Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à CNews le 4 janvier 2018, sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l'état du réseau ferroviaire, les 80 km/h sur les routes secondaires et les "transports du quotidien". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à CNews le 4 janvier 2018, sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l'état du réseau ferroviaire, les 80 km/h sur les routes secondaires et les "transports du quotidien".

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre des transports;

ti : ROMAIN DESARBRES
Tout de suite, c'est l'interview de Jean-Pierre ELKABBACH. Notre-Dame-des-Landes, les problèmes à la SNCF ou encore le passage de 90 à 80 kilomètres/heure sur les routes nationales, Elisabeth BORNE, ministre des Transports est l'invitée de Jean-Pierre ce matin ; c'est tout de suite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec vous, ce sont les gares, les trains, les avions, les camions, les vélos. J'ai dit les avions, les aéroports éventuels. Bienvenue Elisabeth BORNE, merci d'être avec nous. Bonjour.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le Premier ministre va commencer avec vous aussi des consultations avec les élus concernés par l'éventuel aéroport de Notre-Dame-des-Landes, encore lui. Je ne comprends pas. Après un référendum, des missions, des rapports – le dernier en décembre – des rencontres, pourquoi un nouveau rendez-vous ? Est-ce que ça veut dire que le gouvernement hésite à prendre sa décision et qu'avant de décider, sa main tremble aujourd'hui ?

ELISABETH BORNE
Non. Ça veut dire qu'il faut effectivement décider sur ce projet qui est débattu depuis des décennies. La méthode qui a été retenue par le gouvernement, ç'a été d'abord de nommer une mission parce qu'il y avait des débats sur le fait de savoir si toutes les alternatives…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que la décision est prise ce matin ?

ELISABETH BORNE
La décision n'est pas prise puisqu'il y a des consultations qui vont démarrer comme vous l'avez évoqué. On a un rapport des médiateurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais à quoi elles servent puisqu'on sait tout ? On sait tout ! On sait qu'il y a deux hypothèses ou une alternative.

ELISABETH BORNE
Il y a un rapport des médiateurs qui a mis quelque chose de nouveau dans le paysage : qu'il y avait une alternative. Il y a un besoin que personne ne conteste : les habitants du Grand Ouest, les entreprises ont besoin d'un aéroport pour soutenir le développement économique, pour soutenir le développement touristique. Ça, personne ne le conteste. La nouveauté, c'est qu'effectivement la mission a mis sur la table une alternative. En même temps, elle a aussi indiqué qu'aucune des solutions n'est parfaite. Chaque solution a ses avantages et ses inconvénients.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais la décision doit être prise, a dit le président de la République, avant la fin janvier.

ELISABETH BORNE
La décision sera prise.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Nous sommes le 4 ou le 5, la décision n'est pas prise ?

ELISABETH BORNE
C'est aussi la méthode du gouvernement d'écouter.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'hésiter.

ELISABETH BORNE
D'écouter. D'écouter et de décider et de faire. C'est bien ce qu'on a annoncé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. C'est-à-dire que si les élus concernés de la région sont favorables à la création pour le vingt-et-unième siècle d'un aéroport qui serait l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ils seraient entendus ou ils seront entendus.

ELISABETH BORNE
C'est-à-dire que les médiateurs ont mis sur la table une alternative avec des avantages, des inconvénients. Maintenant, il faut écouter les différents élus. Il y a des points de vue très contrastés sur le sujet. C'est un sujet passionnel, c'est pour cela qu'on essaye de mettre…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez une préférence ?

ELISABETH BORNE
Je me garderai bien de vous donner une préférence sur ce sujet. Je pense que le point important, c'est que tout le monde est d'accord sur le fait qu'il faut soutenir le développement du transport aérien pour le Grand Ouest qui en a besoin. On va écouter les élus, la décision sera prise et on fera.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que ce matin, vous confirmez que la décision sera prise avant le 31 janvier. D'autre part, est-ce qu'au nom de la loi la ZAD sera évacuée ?

