Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Radio Classique le 12 janvier 2018, sur la politique d'immigration, la contamination de lait infantile par des salmonelles, l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, le glyphosate et sur la levée de l'embargo de la viande bovine vers la Chine. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Radio Classique le 12 janvier 2018, sur la politique d'immigration, la contamination de lait infantile par des salmonelles, l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, le glyphosate et sur la levée de l'embargo de la viande bovine vers la Chine.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane, BLANC Renaud .

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

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RENAUD BLANC
Juste, sur ce que vient de dire Guillaume TABARD, Stéphane TRAVERT. La Une de Libération : « SARKOZY en rêvait, MACRON le fait ». Ça vous inspire quoi ? On dit que finalement dans votre camp, dans la majorité présidentielle, on est quand même assez divisé sur ce projet de loi.

STEPHANE TRAVERT
Non, pas de division. Aujourd'hui il y a une ligne que le président de la République a souhaité porter, sur l'immigration et humanité et efficacité. Humanité pour faire en sorte que ceux qui relèvent du droit d'asile, puissent être bien traités et que le temps de traitement soit raccourcie pour l'ensemble des dossiers. Et puis, celles et ceux qui en sont issus de ce qu'on appelle « l'immigration économique », soient eux aussi, je dirais, pris en charge, qu'on puisse raccourcir les délais dans lesquels il peut leur être proposé, soit de s'établir, s'ils en ont la capacité en France, ou de retourner dans leur pays, parce que cela ne présente pas de danger particulier pour... Humanité et efficacité, réduire les délais d'attente, faire en sorte que celles et ceux qui relèvent du droit d'asile, parce qu'ils ont fui leur pays, parce qu'ils ont des opinions politiques contraires, parce qu'ils ont subi des conditions climatiques qui font qu'ils n'ont plus rien à manger dans leur pays, ceux-là, nous devons les traiter de manière tout à fait correcte et améliorer notre capacité d'accueil. C'est l'image de la France, sur cet accueil, et la France, ici, tient mordicus sur ces valeurs.

RENAUD BLANC
Alors, on va passer à l'affaire LACTALIS, le scandale LACTALIS, est un fiasco sanitaire, comme le titre par exemple Les Echos ce matin, on parle même d'affaire d'Etat, comme titrent d'autres journaux. Qu'est-ce que vous en pensez, « affaire d'Etat », Stéphane TRAVERT ?

STEPHANE TRAVERT
L'entreprise LACTALIS est la seule responsable de la qualité et de la sécurité des aliments qu'elle met sur le marché.

RENAUD BLANC
LACTALIS, seul responsable.

STEPHANE TRAVERT
Il y a deux responsabilités aujourd'hui, qui ont été... qui sont à pointer. D'abord, l'entreprise, d'où est venue la contamination, sur un site de production de lait infantile. Et puis il y a ce que l'on a découvert récemment, malgré le décret de rappel et de retrait des produits d'incriminés, il restait dans un certain nombre de magasins des chaînes de la grande distribution, de la pharmacie, d'hôpitaux, un certain nombre de boîtes qui n'avaient pas encore été retirées, et c'est la raison pour laquelle nous avons reçu hier soir avec Bruno LE MAIRE, l'ensemble des acteurs de la distribution, pour les rappeler à leurs obligations.

RENAUD BLANC
Alors, Michel-Edouard LECLERC n'a pas tellement apprécié cette convocation hier à Bercy, sur son blog il a évoqué une « convocation sur ordre de l'Elysée », il ajoute « Tous les acteurs, depuis le producteur, LACTALIS, jusqu'aux distributeurs, ont eu des points de défaillance, et c'est désormais une certitude : les services de l'Etat aussi ». Qu'est-ce que vous répondez ?

STEPHANE TRAVERT
Aujourd'hui, il fallait pointer des responsabilités. LACTALIS, je vous le disais, en a une très importante sur la contamination qui a été retrouvée. Les distributeurs ont une responsabilité, il y a eu une défaillance grave de la part de la distribution, qui n'a pas pu mettre en oeuvre les retraits et les rappels comme ils avaient été demandés.

RENAUD BLANC
2 300 boites de lait en poudre...

