Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec France Info le 4 janvier 2018, sur l'affaire du lait infantile contaminé aux salmonelles, le projet de loi relatif au prix agricole, les relations avec Nicolas Hulot, les menus dans les cantines scolaires, l'aéroport Notre-Dame-des-Landes et sur le Parti socialiste. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec France Info le 4 janvier 2018, sur l'affaire du lait infantile contaminé aux salmonelles, le projet de loi relatif au prix agricole, les relations avec Nicolas Hulot, les menus dans les cantines scolaires, l'aéroport Notre-Dame-des-Landes et sur le Parti socialiste.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane, GOOSZ Yaël.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :

BRUCE TOUSSAINT
Et notre invité ce matin est Stéphane TRAVERT, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation.

YAËL GOOSZ
Bonjour Bruce, bonjour Monsieur le ministre.

STEPHANE TRAVERT
Bonjour.

YAËL GOOSZ
L'affaire du lait infantile contaminé. Une deuxième plainte déposée, on l'a appris hier, cette fois par l'association de consommateurs UFC Que Choisir, qui veut comprendre, tout simplement, comment on en est arrivé là, c'est-à-dire une trentaine de nourrissons atteints de salmonellose. Question que se pose aussi, vous allez l'entendre, Quentin GUILLEMAIN, qui préside une association de victimes de ce lait contaminé, et qui a porté plainte lui aussi.

QUENTIN GUILLEMAIN (HIER SUR RMC)
Comment se fait-il qu'au mois d'août LACTALIS découvre la présence de salmonelles sur son site et que rien ne soit fait ? On ne donne l'alerte qu'au mois de décembre. On parle d'une inspection vétérinaire au mois de septembre, du ministère de l'Agriculture, qui passe, ne voit rien, on ne trouve même plus le rapport d'ailleurs, de ces inspecteurs, donc là on est face à une situation extrêmement grave. Qui couvre qui ?

YAËL GOOSZ
Quentin GUILLEMAIN chez nos confrères de RMC, Stéphane TRAVERT, vous lui répondez quoi à Quentin GUILLEMAIN ?

STEPHANE TRAVERT
D'abord deux choses. Dire d'abord que nos premières pensées vont aux familles qui sont inquiètes, légitimement, de la situation de la santé de leurs enfants qui ont utilisé ce lait infantile. Je pense aussi aux salariés de l'usine, 350 salariés, qui aujourd'hui, parce que l'usine est fermée, aujourd'hui n'ont pas de travail et sont au chômage technique. Et puis rappeler aussi que l'Etat n'a pas été défaillant, il y a eu des contrôles. Mais vous savez, l'usine de Craon, je la connais, c'est un site très important, dans lequel il y a plusieurs usines, et les contrôles qui avaient été mis en place en septembre, un contrôle inopiné, comme cela se fait toujours, par les services vétérinaires, sous l'autorité du préfet - et je rappelle que ces services de contrôle sont sous la double autorité, à la fois du préfet, mais aussi de la DGCCRF et du ministère de l'Agriculture - ont été faits sur un site qui ne correspond pas à l'endroit où est produit le lait infantile, c'est pour ça que nous n'avons rien trouvé.

YAËL GOOSZ
C'est là que LACTALIS n'est pas d'accord avec vous, la direction dit qu'il y a eu des contrôles sur leur site en août…

STEPHANE TRAVERT
Alors, ce sont des autocontrôles.

YAËL GOOSZ
En août, des autocontrôles, où il y avait des traces de salmonelles, et que ces contrôles-là, leurs résultats sont à votre disposition, les audits sont publiés en permanence.

STEPHANE TRAVERT
Mais bien sûr, il y a les autocontrôles…

YAËL GOOSZ
Vous ne les avez pas lus alors !

STEPHANE TRAVERT
Les audits sont disponibles en permanence, vous avez raison, mais sur les contrôles qui ont été faits en septembre, ils n'ont pas été réalisés sur le site qui produit, c'est-à-dire le site de transformation du lait, pour fabriquer du lait infantile, ils ont été mis en place sur un atelier qui fabrique toute autre chose.

YAËL GOOSZ
Ce que vous dites c'est que vous ne pouviez pas savoir ?

STEPHANE TRAVERT
Nous ne pouvions pas savoir dès lors où, à partir du moment où on ne trouve rien, eh bien on ne nous alerte sur rien, bien évidemment.

