Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Sud Radio le 18 janvier 2018, sur l'avenir des terrains agricoles après l'abandon de la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et sur l'affaire du lait infantile contaminé par des salmonelles. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Sud Radio le 18 janvier 2018, sur l'avenir des terrains agricoles après l'abandon de la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et sur l'affaire du lait infantile contaminé par des salmonelles.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane, ROGER Patrick.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :
PATRICK ROGER
Bonjour Stéphane TRAVERT.

STEPHANE TRAVERT
Bonjour.

PATRICK ROGER
L'avenir des terres de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et l'affaire LACTALIS, deux dossiers chauds pour vous. Commençons peut-être par l'abandon quand même du grand aéroport de l'ouest, à mi-chemin entre Nantes et Rennes, pour vous élu voisin de Normandie à titre personnel est-ce que vous n'avez pas quand même un peu de regret pour le développement économique de la région, comme LE DRIAN votre collègue du gouvernement qui est sorti sans dire un mot hier du conseil des ministres ?

STÉPHANE TRAVERT
Mais vous savez c'est une décision qui est portée par tous les membres du gouvernement et moi je veux saluer le courage politique du Premier ministre qui a su prendre enfin une décision qui était attendue et, quelle que soit la décision, nous savions que de toute façon il y aurait des oppositions à cette décision, mais il fallait trancher et ce gouvernement a eu le courage de le faire - et c'est tant mieux – et, aujourd'hui, il faut aller de l‘avant et regarder comment nous allons pouvoir porter un projet, un intérêt économique sur cette zone de Notre-Dame-des Landes et, en même temps, travailler avec les élus Nantais pour faire en sorte que l'aéroport Nantes Atlantique puisse obtenir les travaux nécessaires.

PATRICK ROGER
Nantais et Bretons un petit peu aussi, puisqu'il n'y a pas d'aéroport, de grand aéroport, à Rennes ? Ça ne sert à rien ?

STÉPHANE TRAVERT
Il y a un aéroport…

PATRICK ROGER
Au moment où on parle de l'Europe, d'une Europe dite de...

STÉPHANE TRAVERT
Il y a un aéroport à Rennes qui accueille 500.000 voyageurs…

PATRICK ROGER
Oh ! Oui, oui. Vous le connaissez…

STEPHANE TRAVERT
Je le connais bien ! Et qui peut en accueillir....

PATRICK ROGER
Vous le connaissez, je crois, petit aérodrome ?

STEPHANE TRAVERT
Non, c'est un aéroport parce qu'il a des destinations vers l'étranger...

PATRICK ROGER
Oui, un aéroport.

STEPHANE TRAVERT
Qui peut en accueillir aussi un peu plus et il va falloir surtout désormais travailler sur la requalification de Nantes Atlantique et puis travailler bien évidemment avec les élus parce que maintenant la décision a été prise et puis faire revenir l'état de droit sur cette zone...

PATRICK ROGER
Alors, ça, c'est particulièrement…

STÉPHANE TRAVERT
Et faire évacuer…

PATRICK ROGER
Voilà, c'est ça.

STÉPHANE TRAVERT
Les zadistes qui s'y trouvent de manière totalement illégale.

PATRICK ROGER
Il y a d'ailleurs, une des questions, comment on va faire le tri entre les méchants zadistes et puis des bons paysans qui veulent rester là, est-ce qu'on va le faire ça ?

STÉPHANE TRAVERT
Ecoutez, le Premier ministre je crois a été totalement clair là-dessus, celles et ceux qui occupent le site de manière illégale devront partir à partir du 30 mars - c'est-à-dire le délai de la trêve hivernale – et puis celles et ceux qui possédaient des terres et qui avaient été expropriés, celles et ceux qui sont restés sur site – des propriétaires – eux pourront rester et pourront accompagner le projet sur lequel nous allons désormais travailler.

PATRICK ROGER
Voilà, c'est ça, les anciens propriétaires vont pouvoir éventuellement revenir.

STÉPHANE TRAVERT
Tout à fait.

PATRICK ROGER
Vous allez leur proposer en priorité de revenir ?

STÉPHANE TRAVERT
Oui, puisqu'ils étaient propriétaires.

PATRICK ROGER
Mais ils ont touché de l'argent, donc comment… ils vont rester, comment ça va se passer ?

STÉPHANE TRAVERT
Nous verrons comment les conditions de réappropriation des terres pourront se faire, parce que...

PATRICK ROGER
Ah ! Ça, ça n'a pas été décidé encore pour l'instant ?

