Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à RTL le 25 janvier 2018, sur la vaccination obligatoire et la situation des personnels des EHPAD. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à RTL le 25 janvier 2018, sur la vaccination obligatoire et la situation des personnels des EHPAD.

Personnalité, fonction : BUZYN Agnès, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre des solidarités et de la santé;

ti :

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, Agnès BUZYN dans ce studio de RTL.

AGNES BUZYN
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un petit point météo, si vous voulez, bien jusque-là, les inondations n'ont provoqué aucun dégât heureusement dans les hôpitaux, en région, à Paris, on s'inquiète, la Seine pourrait atteindre un niveau record de 6,20 mètres samedi, il y a deux hôpitaux qui sont en zone inondable, c'est la Pitié-Salpêtrière et l'hôpital Georges Pompidou ; vous surveillez ça de près ?

AGNES BUZYN
Absolument, nous avons une cellule de crise qui regarde en temps réel l'évolution et qui anticipe les problèmes, et nous avons des procédures qui sont tout à fait en ordre et qui seront suivies s'il y a un danger particulier…

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce que, une évacuation d'hôpitaux aussi importante avec un nombre de lits considérable, c'est une ingénierie, une organisation…

AGNES BUZYN
Ouh, là, là, tout n'est pas évidemment inondable, voilà, les procédures sont tout à fait opérationnelles, et il n'y a pas d'inquiétude à avoir.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour l'instant, vous n'êtes pas inquiète ?

AGNES BUZYN
Non.

ELIZABETH MARTICHOUX
Agnès BUZYN, un des gros dossiers de la rentrée, c'est évidemment les 11 vaccins obligatoires, vous avez signé le décret d'application de la réforme, entre guillemets, mardi. Parution au Journal officiel, c'est imminent, dans les heures, les jours qui viennent, c'est ça ?

AGNES BUZYN
Oui, demain ou lundi.

ELIZABETH MARTICHOUX
On rappelle que ça concerne tous les enfants qui sont nés à partir du 1er janvier dernier, 2018.

AGNES BUZYN
Absolument, tous les enfants nés à partir du 1er janvier 2018 devront être à jour du calendrier vaccinal, je rappelle qu'il n'a pas changé, c'est le même que celui de l'année dernière, sauf que les vaccins qui étaient jusque-là recommandés vont devenir obligatoires et qu'on demandera aux parents qui s'inscrivent en crèche en collectivité ou à l'école, mais c'est dans quelques années maintenant…

ELIZABETH MARTICHOUX
… Dans deux ans, au plus tôt…

AGNES BUZYN
Dans deux ans, donc on a le temps, mais en tous les cas, en crèche…

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans quelques semaines pour le coup, alors, en crèche.

AGNES BUZYN
Alors, il faut qu'ils soient à jour du calendrier, c'est-à-dire que les premiers vaccins commencent à 2 mois, et donc évidemment, on leur laisse le temps de les faire, et surtout, je veux rassurer les parents, s'ils ne sont pas à jour, on permettra des inscriptions temporaires et on leur laissera trois mois pour se mettre...

ELIZABETH MARTICHOUX
Jusqu'à quand ? Trois mois ?

AGNES BUZYN
Trois mois pour se mettre en conformité avec le calendrier, parce que certains parents peuvent avoir du mal à trouver un rendez-vous chez un médecin, et on le conçoit tout à fait. Donc ça n'est pas un couperet, bien entendu, mais par contre…

ELIZABETH MARTICHOUX
Autrement dit, ils ne seront pas refoulés de la crèche dans quelques semaines s'ils ne sont pas encore à jour, il y a un délai de trois mois, c'est-à-dire qu'à partir du mois d'avril, en revanche, là, le couperet tombera ?