ELISABETH BORNE
Quoi qu'il en soit, l'ordre doit revenir dans ce secteur. Il y a en effet un sujet d'ordre public. L'Etat de droit doit revenir dans ce secteur.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous allez peut-être convaincre quelques agriculteurs qui sont dans la ZAD d'accepter le projet et la décision ; et puis les autres qui sont là et qui résisteront ?

ELISABETH BORNE
Le droit doit être respecté, Gérard COLLOMB l'a évoqué. Il y aura certainement besoin d'interventions des forces de l'ordre. Espérons que cela se passe au mieux mais le droit doit revenir dans cette zone.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les fêtes de fin d'année ont été marquées par toutes sortes d'incidents répétés, de pannes électriques, de pagaille dans les trains ou dans les gares. Dans quatre jours lundi, vous avez décidé de recevoir pour la deuxième fois en un mois les dirigeants de la SNCF, Guillaume PEPY et Patrick JEANTET. Vous les avez – comment dit-on ? – convoqués ?

ELISABETH BORNE
Je n'ai pas employé ce terme. Je pense qu'il est normal, quand on a des incidents qui se répètent comme vous l'avez évoqué, quand la SNCF fait la une de l'actualité…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais comment vous faites ? Vous les convoquez ? Vous les invitez ?

ELISABETH BORNE
Je leur ai proposé une réunion de travail. Je pense qu'on en a besoin et qu'il est normal, quand la SNCF fait la une de l'actualité avec des incidents et des pannes, en tant que ministre des Transports je ne peux pas m'en satisfaire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous leur demandez des comptes. Sur quoi ?

ELISABETH BORNE
Je leur demande qu'on dresse le bilan de ces incidents, le bilan des actions engagées et les solutions qu'ils vont proposer. L'objectif est simple : il nous faut des transports plus fiables, il nous faut des chantiers mieux maîtrisés et il nous faut une meilleure information des voyageurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais de quoi les dirigeants de la SNCF sont-ils, à vos yeux, responsables ou même coupables ?

ELISABETH BORNE
Vous avez raison de poser les questions des responsabilités parce que la SNCF n'est pas la seule responsable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voulez dire que vous, Etat, dans la continuité de l'Etat, vous avez aussi votre part de responsabilité ?

ELISABETH BORNE
L'Etat a clairement sa part de responsabilité parce que beaucoup des incidents qu'on voit sur les réseaux, que les voyageurs vivent au quotidien, sont le résultat de décennies de sous-entretien, de sous-investissements, dans le réseau. Pourquoi ? Parce qu'on a eu une politique du tout TGV. Le gouvernement prend des décisions courageuses. Il a clairement annoncé que notre priorité, c'est l'entretien, la régénération des réseaux, les transports de la vie quotidienne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous ne pouvez pas vous sanctionner, vous Etat, ou sanctionner vos prédécesseurs. Est-ce que les dirigeants actuels de la SNCF seront sanctionnés ?

ELISABETH BORNE
Il ne s'agit pas de sanctionner, il s'agit de trouver des solutions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'ils resteront en place ? Par exemple Guillaume PEPY, que vous connaissez depuis une quinzaine d'années paraît-il, a expliqué que, je le cite, depuis le premier jour, son mandat est à la disposition du gouvernement », comme d'ailleurs tous les patrons du service public. Est-ce que vous lui retirerez, vous Etat, son mandat ?

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas le sujet. Le Premier ministre l'a dit clairement hier : le président de la SNCF est à la tête de la SNCF, ça veut dire qu'il a la confiance du gouvernement. Ça veut dire qu'il faut qu'on travaille ensemble, le gouvernement, les entreprises publiques, pour améliorer les transports, fiabiliser ces transports et c'est de cela dont nous allons parler la semaine prochaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Justement, on va réentendre la phrase importante sur Guillaume PEPY du Premier ministre Edouard PHILIPPE.

