Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, avec LCI le 19 janvier 2018, sur l'abandon de la construction de l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, les zones blanches et sur la taxe inondation. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, avec LCI le 19 janvier 2018, sur l'abandon de la construction de l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, les zones blanches et sur la taxe inondation.

Personnalité, fonction : MEZARD Jacques, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre de la cohésion des territoires;

ti :

AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour à tous, bonjour Jacques MEZARD.

JACQUES MEZARD
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Ministre de la Cohésion des territoires. Vous déclariez le 18 mai dernier : « Je suis pour la construction de ce nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Je suis pour. Je l'ai toujours exprimé, lorsque la question est venue au Sénat. Je ne vois pas pourquoi je changerai de position ». Dans quelle position vous trouvez-vous ce matin ?

JACQUES MEZARD
Eh bien écoutez, le gouvernement a tranché, le Premier ministre a mené une large consultation, a dit avec courage politique qu'il n'y avait pas de bonne solution, et qu'après consultation, après avoir fait le tour de l'ensemble du dossier, il choisissait de renoncer à Notre-Dame-des-Landes...

AUDREY CRESPO-MARA
Mais ça c'est pour Edouard PHILIPPE, mais vous ?

JACQUES MEZARD
Moi, ma position, vous savez, a toujours été la même. Je suis solidaire du gouvernement, j'ai exprimé avec simplicité ma position, et je souhaitais que Notre-Dame-des-Landes se fasse, je l'ai dit à de multiples reprises au cours de ma carrière de parlementaire. Ceci étant, c'est un dossier que ce gouvernement n'a pas lancé, dont il a hérité, et le Premier ministre, en disant qu'il n'y avait pas de bonnes solutions, l'a dit après avoir fait le tour de toutes les solutions.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, vous étiez contre cette décision, mais en tant que ministre du gouvernement, il vous faut la défendre, j'imagine qu'on vous a donné des éléments de langage, au cas où ça ne vous viendrait pas naturellement.

JACQUES MEZARD
Oh, vous savez, je n'ai pas l'habitude de recopier des éléments de langage.

AUDREY CRESPO-MARA
Bon, on va vérifier ça. Que répondez-vous à ceux qui disent qu'il s'agit d'une capitulation, d'un renoncement, d'une trahison ? Que les zadistes dansent autour de la dépouille de l'Etat ?

JACQUES MEZARD
Non, je suis de ceux qui considèrent que la fin de Notre-Dame-des-Landes doit dans ce pays être la fin des ZAD, et que bien sûr la décision du gouvernement, dont je suis totalement solidaire, doit être suivie d'une ferme autorité par rapport aux ZAD, c'est-à-dire ne plus tolérer la constitution, de manière illicite, de ZAD sur le territoire national et mettre fin à ces occupations illicites.

AUDREY CRESPO-MARA
On va parler de ces ZAD, parce qu'il y en a bien d'autres, mais qu'est-ce qui vous a le plus heurté le jour où Edouard PHILIPPE a annoncé cette décision ? L'euphorie des zadistes où, on va la voir, celle de l'opposition. Voilà, Jean-Luc MELENCHON qui en plein hémicycle à l'Assemblée nationale, a fait le V de la victoire.

JACQUES MEZARD
Il ne s'agit pas d'être heurté, il s'agit de prendre les décisions qui paraissent les plus opportunes.

AUDREY CRESPO-MARA
Ça ne vous chagrine pas ?

JACQUES MEZARD
J'aurais... Ma position est connue, je considère très simplement que le gouvernement, dans un dossier qui n'était pas le sien, dont il a dû assumer, pour lequel il a dû assumer une décision que les autres n'avaient pas prise, je pense que nous avons fait le tour de toutes les solutions et donc moi je ne suis pas heurté par la décision du gouvernement, je suis, je comprends que l'opposition essaie d'utiliser ce dossier, mais je crois que les oppositions, quelles qu'elles soient sont malvenues à s'exprimer très fortement sur ce dossier, parce que pendant deux quinquennats, ce dossier a été particulièrement mal géré.

AUDREY CRESPO-MARA
Le gouvernement, donc, a renoncé, pourtant, pourtant pendant la campagne présidentielle, Emmanuel MACRON a dit qu'il respecterait le choix des électeurs et construirait cet aéroport. Donc ça y est, c'est officiellement la première promesse non tenue d'Emmanuel MACRON ?