AGNES BUZYN
Non, c'est-à-dire que s'ils inscrivent leurs enfants par exemple en juin et qu'ils ne sont pas totalement à jour des vaccins qui doivent être faits avant le sixième mois, nous leur laisserons trois mois supplémentaires pour se mettre à jour. Par contre, au mois de septembre, si l'enfant n'est pas vacciné et à jour de ses vaccinations, l'inscription tombera.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, il n'y aura pas de sanction, vous l'aviez dit. En revanche, les récalcitrants ne pourront pas entrer à la crèche, et dans deux ans, à l'école, si effectivement ils ne sont pas à jour, vous confirmez ça ?

AGNES BUZYN
Oui, c'est ça. Alors, l'école, c'est dans deux, trois ans, selon les dates d'inscription.

ELIZABETH MARTICHOUX
La vaccination de la grippe, parlons-en parce que, d'ailleurs, on l'a évoquée dans le journal de 07h30, d'après les pharmaciens qui, pour la première fois, dans deux régions, avaient le droit d'y procéder, ça a été un succès, ils voudraient maintenant avoir le droit, d'abord, de vacciner toutes les populations adultes, et pas seulement les populations à risque. Vous seriez d'accord pour l'an prochain ?

AGNES BUZYN
Alors, j'attends le bilan de cette expérimentation qui, pour l'instant, m'a l'air extrêmement favorable, il faut vérifier qu'il n'y a pas eu de dysfonctionnements ou de problèmes. Donc en fonction du bilan, nous réfléchirons à une extension, car, effectivement, c'est probablement facilitant…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous y êtes favorable ? Les pharmaciens y sont favorables et ils le demandent !

AGNES BUZYN
Moi, j'y suis plutôt favorable, parce que je trouve que, il faut rapprocher le moment de la vaccination du moment où on achète le vaccin, et effectivement, le fait d'acheter un vaccin, puis, de devoir reprendre un rendez-vous avec un médecin peut faire que, on oublie de le faire ou qu'on ne trouve pas de rendez-vous chez un médecin, c'est difficile maintenant, or, nous avons bien vu cette année à quel point la grippe a impacté les urgences des hôpitaux. Nous devons impérativement améliorer la couverture vaccinale, c'est certainement un des moyens de faciliter l'accès au vaccin.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous envisagez d'étendre les populations qui pourraient être vaccinées par les pharmaciens, et d'étendre aussi le nombre de régions ?

AGNES BUZYN
Oui, absolument.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a deux régions pour l'instant…

AGNES BUZYN
Tout sera envisagé, j'attends le bilan, et je verrai avec les pharmaciens et également avec les médecins et les infirmières, qui sont aussi impactées quelque part par cette mesure ; comment nous nous organisons pour que, il n'y ait pas évidemment une profession qui peut se sentir malmenée par cette extension.

ELIZABETH MARTICHOUX
La résistance aux vaccins en général, dans l'esprit de nombreux Français, vous avez des retours, de l'inquiétude de certains parents par rapport à en particulier les 11 vaccins pour les bébés ?

AGNES BUZYN
Les débats n'ont ni amélioré la confiance ni aggravé la confiance, pour l'instant, je pense que certains Français ont des doutes, continuent d'avoir des doutes, je suis absolument certaine que l'obligation vaccinale va les rassurer, parce que le DT Polio, qui est un vaccin obligatoire depuis des dizaines d'années, ou le BCG, à l'époque, lorsqu'il était obligatoire, on voit bien que leur acceptation dans la population française était excellente, parce que les gens savaient que c'était un vaccin obligatoire, que tout le monde l'avait, et qu'il n'entraînait pas d'effets secondaires notables. Ça va être pareil pour les nouveaux vaccins, je rappelle que huit enfants sur dix les ont déjà, et qu'ils ne souffrent pas d'effets secondaires notables. Et je pense que les quelques parents qui ont des doutes vont être rassurés parce que, évidemment, il ne va rien se passer de grave pour ces enfants qui vont être vaccinés.

ELIZABETH MARTICHOUX
La médecin que vous êtes est toujours stupéfaite par ce débat très passionnel autour du vaccin, j'imagine que pour une femme convaincue, comme vous l'êtes, c'est compliqué.

