Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec RTL le 29 décembre 2017, sur l'hébergement d'urgence, l'encadrement des loyers et sur la taxe d'habitation. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec RTL le 29 décembre 2017, sur l'hébergement d'urgence, l'encadrement des loyers et sur la taxe d'habitation.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien, CHAPUIS Jérôme.

FRANCE. Secrétaire d'Etat;

ti :


JEROME CHAPUIS
Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

JEROME CHAPUIS
« Le logement effectivement, notamment l'hébergement d'urgence, je ne veux plus d'ici la fin de l'année avoir des femmes et des hommes dans la rue », on a réentendu sur RTL ce matin les propos d'Emmanuel MACRON l'été dernier, la fin de l'année nous y sommes, des femmes et des hommes dorment toujours dans la rue, cette déclaration c'est bien le signe d'une forme d'impuissance ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, ce n'est pas du tout une forme d'impuissance, pas du tout, en revanche nous agissons avec énormément de détermination mais aussi beaucoup d'humilité, énormément de détermination. Parce que vous savez on a déployé un effort sans précédent, par rapport à l'année dernière c'est 13.000 places d'hébergement d'urgence de plus qui ont été ouvertes, c'est environ 140.000 places d'hébergement d'urgence + 80.000 places spécifiques pour les personnes demandeurs d'asile qui sont ouvertes, c'est-à-dire...

JEROME CHAPUIS
Mais on rappelle ce chiffre qui était donné tout à l'heure par Sina MIR sur RTL, 200.000 personnes sans abri en France, c'est ce que disent les associations, 140.000 places.

JULIEN DENORMANDIE
140.000 places + 80.000 places pour les personnes demandeurs d'asile, c'est-à-dire que le dispositif au moment où je vous parle c'est 220.000 places, c'est 13.000 places de plus par rapport à l'année dernière, 220.000 places c'est l'équivalent de la ville de Rennes...

JEROME CHAPUIS
Et pourtant, et pourtant, il y a toujours... les Français et les Françaises qui vivent dans des villes voient toujours ces personnes qui vont passer le Réveillon dans la rue ?

JULIEN DENORMANDIE
Et c'est là où je vous dis c'est beaucoup de détermination, c'est 13.000 places de plus, c'est 15 % de budget en plus, c'est des maraudes - vous savez les personnes qui vont le soir dans la rue identifier l'ensemble des plus démunis – et en même temps c'est beaucoup d'humilité, parce que moi pour avoir été avec les équipes du SAMU social, dont je salue l'action, ils font un travail formidable, je travaille main dans la main et quotidiennement avec eux, mais quand vous allez à la rencontre des personnes il y en a beaucoup qui refusent de venir avec vous, il y en a beaucoup et qui préfèrent ne pas avoir un hébergement d'urgence et rester également dans la rue, ce n''est pas du tout une généralité mais c'est la réalité du terrain que nous rencontrons.

JEROME CHAPUIS
C'est une question qui dépasse la seule question du logement et des moyens disponibles ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est-à-dire que, encore une fois, il faut beaucoup de détermination, mettre énormément de moyens - c'est ce que nous faisons - un effort sans précédent a été déployé, + 13.000 places, il faut beaucoup d'humilité parce qu'il faut aller à la rencontre de celles et ceux qui sont dans la rue pour les convaincre, notamment dans les périodes de grand froid, de venir dans les hébergements d'urgence. C'est pour ça que, en dépit des efforts déjà déployés, nous allons continuer à ouvrir d'autres places partout sur le territoire en amont des vagues de grand froid ; Et, en même temps, la solution structurelle quelle est-elle ? Il faut sortir les gens de l'hébergement d'urgence pour leur donner des logements pérennes, aujourd'hui dans les centres d'hébergement d'urgence contrairement à ce qu'on pense il y a des personnes qui y habitent depuis des années, vous avez des familles qui habitent dans des hôtels depuis des années...

JEROME CHAPUIS
Et qu'est-ce qu'on leur propose, alors, à ces personnes ?

