Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec Europe 1 le 25 janvier 2018, sur le maintien de l'ordre à Notre-Dame-des-Landes, les plaintes pour viol et agression sexuelle, les chiffres de la délinquance, la question du cannabis, la police et les migrants à Calais, la protection à vie de certaines personnalités et sur la rénovation des commissariats. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec Europe 1 le 25 janvier 2018, sur le maintien de l'ordre à Notre-Dame-des-Landes, les plaintes pour viol et agression sexuelle, les chiffres de la délinquance, la question du cannabis, la police et les migrants à Calais, la protection à vie de certaines personnalités et sur la rénovation des commissariats.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti :

JULIE LECLERC
Patrick COHEN, vous recevez ce matin le ministre de l'Intérieur.

PATRICK COHEN
Bonjour Gérard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Bonjour.

PATRICK COHEN
Je vous présente Alain ACCO, chef du service police justice d'Europe 1 qui a des questions à vous poser sur le bon usage des forces de l'ordre. A ce propos d'ailleurs, combien de gendarmes et CRS aux abords des prisons en ce moment. Est-ce que ce conflit peut durer encore longtemps ?

GERARD COLLOMB
J'espère pour tout le monde que ce conflit sera réglé parce que, évidemment, la situation est un peu grave. On voit aujourd'hui des surveillants de prison qui sont excédés par ce qui s'est passé. C'est vrai que les agressions dont ils ont été l'objet, ç'a été très dur pour eux et donc c'est le révélateur d'un malaise. Nos forces de police qui étaient quand même surchargées par le passé, nous avons été obligés de les envoyer. Pour eux, c'est toujours une situation difficile parce qu'ils sont face à des presque collègues, donc c'est un peu compliqué à gérer, mais je crois qu'on essaye de le gérer au mieux.

PATRICK COHEN
J'ai lu 1300 CRS et gendarmes déployés autour des prisons, c'est ça ?

GERARD COLLOMB
Oui. On avait d'ailleurs pris un certain nombre de CRS, d'unités mobiles, qui faisaient d'autres tâches et que nous avons envoyés dans les prisons.

PATRICK COHEN
Autre question de maintien de l'ordre, Notre-Dame-des-Landes. L'évacuation des routes d'accès est-elle achevée, Gérard COLLOMB ?

GERARD COLLOMB
Elle s'achèvera vendredi. C'est la date qu'on a donnée, donc vendredi. J'ai vu hier soir le général LIZUREY qui commande nos unités. J'ai eu la préfète de police et vendredi, les routes devraient être libérées.

PATRICK COHEN
Donc dans le rythme prévu.

GERARD COLLOMB
Qu'on avait prévu effectivement.

PATRICK COHEN
Et ensuite, est-ce que vous vous préparez à utiliser la force pour dégager les zadistes ?

GERARD COLLOMB
Comme vous l'avez vu, on essaye plutôt d'aller vers l'apaisement. Après, on ne peut pas évidemment peut-être éviter totalement que tel ou tel groupe décide de rester, d'affronter les forces de l'ordre. En tout cas, ce n'est pas notre volonté. Nous, nous voulons gérer ce problème qui dure depuis cinquante ans plutôt dans le calme. Mais évidemment, nous ferons régner partout l'ordre public.
PATRICK COHEN
Nous avons depuis huit heures moins le quart, nous le donnions sur Europe 1, ces chiffres de la délinquance pour 2017, chiffres marqués par une hausse spectaculaire des plaintes pour viol et agression sexuelle dans les derniers mois de 2017, Gérard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Oui. Bien évidemment, il y a eu l'effet Weinstein qui se montre dans les chiffres. On voit bien évidemment qu'il y a une envolée des plaintes qui ont été déposées, mais je dirais que le phénomène même avant ces plaintes existait et qu'on avait remarqué une montée des violences, en particulier intrafamiliales. Aujourd'hui, je pense qu'avec ou sans affaire Weinstein, on n'hésite moins à porter plainte et c'est quelque chose d'ailleurs qui a été mis en place et pris en compte par les commissariats de police. Je vais aller avec Marlène SCHIAPPA dans une quinzaine de jours voir des dispositifs spéciaux qui ont été mis en place pour recueillir les plaintes des femmes.

