Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, avec Cnews le 29 janvier 2018, sur la politique du logement, la revitalisation des centres des villes moyennes et sur la 4G pour tous. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, avec Cnews le 29 janvier 2018, sur la politique du logement, la revitalisation des centres des villes moyennes et sur la 4G pour tous.

Personnalité, fonction : MEZARD Jacques, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de la cohésion des territoires;

ti :
CLELIE MATHIAS
C'est l'interview politique de Jean-Pierre ELKABBACH qui reçoit ce matin Jacques MEZARD, ministre de la Cohésion des territoires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenu Jacques MEZARD, bonjour.

JACQUES MEZARD
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je vous ai invité parce qu'il y a une sorte d'impatience qui est en train de gagner. Le gouvernement avait promis une loi et des décisions novatrices en matière de logement ; on ne voit rien venir. Est-ce que c'est déjà la victoire des lobbies ?

JACQUES MEZARD
Non, du tout. Le chantier est lancé. D'ailleurs cette semaine, l'Assemblée nationale va voter sur le droit à l'erreur la réduction des normes, le moyen de diminuer les normes. Nous lançons aussi très rapidement, et c'est l'objet d'intenses discussions, la simplification dans l'organisation des bailleurs sociaux du monde HLM. Nous lançons aussi la lutte contre les recours abusifs et ce sera dans les textes législatifs qui vont être discutés au cours du deuxième semestre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes en train de nous montrer que ça bouge mais on va prendre des exemples très précis. Vous promettiez ici-même, à nous à CNews, vous promettiez une réforme du secteur HLM. Vous disiez : « Il y a huit cents offices de HLM. C'est trop. » Est-ce que vous allez réduire les huit cents ou est-ce qu'on va être obligé d'avoir les huit cents qui ont des conséquences sur les retards et les coûts ?

JACQUES MEZARD
Ce chantier-là est lancé. La réduction du nombre d'organismes HLM est lancée. Nous avons donné trois ans à l'ensemble du monde HLM pour aboutir mais ça va beaucoup plus vite, puisque nous sommes en concertation avec eux, qu'ils sont globalement très d'accord pour avancer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils ont fini par être d'accord et à accepter la concertation.

JACQUES MEZARD
Tout à fait parce que ça permettra des économies au niveau du fonctionnement. Ça permettra d'avancer beaucoup plus vite et je crois que c'est une avancée qui est souhaitée maintenant, qui est reconnue comme étant indispensable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et est-ce que les prix des loyers vont baisser un de ces quatre ? Les prix des loyers ?

JACQUES MEZARD
Nous assistons cette année à une stabilisation déjà des loyers, y compris à Paris. C'est-à-dire que je pense que nous sommes sur le bon chemin.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Vous avez dit huit cents, est-ce que vous allez les réduire de combien ?

JACQUES MEZARD
Nous allons, ensemble avec eux, les réduire de manière forte tout en gardant de la proximité sur le terrain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pardon, vous ne me répondez pas. Huit cents, ça veut dire qu'il y en aura cinq cents, quatre cents ? C'est substantiel ?

JACQUES MEZARD
C'est substantiel et ça se fait, je le dis, en concertation parce que c'est un élément maintenant qui est largement partagé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et l'accès à la propriété ? Je me souviens que sur les quatre millions de logements HLM, il y en a seulement sept mille qui sont vendus à des locataires qui peuvent se les payer, qui en ont les moyens. Sept mille par rapport à quatre millions, c'est ridiculement bas. Est-ce que ça peut, est-ce que ça va changer ?

JACQUES MEZARD
Ça va changer. C'est une forte volonté du gouvernement. Là aussi, ACTION LOGEMENT s'est largement investi pour que nous avancions sur ce sujet. Ce que nous voulons, c'est que d'ici la fin du quinquennat on multiplie par cinq le nombre de logements sociaux vendus aux locataires. Parce que c'est ça, c'est le bon moyen d'avancer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a des locataires qui veulent et qui ne peuvent pas.

JACQUES MEZARD
C'est l'accession à la propriété. L'argent qui sera généré par ces ventes sera directement utilisé pour construire davantage de logements sociaux. C'est-à-dire que chaque fois qu'on vend un logement social, on peut en construire deux ou trois nouveaux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais parce que vous dites cinq fois plus, sept mille, ça fait trente-cinq mille ou quarante mille. Ce n'est pas beaucoup.

