Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec France 2 le 17 janvier 2018, sur la politique économique du gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec France 2 le 17 janvier 2018, sur la politique économique du gouvernement.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :

CAROLINE ROUX
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Caroline ROUX.

CAROLINE ROUX
Alors, il y a – c'est vrai – des bonnes nouvelles, mais il n'y a pas que des bonnes nouvelles dans l'actualité ce matin, la France fait moins d'enfants. Le nombre de naissances baisse pour la troisième année consécutive, c'est la fin de l'exception française. Est-ce que ça inquiète le ministre de l'Economie ?

BRUNO LE MAIRE
Non, il n'y a pas d'inquiétude à avoir, mais je pense que nous avons toujours eu une politique familiale qui permettait aux familles d'élever leurs enfants et de travailler en même temps, donc je crois que c'est le cap qu'il faut garder, avoir une politique familiale qui permette à la fois d'élever ses enfants et de travailler en même temps.

CAROLINE ROUX
Mais dans ce contexte, vous êtes toujours favorable à la fin de l'universalité, on va le dire comme ça, des allocations familiales, c'est ce que vous aviez évoqué un instant ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne crois pas que ce soit la priorité, en tout cas, ce genre de proposition n'a de sens que dans le cas d'une refonte globale de la politique familiale. Il faut regarder tous les aspects, il faut regarder à la fois les allocations, il faut regarder aussi ce qui peut être fait en matière d'imposition, de seuils, enfin, il y a beaucoup de choses qu'il faut regarder à la fois pour avoir une vision globale…

CAROLINE ROUX
C'est une position que vous avez souvent défendue, c'est pour ça que je vous en parle ce matin…

BRUNO LE MAIRE
Oui, parce que c'est une position de justice, c'est-à-dire qu'il est normal qu'on aide davantage ceux qui ont les revenus les plus faibles pour qu'ils puissent avoir des enfants tout en continuant à travailler, ça me paraît une position de justice, mais ça ne peut être fait que dans le cadre d'une appréciation globale de la politique familiale.

CAROLINE ROUX
En tout cas, cet indicateur, vous considérez qu'il faut le prendre au sérieux, la baisse de natalité ?

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr. Bien sûr, parce que c'est une force de la France d'avoir une démographie qui est dynamique.

CAROLINE ROUX
Alors, je le disais, des bonnes nouvelles, vous avez annoncé une bonne nouvelle pour l'économie, une croissance à 2 %, est-ce que c'est encore juste un indice ou est-ce que les Français le voient dans leur vie de tous les jours, que ça repart, ça reprend ?

BRUNO LE MAIRE
C'est une bonne nouvelle, 2 % de croissance, sans doute que nous ferons mieux aussi en 2018 que ce qui était prévu dans le projet de loi de Finances, mais c'est un point de départ, c'est un point de départ pour transformer en profondeur l'économie française, et que les gens le voient dans leur vie quotidienne, aujourd'hui, les gens ne le voient pas encore, j'en ai parfaitement conscience.

CAROLINE ROUX
Quand est-ce qu'ils le verront ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, ils le verront tout au long des prochains mois, ils vont le voir déjà la fin de ce mois-ci, sur leurs feuilles de paie, parce que les charges vont baisser, le salaire net sera plus important. Fin 2018, chacun va voir qu'avec la suppression d'une partie de la taxe d'habitation, c'est 200 euros en moyenne qui va être rendu à chaque ménage. Il faut continuer à aller dans cette direction, c'est-à-dire, plus de travail, plus d'emplois, et du coup, plus de revenus pour les Français. J'ajoute que cette croissance, elle nous donnera aussi des recettes fiscales supplémentaires…

CAROLINE ROUX
Six milliards ?

BRUNO LE MAIRE
Six milliards cette année…

CAROLINE ROUX
Vous en faites quoi ?

BRUNO LE MAIRE
Donc c'est une bonne chose. Je ne veux décevoir personne, mais la ligne qui a été fixée par le Premier ministre est claire, et je tiens à la rappeler, les recettes fiscales supplémentaires, elles iront en priorité au désendettement de la France. Et j'y suis très attaché. Parce que la dette, c'est un poison lent pour notre pays. Il faut la rembourser. Les taux d'intérêt peuvent augmenter à la fin de l'année 2018, s'ils augmentent d'un point, c‘est trois milliards d'euros qu'on claque comme ça, qui partent en fumées, uniquement pour rembourser les intérêts…

CAROLINE ROUX
Ça veut dire qu'on n'a pas besoin de faire les réformes structurelles ?

BRUNO LE MAIRE
Ça veut dire qu'il faut faire les réformes structurelles…

CAROLINE ROUX
Mais pour l'instant, on ne les fait pas !