JACQUES MEZARD
Il a en même temps, selon l'expression consacrée, indiqué qu'il y aurait une mission pendant six mois, confiée à des personnalités indépendantes, pour faire le point sur ce dossier.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais il était très ferme sur le fait qu'il fallait respecter les consultations locales, qu'il construirait cet aéroport.

JACQUES MEZARD
Tout à fait, il l'a dit, et il a aussi...

AUDREY CRESPO-MARA
Donc il n'a pas tenu cette promesse.

JACQUES MEZARD
Oh, vous savez, il a tenu la promesse de faire le tour de ce dossier, d'avoir une mission confiée à des personnalités, je l'ai dit indépendantes, pour essayer de voir quels étaient toutes les solutions possibles, parce que je constate...

AUDREY CRESPO-MARA
Je le cite encore, pardonnez-moi, mais Emmanuel MACRON disait que l'abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes enverrait le signe qu'on ne respecte pas les consultations publiques, quand elles ne nous arrangent pas, et abandonner le projet Notre-Dame-des-Landes n'est-ce pas le signe qu'on se dédie, finalement ?

JACQUES MEZARD
Non. Ce qui sera important, et en tout cas c'est ma conviction, c'est que dans les mois qui viennent, je l'ai dit, ce dossier siffle la fin des ZAD dans ce pays. C'est là que l'on jugera notre capacité de ce gouvernement d'appliquer l'autorité de l'Etat.

AUDREY CRESPO-MARA
Et en même temps, c'est aussi vu comme un aveu de faiblesse de la part du gouvernement face aux zadistes, qui disent : eh ben voilà, on a gagné, donc, pourquoi ne gagnerons-nous pas ailleurs sur les autres ZAD ?

JACQUES MEZARD
Disons-nous les choses clairement, le dossier Notre-Dame-des-Landes c'est un échec de la République, c'est un échec collectif de gouvernements successifs, et nous, la différence c'est que nous avons eu à décider alors que les autres ont refusé de décider et ont laissé ce dossier évoluer de cette manière très négative.

AUDREY CRESPO-MARA
Cette décision, c'était pour calmer les zadistes, pour calmer les électeurs de gauche ou pour calmer Nicolas HULOT ?

JACQUES MEZARD
Non, ni l'un ni l'autre, c'est une décision qui a été prise pour essayer de trouver, en reconnaissant qu'il n'y avait pas de bonne solution, celle qui serait la moins mauvaise, en tenant compte aussi du fait que ce dossier qui avait été lancé dans les années 70, de par la durée du dossier, n'était plus adapté à l'époque actuelle.

AUDREY CRESPO-MARA
Je vous cite : « Il est possible que nous ayons, avec Nicolas HULOT, des visions divergentes sur un certain nombre de choses. Maintenant c'est sûr, maintenant on voit très bien que vous avez des positions divergentes, pour le mois.

JACQUES MEZARD
Ecoutez, nous avons avec Nicolas HULOT, un certain nombre de positions différentes, mais vous avez pu remarquer ces derniers mois que nous travaillons ensemble, sans aucune difficulté, dans un respect. Nicolas HULOT...

AUDREY CRESPO-MARA
Il a gagné sur ce point-là, sur Notre-Dame.

JACQUES MEZARD
Moi je ne le vis pas comme un combat de cette nature-là. Il arrive aussi que Nicolas HULOT évolue sur certains dossiers. Je pense que nous travaillons ensemble avec le même objectif. D'abord parce que je crois que nous aimons les gens, nous essayons de travailler dans l'intérêt général, et je n'ai aucun conflit personnel avec Nicolas HULOT, bien au contraire.

AUDREY CRESPO-MARA
Qu'est-ce qui a le plus pesé ? L'argument écologique, on le connaît, ou aussi sécuritaire ? Parce que si le gouvernement lançait la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ça signifiait mobiliser au moins 2 000 membres des forces de sécurité qui n'auraient pas pu être mobilisés en cas d'attentat, par exemple.

JACQUES MEZARD
Une telle décision c'est l'analyse de toute une série de questions.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais l'argument sécuritaire, il entre en jeu, forcément.