BRUCE TOUSSAINT
Pourquoi ce soupçon ? Qui couvre qui ? demande l'association de victimes. Qui couvre qui ?

STEPHANE TRAVERT
Personne ne couvre personne. Aujourd'hui il y a une enquête judiciaire qui a été mise en place, il y a une instruction judiciaire, je pense qu'il faut la laisser aller à son terme, il faudra déterminer les responsabilités de chacun. D'abord, moi je voudrais aussi rappeler que la responsabilité de fournir des produits de qualité et de fournir des produits sains incombe d'abord au producteur, et nous nous sommes ici pour faire respecter la loi et respecter la réglementation.

YAËL GOOSZ
Mais est-ce qu'il faut revoir, plus généralement, les dispositifs de surveillance dans ces groupes agroalimentaires, surveillance de l'Etat je parle ?

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr, mais vous savez que c'est un des sujets sur lesquels nous avons travaillé dans le cadre des états généraux de l'Alimentation, c'est un sujet sur lequel j'ai mis un effort particulier dans la présentation de mon budget pour la loi de Finances 2018, parce que le contrôle sanitaire, la sécurité sanitaire, la sécurité de nos concitoyens, c'est un élément important.

YAËL GOOSZ
Et vous allez en Chine dans 3 jours avec le président, LACTALIS, on le sait, fournit énormément de ses produits, de ses laits infantiles, sur le marché chinois, vous allez dire quoi là-bas, vous allez défendre la firme LACTALIS ?

STEPHANE TRAVERT
Vous savez, les Chinois, là-bas, nous ont dit qu'ils avaient été très, je dirais surpris, de la manière dont nous avons traité ce type de dossier, parce qu'ils considèrent que la France fait particulièrement bien son travail sur la question sanitaire.

YAËL GOOSZ
La confiance n'est pas cassée ?

STEPHANE TRAVERT
Non, la confiance n'est pas entamée, et d'ailleurs il y a d'autres entreprises, qui fabriquent du lait infantile, à destination de la Chine aujourd'hui, et la Chine c'est aussi un partenaire, avec qui nous avons de bonnes relations commerciales, et nous allons effectuer ce voyage, avec le président, pour entamer de nouvelles coopérations, de nouveaux engagements bilatéraux entre la France et la Chine.

BRUCE TOUSSAINT
Autre dossier sur votre bureau, le projet de loi pour un juste prix payé aux agriculteurs.

YAËL GOOSZ
Projet de loi qui rentre dans le fameux grand projet social annoncé dans ses voeux par Emmanuel MACRON dimanche soir, il a fait référence à ce juste prix.

EMMANUEL MACRON
L'année qui s'ouvre, en effet, est celle de nombreux défis, et nous construisons là une bonne part de notre avenir, pour nos territoires ruraux, pour nos agriculteurs, en leur permettant de vivre dignement du prix payé.

YAËL GOOSZ
Donc le président y tient, ça doit vous faire plaisir, et c'est pour quand, et c'est quoi le juste prix ?

STEPHANE TRAVERT
Le président y tient, c'est un engagement de campagne, et nous avons fait campagne sur ce sujet, le juste prix, le digne prix pour les agriculteurs, et ce projet de loi sera présenté le 31 janvier prochain en Conseil des ministres, ce projet de loi, qui reprendra un certain nombre d'éléments, pour faire en sorte que tous les maillons de la chaîne soient correctement rémunérés. Par exemple, nous travaillerons sur l'inversion de la construction du prix, c'est-à-dire partir du prix de revient, dans la cour de ferme si j'ose dire, chez le producteur, pour éviter que le producteur ne puisse vendre son produit à perte.

YAËL GOOSZ
Ce n'est plus le distributeur qui décide du prix.

STEPHANE TRAVERT
Ce n'est plus le distributeur qui décide du prix. Aujourd'hui, ce que l'on souhaite, c'est que l'ensemble de la chaîne, producteur, transformateur et distributeur, soient correctement rémunérés, mais ça ne peut pas être que le producteur qui paye toujours les pots cassés. Et donc nous devons ramener de la compétitivité dans les exploitations agricoles, faire en sorte que demain, parce que les agriculteurs sauront se regrouper en organisations de producteurs, qu'ils pourront défendre un projet, défendre une qualité de production, eh bien ils pourront, demain, fixer un niveau de prix en deçà duquel il ne sera pas possible de payer.

