Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à CNews le 16 janvier 2018, sur la situation des migrants à Calais et la renégociation des accords du Touquet et les revendications des gardiens de prison. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à CNews le 16 janvier 2018, sur la situation des migrants à Calais et la renégociation des accords du Touquet et les revendications des gardiens de prison.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : CLELIE MATHIAS
C'est l'heure de l'interview politique de Jean-Pierre ELKABBACH qui reçoit ce matin Benjamin GRIVEAUX, le porte-parole du gouvernement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenu Benjamin GRIVEAUX. Bonjour.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être avec nous. Vous accompagnez tout à l'heure le président de la République à Calais qui est cette ville symbole. De cette visite, Natacha BOUCHART, la maire Les Républicains de Calais et les Calaisiens attendent beaucoup sur différents sujets. Qu'est-ce qu'ils peuvent espérer de neuf dans le climat actuel ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord, la situation a beaucoup évolué à Calais depuis le mois d'octobre 2016, depuis un peu plus d'un an, presqu'un an et demi, puisqu'il y avait huit mille personnes, ce fameux camp qui avait fait de Calais cette ville symbole comme vous le disiez dans votre propos. Nous sommes aujourd'hui entre trois à cinq cents personnes, donc c'est une situation qui s'est améliorée mais pas suffisamment. On entend beaucoup depuis quelques jours des témoignages d'habitants, de commerçants qui disent que la vie reprend mais difficilement parce que cette image a collé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a des Erythréens qui viennent, des Ethiopiens, des Soudanais et des Afghans qui ont été déboutés en Allemagne et qui rappliquent là. Ce qui est frappant, c'est qu'ils ne demandent pas l'asile à la France parce qu'ils visent toujours l'Angleterre.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ils visent toujours l'Angleterre. Calais est resté ce point - c'est lié aux Accords du Touquet – qui fait que la frontière, vous le savez, est située à Calais. C'est peut-être l'un des sujets qui sera discuté dans le cadre du sommet franco-britannique cette fin de semaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va en parler mais qu'est-ce qu'ils peuvent espérer de neuf à Calais aujourd'hui.

BENJAMIN GRIVEAUX
A nouveau, 1 : des forces de l'ordre qui sont mobilisées, des centres d'accueil et d'examen des situations qui permettent d'examiner plus rapidement les situations et donc des traitements plus rapides pour des personnes qui aujourd'hui sont dans un no man's land juridique et qui errent dans les rues, dorment sur les trottoirs et suscitent des situations qui sont humainement inacceptables et difficiles pour les habitants même si, je veux le dire, les habitants de Calais ont aussi été remarquables dans l'humanité dont ils ont fait preuve vis-à-vis de ces populations qui sont dans la difficulté.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parfois beaucoup plus d'humanité et de générosité que les forces de l'ordre qui sont, paraît-il, habituées ces derniers temps à les maltraiter pour éviter des points de fixation.

BENJAMIN GRIVEAUX
J'ai beaucoup entendu et j'ai beaucoup lu cela. Il y a des enquêtes internes qui ont été demandées quand les faits ont été présentés, notamment Human Rights Watch s'était émue de l'utilisation de gaz moutarde. L'enquête interne a déterminé qu'il n'y avait pas d'utilisation de gaz moutarde, ça n'a pas été d'ailleurs contesté par cette association, cette ONG. Que les choses soient claires : s'il y a des manquements avérés au fonctionnement du droit, à la règle, ces manquements seront sanctionnés sévèrement par la justice.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que vous avez entamé des enquêtes déjà ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Des enquêtes seront entamées si on a des faits avérés et si des faits sont portés à notre connaissance. Nous n'aurons pas la main qui tremble, les enquêtes ont toujours été commandées lorsque nous avions des doutes ou suspicions réelles et sérieuses.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Benjamin GRIVEAUX, vous dites des forces de l'ordre. Vous voulez dire plus de forces de l'ordre ? Des financements, plus d'aides financières pour Calais ? Ce qui est demandé.

BENJAMIN GRIVEAUX
A nouveau, c'est à Calais mais ça n'est pas qu'à Calais. J'aimerais que le sujet ne se limite pas à Calais. Aujourd'hui c'est certes un déplacement dans le Calaisis qui a cette situation importante, mais c'est surtout l'annonce que fera Gérard COLLOMB de 2 600 places supplémentaires dans les centres d'accueil et d'examen des situations. C'est deux cents dans chaque grande région française et ce sera dès le 31 janvier. C'est 1 300 places sur ces 2 600 qui seront opérationnelles pour éviter justement les points de fixation et avoir des populations qui se concentrent en un même territoire, ce qui est difficile et pour ces populations et pour les habitants de ces territoires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que chaque région aura son centre d'accueil.

