Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Info le 11 janvier 2018, sur l'affaire Lactalis, la politique de l'immigration et l'accompagnement des chômeurs en active recherche d'emploi. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Info le 11 janvier 2018, sur l'affaire Lactalis, la politique de l'immigration et l'accompagnement des chômeurs en active recherche d'emploi.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : BRUCE TOUSSAINT
L'invité de Franceinfo ce matin est Christophe CASTANER, secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, délégué général de la République En Marche. Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les enseignes de la grande distribution le reconnaissent aujourd'hui, elles ont vendu des lots potentiellement frelatés de lait pour nourrissons, alors même que les pouvoirs publics avaient demandé à LACTALIS de retirer ces lots. Donc il y a une défaillance de la part des enseignes de la grande distribution, mais certains disent aussi : mais que font les services de l'Etat ? Ont-ils échoué eux aussi dans leurs opérations de contrôle, il y a une direction des fraudes qui aurait peut-être dû regarder davantage après l'interdiction ce que vendaient ou ne vendaient plus les supermarchés ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord, il faut constater le dysfonctionnement global avant de chercher qui est responsable…

JEAN-MICHEL APHATIE
Global…

CHRISTOPHE CASTANER
Mais ensuite, il est nécessaire de trouver qui est responsable pour trouver des solutions pratiques. Début décembre, on a des cas de légionellose, une vingtaine de cas qui apparaissent. Les services de l'Etat alertent LACTALIS. LACTALIS prend une première mesure de retirer douze lots. Douze lots, ce n'est pas beaucoup. Dès le lendemain, l'Etat explique à LACTALIS que ça ne suffit pas, et on impose 600 lots de retrait, ça fait 7.000 tonnes. Et ensuite, dans la chaîne, chacun est responsable de ce retrait, et on a constaté ces dysfonctionnements. L'Etat est intervenu aussi, près de 2.000 contres sur place, dans les supermarchés, ont été organisés. Mais il n'empêche que quelques boîtes ont continué à être vendues. Donc ce dysfonctionnement n'est pas acceptable, il menace…

JEAN-MICHEL APHATIE
Quelques boîtes, alors, au total, si on cumule, il y a des milliers tout de même…

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, oui, bien sûr. Mais dans chaque unité, vous pouvez avoir quelques boîtes qui sont restées. Donc moi, je ne me satisfais pas des excuses de tel ou tel acteur, distributeur de LACTALIS, ce qui compte, c'est aujourd'hui d'avoir un système qui marche, qui fait que quand il y a une alerte, la totalité des moyens sont mis en oeuvre pour empêcher la diffusion de quelque boîte que ce soit.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais il faut contrôler ? C'est-à-dire que vous pouvez mettre tous les systèmes que vous voulez en oeuvre, il faut contrôler ensuite que c'est appliqué sur le terrain ? C'est ce contrôle qui a été défaillant…

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien oui et non, parce que je vous ai dit : 2.000 contrôles ont été réalisés immédiatement sur place. Et la pression forte a été mise sur LACTALIS, mais aussi sur les distributeurs…

JEAN-MICHEL APHATIE
Qu'est-ce que vous allez faire alors, vous allez faire une… comment est-ce que vous allez essayer d'apporter une réponse à ce dysfonctionnement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Enfin, il y a deux sujets, d'abord, il y a une enquête pénale qui a été déclenchée, et qui va permettre de voir quelles sont les responsabilités précises de chacun, et avoir des sanctions. Et ensuite, il faudrait clairement mettre tous les opérateurs autour de la table, parce que chacun est responsable à son échelle d'action de ce système-là, pour faire en sorte qu'on ait le système le plus fiable possible. Ne nous négligeons pas…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il faut faire une enquête administrative, parce que la justice, ça peut être, pff, la justice…