JACQUES MEZARD
Ecoutez, si nous multiplions par cinq ce sera un progrès significatif parce que trente-cinq mille logements sociaux vendus, on peut considérer que ça fera plus de cent mille nouveaux logements qui seront construits.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez évoqué vous-même, Jacques MEZARD, les recours. Souvent, il y a des recours qui sont déposés pour empêcher ou retarder des permis de construire. Certains de ces recours sont légitimes, probablement il faut les maintenir, mais il y a des abusifs, des excessifs et certains sont très profitables. Est-ce que ça va continuer comme ça ?

JACQUES MEZARD
Non, parce que dans les dispositions législatives que nous présenterons au deuxième semestre et les dispositions aussi réglementaires, nous allons mettre les moyens d'accélérer les procédures. La vraie difficulté, c'est qu'une procédure lancée peut durer sept ans, huit ans, neuf ans, parfois plus de dix ans. Ça bloque la construction, ça d'ailleurs élimine un certain nombre de projets qui ne sont pas du tout lancés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et quelques fois, ça se termine par des accords avec…

JACQUES MEZARD
Des accords qui sont en réalité du chantage. Il ne s'agit pas d'interdire les recours, le droit au recours continuera à exister. Nous allons accélérer les procédures avec des délais maximum. Dix mois en première instance, dix mois en cour d'appel.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sinon sanctions.

JACQUES MEZARD
Sinon, évidemment le recours ne prospère pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi j'en parle ? Parce que, d'après ce que j'ai lu, chaque année – vous me dites si c'est vrai – il y a entre trente et cinquante mille logements qui ne sont pas construits. On se dit : « Est-ce que ça va durer quand il y a un manque de logements ? »

JACQUES MEZARD
Non, c'est absolument inacceptable à tout point de vue. Là, les dispositions efficaces seront mises en place par la loi logement, par la loi ELAN au cours du deuxième trimestre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La loi ELAN, c'est la loi avec un grand nom qui signifie ce que vous voulez réformer. Vous et Julien DENORMANDIE, qui est votre secrétaire d'Etat actif comme vous, vous continuez jusqu'au 8 février à essayer d'avoir des résultats avec ce que vous avez créé, les conférences de consensus au Sénat. Je ne sais pas si ça marche ou pas.

JACQUES MEZARD
C'est le Sénat qui a lancé la conférence de consensus bien sûr en collaboration avec nous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire les professionnels, le Parlement, les parlementaires, et cætera.

JACQUES MEZARD
Les parlementaires, les professionnels, les associations.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour faire bouger les choses. Et ça va déboucher sur quoi ? Sur une loi ou des ordonnances ?

JACQUES MEZARD
Ça va déboucher sur une loi. Il est possible qu'il y ait quelques ordonnances. Il faudra une procédure accélérée mais, évidemment, je compte beaucoup sur le débat parlementaire parce que dans notre démocratie, il faut un débat parlementaire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. C'est-à-dire que c'est à la Saint-Glinglin, la loi ?

JACQUES MEZARD
Non, du tout.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'application de la loi ?

JACQUES MEZARD
Puisque nous sommes sur la procédure accélérée et comme je l'ai dit, il y a déjà les textes. Cette semaine l'Assemblée nationale sur le droit à l'erreur, sur les normes, va voter des dispositions qui changent la donne en matière de normes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. On voit bien que les Français, au-delà de l'intérêt qu'ils ont pour la vie politique sur du concret, s'intéressent beaucoup moins aux querelles partisanes, aux querelles des appareils ; on va le voir tout à l'heure. Encore deux-trois questions. Vous avez dit sur ce thème : « la loi et des ordonnances. » Donc il y a aura quelquefois recours à la procédure des ordonnances.

JACQUES MEZARD
Il y aura quelques ordonnances bien sûr si le sujet l'impose, mais nous recourrons fondamentalement à la procédure parlementaire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Demain, Jacques MEZARD, vous êtes attendu par la fondation de l'Abbé Pierre qui parle beaucoup des sans-abri et qui les défend. Je me souviens que le président de la République avait dit : « Je ne veux plus personne dans les rues. Je ne veux plus voir un malheureux qui traîne dans les rues. » Il y en a encore.

