Déclaration de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec France 2 le 16 janvier 2018, sur la politique d'immigration et sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec France 2 le 16 janvier 2018, sur la politique d'immigration et sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti :

CAROLINE ROUX
Bonjour Gerard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Nous allons parler du projet de loi, nous allons parler de la visite du président à Calais. Mais d'abord, ce matin, vous arrivez avec des chiffres, les chiffres de l'immigration en France. Est-ce que la France est un pays plus fermé ?

GERARD COLLOMB
Je dirais le contraire, si vous voulez, lorsqu'on regarde aujourd'hui les chiffres de demandes d'asile en Europe, on s'aperçoit que par rapport à l'année dernière, l'Europe a vu baisser la demande d'asile de moitié. Or, nous, nous continuons à augmenter, puisqu'il y a eu 100.000 demandes d'asile cette année, c'est-à-dire une augmentation de plus 17 %. Donc ça veut dire que nous sommes un pays de rebond, après être allée dans d'autres pays, les gens viennent en France, et donc c'est une difficulté évidemment pour nous.

CAROLINE ROUX
Avec des chiffres de retours forcés qui augmentent aussi ?

GERARD COLLOMB
Oui, bien sûr. Nous avons décidé de pouvoir faire en sorte que celles et ceux qui avaient le droit à l'asile puissent rester, mais que les autres puissent être reconduits, et ça sera d'ailleurs toute la problématique de la loi, c'est-à-dire essayer de réduire les délais, de manière à ce qu'on puisse dire en six mois qui a le droit de rester en France et va s'insérer dans la société française, et qui doit être reconduit aux frontières.

CAROLINE ROUX
Est-ce que ces chiffres marquent une rupture avec ce qui a toujours été fait avant, en tout cas, au moins par vos prédécesseurs ?

GERARD COLLOMB
On va dire que sur les grandes lignes, on reste sur la même chose, c'est-à-dire, on reste sur : on accorde effectivement le droit d'asile à celles et ceux qui sont menacés, menacés pour des raisons ethniques, religieuses, politiques, qui sont sur des théâtres de guerre, mais en même temps, celles et ceux qui viennent pour des raisons économiques, on les éloigne, sauf que, si vous voulez, le système dysfonctionnait. Et donc, nous le réparons, nous le remettons en marche, et donc il va pouvoir fonctionner de manière équilibrée, à la fois accueillir ceux qui y ont droit, et puis en même temps, éloigner ceux qui n'ont pas droit à l'asile.

CAROLINE ROUX
Avec des chiffres qui concernent les frontières et les demandeurs d'asile et les migrants illégaux plutôt, qui sont repoussés à la frontière, là aussi ?

GERARD COLLOMB
Oui, bien sûr, qui ne sont pas admis en France, c'est 85.000. Alors, voyez, si on fait l'addition…

CAROLINE ROUX
Ça veut dire, c'est beaucoup 85.000 ?

GERARD COLLOMB
Si on fait l'addition, 90.000 demandes d'asile, plus 85.000 qui ne sont pas admis aux frontières, on fait l'addition, c'est, voilà, une ville pratiquement de 200.000 personnes. Qui peut penser aujourd'hui qu'on peut insérer, de manière digne, 185.000 personnes ? C'est totalement impossible ! Donc cela veut dire qu'il faut mener cette politique équilibrée : accueillir bien celles et ceux qui vont rester en France, et puis, éloigner les autres.

CAROLINE ROUX
Il y en a certains qui pourraient considérer qu'on pourrait accueillir davantage, vous avez par exemple Benoît HAMON qui pense que vous moissonnez sur la peur de l'étranger. Julien DRAY, qui évoque des rafles que vous organisez, cette fois, dans les centres d'accueil…

GERARD COLLOMB
Oui, mais si vous voulez, Julien DRAY, par exemple, qui évoque la seconde guerre mondiale en parlant de rafles, le CRIF a dénoncé son propos que, évidemment, cela n'avait rien à voir, et que c'était honteux de s'exprimer comme cela.

CAROLINE ROUX
Mais sur ce sujet, vous avez retrouvé une opposition de gauche de la part de vos anciens camarades du Parti socialiste, qui trouvent que ce texte-là n'est pas du tout équilibré ?

GERARD COLLOMB
Oui, oui, celles et ceux, si vous voulez, qui ont été incapables de traiter ce problème au cours des cinq, six dernières années. Et d'ailleurs…

CAROLINE ROUX
Ils n'ont pas de leçons à vous donner !

GERARD COLLOMB
C'est une raison de leur chec.