STEPHANE TRAVERT
Et hier soir, lors de la réunion, nous avons pu, avec eux, avec tous les distributeurs qui étaient autour de la table, mettre en oeuvre un certain nombre de mesures, notamment comme le blocage en caisse, le fait de pouvoir tracer les clients qui ont fait des achats par l'intermédiaire de leur carte bleue et en demandant l'appui des banques, le blocage en caisse est une mesure importante d'aujourd'hui qui doit permettre de sécuriser totalement l'ensemble des consommateurs qui ont besoin de ces produits et qui doivent pouvoir acheter des produits en toute confiance.

RENAUD BLANC
Quand le Canard Enchaîné affirme que les services de l'Etat et notamment l'inspection vétérinaire n'a pas détecté la présence de salmonelle dans l'usine LACTALIS de Craon, vous répondez quoi ?

STEPHANE TRAVERT
Mais moi je veux rappeler les faits, l'usine de Craon, il y a eu un contrôle en septembre dernier, ce contrôle ne portait pas sur l'unité de production de lait infantile. A Craon, qu'est-ce que c'est ? C'est une usine avec trois unités de production : une unité de production de céréales, une unité de production de lait infantile avec une tour de séchage et une unité de production de spécialités fromagères. Là, le contrôle portait sur le site de production, l'unité de production qui fabrique des céréales. Pourquoi ? Parce qu'elles avaient besoin, il fallait faire ce contrôle parce qu'ils étaient en attente d'un agrément pour l'export et sur ce site de production de céréales, il n'a pas été déterminé de problèmes particuliers. Il y avait un contrôle qui était prévu sur l'usine qui fabrique du lait infantile, en fin d'année, et ce contrôle eh bien c'est transformé en en gestion de crise puisque de la salmonelle a été détectée avec les autocontrôles qui sont menés par l'entreprise. Mais la responsabilité, elle incombe à l'entreprise et toute la transparence doit être faite et il y a une enquête judiciaire qui est en cours aujourd'hui pour déterminer les responsabilités.

RENAUD BLANC
Alors, Emmanuel MACRON a précisé que la sécurité alimentaire est assurée et continuera de l'être, mais excusez-moi, mais la sécurité alimentaire, elle n'a pas été totalement assurée pendant un certain temps.

STEPHANE TRAVERT
La sécurité alimentaire est assurée sur l'ensemble du territoire et la France peut s'enorgueillir d'être en pointe dans ce domaine. Et aujourd'hui, de quoi parle-t-on ? Un site de production avec une contamination à la salmonelle, ça ne veut pas dire que nous pouvons retrouver ce genre de choses ailleurs, c'est-à-dire que d'autres sites de production du même groupe et d'autres sites de production de concurrents du groupe LACTALIS, aujourd'hui, continuent à travailler dans d'excellentes conditions et à fournir les produits nécessaires à nos concitoyens et en toute sécurité.

RENAUD BLANC
Donc l'Etat, ni responsable ni coupable.

STEPHANE TRAVERT
L'Etat a fait son travail, en matière de contrôle, comme je vous l'ai expliqué. Il y a eu 2 500 contrôles qui ont été effectués la semaine dernière, 2 500 contrôles qui seront effectués la semaine prochaine, qui porteront notamment sur le retrait effectif des boites. L'Etat est à sa place, mais l'Etat aujourd'hui il est garant de cette sécurité sanitaire et nous devons aujourd'hui, avec l'entreprise LACTALIS, faire en sorte qu'ils nous apportent la démonstration qu'ils ont bien mis en place les mesures suffisantes pour enrayer cette contamination.

RENAUD BLANC
Le PDG de LACTALIS est convoqué cet après-midi par Bruno LE MAIRE, il risque des sanctions pénales. Vous souhaitez des sanctions lourdes ou pas ?

STEPHANE TRAVERT
Une enquête judiciaire est en cours, nous verrons quels seront les résultats de cette enquête et à cette issue, c'est le juge qui aura à se prononcer, ce n'est pas à nous.

RENAUD BLANC
Et 250 salariés sont pour l'instant au chômage technique.

STEPHANE TRAVERT
Il y a des mesures de chômage technique pour les salariés, par contre, ce que je veux dire, que c'est que pour les agriculteurs, la collecte continue et le les est expédié dans d'autres sites du groupe, en Mayenne et en Ille-et-Vilaine, à proximité.