BENJAMIN GRIVEAUX
Et d'examen des situations, les fameux CAES.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La maire de Calais, madame BOUCHART, accuse les associations de complicité avec certains passeurs. Ces associations encourageraient les migrants à une résistance physique contre les forces de police.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne vais pas rentrer dans le détail. Je ne connais pas les associations, les cas auxquels madame BOUCHART fait référence sur des cas précis. Ce qui est certain, c'est qu'à nouveau le droit doit pouvoir s'appliquer de la part des forces de l'ordre, de la part des associations et chacun doit être dans le respect de la règle commune.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On peut penser que le président de la République se rendra compte lui-même de la situation.

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous savez, le produit a déjà une bonne connaissance de la situation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais j'ai vu que là il va aller visiter un centre d'accueil. Je pense qu'il va voir à la fois des bénévoles, des associations sauf les deux qui vont le boycotter et puis aussi des migrants. Ça, c'est intéressant et important.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bien sûr. Quand vous allez à la rencontre d'un territoire, vous allez rencontrer l'ensemble des parties prenantes du sujet, donc les élus locaux, les habitants, les associations, les migrants. Sinon, vous n'avez qu'une vue ou qu'une vision partielle du sujet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le président de la République vient de déclarer à Rome qu'il faut « se garder des faux bons sentiments ». « Des faux bons sentiments ». Pour lui, qu'est-ce qu'un vrai bon sentiment ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Un vrai bon sentiment, c'est une politique qu'on peut mettre en oeuvre et qui a des effets concrets, immédiats, visibles, mesurables par la population. C'est aussi simple que cela. On nous demande souvent « le macronisme, c'est quoi ? » Le macronisme, c'est décider. C'est décider de rompre avec ce qu'on a fait en France depuis de trop nombreuses années, à savoir avoir un traitement que l'on pense humain de la question migratoire. Or, quand on parque des familles avec des enfants en bas âge dans des chambres d'hôtel pendant deux, trois, quatre années, ce n'est pas cela avoir un traitement humain de la question migratoire. Ce n'est pas cela intégrer. Donc c'est à la fois être humain dans les décisions que nous prenons, respecter la tradition de l'accueil et la tradition d'asile de la France et, en même temps, être honnête et être ferme sur les personnes qui n'ont pas vocation à rester sur le territoire et pouvoir les reconduire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La philosophie du « en même temps ».

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, c'est une ligne de crête. C'est une ligne de crête. Mais vous savez Jean-Pierre ELKABBACH, cette situation est trop difficile et c'est trop sérieux pour avoir une pensée binaire sur le sujet disant : « On ouvre les frontières à tout bout de champ » ou, au contraire, « on ferme le tout et, vous verrez, ce sera zéro ».

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce n'est pas « ou ça ou ça », c'est « ça et ça », voilà.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est en même temps. On assume à la fois d'être dans l'humanité et dans la fermeté.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Après-demain, le président de la République va se rendre à Sandhurst, je crois que c'est au sud de Londres. Est-ce qu'il va demander à madame Theresa MAY de renégocier les Accords du Touquet ?

BENJAMIN GRIVEAUX
La discussion sur la renégociation des Accords du Touquet est importante. D'abord sur les moyens financiers que consacre la Grande-Bretagne puisqu'il y a une part financière évidemment qui doit être discutée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce matin, est-ce que vous dites : la Grande-Bretagne, l'Angleterre paiera ?

BENJAMIN GRIVEAUX
L'Angleterre, en tout cas, doit assumer les responsabilités qui ont été celles, suite aux Accords du Touquet, qu'a acceptées la France d'avoir à Calais une frontière. Cela a un coût financier et il est normal que la Grande-Bretagne puisse y participer pleinement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous attendez des aménagements peut-être pas la renégociation, mais en même temps que l'Angleterre de madame Theresa MAY paye davantage. Mais jusqu'à quand la frontière pour les Anglais sera à Calais ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Une discussion franche et sincère sur la question. Elle est de nature financière mais pas uniquement. Elle peut être aussi de nature légale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Mais quelles garanties va demander par exemple le président de la République pour…