- Extrait de l'interview des 4 Vérités du 03 janvier - document France 2 :
EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE
S'agissant de ce genre de sujet, c'est très simple. Soit le patron d'une entreprise publique a ma confiance et, auquel cas, je le soutiens. Soit il n'a plus ma confiance et, auquel cas, je le change. Vous avez bien observé que je n'avais pas changé Guillaume PEPY. Il est là, il exerce sa mission et…

GUILLAUME DARET
Et il a votre confiance.

EDOUARD PHILIPPE
Par définition. S'il ne l'avait plus, il ne serait plus président de la SNCF.

GUILLAUME DARET
Pourtant il est convoqué par la ministre. C'est qu'il y a quelque chose qui ne va pas.

EDOUARD PHILIPPE
On a quand même le droit de discuter avec les présidents d'entreprises publiques. Ce serait curieux de ne pas le faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voyez, « il est convoqué par la ministre » dit mon confrère. Vous, vous dites qu'il n'est pas convoqué, il est invité, et cætera, pour une déclaration de bonne année au début de l'année 2018 et, en même temps, pour avoir des résultats. Vous dites comme le Premier ministre ce matin que vous confirmez votre confiance à ceux qui sont les dirigeants de la SNCF.

ELISABETH BORNE
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous n'attendez pas qu'ils remettent leur démission.

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas le sujet. Le sujet dont on va parler la semaine prochaine, c'est comment, dans un contexte difficile qui est celui que je rappelais : sous-investissements, sous-entretien des réseaux parce qu'on a eu une politique du tout TGV, comment dans ce contexte on va arriver à rendre les transports plus fiables, plus confortables pour tous nos concitoyens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire qu'il y a en ce moment une sorte de combinaison entre une modernisation qui se fait peut-être un peu tardivement mais qui est en cours, avec des équipements qui sont usés et obsolètes ?

ELISABETH BORNE
Il y a des équipements qui sont vieillissants. Il y a un réseau qui n'a pas été adapté à la réalité de notre pays. Vous savez qu'on n'a pas du tout tiré, par exemple, les conséquences du développement des grandes villes, des métropoles dans le pays. Le réseau n'a pas été adapté pour y faire face et c'est notre priorité. On va investir beaucoup. En 2017, on a dépensé plus de cinq milliards d'euros pour entretenir et moderniser le réseau. C'est à la fois une bonne nouvelle et, en même temps, c'est beaucoup de chantiers. Des chantiers, ça peut aussi créer des incidents. C'est bien de cela dont il faut qu'on parle avec les présidents de la SNCF.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il faut qu'il y ait encore des chantiers sans incidents dans le meilleur des cas.

ELISABETH BORNE
Des chantiers maîtrisés sans incidents. Cela montre aussi qu'il est essentiel que l'Etat ait une stratégie claire, ne demande pas tout et son contraire à la SNCF, de faire des TGV et d'avoir un réseau bien entretenu tout en maîtrisant sa dette. C'est aussi le sens de la mission qui a été confiée à Jean-Cyril SPINETTA. L'Etat doit avoir une stratégie claire pour donner un cap à tous les acteurs et notre priorité est claire : les transports de la vie quotidienne, l'entretien et la modernisation des réseaux existants.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous êtes, l'Etat, d'accord maintenant pour accorder une priorité aux trains du quotidien qui concernent des millions et des millions de Français.

ELISABETH BORNE
Des millions de Français qui, tous les jours, prennent le train et doivent avoir des transports fiables. Vous savez, on a inauguré quatre lignes à grande vitesse dans les dix-huit derniers mois. Dans le même temps, il y a cinq mille trois cents kilomètres de ralentissement sur le réseau classique. Ce n'est pas un réseau secondaire, c'est le réseau du quotidien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais qu'est-ce que vous dites alors aux métropoles qui attendent des TGV, à qui on a promis des TGV et qui en ont besoin ?

