Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec Cnews le 18 janvier 2018, sur l'abandon du projet de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et sur la politique d'immigration. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec Cnews le 18 janvier 2018, sur l'abandon du projet de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et sur la politique d'immigration.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti :
CLELIE MATHIAS
C'est l'heure de l'interview politique de Jean-Pierre ELKABBACH qui reçoit ce matin le ministre de l'Intérieur Gérard COLLOMB.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes vraiment le bienvenu aujourd'hui, Gérard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Merci à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci surtout d'être là et bonjour. La décision d'hier va probablement marquer le quinquennat. Oui, mais dans quel sens ?

GERARD COLLOMB
Je crois qu'on verra la capacité du président de la République et du Premier ministre à trancher, à prendre une décision. Ça fait cinquante ans qu'on parlait de cet aéroport. Désormais, la décision est prise et on va pouvoir aller de l'avant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors quelles sont les vraies raisons – je vous dis bien les vraies raisons – de la décision d'abandonner Notre-Dame-des-Landes ? La vraie.

GERARD COLLOMB
D'abord, c'est une décision qui a été construite. Cela fait maintenant environ deux mois que l'on travaille sur ce dossier, que l'on a fait venir un certain nombre d'experts, de spécialistes, qui ont les uns et les autres expliqué quels étaient les avantages et les inconvénients des deux solutions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais comme il y avait eu cinquante/cinquante, vous renoncez. Vous renoncez.

GERARD COLLOMB
Non. On regarde par exemple ce qu'a dit la ministre des Transports qui, en matière de transport aérien évidemment s'y connaît et qui dit : « Les choses ont considérablement évolué et ce qui valait il y a cinquante ans ne vaut plus aujourd'hui. » Et donc ç'a été un des éléments qu'a entendu le président de la République, qu'a entendu le Premier ministre. Nous avons débattu à quatre ou cinq très largement de ce projet et donc le président et le Premier ministre ont pris leur décision.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc une des raisons vous dites, c'est un projet qui était obsolète, inadapté.

GERARD COLLOMB
Oui. C'est un projet qui datait d'il y a cinquante ans et aujourd'hui, ce n'est plus comme cela qu'on doit assurer la communication.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand la décision a-t-elle été prise ?

GERARD COLLOMB
Je crois qu'elle a été prise par le Premier ministre et le président de la République je pense lundi, lors de leur rendez-vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le président et le Premier ministre, mais qui l'a prise ?

GERARD COLLOMB
A mon avis…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que c'est une décision solitaire du président de la République ?

GERARD COLLOMB
Non, c'est une décision conjointe. Il y a eu beaucoup de discussions entre eux. Jusqu'au dernier moment, nous avions lundi soir je crois encore un dîner dans lequel le président faisait un tour de table pour voir effectivement les avis des uns et des autres. Et puis, à un moment donné, ils se sont réunis avec le Premier ministre et ils ont décidé ensemble.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Ç'a été annoncé aux ministres quand ?

GERARD COLLOMB
Ç'a été annoncé au conseil des ministres.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les ministres ne savaient rien avant ? Secret, motus ?

GERARD COLLOMB
Beaucoup de ministres ne savaient pas, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous ?

GERARD COLLOMB
Je savais un peu parce que comme je suis de ceux qui prépositionnent un peu les forces, il vaut mieux être un tout petit peu au courant de ce que l'on doit faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Depuis ? Depuis ?

GERARD COLLOMB
Depuis, je me doutais, trois-quatre jours. Le président m'avait dit : « Il faut que tu prépares un certain nombre de forces et que tu te prépares à tous les scenarii. » Mais on voyait bien que c'était le scénario qui a été décidé qui effectivement tenait la tête.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Lui veut montrer qu'il prend de la hauteur et c'est son Premier ministre qui va sur le front et qui prend les coups, les bons et les mauvais. Même s'il assume, il prend les coups.

GERARD COLLOMB
Oui, mais à mon avis c'était plutôt, si je puis dire, un bon coup parce que le Premier ministre quand même, 76 % des Français qui approuvent, je pense que ce n'est pas si mal.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A droite et à gauche pourtant, et en même temps, vous entendez : « Les zadistes ont gagné », Gérard COLLOMB. La ZAD a accueilli avec des cris de joie, avec du champagne, c'était la fête et ils disent : « C'est une victoire historique. »

GERARD COLLOMB
Oui. Si on regarde les rassemblements hier, on s'aperçoit qu'à travers toute la France, c'est mille sept cents personnes, c'est-à-dire relativement peu.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais mille sept cents personnes qui vous ont empêché de prendre une décision inverse.