JACQUES MEZARD
Il y en a encore mais nous avons beaucoup progressé et nous faisons des efforts constants avec le secrétaire d'Etat Julien DENORMANDIE. En particulier, nous avons beaucoup travaillé avec les associations, avec les services de l'Etat pour qu'il n'y ait pas d'enfants, qu'il n'y ait plus de familles dans la rue. Cet objectif-là, il est pratiquement atteint. Bien sûr, il y a encore beaucoup de travail à réaliser mais nous n'avons jamais fait autant dans ce pays en ce qui concerne l'hébergement d'urgence. Nous serons cet hiver à cent quarante-quatre mille places, c'est-à-dire dix mille places de plus que l'année dernière. Ce n'est jamais assez parce que j'estime qu'on n'a pas atteint le résultat tant qu'on ne sortira pas de ce système. Ce qu'il faut, c'est passer de l'hébergement d'urgence au logement. Ça, c'est une priorité et nous y travaillons constamment.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans l'hébergement d'urgence, il y a aussi des migrants et des réfugiés.

JACQUES MEZARD
La question de l'asile est une autre question. En dehors de l'hébergement d'urgence, nous avons quatre-vingt-dix mille places pour les demandeurs d'asile. C'est aussi l'objet de notre attention et c'est un phénomène, tout le monde le constate, qui est aujourd'hui extrêmement prégnant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jacques MEZARD, vous parlez depuis tout à l'heure du droit à l'erreur. Le texte est porté par le ministre des Comptes publics Gérald DARMANIN. Or, ce jeune et brillant ministre Gérald DARMANIN est l'objet actuellement d'une plainte pour viol. Il y a quelques voix qui s'élèvent pour qu'il sorte du gouvernement. Est-ce que c'est possible ? Est-ce qu'il a sa place encore dans le gouvernement et même à vos côtés ?

JACQUES MEZARD
Bien sûr qu'il a sa place au gouvernement. Vous savez, en rugby chez moi on dit : « Il faut revenir aux fondamentaux. » C'est quoi les fondamentaux ? C'est le respect du droit. Le droit des plaignants mais la présomption d'innocence. Et je crois que là, il est indispensable de sortir d'un système qui donnerait la place à la délation, on sait trop ce que c'est. Bien sûr, il faut respecter les droits des plaignants, mais bien sûr dans une démocratie il est essentiel de respecter la présomption d'innocence et de ne pas avoir des positions qui sont tout à fait incompatibles avec ce que doit être le droit dans une démocratie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça, c'est l'ancien avocat Jacques MEZARD et le sénateur Jacques MEZARD qui parle.

JACQUES MEZARD
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce qu'il y a des raisons qu'il reste au gouvernement ou qu'il quitte le gouvernement ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez, si chaque fois qu'un citoyen à tort ou à raison dépose une plaint, un ministre doit démissionner, je crois qu'il sera facile de ne plus avoir jamais de gouvernement dans ce pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sauf d'avoir des ministres irréprochables, mais on ne sait pas si c'est le cas ou pas.

JACQUES MEZARD
Le dépôt d'une plainte ne veut pas dire qu'il y a culpabilité. Ça n'a jamais voulu dire ça en droit.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce matin, des féministes font circuler une pétition qui a recueilli moins de deux milles signatures et qui s'adresse au Premier ministre, monsieur Edouard PHILIPPE, qui a d'ailleurs manifesté déjà sa solidarité à Gérald DARMANIN. Ces féministes demandent donc au Premier ministre de sortir DARMANIN du gouvernement. J'ai envie de dire qui gagne : la pétition ou la justice ?

JACQUES MEZARD
Je viens de vous répondre. Moi, je respecte le droit. Et le droit dans ce pays, ce n'est pas de fonctionner de cette manière-là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ce n'est pas pour simplement défendre un ministre proche de vous ? La solidarité gouvernementale, la protection d'un homme et cætera ? Vous voulez dire qu'il faut aller au-delà ?