BENJAMIN GRIVEAUX
Les discussions auront lieu dans quarante-huit heures, donc laissons les discussions se faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais comme vous savez tout et vous répondez à tout, quelles garanties peut demander le président de la République pour, par exemple, les mineurs isolés dont ne veut pas Londres ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est l'un des sujets importants en plus de la question financière.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les compensations financières, vous l'avez dit. Ce matin, la ministre de la Justice Nicole BELLOUBET va visiter la prison de Vendin-le-Vieil dans le Pas-de-Calais qui est en ébullition. Les gardiens ont promis hier soir, ce matin, ils le répètent, un accueil glacial, un boycott et au-delà un blocage de toutes les prisons de France. Est-ce que c'est normal ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord la bonne attitude à avoir, c'est de rester dans le dialogue, et donc il est bien que Nicole BELLOUBET puisse se rendre sur place. Je souhaite qu'elle puisse rencontrer les organisations syndicales, les gardiens de prison pour parler. Parce que quand on arrête de se parler, c'est la fin de l'histoire. Là, elle va pouvoir avoir un échange direct. Il y a des choses qui ont été mises en place dès la loi de finances qui a été votée avant la trêve de Noël, donc avant cet événement dramatique qui s'est passé à la prison. C'est l'augmentation d'un budget pendant les trois prochaines années de 3 à 5 % par an, notamment pour les personnels pénitentiaires. Mais c'est surtout l'annonce qu'a faite hier le président de la République d'un plan pénitentiaire global parce que, à nouveau, ce n'est pas simplement une question budgétaire, la question de la pénitentiaire en France. C'est la construction de 15 000 places de prison supplémentaires, c'est aussi la multiplication des peines alternatives à l'enfermement qui peuvent être le bracelet électronique, les travaux d'intérêt général, qui permettent 1 : de désengorger les prisons, 2 : d'avoir un climat plus apaisé dans les prisons et 3 : peut-être aussi d'avoir moins de récidivistes et plus de réinsertion.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ça se fait progressivement, pas d'un coup.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça se fait progressivement mais il faut bien commencer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un plan global d'ici à la fin février, c'est ce qu'a dit le président MACRON.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On peut le réécouter.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Je me suis exprimé devant la Cour européenne des Droits de l'homme pour dire combien la situation des prisons en France était indigne. Indigne, ce taux d'occupation de 139 %. Indignes les matelas au sol. Indignes les conditions de travail des personnels pénitentiaires. Pour autant, cette surpopulation est un symptôme et je ne veux pas d'une réforme qui ne cherche qu'à faire tomber la fièvre plutôt qu'à s'attaquer à la maladie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous allez créer des prisons et des places dans les prisons. Est-ce que vous irez jusqu'à privatiser les prisons pour la construction, la gestion, et cætera ? Associer le privé et le public.

BENJAMIN GRIVEAUX
Le sujet pour l'instant n'est pas sur la table. Le sujet, c'est d'abord de pouvoir avoir une baisse de la pression dans les prisons et qui est liée en partie, en grande partie au fait que vous avez un nombre de détenus trop important dans certaines cellules et qui fait que ça crée de la tension entre les détenus et donc de la tension vis-à-vis des personnels pénitentiaires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est vrai qu'ils travaillent dans des conditions difficiles, dans des conditions précaires.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ils travaillent dans des conditions difficiles et regardez les expérimentations qui sont conduites. La semaine dernière, beaucoup ont raillé notamment dans nos oppositions - oppositions de droite - le fait que des téléphones fixes puissent être installés dans les cellules. L'expérience a été conduite dans une prison. C'est 31 % de délinquance en moins dans la prison notamment parce qu'on supprime le trafic de téléphones portables. C'est le lien gardé avec la famille.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais ce n'est pas ça qui va résoudre tous les problèmes qu'on connaît.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous n'avez pas de baguette magique, il n'y a pas de solution unique. C'est un ensemble de mesures.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mesure après mesure additionnée.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est le « en même temps » à nouveau.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Parce qu'il y a les tensions, il y a les menaces, il y a des violences dont se plaignent eux-mêmes les surveillants. On en écoute un.