ELISABETH BORNE
Je dis qu'on va devoir réfléchir et c'est un des piliers de la loi d'orientation des mobilités que je présenterai au printemps. Quelle politique d'investissement ? Quelle priorité pour les prochaines années ? On arrête de faire des promesses de projets qui coûtent des milliards dans toute la France sans dire comment on va les financer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai vu que cent trente-cinq trains en 2018, des trains tout neufs, seront mis en circulation en Ile-de-France et sur les liaisons TER. Je ne sais pas si c'est suffisant, mais en tout cas c'est nouveau, pour rapprocher les gens de leur travail, du domicile et du travail. Au passage, on peut peut-être relativiser. Je ne sais pas si c'est vrai mais j'ai lu que 27 % des avions sont en retard et 10 %, même si c'est trop, des trains sont en retard.

ELISABETH BORNE
Il y a aussi beaucoup de trains qui arrivent à l'heure et il faut aussi en être conscient. Il y a encore trop d'incidents et c'est de cela dont il faut qu'on s'occupe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez parlé de la dette. C'est combien ? Cinquante milliards d'endettement de la SNCF ?

ELISABETH BORNE
C'est un des sujets. Je vous disais que l'Etat doit se doter d'une stratégie globale, c'est la mission qui a été confiée à Jean-Cyril SPINETTA.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous ce matin, vous dites cinquante milliards. Comme l'Etat a sa part de responsabilité, l'Etat va éponger une partie des cinquante milliards ?

ELISABETH BORNE
Ce que je dis, c'est qu'en effet le modèle économique de la SNCF ne va plus. La dette va atteindre cinquante milliards en 2018, la dette augmente de trois milliards tous les ans et il ne faut pas laisser croire qu'on va régler ce problème simplement en déplaçant la dette.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien mais vous ne m'avez pas répondu. Est-ce que l'Etat va prendre à sa charge une partie des cinquante milliards ? Tout peut-être ou une partie des cinquante milliards ?

ELISABETH BORNE
L'Etat devra ramener la dette de la SNCF à un niveau soutenable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire ? Essayons d'être clair pour ceux qui nous écoutent.

ELISABETH BORNE
Pour être claire, ça veut dire que s'il y a trop de dette à la SNCF, ça fait des frais financiers à la SNCF. On peut être tenté d'augmenter les péages, par exemple ceux que les TGV payent pour circuler sur le réseau. Ensuite, les Français ne comprennent pas pourquoi les billets sont trop chers. Pour moi, en tant que ministre des Transports, c'est fondamental que le TGV reste un mode de transport accessible à tous. Ça veut dire des péages pas trop élevés et ça veut dire une dette soutenable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il n'y aura pas d'augmentation des péages ?

ELISABETH BORNE
Il ne peut pas y avoir d'augmentation des péages du TGV. Ça se répercute sur les billets, ça fait des voyageurs pas contents.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien. Donc pas d'augmentation du péage, pas d'augmentation des billets et l'Etat va prendre une partie à sa charge des cinquante milliards dont il a une part de responsabilité.

ELISABETH BORNE
L'Etat doit assumer ses responsabilités sur la dette de la SNCF.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Combien ? La moitié ? Plus ? Un peu ?

ELISABETH BORNE
Je ne peux pas vous donner de chiffre ce matin. C'est le sujet auquel on travaille. L'objectif, c'est que la dette soit à un niveau qui permet d'avoir du TGV accessible à tous les Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Autre chose qui était grave. Moins d'un mois après la tragédie de la collision d'un TER avec un car scolaire à Millas, dans les Pyrénées-Orientales, les familles des victimes et le pays veulent connaître la vérité, attendent la vérité. On dit que la barrière du passage à niveau était fermée ; c'est vrai ?

ELISABETH BORNE
Je ne vais évidemment pas commenter ici ce qui s'est passé à Millas. C'est une tragédie épouvantable. Je me suis rendue sur place avec le Premier ministre, je peux vous assurer que l'émotion était terrible. Ce que les familles vivent, c'est terrible.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La barrière du passage à niveau était ouverte ou fermée ?

ELISABETH BORNE
On doit la vérité à ces familles. C'est l'objet de deux enquêtes, une enquête judiciaire qui doit établir les responsabilités et personne ne doit commenter ce qui s'est passé. C'est la justice qui doit faire son travail pour établir les responsabilités. Il y a aussi une enquête accident.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous ne connaissez pas les causes encore ce matin ?

