j'espère qu'il pourra passer des semaines en Russie. Merci beaucoup »

M. Macron : « Monsieur, le Président. Nous allons maintenant prendre des questions. »

Journaliste : « M. le Président, on va célébrer cet anniversaire des trois cents ans des relations diplomatiques russes et françaises. Par contre on a l'impression qu'on a rien à célébrer. Y a quand même des signes positifs qui émane du Président Macron, aussi bien du Président Poutine, mais par contre la situation est assez tendue. Vous venez d'annoncer cette commission bipartite. Est-ce que il y a d'autres mécanismes de coopération franco-russe qui vont être restaurés dans la durée ? Parce qu'il y en avait beaucoup, ils travaillaient avec beaucoup d'efficacité. C'est la première question. Puis la deuxième question. La Russie est très souvent blâmée de son ingérence envers les élections présidentielles, notamment les élections en France. Est-ce que vous en avez parlé avec votre homologue français ? Et est-ce que cela figurera au menu des négociations ? »

M. Poutine : « Vous avez très bien noté que nous célébrons l'anniversaire de voyage de Pierre le Grand vers la France. Ce voyage a marqué une étape très importante dans l'histoire de nos relations. Donc comment ça, il n'y a rien à célébrer ? Voilà, on a trouvé un bon prétexte. On a toujours l'occasion de célébrer quelque chose, il faut justement trouver le bon prétexte quitte à aller loin dans le temps. Il y a un juste titre d'exemple cette restauration du chiffre d'affaires qui est obtenue. Il y a d'autres points de contact que nous voyons qui sont assez nombreux. Et je suis persuadé qu'il y a quand même toutes les possibilités pour nous tous d'aller dans le même sens et de pouvoir trouver toute solution à toute crise possible. Par rapport à la deuxième partie de votre question, notre ingérence dans les élections, notamment les élections françaises, je vous assure qu'on en a pas parlé. M. le président n'a pas fait d'attention sur ce point. De mon côté je crois que ça n'existe pas comme problème. »

M. Macron : « Sur votre sujet d'abord, nous réactivons, comme ça a été fait y a un peu plus d'un an et demi maintenant, il faut le poursuivre et l'intensifier, le dialogue stratégique économique. Ensuite il y a l'avancée, que nous avons évoquée l'un et l'autre qui est ce groupe de travail conjoint sur la situation syrienne. Et nous sommes convenus l'un et l'autre, et j'en informerai d'ailleurs la chancelière dans les prochaines heures, de notre souhait d'avoir une discussion en format dit Normandie pour le suivi du processus de Minsk avec, justement, la présence, en début d'échange, de l'OSCE. Ce sont des avancés concrètes qui marquent le fruit de notre discussion. Les grandes choses ce construisent dans la durée. Quant aux dernières élections françaises, nous l'avons évoqué, lorsque le président Poutine m'a appelé pour me féliciter. Moi, je suis pragmatique, on a évoqué les choses sur ce sujet-là. J'ai dit au président ce que j'avais à dire, il m'a dit ce qu'il avait à me dire, et j'avance. Ce qui m'importe, c'est de régler les situations spécifiques importantes que nous avons évoquées durant cette conférence de presse. Donc quand j'ai dit les choses une fois, je n'ai pas pour habitude d'y revenir. » 

M. Asquin, journaliste : « Bonjour messieurs les présidents, Hervé Asquin de l'Agence France Presse. M. Poutine, vous aviez reçu au Kremlin, c'était en mars, la candidate du Front National, lui apportant un soutien au moins tacite dans la campagne présidentielle française. Et puis, on vient de l'évoquer aussi, y a eu cette affaire des hackers, peut-être russes, qui se seraient mêlés de cette campagne française. Alors je vous le demande, et je le demande peut-être d'ailleurs à tous les deux, à vous voir à cette tribune aujourd'hui, l'un à côté de l'autre, on n'a pas le sentiment que la relation franco-russe soit encore très chaleureuse. Mais est-ce que cette rencontre a permis de la réchauffer quelque peu ? Puis, puisqu'on parle du climat de cette rencontre, il y a aussi la question des droits de l'Homme, vous l'avez évoqué. Est-ce que vous avez abordé, très directement, est-ce que vous avez pu progresser sur un certain nombre de sujets, je pense par exemple, au Français Yoann Barbereau, au journaliste russe Roman Souchtchenko ? Merci. »