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, moi, je suis partisan de tout mettre sur la table, évidemment, il y a une enquête pénale, et il faut aller beaucoup plus vite sur le fait de trouver des process qui permettent de protéger à la fois la santé des Français, mais aussi les filières, parce que derrière cela, il y a des agriculteurs, des producteurs de lait qui peuvent se retrouver mis en cause dans l'acte de consommation, et donc qu'il y ait la confiance, elle est indispensable, il faut de la prévention, il faut du contrôle, il faut de la sanction, mais surtout, il faut de la confiance dans la distribution pour protéger nos agriculteurs…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais bien sûr. Et donc une enquête administrative est possible, envisageable, envisagée ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi, je n'exclus jamais rien pour améliorer le système et faire en sorte que ce qui s'est passé là ne se reproduise plus.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bon, donc, vous n'excluez rien, mais ça ne veut pas dire que quelque chose va se passer…

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non, non…

JEAN-MICHEL APHATIE
On va attendre un peu…

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non, non, Jean-Michel APHATIE, ça veut dire que, évidemment, il faut que quelque chose se passe parce que ces incidents sont d'une gravité, je suis papa, mes filles sont évidemment plus grandes que celles qui peuvent avoir été victimes de ce produit-là, mais une chose est sûre, c'est que ça me touche, comme ça nous touche tous, et il n'est pas question qu'un système défaillant puisse être maintenu.

JEAN-MICHEL APHATIE
La politique que vous voulez mettre en place sur l'immigration suscite déjà – un texte sera présenté en Conseil des ministres le 21 février, si vous confirmez la date – suscite déjà beaucoup de débats et nourrit beaucoup d'inquiétudes, il y a beaucoup d'acteurs qui parlent aujourd'hui de ce dossier, nous allons tous les évoquer, mais peut-être que le plus spectaculaire, et c'est la Une de L'Obs aujourd'hui, Emmanuel MACRON est en Une du magazine donc L'Obs. Il y a des barbelés sur son visage, ce titre : « Bienvenue au pays des Droits de L'Homme », et cette mise en scène sert un texte très fort du prix Nobel de littérature, puisque, on n'en a pas beaucoup des prix Nobel tout de même, Jean-Marie Gustave Le CLEZIO, qui écrit des choses très fortes, il fait référence à sa propre expérience de migrant, lui a fui la guerre à la fin des années 30, il dit : nous étions des fugitifs, s'il est avéré que pour faire déguerpir les migrants qui dorment sous une bâche par 6 degrés au-dessous de 0, les milices crève leurs tentes, s'il est avéré que l'on rafle les pauvres, eh bien, tout cela ne mérite pas d'autre mot que celui-ci, dégueulasse. Et tout le texte de Jean-Marie Le CLEZIO pointe la dureté de la politique du gouvernement à l'égard des migrants. Qu'est-ce que vous répondez Christophe CASTANER ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il ne faut pas tout confondre, je pense qu'on peut faire preuve d'humanisme et de pragmatisme, je pense que l'humanisme et le pragmatisme ne sont pas incompatibles, nous sommes face à un échec, un échec de notre politique d'intégration, d'intégration…

BRUCE TOUSSAINT
D'abord, excusez-moi de vous couper, est-ce que – avant d'aller sur le fond – est-ce que cette Une vous pose un problème ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien écoutez, ça, c'est le choix éditorial de L'Obs qui pense que, il faut faire ce type de Une pour mieux vendre, peut-être que ça leur permettra de mieux vendre, j'avoue que ça ne correspond pas à la ligne éditoriale du lecteur que je suis, de l'abonné que je suis à titre personnel de L'Obs. Et effectivement, quand j'ai vu cette Une, elle m'a choqué parce qu'elle ne correspond pas à la réalité. Donc on peut faire de la retape, il y a des magazines qui sont spécialisés pour cela. J'avoue que celle de L'Obs m'a un peu surpris, mais c'est une remarque très personnelle que je vous fais de quelqu'un qui est abonné depuis de longues années à cet hebdomadaire. Et ensuite, je crois que…