CAROLINE ROUX
Ils n'ont pas de leçons à vous donner, c'est ça que vous dites ce matin ?

GERARD COLLOMB
Ce n'est pas qu'ils n'ont pas de leçons, c'est que, ils ont échoué sur ce sujet. Nous, nous essayons de réussir.

CAROLINE ROUX
Parce que certaines voix, comme celle de Laurent BERGER par exemple, qui n'était pas pour le coup dans le précédent gouvernement, naturellement, le patron de la CFDT, il dit : tout ça, manque d'humanité ; vous les entendez ces critiques-là…

GERARD COLLOMB
Non, non, si vous voulez, cela ne manque pas d'humanité, bien sûr que j'entends ces voix, quelle est la problématique ? C'est que, aujourd'hui, on accueille beaucoup, mais par contre, on insère peu, voyez, les cours de français que l'on donne, c'est ridicule. La formation professionnelle, il n'y en a pas, il n'y a pas de droit au logement, et donc on accueille, mais on maintient les gens dans la marginalité. Nous, on veut effectivement qu'ils puissent s'insérer dans la société française, en partager les valeurs, parce que c'est tout à fait fondamental.

CAROLINE ROUX
Gérard COLLOMB, ça vous agace ces critiques sur le manque d'humanité de ce texte-là ?

GERARD COLLOMB
Non, non, pas du tout…

CAROLINE ROUX
Non ? Pas du tout ?

GERARD COLLOMB
Nous essayons de suivre notre chemin. Vous savez, moi, il y a seize ans que je gère une grande ville, avant d'être ministre de l'Intérieur…

CAROLINE ROUX
Oui, ce n'est pas pareil, ce n'est pas pareil quand même…

GERARD COLLOMB
Ce n'est pas pareil, vous croyez que, à Lyon, à Vénissieux, à Vaulx-en-Velin, nous n'avons pas ce genre de problèmes, si, nous les avons toujours gérés avec, à la fois efficacité, mais en même temps, volonté d'humanité, et faire en sorte que les gens puissent vivre ensemble, non pas qu'on vive côte à côte, et que demain, on vive face à face.

CAROLINE ROUX
Vous serez en déplacement à Calais aux côtés du chef de l'Etat. Est-ce que le problème est réglé à Calais ? Est-ce que vous diriez que le problème est réglé ce matin, alors qu'on sait que…

GERARD COLLOMB
Mais si vous voulez, lorsque l'on compare par rapport à la jungle, où il y avait 7, 8.000 personnes, aujourd'hui, nous réussissons à maintenir à 350, 400 migrants. Donc on va dire qu'on n'est pas dans les mêmes conditions. Par contre, ils veulent toujours aller en Angleterre, parce que ce ne sont pas des gens qui veulent venir s'installer en France, c'est des gens qui veulent monter dans les camions aller donc dans le tunnel, ou bien sur les bateaux, pour pouvoir aller en Angleterre…

CAROLINE ROUX
Ça a toujours été le cas à Calais ?

GERARD COLLOMB
Bien sûr.

CAROLINE ROUX
Et c'est le cas aujourd'hui à Ouistreham, le problème, est-ce qu'on ne l'a pas déplacé ?

GERARD COLLOMB
Oui, c'est plus petit, si vous voulez, à Ouistreham, vous avez à peu près 80, 100 personnes, donc ce n'est pas du même… je dirais du même nombre…

CAROLINE ROUX
Du même ordre…

GERARD COLLOMB
Du même volume que ce qui se passe aujourd'hui sur Calais.

CAROLINE ROUX
Natacha BOUCHART, la maire de Calais, vous demande un renforcement des forces de l'ordre. Elle parle d'une population épuisée, elle évoque 4 à 600 migrants qui sont dans le délit permanent, voilà ce qu'elle dit. Est-ce que vous accordez un renforcement des forces de l'ordre ?

GERARD COLLOMB
Eh bien, si vous voulez, nous avons déjà pratiquement sept unités mobiles qui sont, mobilisées sur Calais, donc qui font un travail difficile, et le président de la République le dira. Non, lorsque je regarde Calais de manière objective, je vois bien les difficultés, mais je vosi aussi une reprise économique, le commerce qui reprend, les transports qui reprennent. Donc voilà, nous allons aller, avec le président de la République, jeudi, à Londres, et nous allons parler de Calais précisément, et des problèmes d'immigration…

CAROLINE ROUX
Et des accords du Touquet…

GERARD COLLOMB
Pour demander à nos amis britanniques qu'ils puissent aller plus loin dans les accords qui ont été passés effectivement au Touquet, qu'ils reprennent un certain nombre de migrants, surtout, qu'ils aident Calais à se développer, faire en sorte par exemple qu'un certain nombre d'aménagements, qui sont prévus par le maire, puissent être financés par la Grande-Bretagne.