STÉPHANE TRAVERT
Mais ils le feront s'ils le souhaitent, s'ils le veulent, et ensuite il faudra regarder comment nous pouvons accueillir d'autres agriculteurs qui souhaitent porter un projet, mais en aucun cas il ne peut y avoir d'occupation illégale du site. Vous l'avez vu on a d'abord ce travail à faire de restauration de l'ordre public, c'est-à-dire l'évacuation des départementales qui sont bloquées depuis un certain nombre d'années maintenant, l'évacuation du site, nettoyage du site et puis dans ce même temps nous allons travailler...

PATRICK ROGER
… le cannabis par exemple ?

STÉPHANE TRAVERT
Mais moi je ne sais pas, je ne suis jamais allé sur le site, mais il faudra…

PATRICK ROGER
Vous allez y aller ?

STÉPHANE TRAVERT
Oui,

PATRICK ROGER
Vous êtes ministre de l'Agriculture, il faut que vous y aller non pour voir …

STEPHANE TRAVERT
Mais bien sûr qu'il faudra, mais bien sûr.

PATRICK ROGER
Qu'est-ce que peuvent devenir ces terres justement, parce que j'ai cru comprendre que la Chambre d'agriculture localement voudrait installer de jeunes agriculteurs et peut-être se lancer dans des expérimentations d'agriculture bio, qu'est-ce que vous préconisez, vous ?

STEPHANE TRAVERT
Nous pouvons faire un certain nombre d'expériences sur des pratiques agronomiques, sur l'agriculture biologique et moi, par exemple, j'avais une idée c'était – puisque nous sommes dans les Etats généraux de l'alimentation pour un projet de loi qui arrive le 31 janvier prochain au conseil des ministres, pourquoi ne pas réserver une partie, c'est une idée que je lance, pourquoi ne pas réserver une partie de l'utilisation ces terres à la restauration collective pour des produits en agriculture biologique ou des produits sous signes comme on dit de qualité, sous Siqo, qui pourrait permettre de fournir à la région - ville de Nantes et ailleurs - des produits bio et sous Siqo pour la restauration collective parce que c'est un engagement nous avons pris : 50 % de produits bio ou sous signe de qualité dans la restauration collective à l'horizon de 2022.

PATRICK ROGER
Vous vous retrouvez avec Nicolas HULOT, là, cette fois sur l'écologie ?

STÉPHANE TRAVERT
Mais bien sûr, mais nous allons travailler ensemble. Nous allons travailler ensemble parce que....

PATRICK ROGER
Il y avait une petite guéguerre avec lui sur le glyphosate, non ?

STÉPHANE TRAVERT
Ça c'est votre interprétation, il peut y avoir des divergences sur les trajectoires à porter mais les objectifs ils sont communs, en tous les cas nous avons un objectif commun c'est de faire en sorte de recréer une zone économique autour de l'agriculture, ces terres vont revenir à l'agriculture et désormais il nous appartient de travailler.

PATRICK ROGER
Oui. Stéphane TRAVERT, ministre de l'Agriculture, avec nous ce matin. L'autre gros dossier c'est LACTALIS... et l'avenir de l'usine, LACTALIS va-t-il publier ses comptes comme le veut la loi dans l'émission « Cash Investigation » avant-hier vous sembliez surpris de constater que le groupe ne le faisait pas alors qu'Emmanuel MACRON le réclame lui ?

STEPHANE TRAVERT
Je n'étais pas surpris !

PATRICK ROGER
Ah !

STEPHANE TRAVERT
Si vous avez bien regardé, je n'étais surpris. J'ai toujours demandé à ce qu'on puisse respecter la loi - la loi doit être respectée – et, lorsque j'ai reçu Emmanuel BESNIER cette semaine pour évoquer le sujet de la contamination à la salmonelle sur le site de Craon, je lui ai rappelé qu'il devait publier ses comptes et nous l'invitons à le faire, et le président de la République l'invitait à le faire le 11 octobre dernier.

PATRICK ROGER
Oui, mais on l'invite, après il y a une demande de quelques milliers d'euros...

STÉPHANE TRAVERT
Oui, il y a une amende.

PATRICK ROGER
Mais il n'est pas obligé de le faire finalement ?

STÉPHANE TRAVERT
Mais il faut faire respecter la loi ! Et...

PATRICK ROGER
Et qu'est-ce qu'il vous répond Emmanuel BESNIER, parce qu'il y a un secret industriel on a l'impression chez BESNIER, on n'a pas envie d'être sur la place publique ?

STÉPHANE TRAVERT
Mais ça c'est la stratégie de communication d'un groupe et là-dessus moi je ne rentre pas dans ce débat-là, pour autant moi à la place qui est la mienne c''est de dire que l'ensemble des entreprises françaises doivent publier leurs comptes et le groupe LACTALIS ne doit pas y échapper - c'est tout - et je rappelle les règles et nous y travaillons.