YAËL GOOSZ
31 janvier en Conseil des ministres, pour une adoption par l'Assemblée quand ?

STEPHANE TRAVERT
Eh bien normalement dans le premier trimestre, il y a le débat parlementaire ensuite qui viendra.

YAËL GOOSZ
Mais où est la contrainte en fait sur ce prix, on ne comprend pas bien, on a 2 ans d'expérimentation, mais qu'est-ce qui va obliger les distributeurs à suivre votre nouveau schéma ?

STEPHANE TRAVERT
Mais parce qu'ils s'y sont engagés, ils s'y sont engagés à travers une charte que nous avons fait signer…

YAËL GOOSZ
Une charte ça engage ?

STEPHANE TRAVERT
Ça engage monsieur, c'est un engagement politique et c'est un engagement moral, et aujourd'hui nous avons réussi à mettre autour de la table tous les acteurs. Et je peux vous dire que, il y avait 17 % du PIB autour de la table pour signer cette charte, et c'est quand même un élément qui n'est pas anodin. Et chacun a pris conscience qu'il fallait, que pour que nous puissions avoir une agriculture qui soit compétitive et qui réponde aux besoins de nos consommateurs, eh bien que ces agriculteurs puissent vivre dignement de leur métier, qu'ils puissent avoir un revenu, qu'ils puissent investir, et qu'ils puissent s'orienter vers de nouvelles productions.

BRUCE TOUSSAINT
Vous restez avec nous. (…)

- L'invité de Franceinfo ce matin est Stéphane TRAVERT, le ministre de l'Agriculture.

YAËL GOOSZ
Oui. Stéphane TRAVERT, vous allez entendre que vous avez un gros, gros travail de pédagogie à faire parce que du côté des consommateurs, on est vraiment sceptique sur cette réforme que vous menez, projet de loi le 31 janvier en conseil des ministres. Qui va payer à la fin ce fameux juste prix ? Monique BISSON de l'UFC-Que Choisir sur France 3 Bourgogne.

MONIQUE BISSON, PRESIDENTE DE L'UFC-QUE CHOISIR DE BESANÇON
Ce sont les consommateurs qui, en définitive, seront un peu les dindons de la farce. Les distributeurs garderont dans leur poche cette hausse de 10 % et ne l'appliqueront pas aux agriculteurs. C'est les industriels et la grande distribution qui garderont ce bénéfice supplémentaire.

YAËL GOOSZ
On vous voit hocher la tête et soupirer. Pourquoi ? Vous n'êtes pas d'accord avec cette grille de lecture-là ?

STEPHANE TRAVERT
Je ne soupire pas mais c'est un argument que j'ai déjà entendu de la part de l'UFC-Que Choisir et je le respecte totalement. Je ne suis pas d'accord. Je pense que vous avez raison sur un point : il va falloir faire preuve de pédagogie. Il va falloir expliquer le sens de ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons. Aujourd'hui, les états généraux doivent contribuer à faire en sorte que les consommateurs puissent trouver une meilleure qualité alimentaire parce qu'on s'est aperçu pendant longtemps que la course au prix le plus bas avait entraîné aussi une alimentation low-cost, une destruction de valeurs. Aujourd'hui, les consommateurs doivent sortir gagnants aussi de cela. Gagnants sur le plan de la qualité mais gagnants aussi sur le plan tarifaire. Parce qu'à partir du moment où nous mettons en oeuvre à la fois l'encadrement des promotions, le seuil de revente à perte, il n'y a pas de raison que les distributeurs comme le dit la personne de l'UFC-Que Choisir…

YAËL GOOSZ
Mais ce qu'on ne comprend pas, c'est que si une bouteille de Coca est vendue plus chère, en quoi cette bouteille de Coca vendue plus chère sera répercutée positivement dans la poche du producteur ?