ELISABETH BORNE
Je ne me prononcerai pas sur les causes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous ne dites pas ce qui n'a pas fonctionné ou qui a mal fonctionné ?

ELISABETH BORNE
Jean-Pierre ELKABBACH, je ne me prononcerai pas. Il y a d'abord des familles qui vivent une douleur terrible et il y a une enquête judiciaire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien. Mais est-ce qu'un jour on connaîtra vraiment toute la vérité, la vraie vérité ?

ELISABETH BORNE
On le doit aux familles. La vérité, les faits, les responsabilités. Il y a aussi une enquête du Bureau d'enquêtes accidents pour tirer tous les retours d'expérience. S'il y a des dispositions à prendre, elles seront prises.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La SNCF a remis son rapport au procureur de la République. Guillaume PEPY dit : « La vérité est judiciaire ». Si elle est judiciaire et, comme vous le dites ce matin : « La justice tranchera » ; la justice sait et si la justice sait, le gouvernement sait.

ELISABETH BORNE
La justice a des éléments. Aujourd'hui, il y a encore des expertises qui se continuent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On ne peut pas imaginer que la justice le sachant, votre collègue Nicole BELLOUBET ne soit pas au courant et que si elle a été informée, au-dessus d'elle on ne soit pas informé.

ELISABETH BORNE
Vous savez, la règle est quand même de laisser les enquêteurs judiciaires faire leur travail.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc on connaîtra bientôt la vérité.

ELISABETH BORNE
On connaîtra, j'espère le plus rapidement possible, pour les familles et pour en tirer toutes les conséquences la vérité le plus vite possible.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Si c'est possible. Est-ce qu'il faut continuer à supprimer certains des quinze mille passages à niveau ?

ELISABETH BORNE
Comme vous le dites, on a quinze mille passages à niveau en France. Ce n'est pas une situation exceptionnelle, on en a dix-huit mille en Allemagne. Il y a un certain nombre de passages à niveau qui sont identifiés comme sensibles, donc évidemment on va continuer à travailler pour améliorer la sécurité sur ces passages sensibles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc en supprimer quelques-uns surtout ceux qui sont dangereux.

ELISABETH BORNE
Voilà.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On dit qu'il y a des radars qui sont expérimentés, des radars spéciaux.

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est l'autre point. Evidemment, les passages à niveau posent des questions spécifiques de sécurité, souvent de Sécurité routière. Vous savez que 98 % des accidents qui interviennent sur les passages à niveau sont liés à un non-respect du Code de la route.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La faute est humaine à ce moment-là, donc il faut continuer à former les conducteurs et les conductrices.

ELISABETH BORNE
Il faut continuer à former les conducteurs. Il faut mettre tous les dispositifs, toute l'innovation qu'on peut pour mieux sécuriser les passages à niveau. Il y a des expérimentations qui sont menées, notamment pour avoir des radars détecteurs d'obstacles qui pourraient permettre de prévenir en amont les conducteurs de train. Il y a aussi des radars qui sont installés sur ces passages à niveau. Ces radars qui sont sur les passages à niveau nous disent qu'il y a beaucoup de Français qui ne respectent pas le Code de la route sur les passages à niveau. Il faut aussi continuer à mieux signaler, par exemple, les passages à niveau. Beaucoup de gens maintenant se font guider par un GPS, il faut qu'on attire l'attention des conducteurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vivement le moment où l'intelligence artificielle permettra à des robots de conduire. Il paraît que c'est à ce moment-là que la circulation routière sera plus sûre.