BRUNO LE MAIRE
Si, bien sûr que si, enfin…

CAROLINE ROUX
Ah bon ?

BRUNO LE MAIRE
La réforme fiscale que nous avons votée l'année dernière, c'est une vraie transformation…

CAROLINE ROUX
Je pense par exemple à la baisse du nombre de fonctionnaires qui avait été annoncée par le président de la République, 120.000…

BRUNO LE MAIRE
Mais nous continuerons dans cette direction-là…

CAROLINE ROUX
Baisse de 1.600…

BRUNO LE MAIRE
Mais regardez attentivement ce qu'a déjà été fait, la réforme du code du travail, c'est du structurel, la réforme fiscale, qui permet de relancer l'économie, c'est du structurel. Le projet de loi sur lequel je travaille, ce sera aussi une transformation structurelle…

CAROLINE ROUX
La réforme de l'Etat, vous le savez bien, qui permet de dégager des économies ?

BRUNO LE MAIRE
Mais nous continuerons avec Gérald DARMANIN à poursuivre la transformation de l'Etat, réduire le nombre d'emplois publics, sans faire de purge, la ligne, elle est fixée, elle tient d'ailleurs en trois chiffres : 5, 3 et 1. 5 points de dette publique en moins, 3 points de dépenses publiques en moins, 1 point d'impôt en moins sur la durée du quinquennat, comme ministre de l'Economie et des finances, c‘est le cap que je tiendrai.

CAROLINE ROUX
Vous avez expliqué que les Français verraient très vite les résultats, les bons résultats de la croissance, sur leurs feuilles de paie, vous évoquiez ça à l'instant. Selon l'OFCE, cette année, les 5 % de Français les plus modestes devraient voir leur niveau de vie reculer de 0,6 % en moyenne, soit 60 euros par ménage, tandis que les 5 % des plus aisés verront leur niveau de vie augmenter de 1,6 %, soit 1.730 euros par ménage. Donc en fait, ça va mieux, ça reprend, mais ça ne sera pas pour tout le monde ?

BRUNO LE MAIRE
Si, ça doit être pour tout le monde.

CAROLINE ROUX
Mais qu'est-ce que vous évoquez…

BRUNO LE MAIRE
Ça doit être pour tout le monde…

CAROLINE ROUX
Comment vous réagissez à ces chiffres-là de l'OFCE ?

BRUNO LE MAIRE
Je réagis en disant que nous, nous avons fait un choix politique qui est très différent de celui des années passées. Le choix politique qui a été fait dans les années passées, c'est de dire : on redistribue, on redistribue, on redistribue. Et on ne se soucie pas de créer de l'activité, de soutenir les entreprises, de créer des emplois, moyennant quoi, qu'est-ce qu'on a ? Un taux de chômage très élevé, toujours plus de dépenses publiques, toujours plus d'impôts. Avec le président de la République, nous faisons un choix totalement différent, nous libérons les capacités de croissance des entreprises, oui, nous allégeons la fiscalité sur les entreprises, oui, nous baissons l'impôt sur les sociétés, oui, nous soutenons les PME, les TPE, les artisans, les commerçants. Mais au bout du compte, ça va donner quoi, Caroline ROUX ? Plus d'activité pour les entreprises, plus d'emplois, et du coup, plus de revenus pour ceux qui travaillent. Le travail va payer…

CAROLINE ROUX
Donc vous ne contestez pas ce rapport de l'OFCE ?

BRUNO LE MAIRE
Il y a quelques points techniques – je ne vais pas m'attarder trop là-dessus – qu'on peut contester, parce que je pense que, on ne tient pas assez compte de certaines mesures qui ont été prises, par exemple, le crédit d'impôt pour ceux qui emploient des personnes à domicile, ça veut dire toutes les personnes qui ne paient pas d'impôt sur le revenu, qui vont recevoir un chèque du Trésor Public, si elles emploient quelqu'un à domicile, voilà le genre de mesures dont on doit peut-être davantage tenir compte dans cette étude. Mais ce n'est pas le sujet. Le vrai sujet, c'est le choix stratégique qui a été fait, on crée des richesses avant de les redistribuer.

CAROLINE ROUX
Pas d'impôts nouveaux, c'est ce que vous avez dit récemment ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, et je vous le redis avec beaucoup de fermeté…

CAROLINE ROUX
Mais alors, le problème, c'est qu'il va falloir détailler un peu, est-ce que vous pensez qu'il faut rétablir, malgré tout, un lien entre les collectivités locales et l'impôt ? Là, on parle de la compensation de la suppression de la taxe d'habitation, il va falloir trouver un biais pour compenser ce manque à gagner pour les collectivités, est-ce que vous considérez qu'il faut un lien entre l'impôt et les collectivités, comme on l'entend beaucoup de la part des territoires ? Non ?