GERARD COLLOMB
Non, mille sept cents personnes qui ont salué la décision que nous avons pris. Mais vous savez, le Premier ministre l'a indiqué, nous prenons une décision mais, en même temps, nous voulons que l'ordre républicain soit évidemment respecté partout dans le territoire. Il a donné deux mois à celles et ceux qui squattaient un certain nombre de terres. Cela veut dire que dans deux mois, il faut que nous revenions dans des procédures qui sont les procédures légales.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va voir comment mais les zadistes sont persuadés qu'aujourd'hui, une minorité suffit pour imposer à l'Etat et à la majorité un projet et des choix faits.

GERARD COLLOMB
Lorsqu'Emmanuel MACRON est arrivé à la tête de la présidence de la République, nous avions une France très divisée. Souvenez-vous de la campagne électorale : on était finalement montés les uns contre les autres, des fractures partout. Ce qu'essaye de faire Emmanuel MACRON, c'est d'apaiser cette société. Moi, pour être sur le terrain tous les jours, je peux vous dire qu'on a effectivement intérêt à apaiser cette société.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce qu'aujourd'hui une minorité peut imposer à une majorité même après un référendum local ses propres choix ?

GERARD COLLOMB
Non. C'est en opportunité…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce que c'est peut-être un précédent, là.

GERARD COLLOMB
C'est en opportunité que nous avons décidé. Franchement, s'il y avait eu des raisons majeures pour faire Notre-Dame-des-Landes, le président était prêt à le faire. C'est sur le fond du dossier qu'il a tranché.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour les zadistes, le Premier ministre Edouard PHILIPPE a été clair hier. On l'écoute.

EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE
Nous mettrons fin à la zone de non-droit qui prospère depuis près de dix ans sur cette zone. Conformément à la loi, les agriculteurs expropriés pourront retrouver leurs terres s'ils le souhaitent. Les occupants illégaux de ces terres devront partir d'eux-mêmes d'ici le printemps prochain ou en seront expulsés. »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'ils peuvent empêcher l'évacuation de la ZAD ?

GERARD COLLOMB
Non, je ne le crois pas parce que vous voyez que le public qui est sur la ZAD aujourd'hui est extrêmement divers. D'abord, vous avez un certain nombre d'agriculteurs traditionnels qui exploitaient leurs terres avant que n'arrive le projet Notre-Dame-des-Landes et d'autres sont venus derrière, très divers d'ailleurs. On voit bien aujourd'hui que la promesse qu'ils ont faite, c'est de libérer d'abord les routes. Pour la première fois, les Bretons vont pouvoir à nouveau retraverser Notre-Dame-des-Landes. Ça ne s'était pas vu depuis trente ans.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Justement, est-ce que vous leur demandez de débloquer les trois routes en question ? Mais quand, à la Saint-Glinglin ou bientôt ?

GERARD COLLOMB
Non, non, non, dans les deux trois jours qui viennent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans les deux-trois jours qui viennent, les routes seront libérées ?

GERARD COLLOMB
Oui. Nous souhaitons libérer les routes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et s'ils ne le font pas, si elles ne le sont pas, c'est les gendarmes et les policiers.

GERARD COLLOMB
Nous le ferions bien évidemment, mais nous préférons le faire par la discussion et la négociation plutôt que de le faire en envoyant un certain nombre d'engins qui le feraient à leur place.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites que ça ne peut pas tarder et ça ne tardera pas.

GERARD COLLOMB
Ça ne peut pas tarder et ça sera d'ici la fin de la semaine prochaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les agriculteurs expropriés disait tout à l'heure le Premier ministre pourront retrouver leurs terres s'ils le souhaitent.

GERARD COLLOMB
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui ? Quand ? Et à partir de quand et comment ?

GERARD COLLOMB
A partir du moment où la déclaration d'utilité publique tombe, c'est ce qu'a annoncé d'ailleurs le Premier ministre, je crois le 12 février, à partir de là ils peuvent prétendre à réoccuper leurs terres et à pouvoir reprendre tous leurs droits.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous leur donnez donc deux mois pour que tous, même les illégaux, s'en aillent.

