Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec Europe 1 le 19 janvier 2018, sur l'abandon de la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l'avenir de l'usine Bosh à Rodez, la situation politique en Allemagne et la construction européenne et sur la nomination au poste de gouverneur de la Banque de France de l'ancienne ministre des armées. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec Europe 1 le 19 janvier 2018, sur l'abandon de la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l'avenir de l'usine Bosh à Rodez, la situation politique en Allemagne et la construction européenne et sur la nomination au poste de gouverneur de la Banque de France de l'ancienne ministre des armées.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :

PATRICK COHEN
Bonjour Bruno Le MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Patrick COHEN.

PATRICK COHEN
Vous ne la voyez pas mais Hélène KOHL, notre correspondante à Berlin, est en ligne avec nous, elle aura une question à vous poser au lendemain de votre entretien avec votre homologue allemand ALTMAIER et à quelques heures du rendez-vous MERKEL-MACRON à l'Elysée. D'abord Notre-Dame-des-Landes, il y a eu un tour de table mercredi dernier au conseil des ministres sur le sujet ?

BRUNO LE MAIRE
Il y a eu un tour de table, oui.

PATRICK COHEN
Et quelle était votre position, vous étiez pour l'abandon de l'aéroport ?

BRUNO LE MAIRE
Ma position c'est que la décision qui a été prise par le Premier ministre c'est une décision qui est sage et responsable...

PATRICK COHEN
Oui, non, mais ça je n'en doute pas. Mais je ne veux pas de votre approbation de la décision du Premier ministre...

BRUNO LE MAIRE
Non, mais sage et responsable.

PATRICK COHEN
Mais je vous demande votre position d'avant ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je le sais, y compris pendant le conseil des ministres, avant que la décision ne soit annoncée. D'abord c'est une décision et je pense qu'on a trop temporisé sur ce dossier, l'indécision ne peut pas être une politique pour l'Etat ; ensuite elle est sage parce que le Premier ministre a pris toute la mesure du sujet, il a écouté les élus locaux, il a écouté les acteurs économiques avant de prendre sa décision. Ensuite il y a deux choses maintenant qui pour moi sont prioritaires, ce qui compte c'est ce qui va se passer dans les semaines, les mois et les années qui viennent : la première c'est le développement économique du grand Ouest, parce que je comprends l'inquiétude qu'il peut y avoir de la part des acteurs économiques, des Chambres de commerce, des PME, comment on va se développer économiquement ? Il y a des engagements qui ont été pris sur le développement de Nantes Atlantique, sur le développement de la ligne ferroviaire, sur la liaison avec Charles-de-Gaulle, ces engagements devront être tenus et, comme ministre de l'Economie, moi je suis prêt à recevoir tous les acteurs économiques de la région et je veillerai à ce que ces engagements soient tenus ; la deuxième priorité, là pour le coup c'est une urgence, c'est que le droit soit respecté et que par conséquent toutes les personnes qui sont illégalement sur le territoire de Notre-Dame-des-Landes quittent ce territoire, soit ils le quittent volontairement, soit elles devront être expulsées comme l'a indiqué le ministre de l'Intérieur à partir du 30 mars, force doit rester à la loi et au droit.

PATRICK COHEN
La fracture, Bruno Le MAIRE, Eric WOERTH - comme d'autres responsables de droite - vous demande de rendre publics les coûts directs et indirects de l'abandon du projet d'aéroport. Il y a d'abord VINCI, vous avez commencé à discuter avec le PDG de VINCI, le groupe qui avait obtenu la concession du futur aéroport...

BRUNO LE MAIRE
Je voudrais d'abord... remarquez que les coûts c'est d'abord les coûts d'une décision qui ne se prend pas, c'est les coûts depuis des années et des années d'une occupation illégale d'un terrain qui ne devrait pas être occupé, les coûts c'est construire une infrastructure sans avoir la certitude d'aller jusqu'au bout parce qu'il y a des oppositions qui ont trop fortes, ça c'est des coûts qui pour le coup sont vertigineux, vertigineux, et la décision qui a été prise permet d'éviter de s'engager dans cette impasse-là.

PATRICK COHEN
Oui, mais ensuite il y a le concret.

