Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à Europe 1 le 31 janvier 2018, sur la violence en milieu scolaire, les incivilités et la réforme de l'école. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à Europe 1 le 31 janvier 2018, sur la violence en milieu scolaire, les incivilités et la réforme de l'école.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-michel, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti :


PATRICK COHEN
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Patrick COHEN.

PATRICK COHEN
Violence endémique et quotidienne, vous avez lu le tableau édifiant et le SOS des profs de ce lycée professionnel de Toulouse, Lycée Gallieni, la République nous abandonne, que leur répond la République que vous représentez ce matin ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Que bien entendu je les entends et que j'entends ce SOS. Je l'ai entendu dès le début du mois de janvier d'ailleurs puisque les faits ont commencé à m'être signalés, c'est pourquoi d'ailleurs j'ai envoyé une équipe d'inspecteurs généraux pour voir ce qu'il en est. J'ai le rapport depuis avant-hier.

PATRICK COHEN
Est-ce qu'il est aussi dramatique que le récit de l'Express ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait, j'étais profondément scandalisé de ce que j'ai lu, c'est une situation complètement inacceptable et elle va évidemment changer.

PATRICK COHEN
Quelles mesures d'urgence ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Dès aujourd'hui vous allez avoir un personnel de direction expérimenté sur le terrain, qui a connu des situations de ce type, à qui je vais donner toute ma confiance pour commencer à rétablir la situation.

PATRICK COHEN
C'est-à-dire que vous allez envoyer des personnels spécifiques pour remplacer l'équipe de direction actuelle ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez, je dis toujours la force doit être du côté du droit, c'est exactement ce qu'on va constater au cours des prochains jours. D'abord parce qu'il va y avoir cette responsabilité assumée par cette personne que j'envoie dès aujourd'hui à la suite des inspecteurs généraux que j'ai envoyé la semaine dernière. Et ensuite toute une série de mesures, concrètes, pragmatiques vont être prises pour tout simplement encore une fois, rétablir le droit et mettre la force du côté du droit, comme on le voit très bien, aussi bien dans le rapport des inspecteurs généraux que dans cet article, il y a une petite minorité conséquente quand même, c'est plusieurs dizaines de personnes, petite minorité qui a fait la loi, on n'a pas assez imposé les règles qu'on devait imposer au cours des précédentes années et précédents mois, désormais la règle sera le principe.

PATRICK COHEN
Un nouveau proviseur… pourrait suffire à mettre fin à ces violences, on rappelle des agressions physiques, verbales, des départs de feu quotidien, des filles qui rasent les murs, enfin c'est tout ça qu'ils décrivent, moi je n'ai pas le rapport officiel que vous avez lu, Jean-Michel BLANQUER, mais l'enquête de l'Express est assez édifiante.

JEAN-MICHEL BLANQUER
L'enquête est édifiante, ce que les inspecteurs généraux m'ont apporté est encore plus précis.

PATRICK COHEN
C'est-à-dire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien encore une fois, vous avez, c'est un phénomène qui peut se constater parfois, mais qui ne doit plus jamais exister, donc évidemment on va y travailler et à chaque fois que ça se présentera, ce sera la même chose, c'est-à-dire que les règles doivent être respectées. Notamment un des problèmes importants qu'on a dans ce genre de situation, c'est qu'on laisse faire des petites choses sans les sanctionner, sans réagir.

PATRICK COHEN
Par exemple ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est les petits faits d'incivilité, c'est les insultes, c'est par exemple les violences faites aux filles, si vous voulez, ça c'est un exemple typique. C'est un établissement, comme ça peut arriver dans certains lycées professionnels avec certaines spécialisations, c'est un établissement avec peu de filles, autour de 10 %, je crois. Il est complètement inacceptable de voir le genre de comportement qu'il y a vis-à-vis des filles, c'est un symptôme de quelque chose qui ne va pas, quand il y a ça. Donc on doit réagir par exemple à ce phénomène, il doit y a voir des sanctions pour les élèves qui font n'importe quoi, ça n'a pas été fait, je le dis, dans les mois voire les années précédentes, maintenant on va mettre un stop à ça et mon message, il est vis-à-vis de tout le monde dans ce lycée, les professeurs bien entendu, à qui je dis ce que je suis en train de dire, c'est-à-dire qu'on va faire ce qu'il y a à faire, mais aussi aux parents d'élèves et à tous ceux qui sont concernés par ce lycée.

PATRICK COHEN
Je répète ma question, un proviseur, un changement de proviseur peut suffire à faire évoluer, changer la situation ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pour l'instant je n'ai pas dit changement de proviseur, j'ai dit arrivée d'un personnel de direction expérimenté qui aura toute ma confiance pour rétablir l'ordre. Ensuite bien sûr que j'interroge l'ensemble de la chaine hiérarchique sur ce qui s'est passé puisque c'est quelque chose d'inacceptable qui est là et il y a eu du laxisme, il faut bien utiliser les mots qu'il faut. Le sujet n'est pas tant un sujet de moyen humain d'ailleurs, je tiens à le dire parce que quand on voit 925 élèves et environ 120 professeurs, le sujet n'est pas un problème de moyen humain. Il est, comme souvent dans l'éducation nationale, le sujet, il est moins matériel qu'immatériel, c'est un enjeu humain. Et parmi les enjeux humains en matière d'éducation, il y a le fait de faire respecter les règles et c'est exactement ce qui va se passer.

PATRICK COHEN
C'est un cas unique en France, le lycée Gallieni, Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Là, c'est un cas extrême, on ne doit jamais faire des tableaux excessifs ou caricaturaux, il y a une situation très hétérogène en France, il y a des établissements qui vont très bien, des établissements qui vont bien et puis il y a des établissements qui ne vont pas très bien et puis des établissements qui vont très mal, celui-là en fait partie. Et bien entendu, et c'est quelque chose que j'ai dit aux recteurs dès que je suis arrivé, tous ces cas-là doivent être signalés, on doit avoir une réaction immédiate quand on voit ce genre de choses.

PATRICK COHEN
Vous avez parlé de laxisme, il y a aussi eu un défaut d'alerte, comment se fait-il que cette situation doive remonter jusqu'au bureau du ministre, il n'y a pas eu d'alerte au niveau de l'académie, le recteur, ils n'ont pas pris la mesure de la situation ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Effectivement ça remonte jusqu'à moi maintenant depuis ce mois de janvier, des choses auraient dû être faites depuis assez longtemps, comme je vous le disais, j'interroge la chaine hiérarchique.

PATRICK COHEN
Bon, en tout cas il y a aussi une impression de décalage avec vos paroles officielles quand vous voulez réformer l'école, certains profs disent que ça les fait sourire quand ils vous entendent parler de l'importance des neurosciences ou de la chorale à l'école, c'est dit dans le papier de l'Express ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Quand on est dans l'urgence, quand on est dans un bateau qui va mal, on n'a pas envie d'entendre parler de chantier naval, mais il faut et l'un et l'autre évidemment. Il faut, et des sujets structurels dont je m'occupe et heureusement que je m'en occupe parce que si vous voulez les problèmes qu'on a maintenant prennent leur racine dans des choses qui sont évidemment bien antérieures et y compris dans des choses qui ont peut-être pu se passer à l'école primaire pour ces jeunes. Et puis bien entendu dans les problèmes sociaux, et sociétaux qui caractérisent notre société et qui sont très au-delà de l'école, mais à nous de prendre la mesure de cela et de faire que l'école soit au coeur de ce rebond de la société française.

PATRICK COHEN
Merci Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale d'être venu répondre en direct ce matin sur Europe 1.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er février 2018

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