AGNES BUZYN
Alors, c‘est compliqué, plus généralement, moi, je suis troublée des doutes qu'il y a autour des faits scientifiques, et c'est un vrai combat pour moi. Je pense qu'il est important que des Français fassent la différence entre une opinion, un sentiment et un fait scientifique, et je crois que la culture scientifique de notre pays, de notre population pourrait être améliorée. Alors, pour les vaccins, c'est particulièrement troublant, parce que nous sommes le pays de PASTEUR, ça paraissait une évidence, et sincèrement, c'est un débat de pays riches, parce que vous allez dans n'importe quel pays moins développé dans le monde, l'accès aux vaccins, c'est l'accès à la santé. Et les gens espèrent avoir accès aux vaccins, donc voilà, c'est un débat un peu d'enfant gâté.

ELIZABETH MARTICHOUX
« Balance ton hosto », ce n'est pas un débat d'enfant gâté, Madame la Ministre, un hashtag qui fait fureur. Il a été lancé par un médecin normand, c'est parti comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Vous êtes allée voir ?

AGNES BUZYN
Alors, oui, on m'a rapporté quelques images…

ELIZABETH MARTICHOUX
On vous a dit…

AGNES BUZYN
J'ai regardé rapidement, bon, rien de très surprenant que nous avons aujourd'hui 2.800 établissements de santé…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est-à-dire, rien de très surprenant, parce que ça surprend… ?

AGNES BUZYN
Et c'est un éclairage évidemment sur des dysfonctionnements…

ELIZABETH MARTICHOUX
Un éclairage, ça veut dire que c'est une petite loupe portée sur des dysfonctionnements dans un monde quasi-idéal ?

AGNES BUZYN
C'est-à-dire qu'à un moment donné… non, bien sûr que non, et justement, c'est ce que je dis, tout le monde sait que l'hôpital est en difficulté aujourd'hui, tout le monde sait que, un certain nombre d'investissements sont nécessaires dans les hôpitaux. Il y a aussi des hôpitaux neufs, il y a aussi des services qui viennent d‘être faits, ceux-là ne sont pas montrés, je visitais récemment une réanimation à l'hôpital Ambroise Paré, ultra-moderne, magnifique, et cela, ça n'est pas montré. Donc, voilà, il faut relativiser, non pas qu'il n'y a pas de problèmes et de graves dysfonctionnements dans les établissements, ça peut arriver…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a parfois de l'humour, il y a un tweet qui dénonce l'installation d'un feu tricolore aux entrées d'un couloir qui va vers le bloc opératoire, parce qu'il y a deux brancards qui ne peuvent pas passer en même temps. Emilie BAUJARD nous parlait d'un patient...

AGNES BUZYN
Je ne peux pas vous dire que j'en suis fière…

ELIZABETH MARTICHOUX
D'un patient qui mis dans une salle d'eau est obligé de… on lui a donné une assiette et une fourchette pour alerter les soignants parce qu'il n'y avait pas de sonnerie dans la salle où il était, bon, il y a de l'humour, c'est de l'humour noir souvent, il y a de l'eau aussi dans les blocs opérateurs, il y a des situations quand même, et les soignants craquent, Madame la Ministre.

AGNES BUZYN
Alors, d'abord, pour revenir sur l'hôpital, il faut savoir que les hôpitaux sont extrêmement contrôlés, qu'il y a des autorisations avec des visites pour vérifier que les critères d'autorisation, de pratiques et un certain nombre de soins sont respectés, il a la certification des hôpitaux, qui passe tous les quatre ans, que les hôpitaux ne sont pas aux normes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et il y a la fatigue, il y a la lassitude, il y a ces patients qui attendent des heures et des heures dans des couloirs, il y a ça aussi.

AGNES BUZYN
Bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Votre plan Hôpital, Agnès BUZYN, il est pour quand ?

AGNES BUZYN
Alors, il y aura des annonces au mois de février, nous sommes en train…

ELIZABETH MARTICHOUX
Des annonces ou un plan structuré ?