PIERRE, SURVEILLANT AU CENTRE PENITENTIAIRE DE MEAUX-CHAUCONIN
Avec la surpopulation, quand on ouvre une porte de cellule et que vous vous retrouvez nez à nez avec quatre détenus, que vous êtes seul et que vous n'aviez rien mis à part votre moyen de communication, c'est-à-dire votre talkie-walkie, ça devient extrêmement compliqué. C'est une véritable poudrière. C'est des agressions qui sont quotidiennes, c'est des insultes, des menaces auxquelles l'administration n'a aucune réponse et la justice encore moins, malheureusement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et maintenant, ils ont en même temps, pour vous faire plaisir, la pression des djihadistes soit qui sont là et déradicalisés, soit qui vont arriver et qui vont être emprisonnés.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui. Enfin qui ne sont pas la majorité des quelque 65 000 ou 70 000 prisonniers que nous avons dans le pays et détenus. Mais j'entends ce que dit ce gardien de prison : quand vous êtes à quatre dans une cellule, quel est le projet de réinsertion que vous pouvez construire ? Quelle est la probabilité que vous soyez récidiviste ? Elle est importante parce que c'est aussi la meilleure école pour apprendre à former aux crimes et aux délits une fois sorti de prison. Donc c'est l'ensemble de cette politique qui doit être remise en cause et qui doit être remise à plat. La France est classée depuis vingt ans à la remorque des pays européens pour les conditions de détention. Le pays des Droits de l'homme, c'est aussi celui qui respecte les droits des détenus et qui permet aux personnels pénitentiaires de travailler dans des conditions qui soient acceptables.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les changements et la dignité des prisons, peut-être une cause nationale aujourd'hui en France. Mais les gardiens réclamaient le départ du directeur de la prison, ils l'ont obtenu. Une démission sans doute forcée. Jusqu'où on peut leur céder aussi ? Parce que leur comportement : ils ne doivent pas devenir des agents du désordre public.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ils ne sont pas des agents du désordre public. Je comprends la colère qui s'est exprimée. Moi, je souhaite que le dialogue puisse se rétablir et que, vis-à-vis de la garde des Sceaux qui se rend dans la prison ce matin, elle puisse y être accueillie. Que l'accueil soit franc et direct, c'est normal, mais que le dialogue puisse établir me paraît être la moindre des choses.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Question importante. Salah ABDESLAM, le seul survivant terroriste djihadiste des attentats de Paris, devait être bientôt incarcéré à Vendin-le-Vieil.

BENJAMIN GRIVEAUX
Dans le cadre du procès.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. Est-ce qu'il faut le changer de prison.

BENJAMIN GRIVEAUX
1 : D'abord, il faut qu'il accepte le procès, donc cet élément-là tant qu'il n'a pas accepté le procès, il est inutile de le déplacer. Deuxièmement, je rappelle que dans cette prison il y a des cellules qui sont dédiées pour les prisonniers de ce type-là, avec une vidéosurveillance 24 heures sur 24 et avec des cellules dédiées.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. Mais il va à Vendin-le-Vieil ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne sais pas s'il va à son procès. S'il va à son procès, il ira à Vendin-le-Vieil.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans cette même prison. On ne le change pas de prison. Notre-Dame-des-Landes ou Nantes Atlantique ? La décision approche, je ne vous demande pas la date. Je ne vous demande pas la date mais quelle que soit la décision sur l'aéroport, la ZAD sera évacuée. Comment vous la préparez pour qu'elle ait lieu sans drame et, j'ai envie de dire, proprement ?

BENJAMIN GRIVEAUX
1 : Personne n'a envie qu'il y ait un drame de quelque nature qu'il soit une fois que la décision aura été rendue du choix de faire soit Notre-Dame-des-Landes soit l'extension. Une chose est sûre, c'est que si à Notre-Dame-des-Landes il faut évacuer la ZAD pour les besoins de la cause et que si on fait Nantes Atlantique, il n'y a plus de raison pour les zadistes de rester à Notre-Dame-des-Landes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De toute façon, zadistes dehors !