PATRICK COHEN
Il y a un changement de mentalité ? On peut le résumer comme cela ?

GERARD COLLOMB
Oui. Je pense que dans la police, maintenant d'abord la police s'est féminisée beaucoup dans les derniers temps et donc il y a une prise en compte de ce type de problématique.

PATRICK COHEN
Des chiffres de la délinquance qui, pour certains, sont en augmentation même si c'est une légère augmentation. Escroqueries, infractions assimilées, cambriolages, vols sans violence, vous avez vu ces chiffres, Gérard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Oui, bien sûr. On va dire qu'il y a globalement une stabilisation mais il y a un certain nombre de faits qui montent. Par exemple, nous avons remarqué que les cambriolages dans les pavillons ont augmenté de 2 %. C'est un phénomène sur lequel nous travaillons actuellement.

PATRICK COHEN
Les plaintes évidemment, c'est l'activité de la police et de la gendarmerie qui est mesuré, mais quid des taux d'élucidation des crimes et délits ? Ce sont des chiffres qui ne sont plus rendus publics.

GERARD COLLOMB
On a plutôt une bonne capacité à élucider les crimes. Il y a une action efficace de nos forces de l'ordre. Moi, je ne ferai pas la politique du chiffre mais celle de la responsabilisation. Vous verrez la semaine prochaine ou dans quinze jours, nous allons vous présenter la police de sécurité du quotidien. Vous verrez la façon dont elle est orientée : elle est sur la responsabilisation et des troupes et des chefs qui les commandent au niveau local.

PATRICK COHEN
Autre sujet, Gérard COLLOMB, le rapport parlementaire sur le cannabis qui préconise une amende forfaitaire ou une simple contravention contre les fumeurs. Est-ce que vous êtes favorable à faire évoluer la loi qui prévoit aujourd'hui jusqu'à un an de prison ?

GERARD COLLOMB
Je ne sais pas si je vais vous décevoir ou pas, mais nous allons forfaitiser ce délit. Vous connaissez ce que disait le candidat MACRON pendant sa campagne. On veut effectivement avec les tablettes modernes qu'on va avoir, avec les applications, tout de suite demander une somme. Mais ensuite, il peut y avoir des poursuites, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de dépénalisation de l'usage du cannabis.

PATRICK COHEN
Donc ce ne sera pas une simple contravention qui éteindrait la procédure, ce sera une amende forfaitaire qui permettra des poursuites ensuite.

GERARD COLLOMB
Absolument, en fonction de ce qu'on aura pu voir par la suite. Effectivement ce que nous faisons avec la forfaitisation n'éteint pas l'action pénale.

PATRICK COHEN
Ce sera un projet de loi déposé dans les mois à venir ?

GERARD COLLOMB
Oui, ça prendra place dans un certain nombre de lois que nous allons présenter et en particulier peut-être sur la réforme de la procédure pénale. Mais pour nous, c'est surtout quelque chose qui doit se faire avec les nouvelles technologies qu'on est en train de déployer, à la fois à la police et à la gendarmerie.

PATRICK COHEN
Les migrants, Gérard COLLOMB, et les accusations de violences policières. Vous aviez commandé un rapport aux inspections générales de l'intérieur. Que dit-il ? Est-il vrai, comme l'a écrit le Canard Enchaîné hier, qu'il juge ces violences plausibles ? Manquement à la déontologie policière, usage disproportionnel de lacrymogènes, destruction d'affaires appartenant aux migrants.