BRUNO LE MAIRE
Moi, je crois que surtout, ce qu'il faut, c'est qu'on baisse les impôts des Français. Moi, je veux bien, toutes ces histoires de liens, collectivités locales, impôts, bon, ce que je sais, c'est que la charge fiscale qui pèse sur les Français est trop lourde, et qu'elle est souvent injuste, moi, j'entends tous les cris partout sur la taxe d'habitation, vous la supprimez, c‘est scandaleux, les communes, elles ne s'en sortent pas, ceci-cela, mais ce qui est d'abord scandaleux, c'est une taxe d'habitation qui est injuste et incompréhensible. Donc nous allons la supprimer, je pense que c‘est une bonne nouvelle pour les Français, et une bonne nouvelle pour leur pouvoir d'achat…

CAROLINE ROUX
Le problème, c‘est que vous donnez le sentiment d'improviser les solutions de compensation…

BRUNO LE MAIRE
Non !

CAROLINE ROUX
Non ?

BRUNO LE MAIRE
Parce que, enfin, les 80 % qui vont être supprimés, enfin, la part qui va être supprimée pour 80 % des Français, elle est budgétée, elle est financée…

CAROLINE ROUX
Oui, il reste huit milliards et demi…

BRUNO LE MAIRE
Et les derniers résultats que nous avons obtenus sur le budget avec Gérald DARMANIN montrent que nous tenons bien les comptes publics. Ensuite, il reste huit milliards d'euros à trouver, huit milliards et demi, mais nous avons le temps de trouver les solutions, il y a plusieurs possibilités, continuer à baisser les dépenses publiques, affecter une part d'un impôt national, refondre la fiscalité locale ; voilà les trois pistes sur lesquelles on peut travailler, et on a le temps, pas de précipitation…

CAROLINE ROUX
Mais, je retiens que sur la question qui était posée, à savoir : est-ce qu'il faut un lien entre les territoires et, voilà, un lien avec les territoires, là-dessus, vous dites : ce n'est indispensable…

BRUNO LE MAIRE
Je dis que ce qui compte le plus pour moi, comme ministre des Finances, c'est qu'on baisse les impôts des Français.

CAROLINE ROUX
C'est dit ! On parle de l'immigration au lendemain de la visite du président de la République à Calais avec le projet de loi Immigration, vous avez réussi à réveiller l'opposition de gauche !

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, j'ai du mal à comprendre pourquoi, je vais vous dire, parce que je trouve que cette politique d'immigration, qui est portée par Gérard COLLOMB, elle est juste, et surtout, elle est nécessaire, enfin, il faut quand même regarder les choses en face. Il y avait 50.000 demandeurs d'asile il y a quelques années, aujourd'hui, en raison des crises qu'il y a en Afrique, en Syrie, il y a plus de 100.000 demandeurs d'asile chaque année en France. Oui, il faut accélérer les procédures, oui, il faut ramener les délais d'instruction des demandes d'asile de près de deux ans à six mois. Gérard COLLOMB a raison. Oui, il faut allonger la durée dans les centres de rétention, pourquoi ? D'abord, parce que c'est une des plus courtes en France par rapport aux autres pays européens, et parce que sinon, on n'arrive pas à reconduire dans leur pays d'origine les déboutés du droit d'asile. Et du coup, on est hors du droit. Moi, je suis attaché au respect du droit. Lorsqu'on est débouté du droit d'asile, on doit quitter le territoire français, sinon, vous affaiblissez le droit d'asile qui est l'honneur de la République française…

CAROLINE ROUX
Il y a – vous le savez bien – qu'il y a une circulaire qui fait office de chiffon rouge, notamment pour les associations, circulaire qui permet le contrôle dans les centres d'accueil…

BRUNO LE MAIRE
Mais pourquoi, Caroline ROUX ? Bien sûr, mais…

CAROLINE ROUX
Est-ce qu'il faut, là-dessus, faire un pas en arrière ?

BRUNO LE MAIRE
Mais qu'est-ce qu'on nous dit ? Ça veut dire que dans les centres d'accueil, il n'y aurait pas de droits, ça veut dire qu'il y aurait des hommes, des femmes, des enfants dont on ne connaîtrait pas exactement la situation au regard du droit français, c'est ça qu'on va accepter, moi, je ne l'accepte pas. Je crois à un Etat de droit ferme et juste. Le droit d'asile, il doit être accordé, dignement, généreusement à tous ceux qui en ont besoin. Mais ceux qui n'ont pas droit au droit d'asile parce qu'ils ne sont pas menacés dans leur pays d'origine, nous devons faire en sorte – c'est le rôle de l'Etat – qu'ils repartent dans leur pays d'origine.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Merci Caroline ROUX.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 janvier 2018

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