BRUCE TOUSSAINT
Sur le fond alors ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois que, il faut d'abord comprendre l'émotion, j'ai lu l'article de Le CLEZIO et je comprends parfaitement son émotion, on est sur un sujet qui nous touche tous, j'étais maire de Forcalquier il y a peu de temps, j'étais candidat volontaire pour accueillir des réfugiés, mais je crois qu'il faut faire la différence entre justement les réfugiés, ceux qui comme Le CLEZIO – il le raconte – ont dû fuir des territoires de guerre pour survivre, il nous faut les accueillir, et mieux les accueillir, et c'était l'engagement et c'est encore l'engagement du gouvernement, c'était l'engagement d'Emmanuel MACRON. Et puis ensuite, il y a les migrations économiques, il y a, par exemple, tous ceux qui sont venus en Allemagne et qui n'ont pas eu la reconnaissance du statut de réfugié, ils sont près de 300.000 par exemple.

JEAN-MICHEL APHATIE
La migration économique, c'est la faim, la misère, le désespoir, l'incapacité à imaginer une vie dans le pays où l'on est né…

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, c'est tout cela. Alors, je pense…

JEAN-MICHEL APHATIE
La misère et la faim qui poussent les gens

CHRISTOPHE CASTANER
Moi, je pense surtout que c'est un faux rêve, c'est un faux rêve qu'on vend à ces gens-là de leur dire : vous aussi, vous avez la possibilité, en passant par la Libye, aujourd'hui de venir en Italie, en France, vous allez trouver le bonheur, ça n'est pas le cas, ça n'est pas le cas, parce que nous ne sommes pas en mesure, en capacité de bien accueillir un million de personnes qui actuellement sont en Libye, c'est ça la réalité politique que nous connaissons. Donc moi, je préfère que nous soyons généreux sur les réfugiés et que nous trouvions les moyens d'une intégration renforcée, qu'on leur offre des droits à la formation, à l'apprentissage du français, c'est ce que nous faisons quelquefois grâce à la mobilisation de citoyens dans nos collectivités locales, il faut en faire quelque chose qui nous oblige tous, nous les responsables politiques, et je suis sur ce sujet très offensif, et c'est la volonté du gouvernement, mais en même temps, il faut avoir le courage de dire un certain nombre de choses plutôt que de dire sans faire, ça fait des années que sur la question des réfugiés, on cherche des oppositions politiques totalement stériles entre les uns et les autres, entre les généreux et les autres, mais nous ne sommes pas généreux quand nous ne sommes pas en capacité d'accueillir dans de bonnes conditions celles et ceux qui ont le droit fondamental de trouver protection en France.

BRUCE TOUSSAINT
On va continuer à parler de ce sujet extrêmement sensible dans quelques instants. (…)

JEAN-MICHEL APHATIE
On comprend que dans la majorité même beaucoup d'inquiétudes existent, puisque vous dirigez le parti la République En Marche, évidemment, ceci vous concerne au premier chef Christophe CASTANER. On a noté cette prise de position, cette analyse plutôt, de Christian ESTROSI, maire de Nice, il était l'invité de France Inter la semaine dernière, et à propos de la politique d'immigration imaginée par le gouvernement, Christian ESTROSI a dit ceci.

CHRISTIAN ESTROSI
Force est de constater que là où souvent la droite a prétendu, réclamé, pris quelques mesures, elle n'est jamais allée aussi loin dans ce domaine, et donc je ne peux que me réjouir de la volonté du président de la République.

JEAN-MICHEL APHATIE
La droite n'a jamais été aussi loin dans ce domaine dit Christian ESTROSI, lui s'en félicite, mais on imagine, du coup, que ça divise un peu la République En Marche.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais, c'est un débat d'émotion, je vous l'ai dit, et donc…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous croyez qu'il est dans l'émotion Christian ESTROSI ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je vais plutôt vous parler des députés de la République En Marche, vous l'interrogez sur eux, mais je pense que Christian ESTROSI peut aussi…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est juste des émotifs les députés de la République En Marche ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, c'est trop facile Jean-Michel APHATIE de rebondir comme ça

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est ce que vous dites !