M. Macron : « Sur ce sujet, et je laisserai le président Poutine me compléter comme il le souhaite. Sur le premier point, il ne m'appartient pas de commenter la visite de Mme Le Pen au mois de mars dernier. Moi j'ai un principe simple, les élections c'est le peuple souverain qui en décide. Le peuple souverain n'a pas donné raison à Mme Le Pen en France. Le reste, ça n'est même pas de la littérature, pour citer de manière détourné le poète. Pour ce qui est de ce qui s'est passé durant la campagne, nous l'avons évoqué lors de notre premier échange avec le président Poutine. Et, enfin, moi, je n'ai jamais considéré que ni la vie politique, ni la diplomatie ne consistait à commenter soi-même des éléments de thermodynamique ou de chimie personnelle. Ça consiste à apporter des solutions concrètes à nos problèmes réels. Donc, la chaleur, elle est dans la pièce et dans le climat qui nous entoure. Mais surtout, c'était un échange, le premier que nous avions l'un et l'autre. Je crois que ça a été un échange extrêmement franc, direct, avec beaucoup de choses qui se sont dites. Pour ma part, j'ai dit en totalité ce que je pensais des différentes situations évoqué avec le Président Poutine. Il y a une part de ce que je lui ai dit, que je ne vous dirai pas. Parce qu'il en va ainsi des relations diplomatiques et il en va ainsi de la bonne politique. Mais nous nous sommes, je crois, tout dit. Alors, on partage des désaccords, mais au moins on les a partagés. Et surtout, on voit comment construire, de manière concrète, une action commune. Et, je vous le dis très simplement, nous devons construire cette action commune. Parce que si on ne crée pas les conditions pour ce faire, nous n'avancerons pas sur les sujets évoqués. Si nous n'avons pas un dialogue, franc, sincère, qui parfois évidemment et fait de désagréments mais qui est exigeant de part et d'autre, nous n'arriverons à aucune avancé, ni sur le sujet ukrainien, ni sur le sujet syrien, pour ne citer que ces deux-là. Ensuite, sur le cas des droits de l'Homme, et des différents sujets, je l'ai évoqué tout à l'heure, nous en avons parlé. Pour les cas particuliers, nous les avons évoqués et nous continuerons à le faire. Mais ce n'est pas servir ces cas particuliers que de les évoquer en public. Sachez que je suis particulièrement très attaché à ce que, sur chacun de ces sujets, il puisse y avoir une avancée concrète et à ce qu'on puisse trouver une solution qui corresponde aux valeurs que nous défendons et auxquelles je ne céderai rien. »

