Interview de Mme Delphine Gény-Stéphan, secrétaire d'Etat à l'économie et aux finances, avec Sud Radio le 23 janvier 2018, sur le plan social chez Carrefour, l'attractivité économique de la France, la fiscalité et les grandes entreprises d'Internet et sur le soutien aux PME. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Delphine Gény-Stéphan, secrétaire d'Etat à l'économie et aux finances, avec Sud Radio le 23 janvier 2018, sur le plan social chez Carrefour, l'attractivité économique de la France, la fiscalité et les grandes entreprises d'Internet et sur le soutien aux PME.

Personnalité, fonction : GENY-STEPHANN Delphine, ROGER Patrick.

FRANCE Secrétaire d'Etat à l'économie et aux finances;

ti :

PATRICK ROGER
Bonjour Delphine GENY-STEPHANN. Vous travaillez donc à Bercy pour relancer notre économie et dans cette logique vous allez revenir sur les invitations des grands PDG hier soir à Versailles, vous y étiez hier soir...

DELPHINE GENY-STEPHANN
Effectivement j'y étais.

PATRICK ROGER
Oui à ce dîner, on va en parler dans un instant. Avant ça peut-être un mot du plan CARREFOUR présenté ce matin par Alexandre BOMPARD son PDG, 2.500 suppressions de postes à peu près, vous allez demander des comptes au grand distributeur : stratégie digitale, investissements ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Déjà on n'a pas d'élément officiel pour l'instant sur ce plan, en effet monsieur BOMPARD a indiqué qu'il préparait un plan de transformation de CARREFOUR à son arrivée et donc nous le regarderons avec attention, en particulier dans ses volets emploi – vous l'avez mentionné – je pense que l'ensemble de ces secteurs font face à un contexte qui change rapidement et donc il faut en tenir compte, il faut qu'il s'adapte, et d'ailleurs Bruno Le MAIRE a proposé de travailler au printemps sur ces secteurs qui sont très impactés par...

PATRICK ROGER
Oui, ça veut dire que ça commence chez CARREFOUR mais que les autres grands distributeurs risquent d'y passer également, de passer à la caisse si je puis dire ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Je pense que ce sont des modèles qui dans l'ensemble doivent se réinterroger, je ne connais pas l'ampleur du plan de CARREFOUR et je ne sais pas dans quelle mesure ça toucherait les autres.

PATRICK ROGER
Mais ce qui est quand même important aussi pour la France c'est de maintenir un tissu d'emplois localement, on sait que ce sont les actionnaires qui demandent et qui font pression sur Alexandre BOMPARD comme d'autres...

DELPHINE GENY-STEPHANN
Non, mais je crois que ce qu'il faut retenir aussi c'est que les sujets du numérique, les changements technologiques en effet ça amène des transformations mais ça ouvre des opportunités - et d'ailleurs le sommet qu'on a eu hier a bien marqué cela - c'est-à-dire qu'il y a beaucoup d'entreprises dans le secteur du numérique qui ont annoncé des investissements extrêmement intéressants et importants, qui ont annoncé des créations d'emplois, donc il faut que la France et les entreprises en France réussissent à saisir ces opportunités pour maintenir l'emploi.

PATRICK ROGER
Oui, alors c'est ça donc. Parce qu'opération séduction hier soir avec des grands chefs d'entreprises du monde entier à Versailles avec Emmanuel MACRON, 3 ,5 milliards à peu près d'investissements, près de 2.200 emplois c'est ça décrochés dans les cinq ans ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Ca ce sont les annonces qui ont été faites, je pense que les entreprises qui étaient présentes et qui ont pu entendre et voir la crédibilité de notre transformation de l'économie vont aussi enclencher tout un tas de décisions très intéressantes au-delà de ces 3,5 milliards.

PATRICK ROGER
Oui, ce n'est pas seulement un effet d'annonce, il y aura des garanties derrière non ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Les annonces c'est déjà des engagements fermes et après l'idée c'est de créer un mouvement et d'ancrer en fait dans la tête de ces grands groupes internationaux mais aussi des groupes de taille moyenne que la France est un pays où l'investissement est le bienvenu, où l'investissement est – comment dire – va être intéressant pour eux et donc s'inscrire dans leurs plans à moyen terme de développement.

PATRICK ROGER
Oui, pour eux mais aussi pour nous. Delphine GENY-STEPHANN, vous êtes sur Sud radio ce matin, est-ce qu'on est bien certain que ces multinationales vont payer leurs impôts en France, on pense notamment aux GAFA, ça c'est quand même l'un des problèmes qui revient un peu en boucle ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
C'est clair que tout le monde a bien en tête que la France est au premier rang des pays qui souhaitent que ce sujet de la fiscalité sur les géants du numérique se règle rapidement, on a fait des propositions très concrètes, je l'ai d'ailleurs évoqué avec Sheryl SANDBERG hier lorsque je l'ai rencontrée – donc la numéro 2 de Facebook...