ELISABETH BORNE
En tout cas, il faut tirer parti de toutes les technologies pour plus de sécurité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avant de voir le projet dont vous avez parlé, la voiture. Le 9 janvier, c'est-à-dire dans cinq jours, le gouvernement va donc décider de limiter à 80 kilomètres la vitesse sur les routes ; ça va sans doute tanguer. Est-ce que vous êtes sûre que la mesure sera prise ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, il y a un comité interministériel…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais…

ELISABETH BORNE
Attendez ! L'usage n'est pas d'annoncer des décisions avant que les réunions se tiennent. Ce sujet est sur la table. Ce sujet est sur la table, le Premier ministre a exprimé son sentiment personnel.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et le vôtre ? Evitons de multiplier les commissions, les administrations, et cætera.

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est très important d'écouter. Vous savez, c'est important de mettre des propositions sur la table, c'est important d'écouter et c'est ce que le Premier ministre a souhaité : consulter ; et il y aura une décision qui sera prise la semaine prochaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
80 kilomètres.

ELISABETH BORNE
Il y aura une décision qui sera prise dans un sens comme dans un autre la semaine prochaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous êtes d'accord pour baisser le niveau d'alcoolémie de 0,5 à 0,2 ?

ELISABETH BORNE
C'est aussi un sujet qui sera débattu la semaine prochaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous, ministre des Transports, votre préférence quand on dit qu'on peut, avec certaines mesures, réduire de quatre cents à cinq cents morts par an ?

ELISABETH BORNE
C'est notamment ce qui a été mis en avant sur la mesure sur les 80 kilomètres/heure que vous évoquez.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous pensez qu'on peut réduire encore de 0,5 à 0,2 le taux d'alcoolémie ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il faut prendre des décisions courageuses, parce que la Sécurité routière, c'est encore plus de trois mille morts.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, ça c'est courageux et vous dites que vous y êtes favorable.

ELISABETH BORNE
Je dis qu'il faut prendre des décisions courageuses. A chaque fois qu'on a fait des progrès en termes de Sécurité routière, c'était après avoir pris des décisions courageuses.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc 0,5 à 0,2, c'est courageux ?

ELISABETH BORNE
C'est une des possibilités.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi c'est si difficile ? Regardez que disait hier le président de la République : pas de fake news, pas de fausses nouvelles, pas de manip', pas d'hésitations, pas de mensonges, pas d'approximations. 0,5 ou 0,2, c'est bien ?

ELISABETH BORNE
Je pense que le président a également dit qu'on prend des décisions, on met en oeuvre les réformes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et zéro ? Et zéro ?

ELISABETH BORNE
On met en oeuvre des réformes mais on le fait après avoir écouté et c'est ce qu'on est en train de faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc on peut dire zéro ?

ELISABETH BORNE
Zéro ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Descendre à zéro.

ELISABETH BORNE
Je pense que ce sujet n'est pas sur la table.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais 0,1, 0,2. Et est-ce qu'en ville, vous pensez qu'on peut réduire la vitesse et passer de 50 à 30 kilomètres/heure ?

ELISABETH BORNE
Je pense que le sens de l'histoire, c'est de réduire la place de la voiture en ville, là où on peut avoir des solutions alternatives. Parce qu'en général, il y a du transport public, parce qu'on peut faire du vélo. Vous savez que 75 % des déplacements domicile-travail font moins de cinq kilomètres.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je sais que vous faites du vélo. Là aujourd'hui, il pleut tellement que vous ne pouviez pas venir en vélo.

ELISABETH BORNE
Oui, ce n'est pas un jour très favorable mais il y a des transports publics.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc la réduction de la vitesse en ville, oui.

ELISABETH BORNE
Le sens de l'histoire, c'est moins de voitures en ville, c'est un espace public plus apaisé. Donc moins de vitesse pour les voitures, c'est le sens de l'histoire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il ne faut pas dire cela aux constructeurs de voitures parce qu'ils vont dire : « C'est un test. La voiture marche bien. On construit. » RENAULT, PEUGEOT, et cætera sont en train de se développer. Donc madame HIDALGO, la maire de Paris, a raison de réduire la circulation ?