GERARD COLLOMB
Oui, parce qu'il y a deux situations. Il y a ceux qui sont propriétaires de leur ferme, qui avaient été expropriés, puis il y a ceux qui squattent finalement les territoires. Et donc, cela fait une différence. Comme vous le savez, aujourd'hui nous sommes dans la période plan froid.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous respectez la trêve hivernale.

GERARD COLLOMB
C'est-à-dire qu'ils auront jusqu'à la fin de la trêve hivernale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais là, au-delà…

GERARD COLLOMB
Mais après, effectivement, le droit revient.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dimanche vous disiez, je vous cite, que seront évacués les éléments les plus radicaux. Les plus radicaux, c'est-à-dire ceux qui sont simplement radicaux ou les modérés, ils peuvent rester ?

GERARD COLLOMB
Non. Je crois que dans la population qui est aujourd'hui à Notre-Dame-des-Landes, il y a des gens extrêmement divers. Il y a des gens qui veulent faire une agriculture biologique, pourquoi pas ? Mais ce que nous disons, c'est qu'effectivement il y a une minorité radicale pour qui d'ailleurs ce n'est pas du tout le problème de Notre-Dame-des-Landes. C'est simplement une façon de lutter contre les institutions. Vous savez, je les connais dans d'autres terrains que Notre-Dame-des-Landes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce sont des politiques ceux-là.

GERARD COLLOMB
Ceux-là évidemment, il faut essayer de les séparer des autres de manière à pouvoir lutter politiquement contre eux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'après peut-être des renseignements que vous avez de l'intérieur même de la ZAD, est-ce qu'ils sont bien organisés, armés comme on le dit ?

GERARD COLLOMB
Oui, bien sûr. Ce camp avait été organisé comme une sorte de camp retranché. D'ailleurs, c'est même étonnant que pendant des années les gouvernements n'aient rien fait face à ce qu'étaient de vraies machines de guerre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous, vous les désarmerez ?

GERARD COLLOMB
Bien sûr. L'ordre républicain doit s'appliquer partout. On ne peut pas vouloir faire appliquer l'ordre républicain dans nos banlieues et puis dire qu'une zone comme Notre-Dame-des-Landes serait une zone de non-droit.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il y a des élus et, vous le savez, des riverains qui s'inquiètent et qui disent qu'il y a au moins une dizaine pour pas dire vingtaine de sites – Roybon, Allauch, je ne sais quoi, Bure où on enfouit les déchets nucléaires – qui risquent de trouver des zadistes qui vont occuper des terrains. Est-ce qu'il y aura un précédent ?

GERARD COLLOMB
Nous ferons avec le président le tour de toutes ces zones pour regarder quel est leur intérêt. Effectivement, là où nous dirons : « Vous avez un intérêt régional, national à pouvoir défendre », nous évacuerons parce que nous voulons que dans ce quinquennat, l'ordre républicain s'applique partout.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Partout, ça vous le dites. Et où sont prépositionnées, comme vous dites, les forces de sécurité là maintenant ? Où elle sont ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, c'est un peu stratégique donc je n'entrerai pas dans ce débat. On a commencé par prépositionner un certain nombre de forces de manière à ce qu'on puisse empêcher éventuellement, mais je crois que ce n'est plus le problème, des gens de rejoindre ce territoire. Et puis après, nous allons mettre le nombre de forces nécessaires pour effectivement que les choses se passent dans le calme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est quoi le nombre de forces nécessaires ?

GERARD COLLOMB
C'est ce qu'il faut pour que les gens voient qu'il y a une puissance de feu et donc il vaut mieux que les choses se passent dans la douceur.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quelques milliers.

GERARD COLLOMB
Oui, quelques milliers.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et là, vous dites qu'ils sont prépositionnés, ils sont quelque part et on va les voir surgir. Est-ce qu'il y a deux temps dans les interventions des gendarmes et des policiers là maintenant et une deuxième étape ?

GERARD COLLOMB
Ce que nous voulons dans un premier temps, c'est assurer effectivement la circulation sur les routes. Faire en sorte que ces lieux redeviennent normaux. Ensuite comme vous l'avez dit, nous donnons deux mois, le temps de la trêve hivernale, et ensuite nous agirons. Ça veut dire que nous positionnons un certain nombre de forces dans le temps de manière à pouvoir contrôler ces lieux sur deux mois, trois mois, quatre mois, le temps qu'il faudra pour pouvoir arriver à pacifier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Deux questions encore là-dessus. Ils n'entrent pas dans la ZAD là ?

