Déclaration de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, en hommage à Simone Veil, à Paris le 20 décembre 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, en hommage à Simone Veil, à Paris le 20 décembre 2017.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances

Circonstances : Gala du Conseil Pasteur-Weizman en hommage à Simone Veil, à Paris le 20 décembre 2017

ti :
Madame,
Madame la Ministre
Madame Simone Veil,
Chère Simone,


Nous ne savons pas comment vous appeler.

Sans doute parce que vous étiez toutes ces femmes.

Toutes ces femmes à la fois, et d'autres encore, qui ne nous appartiennent pas : la mère de Jean et de Pierre-François, que je salue ; l'épouse d'Antoine ; la grand-mère entourée de l'amour et de la fierté de ses petits-enfants.

Vous étiez Madame, la femme rayonnante, qui malgré les malheurs, portait encore en elle un peu de la lumière de Nice, où vous étiez née un 13 juillet. Dans vos mémoires, vous avez raconté que votre beauté, à 16 ans, vous avait sauvé la vie. Vous dites aussi que vous en faites peu de cas. Nous ne dirions pas la même chose, parce que votre beauté était un caractère. Elle était le reflet de votre tempérament : entier, lumineux et doux.

Vous étiez Madame la Ministre, assise dans nos mémoires au banc des ministres de l'Assemblée nationale, la tête entre les mains, pour ne pas laisser à des députés vociférant le plaisir de voir vos larmes. Rassurez-vous, madame la Ministre : ils ont perdu leur combat et vous avez gagné le vôtre. Vous avez fait du droit à l'avortement un droit fondamental des femmes. Vous avez mis votre force au service des femmes et toutes les Françaises comme tous les Français vous en sont à jamais reconnaissants.

Vous étiez Madame Simone Veil, femme d'Etat. Députée européenne, ministre, présidente du Parlement européen, membre du Conseil constitutionnel, membre de l'Académie française. Vous reposez désormais au Panthéon, dont le frontispice porte l'inscription : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ». Il serait temps d'écrire : « Aux femmes immenses, la patrie reconnaissante ». Car vous étiez une de ces femmes immenses, qui portent en elle la France et son histoire, avec ses lumières et avec ses moments obscurs.

Vous étiez Simone. Simone, la petite fille qui plisse les yeux sous le soleil de la Méditerranée. Simone, qui plus tard mais si tôt dans sa vie se tient debout à Auschwitz. Simone, dont tous les enfants qui vont au collège devraient se rappeler qu'à 16 ans, vous poussiez dans l'hiver sans fin de la Pologne des charriots remplis de pierres, parce que vous étiez juive et que les juifs devaient disparaître de la surface de la terre. Vous étiez cette jeune fille qui a vécu les camps, qui a vu la mort, qui a connu la promiscuité et qui en garde une distance avec les autres. Simone, une femme solaire sur laquelle la folie des hommes aura jeté pour la vie entière, au plus profond de son être, comme une ombre.

La grâce de Simone Veil, votre grâce, Simone, aura été d'éclipser cette ombre à force de lumière intérieure, pour que les générations à venir vivent non pas dans l'ignorance, mais dans le dépassement de l'histoire.

Avec Paul CELAN, vous auriez pu dire :

Une pensée haute
Comme un arbre
Attrape le son de la lumière : il y a
Encore des chansons à chanter de l'autre côté
Des hommes.


Source https://www.economie.gouv.fr, le 2 janvier 2018

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