BRUNO LE MAIRE
Ensuite il faut indemniser, mais ça c'est très concret, il faut indemniser VINCI. J'ai reçu hier avec Elisabeth BORNE, la ministre des Transports, le président de VINCI Xavier HUILLARD, nous avons commencé les discussions avec VINCI et, moi, je suis convaincu à l'issue de cette première discussion – le reste sera suivi par Elisabeth BORNE, c'est elle qui est en charge du dossier – je suis convaincu que nous trouverons un accord dans l'intérêt des deux parties, de VINCI et de l'Etat...

PATRICK COHEN
Ce sera une négociation de gré à gré, c'est-à-dire que vous n'appliquerez pas la formule exacte mathématique qui est celle dans la concession ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense qu'on peut trouver un accord de bonne entente entre VINCI et l'Etat, les discussions hier ont été très constructives avec le président de VINCI, donc j'ai bon espoir que nous trouvions un accord en bonne intelligence avec VINCI et que par conséquent la facture – parce que c'est mon objectif comme ministre des Finances – sera la plus réduite possible pour le contribuable.

PATRICK COHEN
Loin des 300 ou 350 millions d'euros évoqués par les médiateurs de Notre-Dame-des-Landes ?

BRUNO LE MAIRE
J'espère que nous ferons moins les chiffres que j'entends ici ou là qui sont assez fantaisistes les uns et les autres, ils ne sont pas autour de la table des négociations, ils ne connaissent pas les chiffres, donc évitons d'avancer des chiffres fantaisistes.

PATRICK COHEN
Oui, parce que VINCI a aussi des intérêts dans les infrastructures existantes – et notamment Nantes Atlantique évidemment – est-ce que VINCI va conserver la concession de cet actuel aéroport ou est-ce que le gouvernement va lancer un appel d'offres ?

BRUNO LE MAIRE
Aucune décision n'a été prise pour le moment, ce que je constate...

PATRICK COHEN
Vous en discutez, j'imagine ?

BRUNO LE MAIRE
On discute, tout est sur la table pour trouver une fois encore un accord de gré à gré en bonne intelligence qui réduise le plus possible la facture pour le contribuable.

PATRICK COHEN
L'agrandissement de Rennes aussi, Rennes Saint-Jacques, ça été promis ?

BRUNO LE MAIRE
Agrandissement de Rennes, agrandissement de Nantes Atlantique, développement des liaisons ferroviaires, tout ce qui permet au grand Ouest de se développer.

PATRICK COHEN
Compensation promise aux communes, aux communes autour de l'aéroport de Nantes ?

BRUNO LE MAIRE
Tout ça comme ministre de l'Economie j'y veillerai personnellement, d'abord parce que d'abord je suis attaché à cette occasion - j'avais eu l'occasion de rencontrer les élus à plusieurs reprises – il y a effectivement une grande interrogation sur l'enclavement d'une partie de la Bretagne, je connais ces préoccupations et nous allons y répondre.

PATRICK COHEN
Bon ! Et vous publierez les comptes comme le demande Eric WOERTH ?

BRUNO LE MAIRE
Mais on publiera de manière très transparente le résultat de la négociation avec VINCI, il n'y a pas de doute là-dessus, la transparence elle fait partie de mon ADN et de ce qui est mon action comme ministre de l'Economie et des Finances depuis le début.

PATRICK COHEN
Un dossier industriel à présent Bruno Le MAIRE, celui de BOSH près de Rodez, 1.600 salariés, c'est le premier employeur privé de l'Aveyron, une usine spécialisée dans le diesel dont les syndicats craignent la fermeture - en tout cas de fortes réductions d'emplois - n'est-ce pas le risque d'un nouveau GM& S ?

BRUNO LE MAIRE
Je comprends leurs inquiétudes et les syndicats ont été reçus à Bercy il y a quelques jours, je comprends leurs inquiétudes parce qu'on voit bien que la filière diesel elle est en pleine révolution, c'est 12.000 emplois directs en France- c'est absolument considérable- l'usine de BOSH à Rodez c'est l'une des plus importantes ,1.600 emplois. Moi je verrais lundi, dans le cadre du Sommet de l'attractivité qu'a organisé le président de la République à Versailles, le président de BOSH, je vais en discuter longuement avec lui et je vais lui faire deux demandes : la première, c'est qu'il fasse un nouvel investissement sur l'une des deux lignes de production qu'il y a à BOSH à Rodez, un investissement...

