Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à France 2 le 10 janvier 2018, sur la limitation de vitesse à 80 km/h sur les voies secondaires, les pannes à répétition dans les gares françaises et l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à France 2 le 10 janvier 2018, sur la limitation de vitesse à 80 km/h sur les voies secondaires, les pannes à répétition dans les gares françaises et l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre des transports;

ti : CAROLINE ROUX
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Vous avez annoncé une série de mesures en faveur de la sécurité routière, on parle bien sûr des 80 km/h, mais aussi des mesures qui limitent l'usage du téléphone portable au volant, on va y revenir. Quand est-ce que vous espérez les premiers résultats ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, ce qu'on constate, c'est que l'annonce de mesures fortes peut même avoir déjà des résultats donc, ou plutôt…

CAROLINE ROUX
Uniquement l'annonce ?

ELISABETH BORNE
Ou plutôt attirer l'attention des automobilistes sur l'enjeu de la vitesse qui est la première cause de mortalité, voilà, leur rappeler qu'il faut être prudent sur les routes, ça peut déjà avoir un effet, et puis donc la mesure rentrera en effet au 1er juillet prochain.

CAROLINE ROUX
Toutes les mesures entreront effectivement en application en juillet prochain ?

ELISABETH BORNE
Les mesures entreront en application en juillet prochain, oui.

CAROLINE ROUX
Pour faire appliquer ces mesures, notamment les 80 km/h sur les routes, il faut des contrôles, en général, c'est comme ça que ça marche, est-ce que vous avez augmenté, est-ce que vous allez augmenter le nombre de radars ?

ELISABETH BORNE
On ne va pas augmenter le nombre de radars, mais on va s'assurer qu'ils sont positionnés au bon endroit, peut-être souligner que c'est une mesure qui est très importante, la mortalité sur les routes, c'est plus de 3.500 morts par an, près de 3.500 morts par an, c'est plus de 70.000 blessés, donc c'est vraiment un enjeu majeur, et c'est aussi, parmi ces blessés, des gens qui, toute leur vie, vont rester marqués par ces accidents, donc il faut agir, et il faut agir avec des mesures fortes.

CAROLINE ROUX
Je pense qu'il n'y a pas une personne qui ne met pas en cause ce que vous êtes en train d'expliquer, c'est-à-dire, oui, il faut faire baisser le nombre de morts sur les routes, la difficulté, c'est les mesures qui sont appliquées, notamment sur les 80 km/h, et le manque d'expérimentation de cette mesure. Vous dites : on va s'assurer de savoir si les radars sont au bon endroit, c'est-à-dire qu'ils vont être positionnés dans ces secteurs-là, c'est ça ?

ELISABETH BORNE
Les radars sont positionnés à partir des retours d'expérience sur l'insécurité routière, c'est ce qui se fait et c'est ce qui va continuer à se faire pour vraiment les mettre aux endroits où il y a des risques.

CAROLINE ROUX
Bon, les radars, en général, ce n'est pas un sujet qui plaît aux Français, il y a 6 Français sur 10 qui sont opposés à cette mesure sur les 80 km/h. Et alors là, il y a eu une annonce du Premier ministre qui explique que le surplus des recettes sera attribué aux victimes des accidents de la route, est-ce que vous en êtes sûre ?

ELISABETH BORNE
Mais on en est absolument certain, non, je pense que l'enjeu, enfin, voilà, on peut entendre certaines réactions qui disent : c'est pour avoir plus de PV, plus d'argent. Clairement, ce n'est pas le sujet, le sujet, c'est de baisser la mortalité sur les routes, la vitesse, c'est la première cause de mortalité, le réseau des routes à double sens a plus de 50 % des victimes, donc il fallait prendre des mesures fortes, tous les progrès en matière de sécurité routière, ça a toujours été des annonces fortes, ça a été la ceinture de sécurité, ça a été le permis à points. Et là, le comportement doit changer, et ces mesures visent vraiment à cibler sur la principale cause de mortalité sur les routes.

CAROLINE ROUX
Ce n'est pas anecdotique, cette petite exaspération des Français vis-à-vis des amendes et de ce qu'on en fait, et des recettes fiscales, on rappelle que c'est la quatrième rentrée fiscale, les amendes et les PV de stationnement, etc. Il y a eu un rapport de la Cour des comptes qui a expliqué que 50 % des recettes des amendes ne contribuent pas à l'objectif du gouvernement de lutte contre l'insécurité routière et la diminution de la mortalité sur les routes. Où sont passées ces 50 % de recettes fiscales liées aux amendes ?

ELISABETH BORNE
Il y a des débats compliqués sur qu'est-ce qui contribue ou pas à la sécurité routière, en tout cas, c'est très clair, ça a été dit clairement par le Premier ministre, les éventuels surplus de recettes seront affectés à l'accompagnement des personnes blessées.

CAROLINE ROUX
Mais je vous repose la question sur ce rapport de la Cour des comptes, est-ce qu'il faudrait plus de lisibilité, plus de clarté sur l'utilisation des fonds liés à la sécurité routière, aux amendes et aux recettes fiscales… ?