RENAUD BLANC
Stéphane TRAVERT, cette crise alimentaire, elle aura des conséquences sur l'image des produits français à l'étranger, à votre avis ?

STEPHANE TRAVERT
Aujourd'hui, nous avons une image en Europe et dans le monde, de filières qui font leur travail et d'un pays qui est en pointe sur la sécurité alimentaire, et c'est d'ailleurs un nos combats, et c'est le combat que nous menons aujourd'hui au ministère de l'Agriculture, et tout le gouvernement mène ce combat. Et nous continuons à aller à défendre nos productions, défendre la qualité de nos productions. Et nous étions en Chine il y a quelques jours avec le président de la République et d'autres de mes collègues, pour défendre la qualité de nos productions, c'est ce que nous avons fait sur la viande bovine, c'est ce que nous avons fait sur la production laitière.

RENAUD BLANC
On va y revenir. Autre dossier chaud en ce moment : Notre-Dame-des-Landes. Première chose à faire pour vous, c'est l'évacuation de la ZAD ? C'est la condition sine qua none pour commencer à régler ce problème qui dure depuis 50 ans, ou pas ?

STEPHANE TRAVERT
La première chose qui sera à faire, c'est de prendre une décision, c'est ce que le gouvernement fera dans les dans les prochaines semaines. Cette décision, elle s'appliquera à tous, quelles qu'elles soient, mais de toute façon, il faudra évacuer la zone, quelle que soit la décision qui sera prise, bien évidemment.

RENAUD BLANC
Et vous craignez une multiplication des ZAD en France, comme certains le disent ou pas ?

STEPHANE TRAVERT
Mais, je crois qu'aujourd'hui, lorsqu'il y a des projets à mener, il faut travailler en concertation. Je crois qu'avec la concertation, nous pouvons réussir à porter des projets et il y aura d'autres projets d'infrastructures à réaliser dans notre pays parce que c'est important, parce que nous en avons besoin pour notre compétitivité, nous en avons besoin pour nos échanges, mais il faudra travailler dans la concertation avec l'ensemble des acteurs, pour éviter que ne se reproduise de cette espèce de feuilleton qui dure depuis bien trop longtemps aujourd'hui.

RENAUD BLANC
A chaque fois que j'interroge un ministre sur cette question de Notre-Dame-des-Landes, je lui demande son avis, on ne m'en donne aucun. Vous, votre avis tout de même sur cette question : est-ce qu'il faut Notre-Dame-des-Landes conserver ou agrandir l'aéroport existant, pour vous ?

STEPHANE TRAVERT
D'abord, mon avis, quelque part, importe peu dans le dans le débat. L'avis personnel que je peux...

RENAUD BLANC
Vous êtes trop modeste.

STEPHANE TRAVERT
L'avis personnel que je peux avoir sur ce sujet, importe peu. Moi, ce qui m'intéresse, c'est que l'on sorte de cette situation dans laquelle nous sommes bloqués depuis trop longtemps. Il y en a qui n'ont pas pris leurs responsabilités ces dernières années, depuis une quinzaine d'années personne n'a su prendre le taureau par les cornes. Aujourd'hui, cette majorité, le gouvernement...

RENAUD BLANC
Le gouvernement précédent.

STEPHANE TRAVERT
Le gouvernement précédent et celui encore d'avant et aujourd'hui le gouvernement d'Edouard PHILIPPE prend ses responsabilités, et le Premier ministre tranchera dans quelques jours et nous pourrons enfin faire en sorte que cela soit derrière nous et travailler sur le projet qui sera retenu.

RENAUD BLANC
Autre sujet, le glyphosate, et plus généralement les produits phytosanitaires. Interdiction en France d'ici 3 ans. Vous travaillez sur un plan d'élimination de ces produits phytosanitaires, comment allez-vous faire et par quoi allez-vous les remplacer ?

STEPHANE TRAVERT
Alors, d'abord, la semaine prochaine nous sera remis un plan, enfin nous ce ne sera remis à une étude des trois corps d'inspection, du ministère de l'Agriculture, du ministère de la Transition écologique et solidaire et du ministère de la Santé, et de ce plan, de ce rapport des trois corps d'inspection, eh bien nous travaillerons à une feuille de route sur la sortie des pesticides, la sortie des molécules dites dangereuses...