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais moi je revendique l'émotion, j'espère que vous en avez aussi, et donc, sur ce sujet, on en a tous. Je suis député des Alpes-de-Haute-Provence, je sais ce qui se passe à Briançon aujourd'hui, et je sais ces migrants qui sont obligés de passer par le col de l'Echelle, aujourd'hui, dans des conditions épouvantables. Mais c'est justement ce que nous voulons faire, avoir d'un côté de l'humanisme chaque fois que c'est nécessaire, et du pragmatisme. Le pragmatisme c'est de considérer que, quand aujourd'hui, vous avez une décision qui vous refuse le statut de réfugié, et donc une injonction de quitter le territoire, on se contente, depuis des années, que seulement 4 % de ces décisions soient mises en oeuvres, ce n'est pas acceptable. Et donc, il faut effectivement, sur ces sujets, montrer de la fermeté, certains pensent que c'est être de droite, moi je pense que c'est être juste que de respecter les décisions de justice.

BRUCE TOUSSAINT
Faut-il revoir, réécrire, amender, la circulaire Collomb ? C'est ça le sujet aujourd'hui. Est-ce que vous dites ce matin, au gouvernement, au Premier ministre, il faut peut-être assouplir un peu ce texte ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi je ne crois pas, je pense que la circulaire Collomb n'est pas un problème en soi. Elle a suscité une polémique, une inquiétude, etc., le Premier ministre a immédiatement proposé, avant Noël, à l'ensemble des associations, qui sont les acteurs de celles et ceux qui permettent justement d'accueillir, quelle que soit la situation de ceux qui ont besoin d'être accueillis, d'être accueillis et d'être logés, d'être dans un comité de surveillance de la mise en oeuvre de cette circulaire. Aujourd'hui elle fonctionne, vous n'avez pas des policiers qui vont dans les centres, vous avez des fonctionnaires de l'OFPRA, ou de l'OFII, qui sont spécialisés sur ces sujets, qui se rendent sur place pour faciliter le logement, et un logement digne pour ceux qui sont, par exemple, avec le statut de réfugié. C'est ça l'objectif, c'est effectivement d'accompagner les femmes et les hommes dans de meilleures conditions. Il y a eu un emballement sur ce sujet, il y a eu une crainte, là encore parce qu'on est dans l'émotion, immédiatement le Premier ministre a proposé que les associations qui s'en sont inquiété puissent être dans ce comité de vigilance et de surveillance.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais quand ces fonctionnaires de la préfecture vont dans un centre d'hébergement, et qu'ils constatent que quelqu'un à qui on a refusé le statut de réfugié politique, se trouve là, en situation irrégulière, qu'est-ce qu'ils font ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien on doit lui proposer tous les moyens de retourner dans son pays parce qu'on doit appliquer un règle de droit. Une décision de justice lui a dit « vous n'avez pas le droit de rester en France »…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ma question n'est pas tout à fait celle-là, est-ce que ces fonctionnaires le signalent à la police ? Est-ce qu'ils disent « voilà, telle personne, il faut qu'elle parte de ce centre d'hébergement parce qu'elle n'a rien à y faire » ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ce n'est absolument pas l'esprit de la circulaire…

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc les fonctionnaires repartent ?

CHRISTOPHE CASTANER
Et donc ce n'est pas écrit dans la circulaire, ce n'est pas la situation, et donc les fonctionnaires constatent la personne et lui disent quels sont les moyens, notamment, d'aide au retour au pays.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça ne sert à rien.

CHRISTOPHE CASTANER
Ah si, ça peut servir, parce qu'effectivement vous avez des gens, vous savez, qui ne maîtrisent pas bien le français, qui sont très loin des…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, mais ils ont compris qu'ils sont en situation irrégulière !