ELISABETH BORNE
Il faut peut-être plus de transparence pour rassurer les Français sur le fait qu'on n'est pas en train de vouloir avoir des recettes en plus, on est vraiment en train de prendre des mesures pour lutter contre la mortalité sur les routes, et le produit des amendes supplémentaires sera fléché pour accompagner les victimes des accidents de la route.

CAROLINE ROUX
Qu'est-ce que vous faites pour les conducteurs vertueux, il y en a ?

ELISABETH BORNE
Alors, le Premier ministre a annoncé une réflexion sur les conducteurs qui par exemple pendant deux ans on leur 12 points, comment on tient compte de ces comportements vertueux, est-ce que, en cas de petites infractions routières, on ne perdrait pas un point, alors, on peut nous répondre, mais en fait, ce qui est le plus pénible, c'est l'amende, voilà, donc la réflexion, elle doit être menée, le sujet n'est pas évident, mais le message, il est clair, c'est que, on doit aussi reconnaître les comportements vertueux et les encourager.

CAROLINE ROUX
Alors, vous avez reçu lundi le PDG de la SNCF, Guillaume PEPY, après les pannes à répétition dans les gares françaises, et en particulier parisiennes, est-ce que ça marcherait mieux avec un autre PDG ?

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas le sujet, franchement, j'ai voulu voir les deux présidents de SNCF Réseau et de SNCF Mobilités, parce qu'on a eu une série d'incidents dans les transports ferroviaires qui suscite l'incompréhension ou l'exaspération des Français et il fallait qu'on tire ensemble le bilan de ces incidents, que chacun prenne sa part de responsabilité, parce que je le dis aussi, beaucoup de ces incidents sont liés à un retard dans l'entretien et la modernisation, ça fait des décennies qu'on a sans doute eu une politique du tout TGV au détriment de l'entretien et de la modernisation du réseau…

CAROLINE ROUX
Il y a une part de responsabilité de l'Etat, c'est ça que vous voulez dire ?

ELISABETH BORNE
Donc moi, j'assume totalement que l'Etat, alors, ce n'est pas moi, puisque le gouvernement, depuis sa mise en place…

CAROLINE ROUX
Ça n'est pas que vous, Elisabeth BORNE…

ELISABETH BORNE
Depuis sa mise en place a clairement annoncé une priorité à l'entretien et à la modernisation des réseaux, vous savez qu'on va dépenser cette année 5,2 milliards pour entretenir, moderniser le réseau donc, mais l'Etat a sa part. Et avec les présidents des deux entreprises du groupe public ferroviaire, ce qu'on a ciblé, c'est vraiment un diagnostic sur chacune des grandes gares, parce que quand on a une panne dans les grandes gares, c'est beaucoup de voyageurs qui sont gênés, donc ces diagnostics pour cibler les investissements là où ça va permettre de réduire les incidents, réduire les voyageurs gênés. L'objectif, c'est vraiment des transports plus fiables, c'est des travaux qui ne pénalisent pas les Français et c'est une meilleure information aux voyageurs.

CAROLINE ROUX
Est-ce qu'on a le droit de dire vraiment ce qu'on pense dans ce gouvernement ?

ELISABETH BORNE
Ah mais je pense qu'il y a beaucoup de débats dans le gouvernement, je crois que… enfin, c'est connu, on débat vraiment en Conseil des ministres…

CAROLINE ROUX
Par exemple, un sujet aussi emblématique que Notre-Dame-des-Landes, que dit la ministre des Transports ? Est-ce que vous êtes favorable, vous, à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, sincèrement, en tant que ministre des Transports ?

ELISABETH BORNE
Alors, d'abord, on a des débats plutôt au sein du gouvernement, et il y aura une annonce…

CAROLINE ROUX
Ah voilà, on y vient…

ELISABETH BORNE
Il y aura une annonce sur le choix du gouvernement sur ce projet, je pense que ce qui est important, c'est la méthode aussi, le gouvernement a voulu nommer une mission pour répondre à la critique, toutes les alternatives n'ont pas été étudiées. Donc cette mission, elle a montré que, finalement, il y a deux hypothèses, chacune a ses avantages et ses inconvénients. Le Premier ministre est en train de recevoir tous les élus, et la décision interviendra d'ici la fin janvier.

CAROLINE ROUX
Et est-ce qu'il écoute la ministre des Transports ?

ELISABETH BORNE
Le débat est nourri en Conseil des ministres, le débat est nourri entre ministres, et donc la décision interviendra le moment venu, avant la fin janvier…

CAROLINE ROUX
On peut dire ce qu'on pense, mais pas sur un plateau de télé. C'est ça. Allez, une tribune signée par des femmes dont Catherine DENEUVE dans Le Monde, qui défendent la liberté d'importuner indispensable à la liberté sexuelle après l'affaire WEINSTEIN, qu'est-ce que vous pensez de cette tribune ?

ELISABETH BORNE
Ah, je ne suis pas sûre que ce soit une très bonne idée, je pense que c'est peut-être ne pas bien percevoir ce que beaucoup de femmes peuvent vivre au travail, dans les transports, c'est un sujet qui me préoccupe, et sur lequel on va essayer de trouver aussi des réponses, donc je pense que c'est un peu décalé, si je peux me permettre par rapport à ce que vivent beaucoup de femmes.

CAROLINE ROUX
C'est dit. Merci beaucoup Elisabeth BORNE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 janvier 2017

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