Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à Europe 1 le 10 janvier 2018, sur l'intelligence artificielle et les nouvelles technologies. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à Europe 1 le 10 janvier 2018, sur l'intelligence artificielle et les nouvelles technologies.

Personnalité, fonction : MAHJOUBI Mounir, DUCHEMIN Raphaëlle.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au numérique;

ti :


RAPHAËLLE DUCHEMIN
Direction Las Vegas ce matin, nous allons au CES, la Mecque des nouvelles technologies, où nous attend Mounir MAHJOUBI. Bonjour.

MOUNIR MAHJOUBI
Bonjour.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Et merci d'être avec nous sur Europe 1 ce matin. Secrétaire d'Etat en charge du Numérique. Si vous avez évidemment fait le déplacement, c'est parce que se tient en ce moment le plus grand Salon du monde consacré aux technologies du numérique. La France y est représentée en force, 360 entreprises, dont 320 start-up. C'est la plus grosse délégation au CES après celle des Etats-Unis. C'est une fierté de voir, dites-moi, autant de jeunes pousses ?

MOUNIR MAHJOUBI
Eh bien, c'est une fierté, et puis, c'est une ambition, il n'y a jamais eu autant de start-up en France au CES, mais il n'y a jamais eu autant de start-up en France qui vendent à l'étranger. Quand on vient au CES, c'est qu'on vient présenter un produit ou un service, c'est qu'on vient à la conquête des nouveaux marchés, c'est qu'on vient vendre. Et c'est ça le message qu'il faut retenir, c'est qu'on n'a jamais eu autant de boîtes qui, dans l'énergie, dans les transports, dans l'intelligence artificielle, et dans tous ces autres sujets, qui viennent vendre à l'international. Et c'est ça aujourd'hui qu'on est venu soutenir, et c'est eux qu'on est venu voir.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
En 2015, il n'y avait que 66 start-up françaises, qu'est-ce qui s'est passé, Mounir MAHJOUBI, dans l'intervalle, pour que ça décolle aussi vite ? Est-ce que c'est l'effet French Tech, lancé en 2013, qui a fini par porter ses fruits ?

MOUNIR MAHJOUBI
Oui, c'est un effet French Tech, et avec deux effets simultanés, le premier, c'est qu'on a plus de start-up qui se créent en France, c'est qu'il y a plus de fonds qui viennent dans ces start-up, et que ces start-up, elles sont plus matures, et qu'elles vont plus rapidement à l'international. Et donc si on additionne le fait qu'il ya plus de start-up qui sont créées, plus de start-up qui se développent, et plus qui vont à l'international, eh bien, c'est assez naturellement que dans tous les Salons internationaux, on va voir plus de Français. Et le CES, ce n'est pas un Salon comme les autres, parce que c'est le plus gros, et donc on vient à la fois se montrer, on vient regarder les autres, mais on vient rencontrer les acheteurs internationaux. On vient acheter, on vient rencontrer ceux qui achètent pour les grandes chaînes de distribution. On vient acheter pour ceux qui distribuent ensuite en ligne. On vient acheter, par exemple pour nos start-up médicales, ceux qui vont aller revendre ensuite dans tous les hôpitaux américains. Et donc c'est un moment essentiel, parce que ça permet aussi de se confronter à des nouveaux types d'acheteurs. Il y a une start-up ce matin qui me disait : eh bien, c'est intéressant parce qu'on voit bien que les Américains ne s'intéressent pas forcément à la même chose que les Français ou les Européens. Et donc ça nous amène à modifier notre façon de vendre notre offre et de vendre notre service, pour correspondre à ce nouveau marché. Et pour nous, c'est essentiel, quand vous regardez la balance commerciale, vous voyez bien qu'on a un très grand enjeu avec l'export, et ça va passer par les start-up.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Alors, dites-moi, est-ce que c'est rentable justement pour ces entreprises, certains ont fait le calcul, l'année dernière, ils ont distribué 200 cartes, ils ont récupéré seulement 20 % de contacts effectifs pour un coût qui est quand même important, quand on fait le déplacement, c'est au moins 10.000 euros ?

MOUNIR MAHJOUBI
Oui, il faut toujours se poser la question de pourquoi on vient. Moi, je dis toujours, si on n'a pas un produit mature, et qu'on n'a pas l'intention de vendre à l'international, il ne faut pas venir au CES. Le CES, c'est quand on a un produit, un service, dont on est certain qu'il a une capacité à se vendre aux Etats-Unis, en Asie, et partout en Europe, alors, il faut venir ici, et il faut le montrer au monde, parce que c'est ici qu'on va être capable de lancer la caisse de résonance.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Parmi les secteurs les plus représentés, vous parliez des start-up santé, justement, il y a la santé, il y a les services aux entreprises, il y a les transports, il y a la maison connectée, en tout cas côté français. Qu'est-ce qui vous, vous a bluffé vraiment ?