CHRISTOPHE CASTANER
Ah non, mais ils le savent, bien sûr, mais si vous leur expliquez le fait que, de toute façon, ils sont dans une impasse, parce qu'ils sont dans une impasse, parce que les conditions de vie, dans ces centres d'accueil, et je ne mets pas en cause ceux qui les gèrent, ne sont pas acceptables, dans la durée, pour chacun, et donc il faut effectivement les sortir de cette impasse. Les sortir de cette impasse ce sont, pour les réfugiés, leur donner les moyens de l'insertion, de la formation, de l'apprentissage du français, de la formation professionnelle pour trouver un emploi partout où c'est nécessaire, et pour ceux qui n'ont pas le droit de rester en France, d'être reconduits.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et en tout cas les associations seront reçues cet après-midi à Matignon…

BRUCE TOUSSAINT
Sauf celles qui boycottent…

JEAN-MICHEL APHATIE
Celles qui boycottent, et le Premier ministre leur dira « nous ne modifierons pas cette circulaire », eux-mêmes, d'ailleurs, saisissent, si j'ai bien compris, le Conseil d'Etat.

BRUCE TOUSSAINT
Oui, un recours au Conseil d'Etat est déposé contre cette circulaire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je voulais vous faire écouter, Christophe CASTANER, l'Archevêque de Marseille, Monseigneur PONTIER, il est intervenu hier soir sur RTL, pour dire que poursuivre en justice les personnes qui aident les migrants, tout de même, aux yeux de l'Eglise de France c'est un peu trop. On écoute Monseigneur PONTIER.

MONSEIGNEUR PONTIER
Je suis assez choqué oui, je peux dire choqué, par les ennuis judiciaires que peuvent rencontrer des personnes qui accueillent des migrants chez eux. La générosité c'est une chose, mais pour qu'elle dure il faut un accompagnement institutionnel.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il est choqué que des gens qui font devoir d'humanité, nécessaire sans doute, soient poursuivis en justice. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord je vais vous répondre que vous savez bien que je suis un représentant de l'Exécutif et qu'il ne m'appartient pas de commenter une décision de justice, parce que sinon je briserais la séparation entre les deux pouvoirs, mais je ne vais pas me satisfaire de cette réponse. Moi je comprends ceux, qui de façon généreuse, tendent la main et accompagnent effectivement celles et ceux qui sont en difficulté…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il ne faut pas porter plainte contre eux.

CHRISTOPHE CASTANER
Je l'ai vécu dans ma commune à Forcalquier où on a mobilisé des logements vacants pour, dans ma commune, être volontaire pour accueillir des réfugiés dès le moment de la crise, notamment en Syrie, et heureusement j'ai une mobilisation citoyenne pour faire tout ce que j'évoquais, pour travailler sur l'insertion, pour les déplacer, pour aller vers les centres pour travailler, etc. Et donc, j'ai aimé cette générosité là, mais il y a quelquefois des gens qui se font une spécialité d'organiser aussi, avec générosité peut-être, des filières. Et donc, ça fait débat, ça peut faire une enquête, ça peut faire une sanction. Mais j'ai remarqué qu'à chaque fois, les juges, qui avaient des procédures, les ont instruites avec une vraie analyse, et que ceux qui étaient dans ce devoir de générosité n'ont jamais été condamnés, et c'est une bonne chose.

JEAN-MICHEL APHATIE
Puisque nous parlons des droits de l'Homme, je voudrais qu'on reste un moment sur ce sujet. Emmanuel MACRON était en Chine, on sait que la situation des droits de l'Homme en Chine est préoccupante. Emmanuel MACRON avait promis une diplomatie un peu différente de ce point de vue, il a paru d'ailleurs assez net dans ses propos quand il a reçu Vladimir POUTINE, c'était au mois de mai à Versailles, et puis encore très récemment le président ERDOGAN, à qui, avec diplomatie, il a tout de même dit son fait en matière de libertés publiques. On écoute Emmanuel MACRON.

EMMANUEL MACRON
Nous avons, ensuite, des désaccords sur la vision, qui est la nôtre, des libertés individuelles dans ce contexte, j'ai donc évoqué plusieurs cas au président ERDOGAN, de manière extrêmement spécifique, avec un dialogue qui a été fructueux.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà, c'est clair et c'est net, des cas précis ont été évoqués avec le président ERDOGAN. C'était moins net quand le président égyptien AL-SISSI est venu en France, il achète des Rafale, je ne sais pas s'il y a un lien, mais en tout cas, là, il ne s'agissait pas de faire la leçon au président égyptien.