BENJAMIN GRIVEAUX
Et donc de rétablir l'Etat de droit sur cette zone-là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment ? Comment ? C'est-à-dire même s'il y a des risques ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Le Premier ministre a engagé des concertations. Je crois qu'il est à plus d'une centaine de concertations, il y était encore ce week-end. 1 : Il y a des opposants qui sont des opposants pacifiques, qui sont des opposants au projet mais qui considéreront que la règle de droit devra s'appliquer et ceux-là, nous arriverons à les faire partir. Et puis vous avez des irréductibles, vous avez des gens qui sont radicalisés, qu'on évalue à quelques dizaines, peut-être une centaine. Ceux-là, il faudra l'emploi proportionné des forces de l'ordre pour les faire partir s'ils refusent de partir. L'Etat de droit doit pouvoir s'appliquer partout en France.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Proportionnel. Ça dépend de la dimension de la résistance. Quelques questions économiques. Bercy répète qu'il n'y aura pas d'augmentation des impôts pendant le quinquennat, quand il y aura de vraies baisses d'impôts ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, aucun impôt supplémentaire dans le quinquennat. Ce n'est pas qu'on le répète, c'est l'engagement que nous avons pris, c'est ce qui a été voté, c'est le projet de loi d'orientation des finances publiques, c'est baisse d'impôts.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les vraies baisses d'impôts ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Un, il y a des baisses de cotisations, c'est dans 15 jours, premières fiches de paie, les salaires nets vont augmenter. Taxe d'habitation, ce sera en octobre, puisque vous aurez, pour ceux qui payent la taxe d'habitation, 30 % de taxe d'habitation en moins.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eric WOERTH dit « le coût de vos mesures, suppression et baisse de la taxe d'habitation, c'est 8,5 milliards, où vous allez les trouver ? » répondez-lui.

BENJAMIN GRIVEAUX
Cette année c'est 7 milliards, vous avez 7 milliards sur les cotisations et 3 milliards sur la taxe d'habitation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Où les trouvez-vous ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vais faire une confidence à Eric WOERTH. Quand on fait des économies on peut baisser les impôts, ça c'est un choix politique, et donc on assume de faire des économies, et les économies nous les faisons sur tous les textes qu'Eric WOERTH n'a pas votés, sur les questions du logement, sur la question, là qui est engagée, la discussion que Muriel PENICAUD a engagée sur la formation professionnelle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous dites l'Etat n'augmentera pas la charge fiscale…

BENJAMIN GRIVEAUX
L'Etat n'augmentera pas les impôts parce qu'on va faire, en France, un exercice qu'on n'a jamais fait, c'est qu'on va baisser les impôts d'un côté, sans les augmenter de l'autre. On ne va pas prendre dans la poche de l'un pour remplir la poche de l'autre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, d'accord, ça c'est le gouvernement, il faut tenir les promesses, mais si les collectivités locales, qui ont des difficultés parce que les dotations sont réduites, augmentent les impôts, qu'est-ce que vous ferez à ce moment-là ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors, à nouveau, 13 milliards de baisse de dépenses des collectivités locales… les dépenses des collectivités locales, c'est 13 milliards de dépenses en moins, elles vont quand même augmenter de 1,2 % par an.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire… augmenter, dans certains cas, les impôts.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, 99 % des collectivités locales ne sont pas concernées par ces fameux 13 milliards, je rappelle que ce sont les 300 plus grandes collectivités du pays avec lesquelles on a contractualisé. Peut-être que les collectivités locales… vous savez, j'ai été élu local, vous pouvez faire, dans vos collectivités, l'effort que l'Etat porte lui aussi sur ses grandes politiques, les réinterroger, et peut-être, pour certaines, réduire la voilure. Parce que, les compétences ont changé, parce que vous n'avez pas forcément besoin d'avoir, je prends un exemple très concret, une agence de développement économique dans chaque ville de ce pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le journal Le Monde présente hier l'enquête de l'OFCE sur les effets de votre politique économique et fiscale sur le pouvoir d'achat des Français. A terme, à terme, les réformes profiteraient à presque tous les Français, mais les plus riches sont ceux qui en profiteront les premiers. Est-ce que, je ne vais pas reprendre la question, le macronisme c'est d'abord les riches, peut-être la richesse du pays, mais d'abord les riches ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non mais, je vais contester l'étude de l'OFCE sur deux points. Un, les hypothèses ne sont pas celles du gouvernement et nous ne les partageons pas, pour une raison très simple, c'est qu'ils considèrent que tout cela se fait à périmètre constant, que quand vous augmentez la fiscalité sur le tabac, les gens consomment autant de tabac, quand vous augmentez la fiscalité sur le diesel, les gens consomment autant de diesel. La preuve a été faite par le passé que quand le prix du tabac augmente, la consommation baisse, donc ça c'est la première chose. Et la deuxième chose c'est les oublis, parce qu'il y a des oublies, il y a des oublis coupables. Quand on augmente le chèque énergie de 420 à 600 millions, ce n'est pas pris en compte, quand on supprime les mutuelles étudiantes de 100 millions, ce n'est pas pris en compte, quand on fait le complément familial, l'allocation pour le supplément familial ce n'est pas pris en compte…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'argument vous touche !