ELISABETH BORNE
PEUGEOT, RENAULT, je peux vous rassurer, sont bien conscients qu'ils doivent faire demain des véhicules propres. Le gouvernement accompagne le passage à des véhicules plus propres et ils doivent faire demain des véhicules plus autonomes, plus connectés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Une dernière remarque sur ces sujets. Si des associations réclament où vous suggèrent une journée, qu'elle soit obligatoire ou facultative, pour une journée de formation, mettons tous les cinq ans ou tous les dix ans, est-ce que vous y seriez favorable, là encore pour améliorer la Sécurité routière ?

ELISABETH BORNE
Je pense que ce qui est important, c'est qu'apprendre le code de la route n'est pas juste un petit moment au moment de passer son permis de conduire. C'est en amont, dès le collège, et c'est après une formation en continu.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc des évaluations.

ELISABETH BORNE
Je vous prends un exemple ; on parlait des passages à niveau tout à l'heure. Je pense, quand on voit la façon dont les règles de Sécurité routière ne sont pas respectées, je me demande si beaucoup de Français savent que quand le feu rouge clignote à un passage à niveau, ce n'est pas : « Faites attention », c'est : « Arrêtez-vous ». Donc je pense que régulièrement revoir sa formation sur le code de la route, ça vaut la peine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous incarnez en même temps ce qui va se faire. La politique des transports va changer. Vous avez dit qu'au mois d'avril, mars-avril, vous allez présenter au Parlement une loi de programmation pluriannuelle sur les transports avec moins de TGV, plus de TER, avec une politique qui dira ce qu'on fait du ferroviaire, Jean-Cyril SPINETTA. En même temps, si j'ai bien compris, vous voudriez que désormais les grands projets soient financés en détail avant qu'on les décide pour ne pas prendre une décision qu'on ne peut plus ensuite faire parce qu'on n'a pas l'argent pour le faire.

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il faut que chacun soit conscient que les transports, c'est très important pour tout le monde. C'est en moyenne une heure par jour que nos concitoyens passent dans les transports, c'est 13 % de leur budget. C'est donc très important pour leur vie quotidienne et c'est pour cela que notre priorité, c'est les transports de la vie quotidienne. Ça, ça suppose de revoir en profondeur notre politique des transports. Parce que trop souvent, la politique des transports s'est résumée à des grandes infrastructures.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous reviendrez mais le principal, l'essentiel, quel sera-t-il ?

ELISABETH BORNE
Le coeur de ce projet, c'est les transports de la vie quotidienne. C'est, en effet, revoir notre politique d'investissement pour donner la priorité à l'entretien, à la modernisation, aux transports de la vie quotidienne, au désenclavement du pays. Parce que, vous savez, je pense qu'on ne se rend pas bien compte quand on habite Paris qu'on a encore…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aurillac par rapport à Paris, c'est cinq heures. Il y a donc des régions, des territoires enclavés.

ELISABETH BORNE
Oui. Aurillac, c'est cinq heures par rapport à Paris. Aurillac, une heure et demie pour rejoindre l'autoroute. J'étais aussi à Prades, parce qu'on a beaucoup écouté les Français ces derniers mois, c'est aussi à Prades une route nationale qu'on attend depuis des décennies.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien. On ne va pas faire le détail de la carte mais c'est intéressant. Vous reviendrez, si vous le voulez bien, en parler avec nous, d'autant plus qu'il y a un certain nombre de mesures et de conséquences économiques et sociales sur le statut des cheminots, quand vous allez ouvrir à la concurrence tout ce qui concerne le trafic ferroviaire. Merci d'être venue. C'est vrai que le transport, c'est la vie personnelle de chacun.

ELISABETH BORNE
Oui. C'est au coeur de la vie quotidienne des Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci. Vous repartez en voiture parce qu'il pleut.

ELISABETH BORNE
[rires]

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Demain, je recevrai Bernard LAPORTE, le président de la Fédération de rugby. Pourquoi a-t-il nommé Jacques BRUNEL à la place de Guy NOVES qui a été brutalement écarté ? D'autre part, pour la première fois, Bernard LAPORTE s'expliquera aussi sur ses problèmes ou ses démêlés avec la justice. Merci et, madame, bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 janvier 2018

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