EMMANUEL MACRON
De la même façon que je n'accepte qu'aucun autre dirigeant ne me donne des leçons sur la manière de gouverner mon pays, je n'en donne pas aux autres.

JEAN-MICHEL APHATIE
De la même manière, en Chine, on a noté qu'Emmanuel MACRON – mais là les Chinois nous achètent des AIRBUS – était aussi assez conciliant avec le président chinois.

EMMANUEL MACRON
Il y a des différences entre nous, qui sont liées à notre histoire, à nos philosophies profondes, c'est dans ce dialogue, respectueux des différences, et dans cette diplomatie efficace et amicale qu'on obtient des rapprochements et des résultats, beaucoup plus que dans une diplomatie de l'hygiaphone ou de la provocation.

JEAN-MICHEL APHATIE
On est plus gentils avec les Chinois et les Egyptiens qu'avec les Turcs, c'est curieux !

CHRISTOPHE CASTANER
Je voudrais revenir sur votre intervention, sur vos propos. Ne pas lier le lien économique en citant AIRBUS…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il est difficile en même temps, difficile de ne pas le faire.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais sauf que, Jean-Michel APHATIE, vous avez tort.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous croyez vraiment ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je vais prendre l'exemple de l'Egypte et l'exemple de la Turquie, nos échanges commerciaux avec la Turquie sont largement supérieurs à ce que nous avons avec l'Egypte, donc votre analyse, excusez-moi, tombe.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, pas du tout.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, peut-être sur les Rafale, mais n'empêche…

JEAN-MICHEL APHATIE
Pas du tout, l'Egypte nous a quand même donné un sacré coup de main avec les Rafale, premier marché des Rafale.

CHRISTOPHE CASTANER
Est-ce que vous pensez que c'est seulement la question des Rafale qui fait la relation diplomatique ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Je pense qu'elle est importante.

CHRISTOPHE CASTANER
Moi je suis dans l'économie et dans l'échange commercial, on a des échanges commerciaux beaucoup plus importants avec la Turquie qu'avec l'Egypte, et donc ce n'est pas ça qui conditionne cela. La vraie différence c'est que quand le président de la République est en France, il peut évoquer ces sujets-là, on ne se rend pas dans un pays étranger pour donner des leçons publiques, à l'étranger, à ce pays étranger. Il n'empêche que, dans les échanges entre le numéro 1 chinois et le numéro 1 français, aucun des sujets que vous évoquez n'a été épargné. (…)

JEAN-MICHEL APHATIE
Cent femmes ont signé un appel que le journal Le Monde a publié où elles revendiquent un droit à être importunées. C'est une réponse au débat qui a suivi le hashtag #balancetonporc. Sarah CHICHE, qui est l'une des rédactrices de l'appel, était l'invitée de Franceinfo hier et elle expliquait ce droit à être importunée de la manière suivante.

SARAH CHICHE, ECRIVAINE
Ce que nous pensons, c'est qu'il y a une liberté d'importuner. Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est que pour pouvoir dire non à un homme, encore faut-il qu'il puisse faire une proposition et que cette proposition, il puisse la faire librement.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà. Qu'est-ce que vous pensez de ce « droit à être importunée » ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je n'aime pas l'expression parce que quelle est la limite de ce que celle que je vais importuner considère comme juste un petit moment de drague – je vais être un peu provocateur en disant cela – et la vision de l'homme que je suis qui dit : « Mais où est la limite ? » Et donc, je pense qu'aujourd'hui il faut qu'il y ait des limites claires. On n'a pas le droit de tripoter, c'était dans La Tribune, de frotter comme on dit dans le métro les dames.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous n'avez pas aimé cette tribune ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je n'ai pas aimé certaines de ses expressions. Par contre, elle pose un vrai problème : celui de savoir quelle est la limite d'une société qui devient de plus en plus standardisée, où des mots sont interdits, où l'humour est interdit, où la blague potache peut être interdite. A l'inverse, la blague potache qui alimente toute forme d'inégalité entre les femmes et les hommes n'est pas acceptable.

