Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Inter le 29 décembre 2017, sur la validation par le Conseil constitutionnel du budget pour 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Inter le 29 décembre 2017, sur la validation par le Conseil constitutionnel du budget pour 2018.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement

ti : FRÉDÉRIC METEZEAU
Bonjour Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

FRÉDÉRIC METEZEAU
Bonne nouvelle pour le gouvernement, le Conseil constitutionnel valide le budget 2018, et notamment cette suppression progressive de la taxe d'habitation pour 80 % des ménages, mais le Conseil prévoit une sorte de clause de revoyure, il faudra voir comment seront traités les 20 % des foyers qui continueront à payer la taxe et voir si les communes ne perdent pas en autonomie financière. Vous êtes quoi ? Vous êtes sous surveillance ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord nous sommes satisfaits, satisfait de voir que 3 mois de marathon budgétaire qui viennent de se dérouler à l'Assemblée nationale, au Sénat aboutissent à la saisine du Conseil constitutionnel qui valide l'ensemble du dispositif, de cette transformation fiscale et sociale que connaitront les Français dans les semaines, dans les jours qui viennent, même pour la plupart d'entre eux. Et puis ensuite d'exigences posées par le Conseil constitutionnel 2, qui nous posent aucun problème parce que nous les avions intégrés. Emmanuel MACRON avait déjà annoncé, avec Bruno LE MAIRE, qu'il faudrait élargir la suppression de la taxe d'habitation, tout simplement parce que c'est un impôt injuste et un impôt idiot, et donc notre objectif c'est 80 % pour les plu fragiles, les classes moyennes, mais il faudra l'élargir et donc on va y travailler. Et le deuxième élément c'est qu'évidemment il ne s'agit pas de supprimer, d'enlever des ressources aux collectivités locales ; nous l'avons dit depuis le début il s'agit d'un dégrèvement, c'est à dire c'est une dette de l'Etat à la mairie qui prélevait précédemment, et donc nous devons garantir cela parce que les collectivités locales, les mairies – j'étais maire il y a encore peu de temps – ont un rôle essentiel à jouer sur le territoire.

FREDERIC METEZEAU
Elargir la suppression, la taxe d'habitation, ça veut dire exonération pour 100 % des foyers fiscaux, à quelle échéance ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est un objectif, d'ici la fin du mandat qu'a rappelé Bruno LE MAIRE et sur lequel nous allons travailler. Il n'y a pas d'engagement au moment où je vous parle parce qu'il ne faut pas se précipiter sur ce sujet, il faut prendre en compte toutes les données financières, mais de toute façon vous savez qu'on veut baisser massivement les impôts en France avec la taxe d'habitation et un de ses impôts les plus idiots. Moi je voudrais quand même souligner que – je vous l'ai dit j'ai été maire – depuis quarante ans on parle de la révision des bases, on parle de l'inefficacit de cet impôt, eh bien ça y est, pour une fois on fait ce qu'on voulait faire depuis quarante ans, on transforme en profondeur, on supprime cet impôt.

FREDERIC METEZEAU
Qu'est-ce que vous dites aux 20 % des foyers fiscaux qui vont continuer à payer la taxe d'habitation, et qui vont voir dans le même temps augmenter leur CSG ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ça s'appelle la solidarité nationale. C'est des gens qui ont en moyenne plus de 5000 euros par mois dont vous me parlez. Et donc du coup ils peuvent contribuer à cet effort. Mais il faut effectivement que cet effort soit limité dans le temps ; c'est l'objectif. Mais vous savez moi je suis toujours à l'aise pour parler aux femmes, aux hommes qui m'interrogent sur le sujet quand je peux leur dire : « vous savez c'était dans le contrat, dans le contrat passé entre Emmanuel MACRON et les Français ». Oui la suppression pour 80 % de la taxe d'habitation était l'engagement d'Emmanuel MACRON, c'est un engagement que nous tenons.