JULIEN DENORMANDIE
Jusqu'à présent on ne leur proposait pas suffisamment de solutions pérennes, ce que nous avons fait et ce que le président de la République a annoncé à Toulouse il y a trois mois et que nous sommes déjà en train de mettre en oeuvre c'est de proposer aux personnes qui sont dans ces hébergements d'urgence des logements pérennes. Alors, comment vous faites ?

JEROME CHAPUIS
Tout cela avec des prix de l'immobilier qui s'envolent, le journal Les Echos le rappelle encore ce matin, comment est-ce qu'on fait justement ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous avez des solutions, des solutions très concrètes : on finance plus de logements dits très sociaux, c'est-à-dire des logements à très bas coût ; on finance qu'on appelle de l'intermédiation locative, c'est-à-dire des logements loués par l'intermédiaire d'associations ; on finance...

JEROME CHAPUIS
Et l'encadrement des loyers ?

JULIEN DENORMANDIE
Des pensions de famille qui sont également des solutions pour ce type de public fragile...

JEROME CHAPUIS
Et l'encadrement des loyers qui a été retoqué par la justice ?

JULIEN DENORMANDIE
L'encadrement des loyers c'est un tout autre sujet mais l'encadrement des loyers moi j'ai toujours été très clair avec ce sujet, l'encadrement des loyers on ne sait pas si ça marche ou si ça ne marche pas, ma conviction c'est qu'il faut aller jusqu'au bout de l'expérimentation, c'est-à-dire qu'effectivement le tribunal administratif de Lille et de Paris ont retoqué la mesure, le gouvernement a déjà fait appel sur Lille et est en train de faire appel sur Paris pour revenir sur cette mesure. Mais vous savez le logement, le logement il y a tout l'hébergement d'urgence dont je viens de parler, il y a à trouver des solutions pérennes pour les uns et les autres, il y a à réussir à construire plus et moins cher. Le logement c'est aussi le pouvoir d'achat pour l'ensemble des Français, prenez la taxe d'habitation par exemple...

JEROME CHAPUIS
On va en parler justement, parce que justement le Conseil constitutionnel a validé hier le budget 2018, la taxe d'habitation elle va commencer à baisser l'an prochain, du coup il y a une réserve...

JULIEN DENORMANDIE
Tout à fait.

JEROME CHAPUIS
J'ai une question précise là-dessus, parce que le Conseil vous permet de déroger pendant deux ans au principe d'égalité devant l'impôt - ça veut dire qu'il faudra quand même qu'il y ait une réforme globale en 2020 - c'est bien prévu la suppression de la taxe d'habitation pour tous les Français en 2020 ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est bien prévu, le président de la République a été très clair dessus, en disant que sur les trois prochaines années 80 % des Français verront supprimer leur taxe d'habitation et qu'à partir de 2020 l'objectif c'est de supprimer totalement cet impôt parce que nous revoyons complètement ce qu'on appelle la fiscalité locale. Mais concrètement ça veut dire quoi pour les Français ? Ça veut dire que le budget, qui vient d'être voté et validé par le Conseil constitutionnel, dès l'année prochaine pour 80 % des Français c'est environ 30 % de taxe d'habitation en moins, dès l'année prochaine, la moyenne de la taxe d'habitation c'est 600 euros, donc dès l'année prochaine le budget que nous avons voté, qui a été validé par le Conseil constitutionnel, c'est 200 euros nets de pouvoir d'achat en plus pour les Français...

JEROME CHAPUIS
Julien DENORMANDIE, on va s'éloigner quelques instants du portefeuille qu'est le vôtre, voilà sur des sujets qui dénotent la philosophie du gouvernement aujourd'hui, le gouvernement entend renforcer le contrôle des chômeurs – on l'a appris cette semaine – le renforcer encore un peu plus dans le cadre de cette réforme qui est discutée en ce moment avec les partenaires sociaux, il y en a vraiment besoin ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais vous savez, que ce soit le contrôle des chômeurs ou que ce soit la taxe d'habitation, au final qu'est-ce que nous faisons ? Nous faisons exactement ce que nous avons dit que nous ferions pendant la campagne présidentielle. La taxe d'habitation c'était une mesure phare du gouvernement...