M. Poutine : « Alors, la première partie, ou plutôt la deuxième partie de votre question par rapport à des hackers russes, j'aimerai attirer cette attention qui est la vôtre envers la formule qui a été trouvée pour cette question, du moins la traduction était la suivante. Vous avez dit « On dit que, peut-être, la Russie se serait-elle ingérée dans les élections françaises. » En fait, chers collègues, comment peut-on donner un commentaire par rapport à ça ? Qui dit, à la base, de quoi dit-on ? Et puis peut-être serait-ce des hackers russes ? « Peut-être », ce ne sont pas les faits établis en fait. Et on n'est pas censé faire des conclusions en résultat de ces propositions. Peut-être les mass médias peuvent se permettre de faire des conclusions à la base de tels points de vue. Mais c'est un fait, c'est pour ça que la presse existe, que le mass média existe, pour faire parler de certaines opinions. Mais, en revanche, les Hommes politiques ne sont pas là pour faire des conclusions sur la base des propositions qui ne sont pas prouvées, par rien. C'est la première partie de votre question. La deuxième, par rapport à cette réception de Mme Le Pen qui a été organisée au Kremlin. Mais, en fait, ce ne sera pas une surprise pour vous que de dire que ça n'a pas été sa première visite au Kremlin. Elle a été accueillie à Moscou à plusieurs reprises. Et si l'on parle toujours de l'identité des peuples européens, de renforcement de la souveraineté des pays européens, c'est toujours important pour tout le monde et elle en parle. Bien sûr qu'elle a raison d'en parler. Peut-être que ma position n'est pas la même que la position de certains de mes collègues européens, mais en revanche je l'ai toujours évoquée d'une manière très franche. Et en fait, c'est pour cette position qu'elle a été intéressée de venir me voir. Et en plus, on est, en Russie, ouverts à toutes sortes de contacts et nous sommes prêts à accueillir tout le monde, mais tout le monde. Et si Mme Le Pen nous a demandé de nous rendre visite, alors pourquoi ne pas l'accueillir ? Et, d'ailleurs, ce qui est surtout important pour nous, que depuis toujours, mais depuis des lustres, elle a publiquement oeuvré pour le rapprochement des relations avec la Russie. Alors ça serait même bizarre et étrange pour nous de renverser cette main qui était tendue en notre faveur. Et je vous assure que nous respectons hautement les personnalités politiques européennes qui recherchent la coopération multihorizontale, en particulier avec la Russie. Alors pourquoi nier cette rencontre ? Ce serait très bizarre. Et en plus, bien sûr qu'on se donnait toute l'image parfaite de la situation politique en France, bien sûr qu'on suivait tous les sondages, qu'on suivait la situation et la perception des Français par rapport à leurs candidats. On voyait très bien qu'elle est la personne qui serait choisie, qui serait élu par la majorité des Français. Bien sûr qu'on comprenait tout cela. Mais, en même temps pourquoi nier une rencontre avec une personnalité qui était intéressante pour nous. Et bien sûr qu'on se basait sur les intérêts fondamentaux de la Russie et de la France, aussi bien que nous allons le faire toujours avec M. le Président dans nos activités futures. »

Mme Fedorova, journaliste : « Russia Today en France, Xenia Fedorova. Une question par rapport à la Syrie. La situation en Syrie prouve, une fois de plus, qu'étant seul, restant seul, un pays ne peut pas avoir beaucoup de succès dans la résolution de cette crise. Est-ce que vous acceptez la coopération entre la Russie et la France par rapport à la solution de ce conflit ? Et, si jamais c'est possible, continuant, en quelque sorte, la question qui était posée par mon collègue, par rapport à la campagne électorale en France. La journaliste russe avait eu des difficultés pour avoir accès à votre quartier général, à votre bureau. Qu'en pensez-vous de construire les relations avec les journalistes étrangers, M. le Président ? »

M. Macron : « Alors sur… je vais commencer par la deuxième question. J'ai toujours eu une relation exemplaire avec les journalistes étrangers, encore faut-il qu'ils soient journalistes. Et les responsables politiques ont des responsabilités de prendre des décisions, de dire les choses. Quand des organes de presse répandent des contrevérités infamantes, ce ne sont plus des journalistes, ce sont des organes d'influence. Russia Today et Sputnik ont été des organes d'influence durant cette campagne, qui ont, à plusieurs reprises, produit des contrevérités sur ma personne et ma campagne. Et donc j'ai considéré qu'il n'avait pas leur place, et je vous le confirme, à mon quartier général. La totalité de tous les journalistes étrangers, y compris russes, professionnels, ont eu accès à ma campagne. C'est simple, les règles sont ainsi et se sont toujours les mêmes. Et c'est en cela qu'il était grave que des organes de presse étrangers, sous quelque influence que ce soit, je ne le sais, aient interférés en répandant des contrevérités graves dans le cadre d'une campagne démocratique. Et à cela je ne céderai rien, rien Madame. Donc, on va se dire les choses en vérité, mais Russia Today et Sputnik ne se sont pas comportés comme des organes de presse et des journalistes. Mais ils se sont comportés comme des organes d'influence, de propagande et de propagande mensongère, ni plus ni moins. Ensuite pour ce qui est de la première question, j'ai répondu tout à l'heure. Il y a, bien évidemment, et il y aura pour nos deux pays une coopération sur la question syrienne. Elle est indispensable, et c'est d'ailleurs la décision que j'ai prise, que j'ai proposé au président Poutine, je souhaite qu'il puisse y avoir une coopération forte sur ce sujet. Parce que nous avons une priorité, celle-ci est commune, c'est la lutte contre les terroristes. Elle est absolue, fondamentale. C'est la priorité des priorités. La deuxième chose que je souhaite poursuivre c'est d'échanger nos informations pour être plus efficaces sur le terrain. Et ensuite c'est que nous puissions éviter la désagrégation d'un État syrien, la fragilisation de la région, et qu'avec les deux lignes rouges, si je puis dire, que j'ai évoqué, intransigeance à l'égard de l'utilisation des armes chimiques et très grande exigence à l'égard des accès humanitaires, nous puissions avancer ensemble. Mon souhait c'est celui-là. Je souhaite gagner la guerre contre les terroristes en Syrie et je souhaite qu'on puisse construire ensemble une paix durable et une stabilité politique en Syrie. Et cela passera par un travail conjoint dont nous avons aujourd'hui jeté les bases. »