FREDERIC METEZEAU
On va parler de cette année 2018 à venir, la majorité envisage de renforcer les contrôles sur les chômeurs ; j'ai regardé les chiffres de 2015, on n'a pas plus récent, fraude à Pôle Emploi, 59 millions d'euros ; fraude fiscale, 3,4 milliards. Où est la priorité ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord, elle l'est depuis plusieurs années sur la fraude fiscale. 8 milliards d'euros ont été récupérés sur la fraude fiscale, donc vous voyez personne n'est inactif.

FREDERIC METEZEAU
C'est la cellule de dégrisement installée par François HOLLANDE.

CHRISTOPHE CASTANER
Notamment, c'était le cas, j'allais vous le dire, justement sous l'autorité de Michel SAPIN à Bercy et François HOLLANDE. Nous avons poursuivi cela même si nous avons mis un terme à la cellule de dégrisement parce qu'à un moment donné il faut aussi qu'il y ait des sanctions, y compris pour la fraude fiscale. Il ne s'agit pas de dire « au fait j'ai fraudé, je reviens », à un moment donné vous ouvrez une porte mais il faut que ce soit limité dans le temps, nous avons fermé cette porte et maintenant tous les moyens dégagés par nos réformes justement sont mis sur la recherche d'infractions fiscales. Mais ce n'est pas parce qu'il y a des infractions fiscales qu'il faut accepter des infractions sociales, quelles qu'elles soient. Et donc le contrôle aujourd'hui c'est toujours le corolaire de droits que vous accordez aux gens. Il y a des droits nouveaux, nous voulons élargir le bénéfice de l'accès aux indemnités chômage, mais évidemment quand vous créez des droits nouveaux, il n'est pas illogique de demander des devoirs nouveaux. Vous savez quand les études montrent que 86 % des chômeurs sont en recherche d'emploi ça ne surprend personne et ça ne me surprend pas, mais en même temps vous avez 14 % de gens – avec le statistiques de Pôle Emploi – qui, et je ne vous parle pas de ceux dont on considère qu'ils n'ont plus besoin de rechercher parce qu'ils ont ….

FREDERIC METEZEAU
59 ans et demi, 60, 61 ans …

CHRISTOPHE CASTANER
Je parle de gens qui assument de ne pas rechercher un emploi, ça n'est pas normal. La solidarité nationale par le chômage, c'est un droit mais c'est aussi un certain nombre de devoirs.

FREDERIC METEZEAU
2017, c'était l'année des réformes économiques et budgétaires, il n'y a pas eu beaucoup de remous au sein de votre majorité. 2018, il va y avoir la loi sur l'immigration, peut-être l'extension de la PMA, la décision sur notre Dame-des-Landes. On va toucher aux convictions des élus. Est-ce que vous avez peur qu'il y ait des débats plus serrés au sein de la majorité ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, les sujets européens sur lesquels nous avons travaillé, les sujets sociaux comme la réforme et du droit du travail sont des sujets qui sont aussi des sujets de valeur mais il y a tout le temps des sujets de valeur sur lesquels il faudra qu'on fasse montre de pédagogie. Mais c'est plus facile quand vous êtes dans le texte de l'engagement qu'Emmanuel MACRON a pris avec les Français. Sur la question des migrations , il a toujours tenu un discours qui se veut à la fois généreux sur l'accueil des réfugiés , la France ne prend pas sa part et nous devons là-dessus garantir à la fois un meilleur accueil mais surtout une bonne intégration parce qu'il y a un échec fondamental aujourd'hui pour les migrants qui viennent en France depuis de longues années, c'est les conditions d'intégration mais en même temps, ceux qui n'ont pas le droit de rester en France ne doivent pas rester en France. Là encore, ce sont ces corollaires entre des droits nouveaux et des devoirs.