JACQUES MEZARD
La justice doit être utilisée de la même manière quelle que soit la position des femmes et des hommes de ce pays. La règle de droit doit s'appliquer de la même manière à tout le monde. Et la règle de droit dans notre pays, c'est le respect aussi d'abord de la présomption d'innocence.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jacques MEZARD, est-ce que vous entendez j'ai envie de dire l'appel angoissé qui monte des campagnes et des villes moyennes qui se sentent abandonnées et en péril ? Le gouvernement et les gouvernants se flattent de créer des métropoles mais elles sont en train d'étouffer ou d'asphyxier des villes moyennes.

JACQUES MEZARD
Ecoutez, je suis l'élu d'une ville moyenne, d'Aurillac. Je sais ce que c'est que ce monde rural. Effectivement, le phénomène de la métropolisation a entraîné un certain nombre de conséquences. Il ne s'agit pas de lutter contre les métropoles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est quoi une ville moyenne ? Combien d'habitants ?

JACQUES MEZARD
Une ville moyenne, c'est entre vingt mille et cent mille habitants.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Par exemple ?

JACQUES MEZARD
Par exemple Nevers, par exemple Albi, par exemple Aurillac, par exemple Rodez, par exemple Maubeuge. Tout ça, c'est la France du nord au sud. Et ces villes moyennes, elles ont un territoire rural autour et il est essentiel d'éviter qu'il y ait une dérive, c'est-à-dire une perte de démographie, une perte d'attractivité. C'est pour cela que je lance un plan villes moyennes pour redynamiser celles qui en ont besoin. Nous allons y mettre, flécher vers ces villes moyennes cinq milliards d'euros sur le quinquennat. Je pense que ça, c'est essentiel de penser à cette France. Il n'y a pas que Paris, il n'y a pas que Lyon, il n'y a pas que Lille, il n'y a pas que Bordeaux. Il y a la France. Et la France, c'est aussi la ruralité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, oui, la France, la France mais c'est vrai qu'on a l'impression qu'il y a Paris, le Grand Paris bientôt, les métropoles et un trou ou des trous et des espaces abandonnés. C'est ça la France du futur ?

JACQUES MEZARD
Non, et c'est pour cela que nous mettons en place ce plan et que nous allons veiller fortement à préserver ces villes et ces territoires ruraux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Plan, programme et cætera à partir de quand ? Et sur quels critères vous donnerez les moyens à certaines villes de revivifier le centre, le coeur des villes ? De faire en sorte que le e-commerce ne tue pas le commerce, que la culture et l'économie continuent de vivre ?

JACQUES MEZARD
Nous démarrons immédiatement en 2018. J'ai demandé aux préfets de réunir dans chaque département les élus des collectivités de ces villes moyennes et puis de flécher celles qui sont prêtes au niveau des projets à entrer dans ce plan villes moyennes. Parce qu'il ne s'agit pas de donner des instructions à ces villes, il s'agit de faciliter leurs projets, de les accélérer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec Julien DENORMANDIE, vous venez de promettre la 4G pour tous. Encore des promesses, est-ce qu'elles seront tenues ? Pour qu'il n'y ait plus de zones blanches, zones grises.

JACQUES MEZARD
Il y a un accord que certains ont qualifié d'historique avec les quatre opérateurs qui vont mettre trois milliards d'euros pour construire cinq mille pylônes pour permettre d'avoir sur tout le territoire d'ici trois ans la 4G partout c'est-à-dire aussi Internet. Parce qu'évidemment aujourd'hui, nous avons sur le terrain des situations inacceptables, et ça c'est aussi la fracture territoriale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a même parfois des téléphones fixes qui ne marchent plus. Est-ce que c'est vrai ça ?

JACQUES MEZARD
Oui. C'est la vérité. Dans nos campagnes, il y a malheureusement beaucoup de nos concitoyens qui, du fait du mauvais entretien de ce qu'on appelle le cuivre du téléphone fixe, n'ont souvent pas de téléphone pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois. Je dis que ça, c'est inacceptable en 2018 et l'objectif du gouvernement, c'est de mettre fin à ces situations.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les campagnes délaissées, c'est un thème qu'a saisi Laurent WAUQUIEZ. Il répète assez souvent en critique que le président de la République et son gouvernement sont des Parisiens, des citadins qui ne connaissent rien à la province et qui parfois la détestent. Vous étiez aux côtés d'Emmanuel MACRON quand il a rendu visite vendredi à une région qui souffre dans le domaine agricole, industriel et cætera. Au bout de deux jours, vous croyez qu'il a guéri cette région qui souffre ? Il suffit qu'il passe, qu'il bénisse quelques personnes et la guérison arrive ?