STEPHANE TRAVERT
On prend toujours cet exemple-là de la bouteille de Cola, mais aujourd'hui sur les produits alimentaires qui viennent directement des exploitations agricoles qui sont transformés dans les entreprises agroalimentaires, aujourd'hui ce sont sur ces produits que les efforts vont se faire. Il va y avoir un lissage puisque nous aurons une montée en gamme, c'est-à-dire un supplément de qualité sur les productions. Il y a des engagements qui ont été pris. Nous aurons en même temps la capacité, parce qu'il y aura une plus grande diversité de l'offre, un plus grand choix offert aux consommateurs de pouvoir lisser le tout, et il n'y a pas de raison que le consommateur demain puisse payer plus cher. Il pourra payer plus cher au moment où nous aurons à développer des signes supplémentaires de qualité. Les consommateurs sont prêts à le faire dans un certain nombre de cas.

YAËL GOOSZ
Il faut qu'on avance. Il y aura aussi du bio dans votre projet de loi. 50 % de bio dans les cantines d'ici à 2022, bio et produits locaux. Puisqu'on parle cantine, êtes-vous favorable, comme le propose Nicolas HULOT, à ce qu'il y ait une fois par semaine un repas végétarien à la cantine ?

STEPHANE TRAVERT
Les repas végétariens ne me posent bien évidemment aucune difficulté. Je pense qu'il faut laisser le choix aux enfants pour pouvoir…

YAËL GOOSZ
Il semble qu'il y ait un mais dans votre réponse.

STEPHANE TRAVERT
Non. Il faut laisser le choix. C'est-à-dire que les enfants doivent pouvoir avoir le choix entre consommer un menu avec du poisson, consommer un menu avec de la viande ou un menu végétarien.

BRUCE TOUSSAINT
Donc il faut deux menus à la cantine ?

STEPHANE TRAVERT
On doit pouvoir avoir le choix de manière à ce que, sur une semaine qu'il passe à l'école, que l'équilibre alimentaire soit présent. Vous savez, il y a des enfants…

BRUCE TOUSSAINT
L'équilibre, ça peut être un repas végétarien par semaine.

STEPHANE TRAVERT
Ça peut être un repas végétarien par semaine, je suis tout à fait d'accord.

YAËL GOOSZ
Les producteurs de viande vont râler ce matin en vous écoutant.

STEPHANE TRAVERT
Pourquoi l'imposer une fois par semaine dès lors qu'on doit laisse le libre choix ? Je suis plutôt sur cette orientation : laisser le libre choix. Vous savez, il y a des enfants qui, si le midi à la cantine…

BRUCE TOUSSAINT
C'est compliqué de faire deux menus. Vous savez comment ça se passe.

STEPHANE TRAVERT
Souvent vous avez le choix. Je viens du milieu rural. Même dans nos écoles, aujourd'hui il y a un gros travail qui est fait où les élèves ont le choix entre plusieurs plats. Il peut y avoir un choix d'un plat végétarien et un plat avec de la viande ou avec du poisson. Mais ce que je veux dire aussi, c'est que si vous avez des enfants à qui on oblige de consommer un plat végétarien, pourquoi pas, mais regardons bien les choses. Il y a des enfants aujourd'hui qui, s'ils ne consomment pas ni poisson, ni viande le midi, n'en consommeront pas de toute façon chez eux parce que parfois, leurs parents n'ont pas les moyens.

YAËL GOOSZ
Dites-le simplement, vous n'êtes pas raccord avec Nicolas HULOT sur ce sujet-là.

STEPHANE TRAVERT
Ce n'est pas question de ne pas être raccord. Je veux qu'il y ait un équilibre alimentaire dans la restauration scolaire, et nous faisons un gros travail pour apporter 50 % de produits bio ou issus de produits sous signe de qualité dans la restauration collective. De la même manière, je souhaite qu'il puisse y avoir le choix. Je suis pour une société du choix.

YAËL GOOSZ
On a compris. Pourquoi on insiste autant sur Nicolas HULOT ce matin ? Parce que vous avez été un peu rappelé à l'ordre hier dans le séminaire de rentrée du gouvernement à l'Elysée. Edouard PHILIPPE a insisté, il a été très clair sur la nécessité d'un travail harmonieux et en équipe.

EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE
Je veux que chacun des membres du gouvernement sache ce que font les autres, au rythme où ils vont le faire, pour que nous puissions avoir un travail d'équipe. Sans couac, cohérent, compréhensible et efficace.

YAËL GOOSZ
Quand on entend le mot « couac » dans la bouche d'Edouard PHILIPPE, on pense forcément ce qui s'est passé juste avant Noël : ce boycott par Nicolas HULOT des états généraux de l'alimentation et ces divergences que vous avez sur pas mal de sujets lui et vous. Ça va mieux ? Vous vous êtes parlé depuis Noël ?