BENJAMIN GRIVEAUX
L'argument me touche parce que je suis, moi, pour un débat, pour qu'on parle des choses de manière éclairée, et sereine, et objective, et donc…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez l'impression qu'on triche là.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je conteste que ce ne soit pas… l'OFCE annonce -0,6 % de pouvoir d'achat pour les 5 % de Français les moins aisés, c'est, au contraire, 1 % de pouvoir d'achat en plus pour les 5 % de Français les plus modestes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A plus long terme.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, cette année, pas à plus long terme, cette année.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Autre chose. Alain JUPPE a annonc qu'il ne paiera pas en 2018, comme d'ailleurs en 2017, ses cotisations au Parti Républicain, son parti, « je prends du recul » dit-il. Est-ce que ce matin vous lui tendez la main, ou les bras ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, Alain JUPPE n'a pas besoin qu'on tende les bras, il fera les choix…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, non, mais ça c'est…

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, non, mais il fera les choix, ce n'est pas à nous de tendre les bras. Vous savez qu'on a vocation, nous, à… on est sans doute le premier gouvernement qui, plutôt que réduire sa base politique depuis qu'il exerce la charge publique, l'élargit, eh bien nous élargissons encore la base politique du mouvement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, d'accord, mais on voit bien qu'Alain JUPPE est « En Marche » pour sortir de son parti.

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous poserez la question à Alain JUPPE.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous dites il serait bienvenu, En Marche, parmi nous ?

BENJAMIN GRIVEAUX
A nouveau, je n'ai pas le sentiment qu'Alain JUPPE veuille rejoindre En Marche, ce que je sais c'est qu'il est en désaccord profond avec Laurent WAUQUIEZ sur des sujets qui sont identitaires, structurants, pour la droite française, pour une partie de la droite française…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le Front national, l'Europe.

BENJAMIN GRIVEAUX
Le Front national, l'Europe, ce sont des choses importantes. Moi, le sentiment que j'ai c'est que peut-être à force d'écouter Sens Commun, Les Républicains deviennent moins un parti politique qu'une chapelle aujourd'hui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah oui, vous dites ça, c'est une mauvaise nouvelle pour Laurent WAUQUIEZ, ce qui se passe… ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, il a fait ses choix, il assume ses choix, il a, à mon avis, un socle qui n'est pas l'histoire de la droite française, et un socle réduit à une portion de la droite française.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alain JUPPE peut-être pas chez les Constructifs, s'il en reste, mais peut-être au parti Agir, sans aller à En Marche.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais Alain JUPPE a toujours fait preuve d'une grande liberté et je suis sûr qu'il l'exercera encore de nombreuses années.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, est-ce que vous prévoyez un nouveau rapprochement MACRON/JUPPE ? Allez-y, allez-y…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, Alain JUPPE c'est un homme libre, et donc il n'a pas à donner des gages à quiconque, il s'exprimer en liberté, et ma conviction c'est que sur les sujets structurants il est en désaccord avec Laurent WAUQUIEZ, que ce soit sur la question de l'identité, de l'Europe, du modèle économique et social, et de la relation avec le Front national.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je ne vais pas dire qu'il pourrait faire une bonne tête de liste pour les élections européennes, non, peut-être un successeur de JUNCKER ou peut-être, à nouveau, en 2020…

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vous que vous ne manquez pas d'imagination de bon matin.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce que vous en avez, et dans votre parti, avec votre président, et je sais que vous anticipez beaucoup. Une dernière remarque. D'abord, dans votre nouveau rôle de porte-parole vous vous plaisez ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, beaucoup.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce que ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est très différent de Bercy. Je me plais beaucoup parce que c'est un travail qui oblige à mettre en cohérence l'ensemble des politiques du gouvernement, et puis à faire un travail très collectif avec tous mes collègues ministres, donc c'est très agréable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que quelquefois Benjamin GRIVEAUX n'a pas envie de porter la vraie parole de Benjamin GRIVEAUX ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous savez, je porte la parole de l'ensemble des membres du gouvernement et c'est beaucoup plus agréable que de porter sa seule parole, parce que je ne crois pas aux aventures individuelles en politique, il n'y a que les aventures collectives qui mènent, en règle générale, à des succès.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les voix personnelles c'est aussi intéressant de les entendre, et je sais qu'on peut entendre la vôtre. Merci d'être venu.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonne journée et demain je recevrai un des leaders de la droite, le président des Républicains au Sénat, Bruno RETAILLEAU.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 janvier 2018

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