JEROME CHAPUIS
Mais sur le contrôle des chômeurs, ça signale...

JULIEN DENORMANDIE
J'y viens, j'y viens tout de suite, parce que le contrôle des chômeurs c'était exactement la même chose, nous en avons beaucoup parlé pendant la campagne présidentielle. Permettez-moi juste une précision, la taxe d'habitation, parce que c'est un impôt profondément injuste – et nous sommes le premier depuis des décennies à enfin arrêter cet impôt injuste – toutes les oppositions nous disaient : « vous savez votre mesure elle ne peut pas marcher, en plus elle n'est pas constitutionnelle », le Conseil constitutionnel a tout validé, reprenez les mesures phares du président SARKOZY que ce soit la taxe carbone, du président HOLLANDE que ce soit les 75 % , c'est des mesures qui avaient été retoquées par le Conseil constitutionnel...

JEROME CHAPUIS
On l'a bien compris. A condition, à condition qu'en 2020 cette taxe d'habitation...

JULIEN DENORMANDIE
Donc à condition, oui, mais nous faisons ce que nous avions dit que nous ferions et nous le faisons avec professionnalisme. Sur le contrôle des chômeurs il y a des droits et il y a des devoirs, il y a des devoirs c'est évident dès lors que vous donnez plus de droits, mais il n'y a aucune surprise à cela - nous l'avons dit pendant la campagne présidentielle – et les droits vis-à-vis des personnes qui sont en recherche d'emploi. Regardez tout ce que fait le gouvernement, c'est à la fois beaucoup plus d'argent mis sur la formation professionnelle, c'est une réforme de l'apprentissage, c'est également ouvrir la possibilité d'avoir accès au chômage à beaucoup plus de personnes, par exemple les indépendants qui aujourd'hui n'ont pas la possibilité d‘y avoir accès. Donc encore une fois c'est tout à fait normal d'avoir plus de droits, plus de protection – c'est ce que nous faisons – et en contrepartie d'avoir des devoirs, mais il ne faut jamais stigmatiser c'est essentiel, ce n'est pas parce que certains enfreignent des règles que tous sont dans ce cas, bien entendu il n'y a aucune stigmatisation.

JEROME CHAPUIS
Un mot qui concerne la cohésion des territoires et puis, voilà, les finances des grandes villes. Certaines villes, comme Bordeaux et Nantes, sont un peu agacées par cette mesure qui.... il est autorisé depuis quelques jours de faire de la publicité sur les trottoirs, c'est assez étrange, mesure qui est passée au Journal Officiel juste avant Noël prise, par le ministre de l'Economie en 2016, autrement dit par Emmanuel MACRON. Les finances des villes vont si mal qu'il faudrait que la publicité aille se nicher jusque sous nos pieds, Julien DENORMANDIE ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, c'était des mesures débattues au Parlement dans le cadre d'une loi défendue par le ministre de l'Economie qui a donné l'objet de décret. Mais de quoi parle-t- on ? On parle d'une expérimentation ! La question c'est de savoir est-ce que dans certains endroits au lieu d'avoir des panneaux publicitaires visibles de manière verticale vous mettez de la publicité sur le sol...

JEROME CHAPUIS
Ca ne vous choque pas vous, vous comprenez que ça puisse choquer en tout cas ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est une expérimentation, moi je comprends les craintes des uns et des autres, là on parle de quoi ? On parle d'une expérimentation pour savoir est-ce que dans certains cas c'est mieux, c'est moins visible, c'est moins de pollution visuelle comme on dit, tout en apportant les finances qui sont nécessaires à certaines de nos collectivités...

JEROME CHAPUIS
Donc, vous n'y voyez aucun mal ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, il faut toute proportion gardée, on parle là d'une expérimentation.

JEROME CHAPUIS
Merci beaucoup Julien DENORMANDIE d'avoir été l'invité de RTL ce matin et puis avec un petit peu d'avance excellente année à vous.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 janvier 2018

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