AGNES BUZYN
Vous le verrez, vous le verrez, je souhaite qu'il y ait une réflexion globale sur notamment la valeur ajoutée de l'hôpital aujourd'hui dans notre système de santé, sur : comment on finance des hôpitaux, leur mode de tarification qui aujourd'hui pousse à une activité sans qualité…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous admettez que la tarification, là, que ça atteint ses limites…

AGNES BUZYN
Je suis la première à dénoncer ce mode de tarification. Techniquement, le changement de tarification des hôpitaux est un problème compliqué à régler, et donc nous sommes en train d'y travailler, c'est la raison pour laquelle je vous dis qu'en février, des annonces seront faites.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais des annonces d'une concertation, Dieu sait si les soignants, les médecins ont envie de contribuer, d'une concertation, d'un plan avec déjà des mesures et puis ensuite, une réflexion nationale ?

AGNES BUZYN
Il y aura toujours de la concertation, c'est le mode de travail de l'ensemble du gouvernement, c'est-à-dire que nous lançons des pistes, et puis, nous concertons et nous aboutissons, après la concertation, à un plan, et à une structuration concrète de mesures.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un plan d'action pour les EHPAD, la semaine prochaine, il y a une grève nationale dans les EHPAD, où, là aussi, il y a des situations douloureuses. Vous pouvez ce matin une ou deux mesures de ce plan action ?

AGNES BUZYN
Absolument. Donc nous travaillons depuis plusieurs semaines à un meilleur accompagnement des EHPAD qui sont en grande difficulté pour certains d'entre eux. Je rappelle que, aujourd'hui, la façon dont on finance les EHPAD a été modifiée, et que beaucoup d'EHPAD vont être gagnants avec cette nouvelle tarification, mais…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne reviendrez pas sur cette réforme du financement…

AGNES BUZYN
Mais aujourd'hui, nous savons tout à fait qu'il y a des EHPAD en difficulté, j'ai mis en place d'abord dans la Loi de financement de la Sécurité sociale 72 millions d'euros, pour accompagner des EHPAD particulièrement en difficulté, 26 millions d'euros qui seront dédiés à ces EHPAD pour les aider à recruter et à se moderniser…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça, c'est les 100 millions du budget 2018 ?

AGNES BUZYN
Ça, ce sont les 100 millions, et par ailleurs, nous ajoutons 50 millions d'euros qui vont être donnés aux agences régionales de santé, pour qu'elles puissent accompagner au cas par cas, en fonction des difficultés les EHPAD qui souffrent aujourd'hui d'un manque de moyens.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous nous dites maintenant qu'en plus des 100 millions du budget, vous mettez 50 millions pour l'amélioration au cas par cas des EHPAD, et ce sont les agences régionales qui vont les distribuer en fonction de leur diagnostic ?

AGNES BUZYN
Absolument. Donc 50 millions d'euros à la main des ARS, des Agences Régionales de Santé, et nous leur demandons également de mettre en place des structures d'appui pour aider les EHPAD en difficulté à se réorganiser, à voir comment ils peuvent coopérer entre eux, parce que parfois, c'est un problème d'isolement, de petite structure, et donc il y aura un plan global d'accompagnement à la fois financier et à la fois technique.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mutualisation donc des moyens entre différents établissements et 50 millions, c'est-ce que vous ne dites ce matin, Agnès BUZYN ?

AGNES BUZYN
En plus…

ELIZABETH MARTICHOUX
En plus des 100 millions !

AGNES BUZYN
En plus des 100 millions que nous avons votés, mais, moi, je comprends que les EHPAD ne ressentent pas cette amélioration aujourd'hui. Le vote du budget a été fait en décembre, le temps de recruter les personnels avec ces 100 millions d'euros qui sont prévus, il faut évidemment un certain temps de mise en oeuvre. Et donc les professionnels vont sentir la différence cette année.

ELIZABETH MARTICHOUX
On verra s'ils sont rassurés par vos propos. Merci d'avoir été avec nous ce matin, Agnès BUZYN, sur RTL.

AGNES BUZYN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 janvier 2018

Rechercher