STEPHANE TRAVERT
Ça, c'est une interprétation que vous faites et vous êtes totalement libre de ce commentaire. Hier, il n'y a pas eu de rappel à l'ordre. Il y a juste eu la parole d'un Premier ministre qui anime une équipe.

YAËL GOOSZ
Il n'y a pas eu beaucoup de couacs dans l'histoire du gouvernement Philippe sauf entre vous et Nicolas HULOT.

STEPHANE TRAVERT
Le Premier ministre anime une équipe et le Premier ministre s'est qualifié comme ça lui-même et il a tout à fait raison : c'est un chef d'orchestre. Chacun joue sa partition. Le rôle du chef d'orchestre, c'est de faire en sorte qu'il y ait l'harmonie.

YAËL GOOSZ
Il y en a qui disent que vous êtes l'armoire normande et qu'en face il y a Nicolas HULOT, un caractériel affectif.

STEPHANE TRAVERT
Je suis Normand, vous l'avez remarqué.

YAËL GOOSZ
Vous validez cette grille de lecture ?

STEPHANE TRAVERT
Non. Je ne suis pas dans ces analyses comme celle-là.

BRUCE TOUSSAINT
Vous avez des intérêts divergents. Après tout, ce n'est pas non plus…

STEPHANE TRAVERT
Mais nous n'avons aucun intérêt, monsieur.

BRUCE TOUSSAINT
Forcément, puisque vous défendez chacun des domaines qui évidemment ne sont pas forcément toujours compatibles. Après tout, tout le monde peut le comprendre.

STEPHANE TRAVERT
On a toujours voulu opposer environnement, et ça c'est très vieux. Pour en parler avec d'anciens ministres de l'Agriculture ou d'anciens ministres de l'Environnement, on a toujours voulu opposer agriculture et environnement ou environnement et industrie. Je sais que nous avons un travail, nous avons une feuille de route. Cette feuille de route a été donnée par le Premier ministre à la clôture des états généraux. C'est ma seule boussole, c'est ma seule feuille de route. Je n'ai pas d'intérêts particuliers et d'intérêts spécifiques à défendre.

YAËL GOOSZ
Sur le glyphosate, vous ne défendiez pas les mêmes choses. Et même avec Emmanuel MACRON : vous prôniez cinq ans avant l'interdiction et c'est revenu à trois ans. Vous n'étiez pas sur la même position qu'Emmanuel MACRON.

STEPHANE TRAVERT
Mais c'est une question de trajectoire, monsieur. L'objectif que nous poursuivons est le même, c'est celui de faire en sorte que demain nous ayons une agriculture plus durable. Ensuite, il y a un Premier ministre et un président de la République qui tranchent.

BRUCE TOUSSAINT
C'est un bon ministre Nicolas HULOT ?

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr. Il joue tout son rôle aujourd'hui dans ce gouvernement. C'est quelqu'un qui est connu et reconnu pour son action.

BRUCE TOUSSAINT
Notre-Dame-des-Landes ?

YAËL GOOSZ
Oui, puisqu'Edouard PHILIPPE commence demain les consultations avec les acteurs locaux pour décider avant la fin du mois. Vous, vous êtes pour quoi ? L'aéroport à Notre-Dame-des-Landes ou l'extension de l'actuel aéroport Nantes-Atlantique ?

STEPHANE TRAVERT
Je ne rentre pas dans ce décompte où on va cocher des cases en disant : « Lui est pour et lui est contre ».

YAËL GOOSZ
Autre question : est-ce que les agriculteurs sur place peuvent vous aider à gagner la bataille de la ZAD ?

STEPHANE TRAVERT
Ce n'est plus un sujet agricole.

BRUCE TOUSSAINT
Vous n'avez pas d'avis sur la question ?

STEPHANE TRAVERT
Je ne dis pas que je n'ai pas d'avis, monsieur. J'ai toujours un avis sur quelque chose.

YAËL GOOSZ
Vous ne voulez pas le donner ce matin.

STEPHANE TRAVERT
Ce qui m'importe aujourd'hui, c'est que demain le Premier ministre commence la concertation. Il y a eu un vote, le gouvernement aura à prendre une décision et cette décision s'imposera à tous, à moi y compris.