GERARD COLLOMB
Ils sont sur les routes, ils n'entrent pas dans la ZAD.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas encore, sauf si on les provoque.

GERARD COLLOMB
Sauf si on les provoque.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites qu'ils vont rester le temps qu'il faut. Est-ce que vous n'allez pas alléger et affaiblir le dispositif antiterroriste ?

GERARD COLLOMB
Non, pas du tout. Dans la réflexion qu'on a eue, on a pu faire l'examen de ce que nécessitait le plan si je puis dire un, celui où on faisait Notre-Dame-des-Landes, le plan deux où on ne le faisait pas et donc le plan deux est tout à fait compatible avec le maintien de l'ordre dans toutes les zones du territoire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Laurent WAUQUIEZ et d'autres à droite disent : « Combien ça coûte globalement ? »

GERARD COLLOMB
Ça coûte moins cher que si on avait fait Notre-Dame-des-Landes. Parce que là, il aurait fallu pendant au moins quinze ans, au moins dix ans, le temps que se construise l'aéroport, il aurait fallu beaucoup de temps, protéger de manière continue les travaux qui se seraient effectués. Là, vous auriez eu beaucoup de troupes mobilisées.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez quel chiffre à peu près ?

GERARD COLLOMB
On peut considérer qu'il y avait au moins dans la protection un tiers des compagnies françaises qui auraient dû être mobilisées pendant quelques années.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais en coût d'argent, et cætera, l'ensemble du projet ?

GERARD COLLOMB
L'ensemble du projet, vous avez environ donc quatre cent millions en moins par rapport à ce qu'on aurait dû engager si on avait fait Notre-Dame-des-Landes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et des négociations ont commencé avec VINCI peut-être pour les indemniser ou pour les associer à d'autres projets et faire baisser l'indemnité ?

GERARD COLLOMB
Oui, bien sûr. VINCI, c'est une grande entreprise globale qui travaille sur beaucoup de points, qui travaille sur les autoroutes, qui travaille sur d'autres aéroports. A mon avis, oui, ils doivent être prêts à négocier avec le gouvernement. Je connais Xavier HUILLARD, c'est un excellent négociateur et de son côté, Emmanuel MACRON est un bon négociateur. Je pense que la négociation sera bonne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il n'y aura pas trois cent cinquante millions d'indemnités.

GERARD COLLOMB
Non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez lu la presse, vous avez écouté à peu près tout le monde. Vous avez tous réussi le tour de force de déchaîner la droite et la gauche contre vous en même temps. Vous vous en êtes rendu compte ?

GERARD COLLOMB
Oui, mais est-ce que dans l'opinion publique ils représentent encore quelque chose ? On voit bien qu'il y a un large soutien de l'opinion publique et puis des forces - mais ce n'est pas nouveau, ça existe maintenant depuis six mois – qui à droite et à gauche ont des positions tranchées mais sont marginalisées par rapport à l'opinion publique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Edouard PHILIPPE disait hier : « C'est une décision de raison et d'apaisement. » Elle est interprétée comme une décision de peur et de faiblesse.

GERARD COLLOMB
Peut-être de peur et de faiblesse pour les partis politiques anciens. Pour eux-mêmes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Laurent WAUQUIEZ, Bruno RETAILLEAU : « C'est une capitulation. »

GERARD COLLOMB
Pour eux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour vous, non ?

GERARD COLLOMB
Pour nous, non, parce qu'on fait avancer la France. Vous voyez une des raisons qu'avance Emmanuel MACRON, il dit toujours : « Nous sommes devant beaucoup de réformes à faire. Et si nous faisons Notre-Dame-des-Landes, nous allons concentrer notre énergie, notre réflexion, nos moyens, sur ce seul problème. Nous en avons tellement d'autres à traiter. »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Vous avez devant vous pour les réformes le boulevard Macron, quoi.