M. Poutine : « Comme vous le savez tous, la France apporte une contribution dans la lutte contre le terrorisme dans le cadre de la coalition internationale guidée par les Etats-Unis d'Amérique. À quel point la France est-elle souveraine dans la résolution de ces questions opérationnelles ? Là nous n'en savons rien. Parce que ce sont des accords entre les alliés, on n'est pas alliés. Du coup, on n'en parle pas. Mais ce qui est le plus important c'est une autre chose, ce qui prédomine c'est le fait que, pendant ces négociations d'aujourd'hui, on a ressenti que certaines choses ont une même évaluation de notre part aussi bien que de la part de la France. Même si il y a certaines divulgations et certaines différences par rapport à telle ou telle question, mais il y a quand même beaucoup de choses qui sont communs, qui sont partagés. Et, ça laisse à penser que nous sommes en mesure de les intensifier et d'améliorer la qualité de ces contacts. »

M. Macron : « Très bien. Merci beaucoup. Nous allons poursuivre maintenant en allant à l'exposition. Merci à vous. Merci de votre attention. »

M. Gallicher, journaliste : « M. le Président ! »

M. Macron : « On avait dit quatre questions. »

(Protestation des journalistes)

M. Gallicher « Monsieur le Président, il n'y a eu que trois questions. J'en ai encore une pour vous. »

M. Macron : « Non, parce qu'il y en avait deux. Alors allez-y, mais une dernière. »

M. Gallicher : « Oui. Bertrand Gallicher, France Inter. Je voulais revenir sur la question de la Syrie pour une réponse assez précise de votre part sur le processus politique que vous appelez de vos voeux. Vous avez dit au G7, que la Russie, la Turquie et l'Iran qui travaillaient sur la question syrienne, ça ne vous convenait pas, que c'était une défaite pour l'Occident. Ce sont les mots que vous avez employés. Est-ce que dans ce cadre-là vous envisagez une reprise du dialogue politique avec l'État syrien ? Puisque vous voulez conserver un État et éviter le chaos. Est-ce que, par exemple, vous êtes prêt à rouvrir notre ambassade à Damas ? Première question. Deuxième question, concernant l'Ukraine. Vous avez là aussi évoqué un processus, qui est celui de Minsk, et puis le format Normandie pour reprendre la discussion, mais en même temps le G7 a évoqué des sanctions possibles contre la Russie, de nouvelles sanctions, dans ce dossier de l'Ukraine. Est-ce que ce n'est pas incompatible ? Merci. »