GERARD COLLOMB
J'avais demandé donc, avant que toute polémique commence, un rapport à l'IGA sur cette problématique. On va dire que, globalement, le rapport dit que les policiers font correctement leur travail, font un travail correspondant à la déontologie qui doit être la leur. Il dit qu'il ne peut pas exclure que quelques-uns aient outrepassé les ordres. Mais globalement, c'est un satisfecit qui est donné à nos forces de l'ordre qui travaillent quand même dans des conditions pas faciles. Parce que quelqu'un pourrait faire un film vu de l'autre côté - il y a toujours deux faces que l'on peut montrer - et il verrait que nos policiers, nos gendarmes travaillent dans des conditions extrêmement difficiles, et que les CRS quelquefois sont véritablement à bout.

PATRICK COHEN
Vous parlez de films : vous faites allusion aux vidéos diffusées notamment par l'écrivain Yann MOIX qui vous désignait avant-hier comme le ministre de la matraque et de la barbarie.

GERARD COLLOMB
C'est dur, ça. Non, je ne sais pas comment je vais le désigner, moi. Est-ce qu'il aimerait que j'emploie ce type de mots ? Je pense qu'il serait plus en nuances, ça serait mieux qu'effectivement accuser comme ça de manière globale. En tout cas, moi lorsque je suis dans ses émissions, je n'use pas de ces mots pour lui répondre.

PATRICK COHEN
En tout cas, s'il y a des manquements, ce sont des bavures, pas des consignes.

GERARD COLLOMB
Chaque fois qu'il y a les manquements, ils sont sanctionnés. Vous avez eu des policiers qui ont été sanctionnés ces derniers temps, je peux vous assurer que les consignes sont fermes. On doit agir dans le respect de la loi, mais nos policiers le font.

PATRICK COHEN
Une devinette à présent. Quel est le point commun entre le Défenseur des droits, Jacques TOUBON, l'ancien Premier ministre Jean-Marc AYRAULT, l'église protestante, plusieurs députés de La République en marche ?

GERARD COLLOMB
Eh bien…

PATRICK COHEN
Je donne la réponse pour les auditeurs.

GERARD COLLOMB
Alors ce n'est pas une devinette !

PATRICK COHEN
Vous connaissez la réponse Gérard COLLOMB : tous demandent le retrait de la circulaire Collomb sur le tri dans les hébergements d'urgence.

GERARD COLLOMB
Oui. Alors expliquons ce qu'est cette circulaire. La circulaire, elle demande de regarder qui on a à l'intérieur du dispositif d'hébergement, qui théoriquement est fait pour les gens qui se trouvent temporairement en difficulté. Et qui est aujourd'hui, parce que le dispositif national de migrants est totalement saturé, sert à accueillir un certain nombre de gens qui ne devraient pas être là. Vous avez des réfugiés qui devraient être dans les logements, vous avez effectivement des déboutés de l'asile qui devraient être éloignés. Au total, c'est 143 millions, une augmentation de 15 millions en l'espace d'un an, surtout dans la région parisienne. 40 000 personnes qui sont à l'hôtel depuis quelquefois quinze ans. Ne pas regarder les situations quand même, je trouve ça aberrant.

PATRICK COHEN
Donc la circulaire Collomb ne sera pas retirée et elle sera appliquée.

GERARD COLLOMB
Oui, elle sera appliquée. Elle sera appliquée comme nous le faisons toujours de manière humaine, en faisant en sorte que l'on puisse plutôt orienter vers le logement, la formation professionnelle ceux qui sont reconnus comme réfugiés, et puis on applique normalement les lois. Ceux qui sont des déboutés de l'asile doivent être éloignés.

PATRICK COHEN
Le maintien de l'ordre, on y revient avec vous et cette question d'Alain ACCO.