JACQUES MEZARD
Forcément, le côté sécurité a joué dans la mesure où nous sommes dans une période, vous le savez, et les Français le savent, où la lutte contre le terrorisme est quelque chose de primordial, et c'est quelque chose qui est préoccupant chaque jour, et mobiliser des forces considérables alors que nous sommes en train tous de lutter contre le terrorisme, effectivement, c'est aussi une difficulté.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, dès mercredi il y a eu des manifestations de zadistes qui appellent à la résistance, ils ne veulent pas quitter la ZAD et l'ont clairement fait savoir. Le gouvernement a eu peur de l'enlisement, est-ce qu'il n'y a pas pire, est-ce qu'il n'y a pas un risque de paralysie ?

JACQUES MEZARD
Non. Il est indispensable, d'abord, de libérer la route départementale, et moi je constate que depuis des années, l'Etat a laissé des personnes barrer des routes, empêcher la libre circulation dans ce pays, c'est intolérable.

AUDREY CRESPO-MARA
Gérard COLLOMB se donne 10 jours un pour libérer ces routes.

JACQUES MEZARD
Il a raison.

AUDREY CRESPO-MARA
Et les prochaines phases d'évacuation, c'est quoi, elles consistent en quoi, très clairement ?

JACQUES MEZARD
C'est d'attendre la fin de la période hivernale, pour des questions juridiques, ce n'est pas la peine de générer de nouveaux recours, pour évacuer...

AUDREY CRESPO-MARA
Le 30 mars.

JACQUES MEZARD
Oui, pour évacuer et...

AUDREY CRESPO-MARA
Sans heurs et sans morts, ces 150 zadistes qui sont installés, quelque fois depuis 9 ans.

JACQUES MEZARD
Personne dans ce pays ne peut souhaiter qu'il y ait des morts. Maintenant, l'autorité de l'Etat doit s'exercer, c'est-à-dire qu'on ne peut pas laisser durablement, et c'est en tout cas notre position, des occupations illégales, des blocages systématiques de dossiers, donc je l'ai dit : fin de Notre-Dame-des-Landes doit être la fin des ZAD dans ce pays.

AUDREY CRESPO-MARA
Il existe quelques douzaines, une douzaine d'autres ZAD en France, quelle est celle qui vous suscite le plus d'inquiétudes ? Il y a par exemple Bure, site d'enfouissement des déchets nucléaires, Roybon où doit être construit un Center Parcs, Gonesse où doit naître EuropaCity. Il y a quand même un risque de contagion.

JACQUES MEZARD
Tout à fait, tout à fait, et c'est pour cela que la politique du gouvernement, sur ce sujet, dans les mois qui viennent, et en particulier au printemps, doit être ferme. Nous ne devons pas, dans ce pays, laisser perdurer ces occupations illicites. Il n'est pas normal...

AUDREY CRESPO-MARA
Qui peuvent être encouragées, parce que le gouvernement a cédé.

JACQUES MEZARD
Eh bien justement, justement, c'est la politique qui est décidée par le gouvernement et qui va être menée par le gouvernement, qui permettra d'affirmer l'autorité de l'Etat, et qui est absolument indispensable. Mais je constate que ces ZAD, ont toutes jusqu'ici été créées, lancées, sous les quinquennats précédents, c'est pour ça que nous n'avons pas de leçon à recevoir à ce niveau-là. Et nous montrerons, dans les mois qui viennent, que nous savons exercer l'autorité de l'Etat.

AUDREY CRESPO-MARA
Autre enjeu, VINCI pourrait exiger jusqu'à 350 millions d'euros de dédommagement pour la non-construction de cet aéroport. La paix sociale est à ce prix-là ? 350 millions d'euros.

JACQUES MEZARD
D'abord, ce chiffre est avancé, je dirais, de manière un peu arbitraire, il y aura une négociation avec VINCI qui est tout à fait normale.

AUDREY CRESPO-MARA
Qui est déjà en cours ?

JACQUES MEZARD
Il y a des contacts entre VINCI et gouvernement, bien sûr.

AUDREY CRESPO-MARA
Et ? Et on essaie de faire diminuer cette somme, à quoi, à moitié ? On essaie de trouver un...

JACQUES MEZARD
On essaie de trouver un équilibre et une solution juste, une solution juste, d'abord bien évidemment pour l'Etat.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous travaillez sur d'autres zones, Jacques MEZARD, les zones blanches, ces lieux en France où on ne peut utiliser ni téléphone portable ni Internet. L'Etat et même les collectivités locales ne débourseront pas un centime sur ce dossier, est-ce que vous êtes sûr que les quatre opérateurs qui sont engagés dans cet accord ne vont pas en profiter pour augmenter nos forfaits ?

