Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, sur les relations franco-ivoiriennes et sur le Sommet Union européenne-Union africaine, à Abidjan le 30 novembre 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, sur les relations franco-ivoiriennes et sur le Sommet Union européenne-Union africaine, à Abidjan le 30 novembre 2017.

Personnalité, fonction : MACRON Emmanuel.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Lancement des travaux de construction de la ligne 1 du métro d'Abidjan (Côte d'Ivoire), le 30 novembre 2017

ti :

Merci beaucoup Monsieur le Président de la République, cher Alassane,
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs les Parlementaires,
Mesdames, Messieurs,


Je suis très heureux de me retrouver à vos côtés à Abidjan parce que la Côte d'Ivoire est un partenaire de tout premier plan pour la France et un partenaire qui prend toutes ses responsabilités pour le continent africain.

Je veux d'abord vous féliciter et vous remercier pour l'organisation du sommet Union africaine - Union européenne ici à Abidjan, je sais combien de tels sommets sont difficiles à organiser, combien vous vous êtes personnellement investi, et je peux vous dire que la réussite de ce sommet pour la jeunesse est largement votre dû. Merci donc pour cela.

Monsieur le président de la République, vous avez permis hier à la jeunesse africaine et européenne de s'exprimer, de nous dire ce qu'elle attendait, j'ai pu aussi m'exprimer lors des tables rondes et dire combien nous devions ensemble revisiter la relation entre l'Europe et l'Afrique. Tourner une page de nos histoires, dans l'esprit du discours que j'ai tenu à Ouagadougou et combien dans la relation, Union européenne - Union africaine, il nous fallait préparer un nouveau traité pour 2020, un traité fondateur d'une relation nouvelle ou écoutant la jeunesse, le monde des affaires, les communautés académiques d'enseignants-chercheurs, le monde culturel, nous devons construire les bases d'un partenariat renouvelé, équilibré en responsabilité comme en devoir. C'est tout le travail qui est le nôtre dans les mois à venir et l'Union européenne et l'Union africaine ont à ce titre une grande responsabilité.

Le sommet d'Abidjan a aussi permis plusieurs réunions parallèles extrêmement structurantes. Vous en avez tenu une hier soir sur le Togo, nous en avons tenu une extrêmement importante sur la Libye, dont j'ai rendu compte, non seulement condamnant comme vous venez de le faire l'ignoble traite d'êtres humains qui aujourd'hui sévit sur le continent africain, insistant sur le message envoyé à toute la jeunesse africaine pour lui dire de ne pas céder au message des passeurs et des trafiquants qui l'exploitent, qui leur font des promesses intenables, qui les manipule. Mais surtout mettant en oeuvre entre l'Union africaine, l'Union européenne et les Nations unies, un protocole de travail de court terme, de moyen terme et de long terme pour éradiquer ce fléau, avec des mesures très précises dont j'ai rendu compte hier et sur lesquelles nous avons commencé à nous engager avec l'Organisation internationale des migrations, l'Union africaine et l'ensemble des pays européens.

Ce travail est indispensable et cette réunion d'urgence que la France a voulu déclencher hier a été permise grâce au sommet. Nous avons pu également nuitamment, avoir une réunion avec les quatre membres présents du G5 Sahel pour prendre des décisions extrêmement structurantes que nous par achèveront dans les prochaines semaines pour accélérer la lutte là aussi contre le terrorisme et le fléau qui sévit dans les pays du Sahel. Et je sais combien vous êtes attachés à ce sujet et je tiens sincèrement vous en remercier.

Ce sommet, j'en suis sûr dans quelques heures permettra des conclusions fructueuses mais ne l'oublions jamais, qui ne sont que des conclusions intérimaires. Il nous faut derrière des actes, la réalisation de projets, des éléments concrets qui changeront la vie de nos populations. Et c'est cela qui est attendu de nous.

C'est pourquoi dans ce cadre, notre relation bilatérale, ancienne, forte, vivace, qui est faite de femmes et d'hommes vivant entre nos deux pays et dans nos deux pays, d'histoires familiales de génération en génération, elle se traduit, nous venons d'en parler, nous venons de signer plusieurs accords et nous venons de faire ce court voyage sur ce métro à l'instant, elle se traduit par des projets concrets qui vont changer la vie des Ivoiriens.

Le premier projet concret, et j'en suis très fier avec vous, c'est celui non seulement du métro d'Abidjan, infrastructures essentielles avec 37,5 kilomètres entre les communes de Port-Bouët et Anyama, une vingtaine de gares qui permettra un démarrage de la ligne, de transporter 500.000 passagers par jour. Vous l'avez rappelé, c'est un projet d'aménagement urbain pour une mégalopole régionale, continentale qui est indispensable. C'est un projet qui changera la vie des habitants, qui permettra de développer l'activité économique et qui est cohérent avec vos engagements climatiques parce qu'il réduira les déplacements individuels.