ALAIN ACCO
Bonjour. Tous les anciens Premiers ministres et anciens ministres de l'Intérieur ont droit à une protection policière à vie. Edith CRESSON, Edouard BALLADUR, Daniel VAILLANT, Brice HORTEFEUX ou Edouard FEKL (sic). Ils sont une vingtaine aujourd'hui à bénéficier de deux à quatre officiers de sécurité. Coût estimé avec la voiture de fonction, autour de 500 000 euros par personnalité et par an. Cela fait des années que les directeurs successifs de la police nationale plaident pour que cette protection rapprochée soit limitée à cinq ans, ce qui permettrait d'économiser une cinquantaine de postes dans un service qui est soumis à dure épreuve avec la menace terroriste. Jusqu'ici, c'est l'Elysée paraît-il qui bloquait ; cela, c'était le monde d'avant. Est-ce que cela va changer ? Est-ce que contrairement à François HOLLANDE, Emmanuel MACRON va trancher dans le vif et retirer des protections qui ne paraissent plus vraiment justifiées ?

GERARD COLLOMB
Nous avons déjà regardé la liste des personnalités et il y a déjà un certain nombre de personnalités, parce qu'il n'y avait pas que des politiques : il y avait aussi à des personnalités de la société civile, et nous avons déjà retiré un certain nombre d'officiers qui protégeaient les personnes. Donc oui, nous allons regarder.

ALAIN ACCO
Les anciens ministres de l'Intérieur qui ont droit à une protection à vie, jusqu'à la fin de leurs jours.

GERARD COLLOMB
Mais c'est possible. Il ne faut pas croire qu'avoir une protection, c'est quelque chose qui soit forcément formidable. Parce que le ministre de l'Intérieur actuel qui a vingt personnes autour de lui, si vous allez faire votre course dans le grand magasin du coin, ça fait quand même un peu voyant. Moi qui n'avais pas cette habitude, je l'accepte mais quand même c'est une contrainte lourde.

PATRICK COHEN
Oui, mais on parle là d'usage des forces de l'ordre et non pas de confort personnel pour tel ou tel, Gérard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Oui, d'accord, mais je vais vous dire que c'est quand même, pour vivre ça… Vous voyez, mes filles par exemple habitent Lyon parce qu'elles ne veulent pas subir et je ne veux pas qu'elles subissent cette contrainte.

PATRICK COHEN
Un dernier mot, Gérard COLLOMB. Vous avez présenté hier un grand chantier de rénovation des commissariats et des casernes de gendarmerie avec une originalité remarquée à Nice : la construction d'un énorme hôtel de police où seront réunies la police nationale et la police municipale. Est-ce que c'est une exception locale ou est-ce que ça peut servir de modèle ?

GERARD COLLOMB
Je pense que ça peut servir de modèle. Dans quelque temps, nous donnerons une mission à des parlementaires pour réfléchir sur le continuum de sécurité. Parce qu'on voit bien que les polices municipales dans un certain nombre de villes se sont modernisées, professionnalisées, et donc qu'elles peuvent être un utile complément pour les polices nationales, et donc nous allons travailler ensemble. C'est-à-dire que par exemple, elles vont utiliser la même vidéo-protection, elles auront les mêmes images et pourront assurer des missions qui sont complémentaires. Dire, par exemple, que les unes interviennent jusqu'à telle heure et que les autres prennent le relais par exemple dans la nuit, là où il y a des aspects plus criminogènes.

PATRICK COHEN
Donc le regroupement des différentes polices, c'est l'avenir.

GERARD COLLOMB
En tout cas, il peut y avoir un certain nombre de salles communes. On sait qu'aujourd'hui, la sécurité passe à la fois par la police nationale, par les polices municipales et même par un certain nombre d'agents privés. Si vous vous souvenez de la nuit du Nouvel An dans les Champs-Elysées, si nous avons pu faire en sorte que 200 000 personnes soient heureuses sur les Champs-Elysées, c'est parce qu'il y avait ce continuum.

PATRICK COHEN
Merci Gérard COLLOMB, ministre de l'Intérieur, d'être venu ce matin en direct au micro d'Europe 1.


source : Service d'information du Gouvernement, le 29 janvier 2018

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