RENAUD BLANC
Mais c'est crédible, dans 3 ans, d'arriver à sortir justement et de mettre fin aux produits phytosanitaires ?

STEPHANE TRAVERT
Il y a une feuille de route à construire, notamment sur le glyphosate, mais il n'y a pas que le glyphosate et il y a 3 ans à travailler sur le glyphosate, mais il y a d'autres types de produits sur lesquels nous devons aussi travailler, il va falloir...

RENAUD BLANC
Les agriculteurs sont quand même très sceptiques sur cette sortie du glyphosate, en disant : « Par quoi on va le remplacer ? »

STEPHANE TRAVERT
Il va falloir aujourd'hui, nous allons ouvrir une concertation, une concertation qui ne va pas Une concertation qui va permettre de trouver des solutions. Comment nous accompagnons les agriculteurs ? Comment nous le faisons financièrement ? Comment nous faisons techniquement ? Comment on mobilise la recherche et les instituts techniques ? Et c'est autour de cela que nous allons co-construire des solutions. Construire une solution entre les trois ministères concernés, ceux qui ont remis le rapport du corps d'inspection et ensuite l'ensemble des acteurs qui travaillent sur ces sujets. Quels produits de substitution sur un certain nombre de pesticides et de molécules ? Comment est-ce que nous pouvons aujourd'hui nous passer d'un certain nombre de produits on essayant de promouvoir une agriculture plus responsable, en faisant la promotion de l'agro-écologie. Ça ce sont des points sur lesquels je suis très attentif.

RENAUD BLANC
Alors, ça se passe comment justement, vous parliez d'agro-écologie, ça se passe comment avec Nicolas HULOT, Stéphane TRAVERT ?

STEPHANE TRAVERT
Ecoutez, nous travaillons ensemble, nous avons des objectifs, des objectifs communs et nous pouvons parfois il est vrai débattre sur la manière de parvenir à ces objectifs, mais nous travaillons ensemble, comme d'ailleurs...

RENAUD BLANC
Les débats sont chauds ou pas ?

STEPHANE TRAVERT
Mais aujourd'hui, vous savez, toutes les décisions qui sortent, qui sont produites par le gouvernement, elles se font en interministérialité, et donc, lorsque le Premier ministre donne une feuille de route, eh bien c'est la feuille de route de l'ensemble du gouvernement et elle s'applique à tous, et pour réussir à construire cette feuille de route, eh bien il y a des moments de débats, des moments de discussions, et nous construisons les choses, pas à pas, mais sur les objectifs, eh bien nous sommes totalement en phase.

STEPHANE TRAVERT
Une dernière question. Vous revenez de Chine, vous le disiez, levée de l'embargo sur la viande bovine depuis 2001 avec la vache folle. C'est une bonne chose pour nous, c'est une très bonne chose pour la filière bovine française ?

STEPHANE TRAVERT
C'est une... d'excellentes choses pour la filière bovine. Alors il ne s'agit pas de la levée de l'embargo, puisque la levée de l'embargo avait déjà été faite il y a quelques années, mis il n'y avait pas un kilo de viande de boeuf qui avait été exporté. Ce que nous avons obtenu, c'est d'ouvrir les exportations dans un dans un délai de 6 mois, c'est-à-dire nous avons obtenu de, enfin, que les autorités chinoises nous donnent leur accord pour relancer ces exportations, parce que nous leur avons apporté la démonstration que notre filière était en capacité de leur fournir des produits de qualité dont ils avaient besoin.

RENAUD BLANC
Et une dernière petite question sur les Chinois qui achètent de plus en plus de terres en France, ce qui inquiète quand même beaucoup d'agriculteurs, votre réponse en quelques secondes.

STEPHANE TRAVERT
Nous aurons l'occasion d'y revenir avec le Parlement, puisque nous aurons une réflexion sur le foncier et la manière de protéger aussi nos terres agricoles.

RENAUD BLANC
Merci beaucoup Stéphane TRAVERT d'avoir répondu à mes questions.

STEPHANE TRAVERT
Merci monsieur.

RENAUD BLANC
Le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, ce matin sur Radio Classique et Paris Première.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 janvier 2018

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