PATRICK COHEN
Qui pour l'instant n'est pas prévu.

BRUNO LE MAIRE
Pour l'instant ce n'est pas prévu, mais je souhaite que le président de BOSH prenne une décision claire sur un nouvel investissement sur l'une des deux lignes de production ; la deuxième chose que je souhaiterais obtenir de lui, c'est la diversification de l'activité de BOSH à Rodez, aujourd'hui ils font des injecteurs pour des voitures diesel – je pense que ça ne suffira pas à garantir la charge de travail de l'usine de BOSH à Rodez – donc deux décisions que je souhaite proposer au président de BOSH, la première un investissement sur l'une des lignes de production, la deuxième une diversification de l'activité de Rodez. Cette question du diesel elle est clé, il y a une transformation de notre économie, on veut moins de diesel, les clients en consomment moins pour des raisons de protection de l'environnement, eh bien il faut accompagner le mieux possible en suivant ça attentivement toutes les industries qui sont sous-traitantes de l'activité de diesel en France.

PATRICK COHEN
Est-ce que vous allez demander aux constructeurs automobiles, comme vous l'avez fait pour GM& S, PSA, RENAULT éventuellement, de faire un effort pour...

BRUNO LE MAIRE
Je suis déjà en discussion avec RENAULT, avec PEUGEOT, ils sont extraordinairement positifs et constructifs, ils ont parfaitement conscience qu'il faut accompagner cette filière et qu'ils sont aussi responsables de leurs sous-traitants - c'est ça aussi ma vision de l'économie - les grandes entreprises sont responsables de leurs sous-traitants.

PATRICK COHEN
Bruno Le MAIRE, vous avez donc rencontré hier à Bercy le ministre allemand de l'Economie Peter ALTMAIER pour envisager une relance de l'Euro. Mais c'est un ministre intérimaire, d'où la question que vous pose Hélène KOHL, vous êtes à Berlin, Bruno Le MAIRE vous écoute.

HELENE KOHL, CORRESPONDANTE EUROPE 1 EN ALLEMAGNE
Bonjour Monsieur le Ministre.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour hélène KOHL.

HELENE KOHL
Que se passe-t-il si la crise politique se poursuit en Allemagne, vous savez que c'est possible, que se passe-t-il à ce moment-là ? La France a-t-elle un plan B pour réformer l'euro si l'Allemagne fait défaut ?

BRUNO LE MAIRE
Je sais que dans la vie Hélène KOHL il faut préparer le pire, mais on va essayer d'envisager le meilleur, c'est-à-dire un vote positif du SPD, des militants du SPD dimanche...

PATRICK COHEN
Ce sera ce week-end, oui.

BRUNO LE MAIRE
Une coalition qui se formera et un gouvernement allemand au printemps. En tout cas moi je me place dans cette perspective-là parce que nous avons besoin du partenaire allemand, nous avons besoin d'un partenaire solide et c'est maintenant qu'il faut avancer, c'est maintenant qu'il faut avancer pour des raisons très simples : il y a une ouverture politique avec un pouvoir stable en France après les nouvelles élections et l'élection d'Emmanuel MACRON, il peut y avoir une nouvelle coalition en Allemagne et, de l‘autre côté, nous avons un élément très positif c'est le retour de la croissance en Europe, c'est quand la croissance est là qu'il faut faire les transformations de la zone euro et faire de cette zone euro un vrai continent économique avec la même puissance que la Chine ou que les Etats-Unis. Nous avons pris une mauvaise habitude en Europe c'est de nous transformer que lorsqu'il y a une crise et, pour une fois, essayons de nous transformer en période de croissance.

HELENE KOHL
Vous souhaitez un partenaire solide, pourtant ici vu d'Allemagne on se dit que cette coalition même si elle se réalise elle risque d'être fragile, de durer que deux ans, les Allemands ont une jolie expression, ils disent : « on ne peut pas embrasser tout seuls l'Allemagne, l'Europe c'est pareil on ne peut pas la faire tout seuls » et à ce moment-là est-ce qu‘Emmanuel MACRON ne doit pas chercher peut-être d'autres personnes à embrasser pour faire avancer l'Europe ?