JACQUES MEZARD
Non, il ne s'agit pas de permettre aux opérateurs d'augmenter les forfaits, il s'agit au contraire de permettre à nos concitoyens, et moi je suis le ministre de la Cohésion des territoires, on parle souvent, à juste titre, de fracture numérique. L'accord qui a été obtenu et sur lequel mon secrétaire d'Etat Julien DENORMANDIE a beaucoup travaillé, c'est un accord qui a été qualifié d'historique, mais c'est un accord extrêmement important, parce qu'apporter la téléphonie mobile, la vraie téléphonie mobile, celle qui fonctionne, à des millions de nos concitoyens qui n'en bénéficient pas aujourd'hui ou qui parfois, et souvent, en bénéficient moins qu'il y a 2 ou 3 ans par rapport à l'augmentation de la consommation, c'est quelque chose d'extrêmement important, et nous allons en 3 ans faire plus que ce qui a été fait dans les 15 précédentes années. Je crois que, au niveau de la cohésion des territoires, c'est un message extrêmement important.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, il y a un fait étonnant aussi, Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie et des Finances, a annoncé la semaine dernière que la suppression de la taxe d'habitation ne serait pas compensée par un nouvel impôt. Alors, dites-nous ce qu'est la taxe inondations qui s'ajoute aux impôts locaux des Français depuis le 1er janvier. C'est un nouvel impôt, c'est une nouvelle taxe.

JACQUES MEZARD
Non. Mais je appelle que ce qu'on appelle la loi GEMAPI, c'est un …

AUDREY CRESPO-MARA
Taxe inondations.

JACQUES MEZARD
Oui, taxe inondations, c'est beaucoup plus compréhensible, a été mise en place il y a plusieurs années, a été décidée il y a plusieurs années, avec mise en pratique en 2018. Il s'agit de quoi ? De permettre la préparation sur les territoires, de la lutte contre les inondations, et on sait, parce que chaque fois que ça se produit, chaque fois que ça se produit, ça malheureusement ça s'est produit très souvent et en particulier dans le Sud et dans l'Ouest, nous avons besoin de réagir.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais c'est une taxe supplémentaire, un nouvel impôt.

JACQUES MEZARD
Oui mais c'est... c'est une taxe qui a été décidée voici plusieurs années.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc ce n'est pas de votre fait, quoi.

JACQUES MEZARD
Oui, ou alors il faut il faudrait revoter pour faire quelque chose de nouveau ? Non. Nous avons...

AUDREY CRESPO-MARA
Mais elle va être effective sous votre quinquennat.

JACQUES MEZARD
Oui, ce qui me paraît tout à fait logique.

AUDREY CRESPO-MARA
Tous les matins, je pose une question récurrente, la question off, mais devant les caméras.

- Jingle -

AUDREY CRESPO-MARA
C'est off, entre nous. Vous étiez contre la décision de votre propre gouvernement, donc, sur Notre-Dame-des-Landes. Vous étiez contre la limitation à 80 km/h sur les routes. Vous ne seriez pas en train de regretter d'être dans ce gouvernement ?

JACQUES MEZARD
Du tout, du tout. D'abord, dans un gouvernement, on a le droit de s'exprimer et ensuite d'être solidaire du gouvernement. Vous savez, je suis...

AUDREY CRESPO-MARA
Parce qu'on nous a aussi dit : un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne.

JACQUES MEZARD
C'est ce que je j'allais vous dire. Je suis très ami, c'est un ami proche, Jean-Pierre CHEVENEMENT, donc il y a, dans la vie politique, des lignes rouges, mais pour moi elles n'ont pas été franchies, je suis totalement solidaire de ce gouvernement par rapport aux décisions qui ont été prises, en l'état, mais j'ai l'habitude, et puis je ne vais pas y renoncer maintenant, d'exprimer ce que je pense, clairement, et si dans un gouvernement, dans nos débats, parce que vous parlez du 80 km/h...

AUDREY CRESPO-MARA
Mais vous n'avez jamais eu envie de démissionner, en n'étant pas en accord avec le gouvernement, sur certains points ?

JACQUES MEZARD
Non, parce que je suis vraiment très très en accord avec la politique menée par le président de la République.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci beaucoup Jacques MEZARD.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 janvier 2018

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