BRUCE TOUSSAINT
Donc la bonne décision, ce sera la décision du Premier ministre.

Stéphane TRAVERT
La bonne décision, ce sera la décision d Premier ministre comme toujours.

BRUCE TOUSSAINT
Même si vous n'êtes pas d'accord. Ça s'appelle la discipline.

STEPHANE TRAVERT
Mais je n'ai pas de raison de ne pas être d'accord avec la décision du Premier ministre.

BRUCE TOUSSAINT
Vous avez un avis aujourd'hui ?

STEPHANE TRAVERT
Oui, j'ai un avis aujourd'hui, bien sûr.

BRUCE TOUSSAINT
Ce ne sera pas forcément le même.

STEPHANE TRAVERT
J'ai un avis aujourd'hui dont tout le monde se fiche, je puis vous le dire.

BRUCE TOUSSAINT
Mais pas nous !

YAËL GOOSZ
C'est la preuve qu'il n'y a pas de soliste dans l'orchestre. C'est la preuve.

STEPHANE TRAVERT
Je respecte cette solidarité gouvernementale. Il y a un travail, un travail d'équipe autour de cette question. Ce n'est plus un problème agricole depuis longtemps puisque les terres ont été expropriées depuis très longtemps. C'est un sujet d'aménagement du territoire et de transport.

YAËL GOOSZ
Donc Gérard COLLOMB a tort de dire qu'il faudrait s'appuyer sur les agriculteurs là-bas pour…

STEPHANE TRAVERT
Mais aujourd'hui, je crois dans les gens qui sont sur place, il y a trois ou quatre agriculteurs qui ne veulent pas partir mais les autres, les solutions ont été trouvées depuis très longtemps.

BRUCE TOUSSAINT
Vous restez avec nous, Stéphane TRAVERT. (…)

YAËL GOOSZ
Ancien député socialiste, vous l'avez été dans une vie antérieure, la carte au PS vous l'avez rendue, c'est terminé ?

STEPHANE TRAVERT
Eh bien elle s'est éteinte au 31 décembre 2017.

YAËL GOOSZ
Vous avez cotisé jusqu'au 31 décembre, maintenant c'est fini.

STEPHANE TRAVERT
J'étais à jour des mes cotisations, voilà, pour l'année 2017, je m'étais mis à jour en 2016 bien évidemment, et voilà. Mais je n'ai pas repris ma cotisation, je ne la reprendrai pas bien sûr.

YAËL GOOSZ
Pourquoi cette question, même si ça ne vous concerne plus directement, on a appris hier le renoncement de votre ex camarade Najat VALLAUD-BELKACEM qui pouvait briguer la tête du PS pour le congrès du printemps, et puis qui finalement renonce, et qui dit ceci à nos confrère de l'Obs : « l'avenir de la gauche dépasse de très loin la question de l'appareil socialiste, je sais qu'il y a d'autres façons de se rendre utile ». C'est comme une figure, première femme à 40 ans ministre de l'Education nationale, elle incarnait la relève du PS, qu'est-ce que ça dit de l'état du PS si même elle Najat VALLAUD-BELKACEM ne veut pas briguer cette présidence du parti ?

STEPHANE TRAVERT
Je dis qu'il y a un message à reconstruire, clairement, et un message et une force à reconstituer. Mais aujourd'hui nous sommes passés dans un paradigme un peu différent. Aujourd'hui l'élection d'Emmanuel MACRON a changé la donne, a changé les choses, a changé les choses, a changé le regard des gens sur la politique. Et je crois que aujourd'hui à la fois le Parti socialiste se cherche un leader, et c'est bien normal, il leur appartiendra de le trouver parmi celles et ceux qui peuvent y prétendre.

YAËL GOOSZ
C'est vraiment la cata votre ancien parti non ?

STEPHANE TRAVERT
Aujourd'hui le Parti socialiste a connu un échec cuisant. Tout ce qui avait été construit depuis 1977, tout a été détruit et anéanti pendant les cinq années du mandat précédent.

BRUCE TOUSSAINT
Vous souhaitez qu'il survive le PS ou qu'il meure ?

STEPHANE TRAVERT
Moi je n'ai pas de souhait comme celui-là, moi je pense que … Vous savez le PS, qu'est-ce qu'il doit vivre ? Ce sont les valeurs, celle de la solidarité, celle du progrès, celle de la justice sociale. Mais je crois que ces valeurs elles peuvent s'incarner ailleurs qu'au Parti socialiste…

YAËL GOOSZ
Au sein de La République en Marche ?