BRUNO LE MAIRE
Mais, pour poursuivre votre métaphore, l'amour avec l'Allemagne n'est pas un amour exclusif, il est ouvert à d'autres partenaires. Lundi je serai à Bruxelles, j'ai des discussions avec mon homologue allemand, nous aurons un dîner à quatre avec mon homologue italien, mon homologue espagnol, Peter ALTMAIER et moi-même, donc vous voyez que notre amour pour l'Europe est un amour qui associe tous les Etats européens.

PATRICK COHEN
Nous avons un autre partenaire, mais qui est en train de quitter l'Europe, c'est la Grande-Bretagne, il y avait un sommet franco-britannique hier et on apprend, on découvre dans la presse britannique ce matin Bruno Le MAIRE que Boris JOHNSON – le ministre des Affaires étrangères – a proposé la construction d'un pont entre Calais et Douvres, un pont de 35 kilomètres en plus du tunnel, Emmanuel MACRON aurait accueilli ça avec intérêt. Ça vous parait sérieux, intéressant ?

BRUNO LE MAIRE
Ecoutez, pourquoi pas. Moi je trouve que toutes les idées, même celles qui semblent parfois les plus farfelues, doivent être étudiées, je dis juste qu'il y a déjà des grandes infrastructures européennes qui sont compliquées à financer, je pense par exemple au Lyon – Turin, réalisons déjà les infrastructures qui sont commencées avant d'en envisager de nouvelles.

PATRICK COHEN
Pas d'urgence pour un pont ?

BRUNO LE MAIRE
Il y a un déjà un tunnel, essayons de rentabiliser le tunnel, essayons de faire le Lyon – Turin - vous avez tout ça coûte cher - donc avant d'envisager de nouvelles infrastructures regardons comment est-ce qu'on peut achever celles qui sont lancées.

PATRICK COHEN
Une question enfin, l'éphémère ministre des Armées Sylvie GOULARD vient d'être nommée sous gouverneur de la BANQUE DE FRANCE, expliquez-nous comment une personnalité qui a dû quitter le gouvernement à cause de l'affaire des assistants parlementaires du MoDem se retrouve aujourd'hui propulsée à une fonction si importante, Bruno Le MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne vois pas ce qui peut choquer !

PATRICK COHEN
Ah bon !

BRUNO LE MAIRE
Non, je ne vois pas ce qui peut choquer, elle n'a fait l'objet d'aucune procédure de justice, elle n'est pas mise en examen...

PATRICK COHEN
Pourquoi elle a quitté le gouvernement, alors ?

BRUNO LE MAIRE
Ça c'était son libre choix, vous lui demanderez pourquoi elle a quitté le gouvernement, moi ce que je sais c'est que Sylvie GOULARD...

PATRICK COHEN
En même temps que François BAYROU.

BRUNO LE MAIRE
Sylvie GOULARD elle a toutes les compétences, elle a fait des rapports sur les questions financières, sur la zone euro, sur le fonctionnement de la BANQUE CENTRALE EUROPEENNE, elle a été rapporteur de la commission des finances au Parlement européen - donc elle connait parfaitement ces sujets financiers - elle veut mettre ses compétences au service de la BANQUE DE FRANCE, tant mieux, je pense qu'elle sera très utile à ce poste-là.

PATRICK COHEN
Il n'est pas banal, vous le savez, qu'une personnalité politique soit nommée à ce poste-là compte tenu des règles d'indépendance de la BANQUE DE FRANCE ?

BRUNO LE MAIRE
Non, mais de manière générale nous sommes dans une époque qui n'est pas banale à tous points de vue.

PATRICK COHEN
Dans ce cas-là on s'affranchit des règles, c'est cela ?

BRUNO LE MAIRE
Non, ce n'est pas une... les règles sont rigoureusement respectées, si elle avait eu un problème avec la justice, une condamnation, une mise en examen, les choses auraient très différentes à mes yeux puisque c'est le ministre des Finances qui nomme à cette fonction-là - ce n'est pas le cas - et il se trouve qu'en plus Sylvie GOULARD est une femme compétente.

PATRICK COHEN
Mais il y a tout de même une enquête préliminaire. Merci Bruno Le MAIRE, ministre de l'Economie...

BRUNO LE MAIRE
Merci de m'avoir invité.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 janvier 2018

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