JACQUES MEZARD
Non. Le président de la République ne guérit pas encore les écrouelles mais par contre, il témoigne son attention à tous les territoires et à tous nos concitoyens. J'en ai un peu assez d'entendre « président des riches », « président des villes » : c'est le président des Françaises et des Français. Il est nécessaire qu'il se déplace en province, il le fait. Il est nécessaire qu'il écoute les élus de ces territoires, j'en suis un et je peux vous dire que je sais parler de ces territoires et je sais qu'il est sensible à cela.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aujourd'hui, il faut parler du concret.

JACQUES MEZARD
Mais ce que nous venons de dire, Jean-Pierre, c'est du concret. Sur la téléphonie mobile, sur les villes moyennes, sur le logement. C'est du concret.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui d'accord, mais il faut faire passer les promesses en actes et là, vous serez jugé sur les actes. Il y a eu des élections partielles, deux : à Belfort et dans le Val-d'Oise. Il y a deux-trois choses qui frappent, vous me direz ce que vous en pensez. Premièrement, c'est le manque d'intérêt. 75 % d'abstention, de non-participation, 25 % de votants. Mais on constate que les deux partis qui se tiennent, c'est le parti En Marche devant Les Républicains ou inversement selon Belfort ou le Val-d'Oise, mais que le Parti socialiste a 1 % - 1 % à Belfort ! – et 7 % dans le Val-d'Oise. Deuxièmement, le Front national baisse d'une manière assez significative. Qu'est-ce que vous en pensez ?

JACQUES MEZARD
On a là la démonstration de la suite des présidentielles et des législatives du mois de juin. Le Parti socialiste est en crise, en très forte crise, c'est une évidence, et le Front national baisse et nous le sentons sur le terrain. Je dois dire qu'il est clair que le maintien et les résultats des Républicains sur ces deux élections partielles montrent qu'une partie de l'électorat Front national a rejoint le vote Républicains.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire Laurent WAUQUIEZ et Les Républicains profitent actuellement de la baisse du Front national ? Première indication.

JACQUES MEZARD
C'est ce que paraît démontrer l'élection d'hier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec Gérard COLLOMB et Richard FERRAND – c'est ma dernière question – vous avez été, Jacques MEZARD, un des premiers à rejoindre Emmanuel MACRON au tout début et à croire en lui. Au Sénat, vous aviez la réputation de dire ce que vous pensiez, d'être un homme indépendant. Est-ce qu'au gouvernement on peut vraiment dire ce qu'on pense ?

JACQUES MEZARD
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'on peut manifester de la liberté à l'intérieur d'un gouvernement comme celui-ci avec une autorité de l'exécutif qui est assez ferme ?

JACQUES MEZARD
Oui. Le président de la République a de l'autorité, le Premier ministre aussi mais moi, je dis ce que je pense. Je suis un homme libre mais je suis aussi un homme loyal et solidaire. C'est-à-dire que par rapport aux projets, j'exprime mon opinion là où il convient qu'elle soit exprimée, soit au conseil des ministres, soit dans des réunions interministérielles. Une fois que la décision est prise, je suis solidaire du gouvernement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
« Garde à vous ! », non ? Est-ce qu'on peut garder sa liberté ?

JACQUES MEZARD
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aujourd'hui, est-ce qu'on peut dire : « Je ne suis pas d'accord avec les 80 kilomètres, je ne suis pas d'accord » ? Il y a des tas de thèmes que je pourrai faire défiler.

JACQUES MEZARD
Ecoutez, chacun à sa nature. Moi, je resterai ce que je suis avec mes défauts et mes qualités.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci.

JACQUES MEZARD
Merci.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous reviendrez parce que le logement, les villes moyennes, et cætera, c'est très important et on veut voir si les promesses s'appliquent. Bonne journée.

JACQUES MEZARD
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 janvier 2018

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