FREDERIC METEZEAU
On n'a pas entendu le président de la République s'exprimer sur les questions de laïcité. Quand le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel BLANQUER, souhaite que des femmes voilées n'accompagnent plus les sorties scolaires à l'extérieur ; est-ce que c'est une piste ? Est-ce que ça donne le ton de ce que sera le discours et le propos présidentiel sur ces questions ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord, Emmanuel MACRON s'est très régulièrement exprimé sur la question de la laïcité, il l'a fait pendant la campagne, il l'a fait comme président de la République il y a encore peu de jours en recevant les autorités religieuses, en rappelant ce qu'était la laïcité. La laïcité, c'est garantir le droit de ne pas croire mais aussi le droit de croire et ensuite, il faut que les croyances de chacun se fassent conformément aux valeurs de la République. Une chose est sûre, c'est que aucune religion ne doit atteindre à ce qui fait le fondement de la république mais à l'inverse, la laïcité ne doit pas être utilisée pour lutter contre une religion.

FREDERIC METEZEAU
Une maman d'élève qui porte le voile dans une sortie à l'extérieur par exemple, ce n'est pas une atteinte à la laïcité ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, la vraie différence, c'est que vous voyez, Emmanuel MACRON par exemple s'est exprimé sur la question du voile à l'université parce que vous êtes confronté à des jeunes femmes, des jeunes hommes étudiants qui ont une maturité qui leur permet de gérer ce rapport à la religion. Un enfant de trois ans, de quatre ans, n'a pas forcément cette maturité, n'a pas tout simplement cette maturité là et donc les signes religieux sont interdits dans l'espace public et on peut considérer par extension et c'est ce qu'a fait Jean-Michel BLANQUER qu'une sortie scolaire restait dans cet espace public.

FREDERIC METEZEAU
Christophe CASTANER, parmi les chantiers de 2018, le président veut lancer une vaste réflexion sur l'audiovisuel public. Déjà les budgets ont été rabotés cette année malgré un contrat signé entre l'Etat et nos maisons. Est-ce que vous avez l'impression ce matin ici d'être dans la « honte de la République » ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, d'abord, le président de la République n'a jamais dit cela et vu que vous parlez de rabot, le budget de l'audiovisuel public, c'est 3,5 milliards d'euros. C'est plus que le ministère de la Culture. Le rabot dont vous parlez, c'est 50 millions …Alors, je vous le dis, si un service public n'est pas en capacité d'conomiser 50 millions d'euros sur 3,5 milliard d'euros, c'est un souci mais le souci plus grave encore, c'est qu'au fond, les objectifs notamment la numérisation de la communication ne sont pas atteints et donc je pense qu'il est nécessaire d'assumer d'ouvrir ce débat. On peut faire comme d'habitude, repousser à plus tard et se dire que c'est d'autres qui le traiteront. Aujourd'hui, le gouvernement a décidé et la ministre française Françoise NYSSEN reçoit régulièrement et a reçu encore une dizaine de jours l'ensemble des directeurs de l'audiovisuel public pour poser sur la table les conditions d'une réforme pour moderniser notre service public de l'audiovisuel parce que personne ne peut accepter qu'on investisse 3,5 milliards d'euros chaque année dans l'audiovisuel public et qu'on n'atteigne pas les objectifs qui sont nos objectifs communs.

FREDERIC METEZEAU
RADIO FRANCE est l'organisme le plus gros pourvoyeur de podcast dans le monde occidental !

CHRISTOPHE CASTANER
Mais RADIO FRANCE et FRANCE INTER en particulier, je ne vais pas le dire ailleurs qu'à ce micro, si je peux même le dire ailleurs, ont de vraies qualités. Je suis un enfant de FRANCE INTER et donc évidemment, je suis attaché au service public et c'est le cas du gouvernement, n'ayez pas de doute là-dessus !

FRÉDÉRIC METEZEAU
Merci beaucoup Christophe CASTANER …

CHRISTOPHE CASTANER
Merci à vous !

FREDERIC METEZEAU
Secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement. Bonne journée !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 janvier 2018

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