PATRICK ROGER
Oui, de Facebook.

DELPHINE GENY-STEPHANN
Voilà ! Donc parce que je l'ai rencontrée en effet...

PATRICK ROGER
Et qu'est-ce qu'elle vous répond quand vous lui dites concrètement : « eh bien, écoutez, il faudrait peut-être payer un peu vos impôts en France et puis en Europe » ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Pour ces grandes plateformes et en particulier pour Facebook qui a des objectifs importants en France il y a clairement des choses qui changent et, d'ailleurs, Facebook a annoncé qu'il mettait en place un système de fiscalité, en fait qu'ils allaient fiscaliser en France une partie de leurs bénéfices.

PATRICK ROGER
Oui. Mais on ne peut pas quelque part les sanctionner, être plus fermes aussi ? Certes c'est bien de les accueillir, mais, s'il n'y a que le tapis rouge qui est déroulé, ils continueront ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Je vous assure qu'ils savent qu'on est fermes et qu'on a fait des propositions assez loin...

PATRICK ROGER
Pour l'instant, on ne l'est pas trop ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
On pousse fort à Bruxelles…

PATRICK ROGER
Pour l'instant, on ne l'est pas trop ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Parce que c'est au niveau européen qu'il faut qu'on règle ce sujet, sinon ce qu'on mettrait en place en France pourrait être contourné extrêmement facilement.

PATRICK ROGER
Delphine GENY-STEPHANN vous venez de chez SAINT GOBAIN, donc de l'industrie, vous connaissez ce secteur, quelles annonces aussi pour l'industrie française, c'est vrai que là aussi la modernisation est en marche mais est-ce que le rattrapage va se faire ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
On a eu des annonces extrêmement encourageantes hier. Vous avez sans doute vu le déplacement du président de la République chez TOYOTA à Valenciennes, donc j'ai rencontré Didier LEROY le numéro 2 de TOYOTA qui a un programme d'investissements très, très fort, très intéressant à Valenciennes, avec 300 millions d'euros qui vont être investis, 700 CDI qui vont être créés – donc ça c'est pour l'industrie automobile – j'ai également...

PATRICK ROGER
Oui. D'ailleurs un clin d'oeil au passage, c'est à dire que TOYOTA investit, va créer de l'emploi, pendant que PSA ferme et supprime des emplois, ce qui est un message d'ailleurs aux constructeurs français au passage ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Non, je pense que c'est la vie des affaires, c'est-à-dire qu'il y a des mouvements d'investissement, il y a des mouvements d'adaptation, d'ajustement et que tout ceci montre que le tissu français vit.

PATRICK ROGER
Oui, oui.

DELPHINE GENY-STEPHANN
Sinon dans le domaine de la pharmacie également le patron de NOVARTIS, monsieur NARASIMHAM, a fait des annonces très intéressantes avec 900 millions d'euros qui vont être investis dans les trois qui viennent.

PATRICK ROGER
Quand on vous écoute Delphine GENY-STEPHANN, vous êtes secrétaire d'Etat après du ministre de l'Economie et des Finances, donc de Bruno Le MAIRE, on a l'impression que la France est devenue soudainement attractive en fait de nouveau, que les grandes boites ont envie de venir investir en France ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
C'était bien tout l'objet du sommet hier, c'est-à-dire qu'on a lancé un mouvement de transformation de notre économie extrêmement profond, il faut qu'il devienne réel, crédible, pour l'ensemble des acteurs et des investisseurs internationaux et qu'on enclenche en fait un mouvement qui est favorable aux Français, à l'emploi, à l'activité économique sur le territoire très rapidement, vous savez que ça prend du temps.

PATRICK ROGER
Oui, parce que c'est là qu'on va juger Emmanuel MACRON, pour l'instant il y a eu beaucoup d'annonces, etc., mais ce sera sur l'emploi vous êtes d'accord ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Exactement ! Et entre le moment où la décision est prise et le moment où elle est mise en oeuvre, etc., il s'écoule un peu de temps, donc il faut qu'on agisse au plus vite maintenant.

PATRICK ROGER
Question politique encore avec Christophe BORDET et Mickaël DARMON. Christophe BORDET !

CHRISTOPHE BORDET
Les groupes internationaux qui vont investir en France, qui étaient donc réunis à Versailles hier, est-ce que vous allez les obliger à payer des impôts en France, ce qui n'a pas toujours été le cas – notamment avec Google...

PATRICK ROGER
Oui, ce qu'on a évoqué tout à l'heure.

CHRISTOPHE BORDET
Vous allez les obliger ? Quels engagements vous avez pris par rapport à ça ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Ils s'installent en France, ils vont se conformer à la règlementation fiscale française - donc de ce point de vue-là ça ne fait aucun doute – et du côté des GAFA, du côté des géants du numérique, j'en ai parlé, on a des propositions concrètes et on veut en Europe avancer dès 2018 sur ce sujet ; et on voit que cela fait bouger certains acteurs, en particulier Facebook, qui prennent d'eux-mêmes des engagements.