Ce projet s'accompagne également d'une rénovation des infrastructures et en particulier du pont et d'un travail encore plus profond pour lequel la France est aussi partenaire, qui est la ligne ferroviaire qui, elle aussi, permettra d'améliorer les communications et le rayonnement économique du pays.

Je suis fier qu'un groupement d'entreprises français permette la réalisation de ce projet au bénéfice des abidjanaises des Abidjanais et je veux remercier les entreprises françaises, les financeurs français qui sont engagés derrière vous, à vos côtés et je veux ici vous dire que la France vous a proposé une offre de financement sans précédent, je sais que ça créera peut-être des jalousies chez certains de vos collègues, j'imagine déjà mon téléphone qui va crépiter dans quelques instants avec des reproches cachés mais, ça me donnera des ambitions renouvelées chez d'autres. Avec 1,4 milliard d'euros, cette offre constitue l'effort le plus important que la France ait jamais réuni au démarrage d'un projet de transport urbain à l'étranger, le plus important. Et donc il est le signe de la confiance qui nous unit et de cet engagement.

Aujourd'hui s'ouvre une nouvelle page entre maintenant et la finalisation des travaux en 2022. Nous devons avoir une conduite exemplaire de ces travaux et de cette réalisation, dans la ligne de ce à quoi je me suis engagé à Ouagadougou. Je souhaite que de manière partenariale, conjointe, nous ayons un comité de suivi de ces travaux qui permettra de s'assurer du bon respect des délais à chaque étape, du respect de toutes les normes et des standards de meilleure qualité internationale, de respect de toutes les règles déontologiques auxquelles nous tenons profondément l'un et l'autre et du respect des répercussions économiques et de l'implication des PME ivoiriennes dans le cadre du projet et du développement économique. Et je demande à ce que notre ambassadeur soit particulièrement impliqué à vos côtés dans le suivi de ce travail. C'est donc pour moi un grand plaisir à vos côtés de développer ce projet très concret.

Nous voulons ensuite de manière très concrète, continuer à développer dans notre relation quelque chose qui est aussi très important pour votre jeunesse, ce sont les liens qui existent en matière d'enseignement scolaire et d'enseignement supérieur. Nous avons déjà plusieurs initiatives qui existent, je souhaite là aussi dans le cadre de l'engagement que j'ai pris pour l'Afrique, développer des initiatives permettant de renforcer les échanges croisés dans le domaine de l'enseignement supérieur. Je souhaite que nous puissions développer dans les tous prochains mois, avec des ouvertures concrètes pour la rentrée 2018, des partenariats entre établissements français et ivoiriens et proposer davantage de doubles diplômes et de formations partagées. Il est important que les jeunes Ivoiriennes et les jeunes Ivoiriens qui veulent poursuivre des études supérieures, puissent le faire en Côte d'Ivoire avec des doubles diplômes, des diplômes qui sont reconnus par les meilleures écoles d'ingénieurs ou les meilleures universités françaises, qu'ils puissent le faire en attirant aussi toute la jeunesse de la région et je souhaite que nous puissions ensemble faire d'Abidjan, un hub d'Education régional de référence. Nous devons là-dessus nous fixer comme échéance la rentrée de 2018-2019 pour avoir des premiers partenariats.

Cela permettra aussi de développer des partenariats en matière d'innovation et d'entrepreneuriat, en matière de développement de la filière du numérique dans tout l'espace linguistique francophone qui est extrêmement structurant. Je sais que vous travaillez étroitement avec le Ghana où je serai dans quelques instants, vous êtes aujourd'hui les deux piliers de ce développement numérique sur lesquels là aussi nous devons nous appuyer.

Le troisième élément concret de la relation bilatérale que je souhaite développer, c'est la lutte contre le terrorisme et le renforcement de notre sécurité collective. Nous l'avons évoqué lors du sommet dans les réunions qui se sont tenues sur la Libye ou sur le Sahel, le terrorisme aujourd'hui est un fléau absolument terrible qui frappe nombre de régions mais qui frappe aussi l'Afrique. Il fait partie du quotidien de plusieurs pays voisins et il peut, si nous n'arrêtons pas sa route, venir aussi frapper le pays. Et je n'oublie pas ici les victimes ivoiriennes et françaises de Grand-Bassam.

Ce risque est réel, il a fait partie de nos histoires, il fait partie pour la France aussi de son actualité et donc nous devons nous engager pleinement pour son éradication. Pour mener le combat, la France a poussé plusieurs initiatives au niveau de l'Union africaine dans la zone libyenne et au sein du G5 Sahel.

Je souhaite que nous puissions avec la Côte d'Ivoire, avoir un partenariat tout particulier et appuyer la Côte d'Ivoire pour créer une école régionale dédiée à la lutte contre le terrorisme. L'objectif, et le ministre veillera à son suivi, c'est qu'en juillet prochain, nous puissions ouvrir cette école qui sera une école de cadres supérieurs, qui permettra de former des forces spéciales, non seulement pour la Côte d'Ivoire mais pour toute la région. Et donc des forces spécialisées à l'intelligence, à l'intervention de combat et la lutte contre le terrorisme qui puissent non seulement protéger la Côte d'Ivoire, mais toute la région. Nous avons besoin de ce partenariat et ce partenariat régional sera constitué ici.