GERARD COLLOMB
Oui, c'est le boulevard Macron mais en même temps, il faut les faire. Ça veut dire qu'il faut enchaîner sans cesse pour pouvoir transformer la société.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Critique votre ami Jean-Marc AYRAULT : « C'est un déni de démocratie. » Johanna ROLLAND, la maire de Nantes : « Un mauvais coup porté au Grand-Ouest. »

GERARD COLLOMB
Moi, j'aime beaucoup Jean-Marc AYRAULT mais il était quand même au pouvoir Premier ministre ; il aurait pu faire Notre-Dame-des-Landes. S'il ne fait pas, s'il recule lors de la fameuse opération César, ce n'est quand même pas de la faute d'Emmanuel MACRON !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le 9 février 2017, peut-être que vous vous en souvenez, ce n'était pas le même Emmanuel MACRON. Vous vous rappelez ? Ecoutez-le.

GERARD COLLOMB
Oui, je me souviens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous le savez ?

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE – DOCUMENT DU 09 FEVRIER 2017
Je n'ai pas dit que j'étais favorable au projet Notre-Dame-des-Landes sur France Inter. Je ne l'ai pas dit comme ça. J'ai dit que ce projet avait des fondamentaux, des bases, qui économiquement n'étaient plus conformes à ce qu'on ferait aujourd'hui. Je l'ai dit comme ça. Donc je pense qu'aujourd'hui, on ne lancerait pas un projet type Notre-Dame-des-Landes. Mais ce que j'ai dit et rappelé, c'est qu'il y a eu une consultation publique de type référendaire, qu'elle s'est exprimée et qu'elle a dit oui au projet. Donc je ne peux pas aujourd'hui être dans une situation où je déchire, j'arrive et je dis : « Avec moi, il n'y aura pas Notre-Dame-des-Landes. »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, on ne le reconnaît pas ? Est-ce que ça veut dire que c'est la première fois qu'il ne fait pas ce qu'il dit ? Qu'il ne tient pas ses promesses ?

GERARD COLLOMB
Non. Ça veut dire que pendant la campagne électorale, nous sommes là quelques mois avant, nous avons beaucoup discuté. Vous savez, c'était un lieu d'échanges avant la campagne électorale où les uns et les autres donnaient leurs arguments.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il peut changer d'avis.

GERARD COLLOMB
C'est quelqu'un qui peut changer d'avis. Nous avons, contrairement à ce qui passait peut-être par le passé, beaucoup de discussions ensemble et il arrive sur certains points que le président de la République dise à un ministre : « Finalement, je crois que tu as raison. »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Jupiter n'a pas utilisé la foudre cette fois-ci.

GERARD COLLOMB
Non, non. Jupiter écoute.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Il a peut-être cédé à ce qu'Edouard PHILIPPE disait : « Un contexte local tendu et exceptionnel. »

GERARD COLLOMB
C'est bien dit.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On a compris ce que ça veut dire. Tout à l'heure, vous allez en fin de matinée accompagner le produit à Sandhurst, près de Londres, pour évoquer avec Theresa MAY Calais et en même temps la crise migratoire. La France va lui demander des efforts. Lesquels ?

GERARD COLLOMB
On va demander à la fois sur les problèmes d'immigration de pouvoir favoriser le regroupement familial, d'accueillir un certain nombre de mineurs, de codifier tout cela dans un nouveau traité. On va demander en même temps qu'ils participent au financement de ce que nous faisons sur le Pas-de-Calais, c'est-à-dire mobiliser six compagnies et demie et puis peut-être d'accompagner un peu quelques projets, mais ce n'est pas encore finalisé qu'a la maire de Calais qui, la pauvre, avec les Calaisiens souffrent depuis longtemps.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez beaucoup discuté même hier au téléphone, je crois, avec le ministre de l'Intérieur de Theresa MAY, votre collègue. Vous nous dites ce matin que les accords du Touquet qui ont quinze ans vont être complétés aujourd'hui…

GERARD COLLOMB
Par un nouveau traité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le traité de Sandhurst, là où vous allez.

GERARD COLLOMB
Voilà.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et celui-là va dire que peut-être les mineurs vulnérables peuvent venir, le regroupement familial.

GERARD COLLOMB
Voilà, on parlera de tous les problèmes d'immigration.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les Anglais vont avoir à participer aux dépenses.

GERARD COLLOMB
Et les Anglais vont participer aux dépenses.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Substantiellement.

GERARD COLLOMB
Je crois, je ne sais pas ce qu'on appelle « substantiel », mais enfin le chiffre qui est évoqué me semble important.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que ça veut dire que la frontière de l'Angleterre reste Calais ?