CHRISTOPHE BORDET
Dites-moi, autre question, Alexandre BOMPARD – pour revenir sur CARREFOUR – lorsqu'il était à la FNAC il a été embauché à la FNAC en fait pour faire remonter le cours de Bourse, quand on regarde ce qui s'est passé avec CARREFOUR il a été embauché pour faire remonter le cours de Bourse également, ce n'est pas un peu choquant quand même ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Je crois qu'il a été embauché pour ses...

CHRISTOPHE BORDET
Non, mais c'est plus le cours de Bourse que pour la caissière quand même qui compte ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Il a été embauché pour ses compétences et pour faire en sorte que CARREFOUR puisse rester un acteur, un leader de son secteur et un acteur qui fait vivre tout un pan économique de notre pays.

CHRISTOPHE BORDET
Donc, la Bourse plutôt que la caissière ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Ce n'est pas mon avis.

MICKAËL DARMON
Il y a un enjeu, à part Versailles et les grandes entreprises, il y a un enjeu de financement donc de l'économie pour les PME, il y a presque 1.600 milliards dans les assurances-vie françaises, comment vous allez réussir à inciter les Français à investir dans les PME qui justement doivent faire des investissements pour les emplois de demain ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
En effet c'était l'objet d'un séminaire qui était organisé hier par les députés La République En Marche - et en particulier Amélie de MONTCHANIN -donc ce sujet d'orienter l'épargne des Français on l'a dit 1.600 milliards d'euros...

MICKAËL DARMON
Alors, comment faire ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Vers les PME, aujourd'hui il n'y a que cinq milliards d'euros de cette épargne qui est consacrée pour aller dans le capital des PME et donc l'objectif c'est d'augmenter significativement ceci. Là ce qui a été fait hier c'est de mettre en présence en fait des PME et des acteurs du financement pour voir quels sont les nouveaux produits qui pourraient aider les Français à investir davantage, comment les métiers de la banque ou du conseil en investissement peuvent se transformer pour accompagner les Français ?

MICKAËL DARMON
Ça n'est pas un peu dangereux quand même, parce que si demain les PME vont mal qu'est-ce qui se passe pour les épargnants ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
En effet les PME c'est davantage de retour sur investissement puisqu'aujourd'hui cette épargne est massivement investie dans le Livret A, dans des supports qui sont à peu de risque – et donc ce qui est bien , il faut ce genre de supports pour l'épargne des Français – mais il faut peut-être augmenter un petit peu la part qui va à des placements un peu plus risqués tout en fournissant une information extrêmement précise pour qu'en effet les gens ne prennent pas des risques excessifs.

PATRICK ROGER
Allez, dernière question avec vous Mickaël DARMON.

MICKAËL DARMON
Rapidement. Effectivement il y a dans la loi sur les entreprises, qui est en train de se négocier, il y a un débat, il faudrait – selon ce que voudrait Nicolas HULOT par exemple – mettre la responsabilité sociale et environnementale dans le Code civil pour les entreprises, est-ce que ce n'est pas contradictoire avec l'objectif de compétitivité et d‘attractivité justement ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Non, ce n'est pas contradictoire. Je pense que le rôle de l'entreprise...

MICKAËL DARMON
Parce qu'à Bercy on hurle à ce qui parait là-dessus, on est très contre ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Le sujet du rôle de l'entreprise dans la société et de ses liens avec l'intérêt général ce sera un sujet couvert par la loi, il y a une mission qui a été demandée à monsieur SENARD et madame NOTAT pour disons défricher ce sujet, il n'est pas clair que la modification du Code civil soit nécessaire, mais en effet ce rôle de l'entreprise est au coeur de ce que nous voulons toucher dans la loi.

PATRICK ROGER
Oui. Delphine GENY-STEPHANN, il y a une question d'un auditeur, Jean-Paul de Nantes – on n'a pas le temps de le prendre à l'antenne – mais je résume sa question, c'est : que faire pour aider les PME à remplir leurs carnets de commandes et surtout privilégier des circuits courts quand même, c'est une demande très forte sur le terrain ?

DELPHINE GENY-STEPHANN
Déjà remplir leurs carnets de commandes c'est leur donner confiance en l'avenir, je pense qu'on s'y attèle, qu'avec la loi Pacte – donc qu'on prépare-là pour e printemps - on va mettre en place un contexte qui sera extrêmement favorable aux PME, à leur croissance, à leur financement, donc tout ceci devrait contribuer en effet à ce que les PME embauchent et soient en mesure de faire face à une demande qui aujourd'hui repart en effet, on est dans un bon moment du cycle et donc il faut que les entreprises en tiennent compte.

PATRICK ROGER
Aient confiance en quelque sorte.

DELPHINE GENY-STEPHANN
Aient confiance.

PATRICK ROGER
Oui. Merci Delphine GENY-STEPHANN, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances, qui était l'invitée ce matin de Sud radio.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 janvier 2018

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