Le quatrième sujet concret pour le quotidien des Ivoiriennes et des Ivoiriens, c'est évidemment le sujet des échanges, des migrations et de la circulation des personnes. Là-dessus nous nous sommes dit des choses avec beaucoup de franchise, d'esprit de responsabilité et le ministre d'Etat qui m'accompagne aussi, veillera avec votre gouvernement au suivi de ces dispositions.

Ce que nous voulons faire, c'est simplifier la vie des Ivoiriennes et des Ivoiriens qui ont une activité professionnelle, une stabilité qui suppose des échanges beaucoup plus fluides entre nos deux pays. Aussi allons-nous mettre en place un nouveau système de visas de circulation qui permettra de faciliter les déplacements pour les chefs d'entreprise qui aujourd'hui respectent tout le formalisme nécessaire et ont une activité stable, reconnue par la Côte d'Ivoire, pour les représentants politiques, les élus, pour la haute administration, pour les enseignants-chercheurs, le monde culturel et le monde sportif, nous allons mettre en place des visas de circulation dont la durée sera celle du passeport.

Ce qui permet, pour celles et ceux qui nourrissent la relation bilatérale, qui ont une activité qui suppose des échanges réguliers, d'avoir une liberté de circulation et de mobilité beaucoup plus fluide et de réduire les formalismes. Et de l'autre côté, nous allons renforcer la coopération bilatérale pour lutter contre l'immigration illégale. Nous allons donc renforcer une coopération active pour lutter contre les réseaux de trafiquants qui exploitent des Ivoiriennes et des Ivoiriens, par une communication très active du gouvernement ivoirien, pour expliquer cette propagande odieuse, faite par les passeurs à l'endroit de votre jeunesse, pour à vos côtés, coopérer en matière policière afin de démanteler ces réseaux de passeurs et pour aussi permettre de lutter contre tous les trafics et l'immigration illégale entre nos deux pays. C'est un programme ambitieux qui va se mettre en place dans les prochaines semaines, qui sera aussi constitué d'une coopération technique permettant de parachever le système de biométrie que vous avez mis en place et qui je dois le dire est sans doute parmi les systèmes exemplaires en Afrique, dont nous devons tirer toutes les potentialités pour lutter contre cette immigration illégale.

Cette immigration illégale, elle est mauvaise pour la Côte d'Ivoire, elle est mauvaise pour la France, elle est mauvaise pour l'équilibre de nos continents. Et donc c'est dans cette relation de responsabilité partagée que nous avons décidé ensemble d'avancer sur ce sujet des mobilités et je vous en remercie.

Nous aurons enfin d'autres partenariats au-delà du projet concret de ce jour qui continueront à se développer, pour encourager nos projets dans le développement durable. Je rappelle qu'en juillet dernier, nous avions ensemble défini comme priorités l'éducation, la sécurité, le développement durable. Pour celles et ceux qui suivent avec attention, et c'est normal et c'est juste, que les déclarations soient suivies d'effets, nous sommes au rendez-vous des résultats. Vous aviez entendu des déclarations en juillet, vous avez des résultats concrets sur chacun des sujets aujourd'hui annoncés, avec soit des résultats, soit des échéances. Eh bien nous allons continuer en matière de développement durable pour là aussi encourager, financer des projets entrepreneuriaux sur le terrain. Je vous remercie d'être présent à Paris le 12 décembre prochain pour le One Planet Summit qui permettra, et l'Afrique y jouera un rôle central, de mettre sur la table une série de projets concrets, de responsabiliser les bailleurs de fonds internationaux et régionaux, avec un rôle important que jouera la BAD, et de s'assurer de l'accélération des procédures, de l'engagement des financements privés et publics européens, pour être au rendez-vous de ces projets. Nous y veillerons ensemble et c'est pour moi l'un des objectifs du sommet du 12 décembre prochain.

Voilà Mesdames et Messieurs de manière extrêmement concrète et engagée ce que je voulais dire à l'issue de cette séquence bilatérale de mon déplacement à Abidjan. La vie des Ivoiriennes et des Ivoiriens va changer grâce à la coopération entre nos deux pays. Et c'est cela ce que nous voulons l'un et l'autre dans cet esprit de responsabilité partagée, équilibrée. C'est aujourd'hui une étape importante, mais ça n'est qu'une étape, nous allons continuer ensemble. Je voulais, Monsieur le Président, cher Alassane, vous remercier à nouveau pour votre hospitalité, vous féliciter à nouveau pour le succès du sommet Union africaine - Union européenne, vous dire combien nous sommes heureux de vous accueillir dans quelques jours à Paris pour le sommet climat, et vous dire combien je suis conscient qu'ensemble nous avons encore énormément de choses à faire. Merci à vous.

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