GERARD COLLOMB
Oui. La frontière de l'Angleterre restera Calais puisqu'on ne peut pas le faire au-delà. Mais par contre, les Anglais vont envoyer davantage de forces conjointes de manière à ce que les trafics se fassent mieux. Nous avons un problème d'ailleurs plus global : c'est qu'après le Brexit, nous allons avoir à vérifier les marchandises et donc il va falloir qu'ensemble, on élabore un nouveau système pour continuer à fluidifier la circulation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quelque chose de neuf va avoir lieu aujourd'hui, ça va bouger. La droite républicaine et l'extrême droite vous reprochent le fait qu'il y ait trop d'entrées en France de migrants avec le vrai ou faux regroupement familial et les vrais ou faux étudiants.

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, ce qui est la réalité, c'est que l'année dernière on a fait cent mille entrées. On en a non admis aux frontières quatre-vingt-cinq mille. Donc nous disons que nous ne pouvons pas évidemment accueillir cent quatre-vingt mille personnes par an parce que ça serait une ville qu'il faudrait construire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Combien par an ?

GERARD COLLOMB
Cette année déjà, en l'espace de huit mois, nous avons éloigné + 14,6 %. Et donc, nous nous donnons les moyens, avec la loi que je vais présenter, mais aussi avec un doublement des effectifs pour à la fois l'OFPRA, la CNDA, les moyens des préfectures, nous prenons en charge le dossier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'OFPRA va vite, maintenant c'est les efforts des préfectures.

GERARD COLLOMB
On est en train effectivement de diminuer les délais.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce qu'on vous reproche, enfin la droite, c'est aussi le fait que vous ne reconduisez pas à la frontière assez de gens, donc il y a beaucoup de clandestins qui vivent dans l'illégalité en France.

GERARD COLLOMB
Ecoutez, nous essayons de faire en sorte que l'on respecte le droit. Mais par contre, évidemment, lorsque quelquefois à droite du côté de chez monsieur WAUQUIEZ on veut prendre des mesures extrêmes bien évidemment que nous ne partageons pas, et d'ailleurs que peu de gens partagent. Je vois bien des hommes qui sont des hommes de droite authentiques. Dominique BUSSEREAU par exemple qui, tout d'un coup, dit :  Moi, je ne peux pas participer à ça. »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Je vous pose une dernière question. Vous reviendrez nous parler de la loi qui va avoir lieu vers le 20 février, votre projet de loi. Les intellectuels et beaucoup de gens se mobilisent contre votre circulaire du 12 décembre qui va permettre à je-ne-sais-qui d'aller dans les centres d'hébergement vérifier, contrôler qui est là. Les pauvres migrants qui sont là vont avoir peur, ils n'y viendront plus, et on aura l'impression encore une fois de censurer et de faire un tri inadmissible. Réponse ?

GERARD COLLOMB
Oui. Je crois que les intellectuels en question ne voient pas exactement la réalité. Vous voyez, on a doublé en l'espace de trois, quatre ans le nombre de places dans ces centres d'hébergement. Et aujourd'hui, par exemple, nous avons sur l'Ile-de-France quarante mille personnes qui sont à l'hôtel et qui sont à l'hôtel depuis parfois quinze ans alors qu'ils pourraient obtenir le statut de réfugié et donc aller dans un logement normal. Ça, c'est totalement anormal que nous procédions comme ça. Nous allons rectifier ce qui ne marche pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça veut dire que c'est un tri pour les foutre dehors ?

GERARD COLLOMB
Non. Nous allons envoyer un certain nombre d'agents des préfectures pour dire qui a droit au statut de réfugié et donc qui on peut loger, qui est dans une situation intermédiaire et qui est un débouté du droit d'asile.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous pouvez aménager cette circulaire ou elle est foutue ?

GERARD COLLOMB
La circulaire, si vous voulez, d'abord on attend l'avis du conseil d'Etat mais vous savez très bien, par exemple, que certaines personnes avaient évoqué le mot de « rafle » et que le CRIF a dit : « On ne peut évidemment pas comparer parce qu'à l'époque, là, on était dans le vrai assassinat des personnes. »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le débat commence, merci d'être venu. On vous attend pour expliquer cette loi asile migration.

GERARD COLLOMB
Avec joie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci et demain je recevrai Monseigneur AUPETIT qui est le nouvel archevêque de Paris.

GERARD COLLOMB
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 janvier 2018

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