STEPHANE TRAVERT
Et elles peuvent s'incarner particulièrement au sein de La République en Marche. Et d'ailleurs vous avez remarqué que nous sommes aussi quand même un certain nombre d'anciens socialistes à avoir rejoint Emmanuel MACRON…

YAËL GOOSZ
Et être au gouvernement.

STEPHANE TRAVERT
Pour pouvoir mener aussi ces combats au nom de ces valeurs que nous avons en partage.

YAËL GOOSZ
Est-ce que vous vous organisez ? Parce qu'on sait qu'à un moment donné à l'automne vous organisiez des diners avec Gérard COLLOMB, avec d'autres socialistes, Jean-Yves LE DRIAN pour essayer de fédérer un petit peu cette sensibilité de gauche au sein de La République en Marche, est-ce que ça continue, est-ce qu'il y aura un groupe, est-ce que c'est informel, est-ce que c'est….

STEPHANE TRAVERT
Non, il n'y a pas lieu d'avoir de groupe, aujourd'hui vous savez la République en Marche est un mouvement politique avec à sa tête Christophe CASTANER, et aujourd'hui il s'agit de travailler pour préparer l'action du gouvernement, travailler pour les prochaines échéances, notamment les Européennes.

YAËL GOOSZ
On rappelle d'où vous venez quand même, parce que les gens ont oublié, vous avez voté non au traité européen en 2005, vous avez soutenu Martine AUBRY en 2008…

STEPHANE TRAVERT
Non.

YAËL GOOSZ
Benoit HAMON puis Martine AUBRY.

STEPHANE TRAVERT
Non. Je n'ai pas soutenu…

YAËL GOOSZ
Vous avez soutenu qui alors ?

STEPHANE TRAVERT
Je sais qui j'ai soutenu. Il faut revoir vos fiches.

BRUCE TOUSSAINT
Ségolène ROYAL ?

STEPHANE TRAVERT
Non plus. Non non. Moi au congrès de 2008, congrès de Reims, j'avais soutenu Benoît HAMON, effectivement au premier tour, mais vous l'avez dit, et je m'étais abstenu au second tour.

YAËL GOOSZ
Et vous étiez proche de Benoit HAMON et des frondeurs au début du quinquennat HOLLANDE, en 2014 vous n'avez même pas voté la confiance à Manuel VALLS, est-ce qu'aujourd'hui vous êtes capable d'assimiler tous ces projets qui arrivent et qui sont félicités par la droite, je pense au projet de loi asile-immigration ; le diptyque macronien c'est fermeté pour les migrants économiques, accueil et humanisme pour les demandeurs d'asile. Ecoutez ce que dit le chercheur Patrick WEIL, spécialiste de l'immigration, c'était sur Europe 1 : « Emmanuel MACRON fait du SARKOZY à l'envers ». Ecoutez.

Extrait

YAËL GOOSZ
Si on l'applique à la loi asile-immigration, est-ce que vous êtes à l'aise comme ancien socialiste sur ce qui se profile ?

STEPHANE TRAVERT
Parfaitement à l'aise parce que nous sommes aujourd'hui dans une situation où nous devons à la fois transformer notre pays, le préparer pour les années futures ; et sur cette question d'immigration aujourd'hui et sur la question du droit d'asile Emmanuel MACRON a toujours rappelé quelle était sa position : Humanité mais aussi efficacité, veiller à réduire les temps d'attente pour que les gens soient en situation d'être régularisés ou pas. Et puis traiter la question du droit d'asile….

YAËL GOOSZ
On a compris que vous étiez d'accord, mais vous êtes de sensibilité de gauche. L'assurance-chômage, contrôler plus fortement les chômeurs, là vous êtes à l'aise ?

STEPHANE TRAVERT
Moi ça ne me pose aucun problème parce qu'il y a des droits qui doivent être mis en place et aujourd'hui la principale préoccupation qui doit être la notre c'est de faire en sorte que celles et ceux qui au chômage puissent en sortir le plus rapidement possible à travers une formation qualifiante.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Stéphane TRAVERT, bonne journée à vous.

STEPHANE TRAVERT
Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 janvier 2018

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