M. Macron : « Alors sur le premier sujet, il est évident que nous devions inventer le cadre de ce processus diplomatique que j'ai évoqué, que je rappelais à l'instant. Mais je vous confirme, en effet, que ce qui s'est mis en place à Astana, qui a eu un mérite pour la désescalade militaire et la stabilisation militaire de la zone, ne peut être satisfaisant en tout cas, ne peut régler politiquement et diplomatiquement dans la durée de la situation et ne peut nous satisfaire contenue de ce que nous avons à connaître du conflit syrien. C'est-à-dire des groupements terroristes qui nous frappent et dont nous sommes l'une des cibles prioritaires et dont nous avons connu directement les conséquences, et d'autre part un pays dont sont partis nombre de migrations qui ont profondément bousculé l'Europe. Nous l'avons partagé avec le Président Poutine, mon souhait est, en effet, que nous ayons un cadre politique et diplomatique de discussions pour construire la paix. Et donc dans ce contexte là il est indispensable de pouvoir discuter avec l'ensemble des partis en présence. Et donc, à ce processus, il faudra… on va commencer par des échanges d'informations et de positions communes adjoindre nombre d'autres partenaires et, en effet, discuter avec l'ensemble des parties prenantes du conflit syrien y compris les représentants de M. Bachar al-Assad. Pour autant la réouverture de notre ambassade à Damas n'est pas une priorité, en temps voulu, comment les choses se passent. Et là il y a beaucoup de gens qui font des déclarations sur les ambassades, ça n'est pas mon obsession. Mon obsession c'est d'avoir une feuille de route diplomatique et politique claire, qui permette de construire la paix et de stabiliser cette région en même temps que nous éradiquons les terroristes, voilà. Donc, il y aura derrière beaucoup de pragmatisme, mais je rappelle les deux exigences que j'ai posées. Il n'y aura aucune faiblesse, s'il y a quelques utilisations que ce soit d'armes chimiques il y aura une riposte immédiate, et il y aura à chaque fois la recherche de toutes les solutions humanitaires et les accès humanitaires dans tous les théâtres d'opération qui l'impose. Donc ça c'est sur le sujet syrien et c'est ce sur quoi nous travaillerons les prochaines semaines et les prochains mois. Sur le sujet ukrainien, je vous confirme qu'à ce stade le G7 a eu des propos qui n'excluaient pas une escalade, si besoin été. Mon souhait ça n'est pas qu'il y est une escalade, mon souhait c'est que nous arrivions, dans le cadre des accords de Minsk, à, au contraire, trouver les solutions et à ce que, côté ukrainien et côté russe, il y ait une désescalade compte tenu de tous les détails et de toutes les situations que nous avons ensemble évoqués. Et donc dans ce contexte-là, nous allons, dans les prochains jours ou les prochaines semaines, avoir une discussion au format de Normandie qui permettra de faire une évaluation complète de la situation. Et, c'est aussi pour cela que nous avions souhaité qu'il puisse y avoir un rapport préalable de l'OSCE qui exprime aux quatre parties prenantes, la réalité, en particulier, des situations d'armement aux frontières et des zones de conflit. Puisque l'OSCE, comme vous le savez et en charge d'accéder à chacune de ces zones et d'en rendre compte. Voilà, de manière très transparente, ce que je souhaite. Et donc, ce à quoi nous devons oeuvrer collectivement c'est plutôt à ce qui ait, tout au moins une stabilisation, mais plutôt une désescalade des choses dans le cadre des accords de Minsk et du respect du processus défini. »

M. Poutine : « De mon côté je voudrai vous remercier pour votre question mais surtout pour la deuxième partie de cette question. Vous avez posé la question par rapport à des sanctions contre la Russie et à quel point ces sanctions peuvent aider à normaliser la crise au Sud-Est, en Ukraine. Ils ne peuvent pas et ne sont pas capables de trouver des solutions à cette crise. Alors, profitant de cette occasion, je vous adresse, je m'adresse à tous les mass médias de France, du monde, en disant qu'il faut lutter pour le veto de la restriction dans le domaine économique et c'est sûrement que dans ce cas-là que la politique puisse être libre et que l'économie étant sans restriction et sans barrières, puisse aider nous tous à restaurer le bon niveau et la bonne qualité de vie de nos citoyens partout dans le monde. Je vous remercie. »

M. Macron : « Là on est bon. Pardonnez-moi. Merci beaucoup. Je croyais qu'il y en avait quatre. C'est bon ? C'est bon, là ? Merci. Faites-la passer. Merci à vous, très bien. »


Rechercher