PATRICK ROGER
Il ne vous a pas dit qu'il allait le faire ?

STEPHANE TRAVERT
Il ne l'a pas dit, mais nous allons continuer à travailler dans ce sens.

PATRICK ROGER
Oui. Est-ce que vous craignez que LACTALIS ne se retrouve en grande difficulté dans sa compétition mondiale avec cette affaire ?

STEPHANE TRAVERT
Ecoutez, le groupe LACTALIS c'est un des fleurons de l'agroalimentaire français, c'est le numéro un mondial de la transformation laitière, et, aujourd'hui, la contamination elle est apparue sur un site pour un produit particulier...

PATRICK ROGER
A l'usine de Craon, oui.

STEPHANE TRAVERT
Sur du lait infantile, elle produit bien d'autres produits : du beurre, de la crème, des yaourts, du lait où il n'y a pas de problématique particulière, nous avons une filière laitière qui a fait un gros travail de transparence sur la qualité sanitaire et cela rejoint en plein les Etats généraux de l'alimentation sur lesquels nous avons demandé un certain nombre de choses aux producteurs - c'est-à-dire cette montée en gamme pour créer plus de valeurs et mieux la répartir – et puis d'ailleurs nous allons profiter de cette affaire quelque part pour intégrer dans le prochain projet de loi sur les Etats généraux de l'alimentation une obligatoire pour les entreprises de transmettre à l'Etat les résultats des contrôles défavorables sur les produits et environnements lorsqu'ils peuvent toucher des produits alimentaires.

PATRICK ROGER
Oui. Mais c'est dingue qu'auparavant ce n'était pas en fait dans la loi, il semblait pourtant qu'il fallait avertir quand il y avait un problème dans une telle entreprise ?

STEPHANE TRAVERT
Oui, quand il y avait un problème sur un produit, aujourd'hui nous avons rajouté la problématique sur le produit et sur l'environnement du produit, de la fabrication du produit, donc nous étendons le périmètre de contrôle ; et puis nous souhaitons dans les trois mois faire une enquête poussée sur l'ensemble des sites, c'est-à-dire une centaine en France, qui produisent du lait infantile.

PATRICK ROGER
Il y a de la suspicion sur d'autres ?

STÉPHANE TRAVERT
Ah ! Non, pas de suspicion...

PATRICK ROGER
Non.

STEPHANE TRAVERT
Mais il est normal de faire le tour de l'ensemble des entreprises.

PATRICK ROGER
Stéphane TRAVERT, sur l'enquête on va aller jusqu'où, jusqu'à l'analyse j'ai vu de celle des salariés pour y rechercher l'origine de la contamination, qu'est-ce que vous pouvez nous dire ce matin ?

STEPHANE TRAVERT
Il y a une enquête judiciaire qui est en cours aujourd'hui, cette enquête judiciaire devra amener un certain nombre de conclusions, je pense qu'il faut rechercher partout tant que l'usine n'aura pas trouvé les causes de la contamination et, tant qu'elle n'aura pas apporté je dirais les éléments susceptibles de pouvoir redémarrer l'usine dans de bonnes conditions, celle-ci ne rouvrira pas, c'est l'Etat qui donnera l'autorisation de réouverture - ce sont les services vétérinaires qui donneront l'autorisation de réouverture du site - et donc nous avons un travail à faire avec les collaborateurs du groupe pour faire en sorte qu'ils puissent trouver...

PATRICK ROGER
Donc, il ne faut pas complètement se fâcher avec eux pour travailler ?

STEPHANE TRAVERT
Mais il ne s'agit pas de se fâcher, il s'agit de trouver pourquoi il y a eu cette contamination et de porter le remède qui évitera à l'avenir que ça se reproduise.

PATRICK ROGER
Stéphane TRAVERT, question aussi de Mickaël DARMON et de Christophe BORDET.

MICKAËL DARMON
Je veux prolonger sur ce dossier-là, on a quand même le sentiment que vous considérez cette entreprise et en particulier le responsable que vous avez reçu comme étant un peu débordé par tout ce qui arrive, on a le sentiment que vous leur donnez tout simplement des indications basiques, comme si vous leur appreniez le métier, quel regard vous portez sur ces processus ?