MOUNIR MAHJOUBI
La santé, il faut qu'on se le dise, on a en France parmi les meilleures start-up de santé au monde, c'est un des objets les plus emblématiques de l'écosystème français. On a des start-up qui répondent à des vrais problèmes des patients, à la fois en prévention, en post-traitement et en traitement, c'est révolutionnaire. Aujourd'hui, sur certaines maladies, sur le cancer du sein, sur les maladies néphrétiques, sur la rééducation pelvienne, on a des start-up françaises qui proposent des innovations qui sont uniques au monde, et qui concernent des dizaines de millions de femmes à travers le monde. Eh bien, ces start-up, que j'ai vues ce matin, aujourd'hui, ce n'est pas étonnant non plus, ce sont celles qui ont le plus de contacts avec des acheteurs médicaux américains, qui ont très envie de distribuer leurs produits le plus vite possible aux Etats-Unis.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Vous disiez, début décembre, que même si ça marche bien, il faut se réinterroger sur la nouvelle façon d'animer les filières d'ultra tech, qu'il fallait des trucs agiles, c'est quoi des trucs agiles ?

MOUNIR MAHJOUBI
Eh bien, c'est de se dire qu'on ne peut plus animer des filières en 2018 comme on le faisait en 2000, ça veut dire qu'il ne faut pas faire des gros comités qui mettent du temps à décider des choses. On a des secteurs prioritaires comme la cyber-défense, la cyber-sécurité, l'intelligence artificielle, l'énergie et les technologies de l'énergie, les technologies aux transports, sur ces sujets là, il faut qu'on soit capable, et la e-santé, il faut qu'on soit capable d'aller rapidement montrer au monde la qualité de nos start-up. Moi, je ne veux pas… Oui, allez-y.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Le chef de l'Etat prône justement la start-up Nation, c'est en bonne voie ? Même chose pour les PME innovantes, parce qu'elles se sentent un peu parfois laissées de côté ?

MOUNIR MAHJOUBI
Alors moi je passe ma journée avec elles demain matin, la CPME est venue avec près de, une délégation de 100 PME et qui vient de façon assez intelligente, qui est de dire, on n'est pas encore prêt à présenter des produits, des services, donc c'est pour cela qu'on n'a pas pris des stands, par contre on est venu parce qu'on pense que dans les mois ou les années à venir, on devra être capable de présenter. Donc ces 100 entrepreneurs français, les PME, demain je vais passer du temps avec eux pour discuter de comment ils voient ce CES et comment ils se préparent pour aller à la conquête, eux aussi, du monde. Ce sont des boites qui ont entre 20 et 100 salariés, qui ont déjà des produits qui fonctionnent mais qui sont aujourd'hui en train de se poser la question de, c'est quoi le niveau à atteindre pour être dans ce flux, dans ce mouvement d'innovation. Et moi, je crois très fort dans leur développement et dans leur transformation et je pense que ça va être aussi important que le développement de nos start-up.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Après Las Vegas Mounir MAHJOUBI, vous allez à San Francisco pour parler cette fois intelligence artificielle, c'est l'avenir, la révolution technologique de demain ?

MOUNIR MAHJOUBI
Alors l'intelligence artificielle, c'est très important d'en parler. Aujourd'hui il y a un débat, il y a des façons de voir l'intelligence artificielle et elles ne sont pas les mêmes partout dans le monde. Il y a une vision européenne, une façon à la française de voir l'intelligence artificielle, une façon responsable qui est à la fois du côté de la performance, il faut une intelligence artificielle qui va vite. Il faut être capable d'investir pour avoir les meilleures innovations possibles et en même temps il faut qu'elle ait des valeurs, qu'elle soit responsable. Et ça, ces enjeux là, ces enjeux éthiques, je pense qu'on a une voix à faire entendre à travers le monde et c'est ce que je m'engagerai à faire ces prochains mois et ces prochaines années pour représenter la voix de la France et de l'Europe.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Pendant que vous n'étiez pas là en France, la justice a ouvert une enquête contre APPLE, la marque à la pomme qui est soupçonnée d'obsolescence programmée, donc de brider ses iPhones, c'est quelque chose qui vous étonne ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ecoutez sur ce sujet spécifique, je ne vais pas commenter, mais en général le sujet de l'obsolescence programmée, c'est un vrai problème, aujourd'hui il faut que le pacte entre les marques, les fabricants et les consommateurs soit un pacte de transparence et qu'on dise pourquoi est-ce que l'appareil va moins vite au bout d'un certain temps. Il faut qu'on soit capable de partager ces études techniques, de partager ces audits techniques, il se trouve qu'il y a des marques qui le font et qui expliquent et puis il y a des marques qui n'expliquent pas. Je pense qu'une vertu du débat actuel, c'est que plus de marques vont être plus transparentes et que ça aura certainement pour conséquence d'avoir des produits plus durables, ça c'est très positif.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Merci Mounir MAHJOUBI d'avoir été avec nous sur Europe 1.

MOUNIR MAHJOUBI
Merci à vous, à très bientôt, au revoir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 janvier 2018

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