CAROLINE ROUX
Pourquoi le feraient-ils ?

GERARD COLLOMB
Simplement parce qu'ils y ont un intérêt, vous voyez, Calais, c'est un quart de leur commerce qui passe par Calais. Donc ils ont intérêt à ce que les choses marchent bien.

CAROLINE ROUX
Vous avez évoqué les forces de l'ordre, on va évoquer les associations maintenant. Emmanuel MACRON rencontrera les associations qui aident les migrants, deux d'entre elles vont boycotter cette rencontre, et elles ne veulent pas rencontrer le président, elles s'insurgent contre la circulaire du 12 décembre, mais aussi contre les violences des forces de police qui détruisent et gazent les duvets de migrants, qui détruisent les tentes, est-ce que ce sont vos consignes ?

GERARD COLLOMB
Alors, si vous voulez, je m'inscris en faux contre ces affirmations, et personne n'a pu le montrer, on l'a dit, mais on ne l'a jamais montré. Il y avait une association internationale qui avait dit cela, moi, j'ai demandé à une Inspection générale de l'administration, et l'Inspection générale de l'administration a conclu qu'il avait pu y avoir quelques dérapages individuels, mais que les forces de police dans leur généralité étaient dans un respect fort de la déontologie, et c'est eux qui, très souvent, sont en train de séparer des affrontements entre les différents clans de migrants, c'est-à-dire qu'ils protègent plutôt qu'ils ne détruisent.

CAROLINE ROUX
Si c'était le cas, ça serait sanctionné ?

GERARD COLLOMB
Ce serait inadmissible et sanctionné.

CAROLINE ROUX
Juste, il y a eu un séminaire sur La République En Marche hier autour du thème de l'immigration et du projet de loi immigration, qui a créé quelques crispations au sein…

GERARD COLLOMB
Non, je ne crois pas, j'étais avec…

CAROLINE ROUX
Pas de crispations ?

GERARD COLLOMB
J'étais avec le président FERRAND hier, nous en avons discuté beaucoup, j'étais avec CASTANER, et il n'y avait pas de problèmes du tout…

CAROLINE ROUX
C'est réglé ?

GERARD COLLOMB
Non, je crois que nous sommes tous sur la même position, efficacité et humanité. C'est ce qu'il y aura dans le texte de loi.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous êtes prêt techniquement à évacuer la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, le président prendra sa décision dans les prochaines semaines…

CAROLINE ROUX
Mais vous, en tant que ministre de l'Intérieur, vous êtes prêt ?

GERARD COLLOMB
Eh bien, évidemment, nous sommes toujours prêts à pouvoir maintenir partout l'ordre républicain, oui.

CAROLINE ROUX
Non, tout le monde considère que c'est une intervention compliquée, ça a laissé certains traumatismes, notamment la mort de Rémi FRAISSE, c'était le barrage de Sivens, ça n'est pas Notre-Dame-des-Landes, mais votre prédécesseur a été très marqué par cet épisode-là, est-ce que vous avez ça à l'esprit lorsque vous évoquez l'évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ?

GERARD COLLOMB
Oui, bien sûr que j'ai cela à l'esprit, mais en même temps, j'ai l'action d'un autre préfet, mais c'est parce que j'appartenais à cette génération, voyez, il y avait un préfet de police en 1968 où il y avait des événements d'une autre gravité, qui s'appelait monsieur GRIMAUD, et qui avait géré ça avec beaucoup de maîtrise. Donc il faut gérer ce genre de crise avec beaucoup de maîtrise.

CAROLINE ROUX
Quelle que soit la décision du président de la République et du Premier ministre, la ZAD sera évacuée, Gérard COLLOMB ?

GERARD COLLOMB
Elle sera en tout cas évacuée des éléments les plus radicaux, mais ce que nous voulons, c'est lui donner surtout un autre avenir, et à toute une série de gens qui ont des projets sur la ZAD, donc qui sont prêts, le cas échéant…

CAROLINE ROUX
Qui ont vocation à rester…

GERARD COLLOMB
A pouvoir faire autre chose.

CAROLINE ROUX
Comme on l'avait fait dans le Larzac, pourquoi pas ? C'est ça ?

GERARD COLLOMB
Pourquoi pas.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Gérard COLLOMB


source : Service d'information du Gouvernement, le 17 janvier 2018

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