STEPHANE TRAVERT
Mais moi les gens que j'ai rencontrés, le groupe LACTALIS - leur PDG, ses collaborateurs – j'ai vu des gens bien évidemment embarrassés, soucieux de ce qui se passe et puis parce que bien évidemment cela touche 37 nourrissons aujourd'hui qui sont malades et puis je pense que tout le monde a à coeur de vouloir trouver les causes de cette contamination et de pouvoir trouver ce qui nous permettra de l'éradiquer totalement et de faire repartir cette usine, ces 350 salariés qui aujourd'hui sont en chômage technique jusqu'au 4 février. Mais aujourd'hui la collecte est assurée, donc du côté des agriculteurs là aussi le lait continue à être ramassé, il va sur d'autres sites, et c'est plutôt bien.

MICHAËL DARMON
Rapidement une dernière question pour revenir un peu à la fois sur ces deux dossiers Notre-Dame-des-landes et LACTALIS, on a quand même vu et on voit une démonstration permanente d‘autorité, voire des démarches un peu autoritaires, c'est le message que vous voulez lancer en fait aujourd'hui aux Français de la part du gouvernement, tous les dossiers sont traités et avec autorité ?

STEPHANE TRAVERT
Tous les dossiers sont traités, tous les dossiers sont pris à bras-le-corps et aujourd'hui nous devons par exemple sur la sécurité alimentaire – la traçabilité, la transparence vis-à-vis des consommateurs - il ne doit y avoir aucune faille et, donc, nous travaillons dans ce sens.

CHRISTOPHE BORDET
Deux questions, une sur LACTALIS. Est-ce que vous n'avez pas un peu l'impression quand même qu'on s'acharne un peu trop sur LACTALIS, que les charognards sont à l'oeuvre et qu'on veut tuer cette entreprise ?

STEPHANE TRAVERT
C'est le numéro un mondial, comme je le rappelais tout à l'heure, c'est un des fleurons de l'agroalimentaire...

CHRISTOPHE BORDET
Eh bien oui, justement, absolument.

STEPHANE TRAVERT
Ce sont beaucoup d'emplois, beaucoup de salariés dans nos territoires - sur les territoires laitiers notamment – et il faut séparer les choses, il y a l'activité d'un groupe sur le monde, l'activité des producteurs et puis il y a une problématique sur un site, sur un territoire, à Craen en Mayenne, et donc...

CHRISTOPHE BORDET
Donc, il faut soutenir LACTALIS ?

STEPHANE TRAVERT
Mais aujourd'hui il faut travailler à ce que toute la filière laitière, LACTALIS et les autres, puisse continuer à travailler en toute transparence et à fournir des produits sains à nos consommateurs.

CHRISTOPHE BORDET
Dites-moi la pêche électrique victoire si je puis dire pour la France puisqu'interdiction adoptée par l'Europe, c'est ce qu'il fallait faire ?

STEPHANE TRAVERT
C'est ce qu'il fallait faire. Moi je salue cette décision, la pêche électrique vous le savez elle a un rôle très nocif pour les écosystèmes, elle tue la ressource halieutique et je crois que nous étions aujourd'hui 249 députés qui avaient signé une pétition - les députés européens qui ont fait un gros travail - je crois qu'il fallait interdire cette technique de pêche, elle était interdite en France…

CHRISTOPHE BORDET
Et ça va dans le bon sens.

STEPHANE TRAVERT
Et il y avait une dérogation et, aujourd'hui, il y a trilogue qui doit s'engager qui doit s'engager entre le Parlement, la Commission et les Etats membres.

PATRICK ROGER
Question Stéphane TRAVERT, il nous reste une minute, d'un agriculteur qui est avec nous, c'est Patrick du Tarn, bonjour Patrick...

PATRICK, AGRICULTEUR DU TARN (MAUVAISE QUALITE DU SON)
Oui, bonjour Monsieur le Ministre, bonjour à tous.

PATRICK ROGER
Posez votre question.

PATRICK
Je suis Tarnais, donc l'histoire de Notre-Dames-des-Landes me rappelle celle de Sivens il y a quelque temps, on a un peu l'impression quand même que le gouvernement a ... pour ennuyer des zadistes qui font un peu leur loi sur le territoire.

PATRICK ROGER
Il y a une victoire pour les zadistes, c'est votre question effectivement. Vous avez le sentiment ?

STÉPHANE TRAVERT
Aujourd'hui c'est la politique qui a gagné, c'est parce que nous avons été en capacité de trancher, il fallait trancher dans ce dossier, le gouvernement et le Premier ministre ont eu le courage de le faire et ont eu le courage de faire ce que d'autres avant – et qui viennent donner des leçons aujourd'hui – n'ont pas fait.

INTERVENANT
Jean-Marc AYRAULT.

PATRICK ROGER
Merci Stéphane TRAVERT, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 janvier 2018

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