JEAN-MICHEL APHATIE
En tout cas, c'est un débat visiblement. Là, ce sont des femmes qui le mènent évidemment, les hommes aussi doivent y participer. C'est un débat qui ne s'éteint pas. Le malaise persiste.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, il ne s'éteint pas. Il faut dire que le mal est profond et pour traiter le mal, il y a eu ce phénomène un peu exceptionnel. Il a fallu qu'un producteur américain soit mis en cause pour qu'on libère la parole. Moi, ce que je sais, c'est que quand nous avons organisé avec Emmanuel MACRON la Grande Marche dès l'été 2016, c'est un sujet qui est sorti comme une évidence, cette violence du quotidien.

JEAN-MICHEL APHATIE
Excusez-moi, cette violence du quotidien. Des femmes évoquaient cette violence qu'elles subissent au quotidien.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui. D'ailleurs, dans la première réunion de rendu de la Grande Marche, c'était à Strasbourg, c'est un sujet que nous avons abordé. Et à ce moment-là, on n'a pas réussi à provoquer le débat. On a dit : « C'est trop long, c'est des sujets du quotidien. On sait déjà cela. » Au fond, on n'a pas réussi à le poser au coeur de la campagne électorale.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord. Déjà vous l'avez vu un peu mais vous n'avez pas formalisé cela dans une proposition de campagne ?

CHRISTOPHE CASTANER
Si, on l'a fait. On l'a d'abord posé comme premier rendez-vous de cette Grande Marche et on l'a posé en faisant de la cause pour l'égalité entre les femmes et les hommes la grande cause nationale du quinquennat, mais il n'y avait pas la médiatisation de cela. Mais la vraie difficulté, c'est qu'à un moment donné, moi j'ai toujours peur de la standardisation des comportements, du modèle unique de comportement, une sorte d'américanisation que l'on connaît où jamais un homme aujourd'hui peut prendre un ascenseur avec une femme. C'est toute la question de cette limite-là. C'est la même chose sur l'humour. Est-ce que COLUCHE aujourd'hui pourrait faire les émissions qu'il faisait il y a quelques années ? Nous savons que la réponse est non et donc ça mérite un débat apaisé. Il ne faut pas que ça s'oppose de tribune à tribune et qu'on réponde de tribune à tribune mais je pense que notre société a besoin d'un débat apaisé là-dessus. Mais on a tellement banalisé toutes les violences faites aux femmes qu'il faut aujourd'hui être extrêmement ferme sur ce sujet. Ne pas accepter par exemple que l'on puisse se frotter ; je reprends cette expression qui, effectivement, m'a choqué.

BRUCE TOUSSAINT
Un mot sur la réforme de l'assurance chômage. Il y a un premier round de négociation qui s'ouvre aujourd'hui. Le contrôle des chômeurs, on y va ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord, on le fait déjà. On le fait déjà.

BRUCE TOUSSAINT
Oui, mais le nouveau contrôle des chômeurs alors si vous préférez.

CHRISTOPHE CASTANER
Moi, le contrôle des chômeurs ne me choque pas. Ne me choque pas parce que dans le contrat, il y a aussi l'accompagnement des chômeurs et quand vous avez 86 % - il faut rappeler les chiffres – de gens qui sont chômeurs en active recherche d'emploi, il faut d'abord réaffirmer cela.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce qu'il faut le renforcer ? C'est ça la question, parce qu'il existe déjà. Est-ce qu'il est insuffisant aujourd'hui ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non alors, il y a des expérimentations qui sont faites, mais par sur l'ensemble du territoire. Elles fonctionnent, on s'est aperçu, c'est le chiffre que je viens de vous donner, que 14 % des gens ne sont pas en recherche active et on parle bien de ceux qui sont en potentiel de recherche active. Quelqu'un qui a 60 ans aujourd'hui est accompagné par Pôle emploi, mais n'est pas considéré comme devant avoir cette recherche active. Et donc ces personnes-là, il faut les identifier, non pas pour les condamner, mais pour les accompagner pour leur donner les moyens d'une recherche active.

BRUCE TOUSSAINT
Au bout de deux demandes, l'idée c'est, on supprime l'indemnisation ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors ça c'est une des propositions sur laquelle Emmanuel MACRON…

BRUCE TOUSSAINT
Vous êtes d'accord avec cette proposition ?

CHRISTOPHE CASTANER
Pour une raison simple, c'est que c'était au coeur du projet électoral d'Emmanuel MACRON et qu'on ne s'en est jamais caché. L'idée est de créer des droits nouveaux, notamment l'universalité des droits au chômage pour un artisan, pour un commerçant, pour quelqu'un qui peut démissionner s'il a un projet professionnel derrière. Aujourd'hui ils n'ont pas le droit au chômage et on veut élargir ces droits, mais à des droits nouveaux correspondent des devoirs nouveaux, celui de la recherche active me semble un devoir évident. Et dans le même esprit, à un moment donné, il faut que si vous avez une offre raisonnable, qui correspond à votre formation, au territoire où vous habitez, vous n'avez effectivement pas la possibilité trois fois, quatre fois, cinq fois de refuser cette offre, si vous avez une offre évidemment raisonnable, tout le débat, c'est la définition de ce caractère raisonnable. Si j'ai une formation de boucher et qu'on me dit, tu es gentil mais tu vas aller travailler à 100 kms de chez toi comme coiffeur, il y a assez peu de chances qu'on puisse la considérer comme une offre raisonnable.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous y revenez souvent, vous venez de le faire d'ailleurs, aux promesses de la campagne électorale.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est normal, c'est le contrat qui nous lie aux Français.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bien sûr au mois de mars 2017, Emmanuel MACRON avait promis ceci.

EMMANUEL MACRON
Un service national de durée courte, obligatoire et universel sera donc instauré. Chaque jeune Français ira ainsi à la rencontre de ses concitoyens, fera l'expérience de la mixité sociale et de la cohésion républicaine durant un mois.

JEAN-MICHEL APHATIE
Celle-là, elle est à l'eau.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, elle n'est pas à l'eau, au contraire on y travaille activement.

JEAN-MICHEL APHATIE
On nous dit, mais non ça ne va pas être les jeunes de 18 ans à 21 ans, ça va être 10 à 16 ans et ça ne va pas être un mois, ca va être une semaine.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non, c'est une des propositions qui a été faite dans le cadre d'un groupe de travail qui bosse sur ce sujet.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah vous y travaillez au moins là ?

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr, la preuve c'est qu'un groupe de travail…, il y a un groupe de travail, nous avons un séminaire de rentrée, je peux vous dire que la ministre DARRIEUSSECQ a abordé ce sujet dans le séminaire de rentrée. Je ne vais pas rentrer plus dans le détail parce que c'est un séminaire gouvernemental avec le président de la République, mais c'est une mesure importante de citoyenneté. Je rappelle que l'enjeu pour nous n'est pas un enjeu militaire, de défense militaire, mais un enjeu de citoyenneté.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je pensais qu'elle était à l'eau, mais non. Deux petites questions rapides, vous avez vu que Gérald DARMANIN n'est pas heureux à son ministère ? Il le dit dans la revue Charles, qu'est-ce qu'il faut faire pour lui ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il dit que la vie…

JEAN-MICHEL APHATIE
Je ne suis pas très heureux dit-il.

CHRISTOPHE CASTANER
En gros il explique que les contraintes qui sont imposées à un homme public ne sont pas toujours évidentes à vivre.

BRUCE TOUSSAINT
En tout cas, ça ne vous a pas échappé cette citation.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, j'ai même noté, alors je vais faire de la publicité pour cette interview en version longue où il explique que s'il avait dû être membre d'un gouvernement présidé par Richard FERRAND et Christophe CASTANER, il aurait refusé, j'ai mal pris cela.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous allez rester abonné à l'OBS ou pas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je vais rester abonné à l'OBS, parce que je suis un garçon fidèle, mais je peux être critique.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup, Christophe CASTANER, bonne journée à vous.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 janvier 2018

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