Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec France Inter le 30 janvier 2018, sur la politique du logement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec France Inter le 30 janvier 2018, sur la politique du logement.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien, SALAME Léa.

FRANCE. Secrétaire d'Etat;

ti :

NICOLAS DEMORAND
Léa SALAME votre invité ce matin est le secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires.

LEA SALAME
Bonjour Julien DENORMANDIE...

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour Léa SALAME.

LEA SALAME
Et merci d'avoir accepté de répondre ce matin sur France Inter au rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre, le 23ème, il a été publié cette nuit. La situation s'aggrave, il y a quatre millions de mal logés en France, 12 millions en situation de fragilité et le moins que l'on puisse dire ce matin c'est que la Fondation Abbé Pierre n'épargne pas votre politique du logement, elle ne croit pas à votre choc de l'offre, elle dénonce une politique où la priorité est donnée aux coupes budgétaires. Vous l'avez lu le rapport ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, bien entendu que je l'ai lu, je l'ai analysé.

LEA SALAME
Il est très sévère ?

JULIEN DENORMANDIE
Il fait un constat – et ce constat il ne date pas d'il y a six mois - il fait un constat vous l'avez rappelé qui est que la situation aujourd'hui elle est dramatique pour près de 1 français sur 6, le mal-logement ce n'est pas que les personnes qui n'ont pas de toit et qu'on met dans des centres d'hébergement d'urgence, le mal-logement c'est au moment où on parle il y a 1 Français sur 5 qui a froid chez lui, le mal-logement c'est au moment où on se parle il y a quatre millions de personnes qui ont du mal à payer leur loyer et, donc ,on fait une politique – une politique du logement – pour apporter plus à ceux qui en ont besoin, plus à ceux qui en ont moins...

LEA SALAME
Voilà !

JULIEN DENORMANDIE
C'est ça l'objet de notamment un projet de loi qu'on présentera dans les prochaines semaines.

LEA SALAME
Voilà ! Et c'est là où la Fondation Abbé Pierre n'est pas d'accord avec vous, elle critique vos premières orientations, vos premières mesures. On va détailler les critiques, si vous le voulez bien, vous allez répondre : d'abord la baisse des APL, la baisse de cinq euros décidée cet été elle est jugée injuste, aveugle, inefficace.

JULIEN DENORMANDIE
La baisse des APL de cinq euros ce n'était pas une bonne mesure, ça je vous le confirme, plusieurs membres du gouvernement ont déjà eu l'occasion de s'exprimer dessus, en revanche la nouvelle réforme des APL que nous faisons avec les bailleurs sociaux, elle, elle est juste et efficace...

LEA SALAME
C'est-à-dire une baisse de 40 à 50 euros par mois ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, ça ne veut pas dire ça, ça veut dire que nous faisons une réforme pour pérenniser, pour rendre durable ce système des APL sans que les allocataires aux appels ne perdent un euro...

LEA SALAME
Ça veut dire une baisse !

JULIEN DENORMANDIE
Pas un euro.

LEA SALAME
Oui ! Mais, pardonnez-moi, c'est une baisse qui est compensée, mais c'est une baisse de 40 à 50 euros par mois qui est compensée par une baisse de loyer que vous imposez aux organismes HLM ?

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, c'est-à-dire que les b ailleurs sociaux feront une baisse des loyers et cette baisse des loyers elle permettra cette baisse des APL, encore une fois les allocataires aux APL ne perdront pas un euro par cette réforme.

LEA SALAME
La Fondation Abbé Pierre critique cette réforme-là en estimant que vous ponctionnez comme jamais les organismes HLM dont l'équilibre économique est déjà fragile et que vous risquez de mettre en péril, vous répondez quoi ?

JULIEN DENORMANDIE
Que c'est faux, parce que toute la réforme que nous portons avec les bailleurs sociaux elle vise à compenser les bailleurs sociaux de cette baisse des loyers qu'on évoquait, premièrement ; deuxièmement, près de la moitié des bailleurs sociaux ont signé la réforme avec nous ; troisièmement, cette réforme que nous portons avec les bailleurs sociaux elle dépasse largement les APL, elle vise par exemple à regrouper les bailleurs sociaux - aujourd'hui vous en avez plus de 800, c'est beaucoup trop – il faut constituer des bailleurs sociaux plus forts, capables de plus construire parce qu'il manque des logements sociaux, il manque un million et demi de logements sociaux en France et puis capables aussi d'accueillir des publics plus fragiles, plus précaires.

LEA SALAME
La construction jugement la Fondation Abbé Pierre ne croit pas à votre choc de l'offre, vous avez promis de construire plus pour moins cher, elle estime que ça ne sert à rien, que ça ne suffit pas en tout cas si la construction de logements n'est pas localisée aux bons endroits et si elle n'est pas accompagnée d'une baisse de loyer.

JULIEN DENORMANDIE
Le rapport n'est pas si catégorique que ça sur ce point. Nous faisons effectivement une politique qui vise à construire plus et construire moins cher, avec énormément de mesures fortes que nous portons pour libérer des terrains ou construire, pour diminuer un certain nombre de normes qui font que le coût de la construction s'est envolé ces dernières années, pour limiter ce qu'on appelle les recours abusifs qui bloquent plus de 30.000 projets de logements. Après la Fondation Abbé Pierre, vous savez ça fait 40 ans qu'on promet monts et merveilles sur le logement, elle a raison d'émettre des doutes, moi je lui demande de nous juger sur les résultats, nous prenons des mesures fortes qui n'ont jamais été prises auparavant et pour être sûr de la portée de ces mesures nous les mettrons dans la loi à partir du mois de mars avec un projet de loi qui sera présenté en conseil des ministres.

LEA SALAME
Autre critique, pardonnez-moi mais c'est assez critique ce rapport, le détricotage de l'encadrement des loyers, la Fondation Abbé Pierre n'est pas dupe, dit-elle, elle dénonce votre attentisme face à cette mesure du mandat de François HOLLANDE. Il y a trois mois vous étiez là Julien DENORMANDIE, je vous avais posé la question : « est-ce que ça marche ou pas d'encadrer le loyer ? », vous m'aviez répondu : « je ne sais pas, je dois attendre », ça fait trois mois, est-ce que vous en savez plus, est-ce que vous avez une opinion ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais, depuis trois mois, qu'est-ce qu'on a fait ? Vous avez une décision de justice qui a cassé l'encadrement des loyers à Paris et à Lille, on a saisi et fait appel pour que cette expérimentation elle puisse continuer sur Paris et Lille.

LEA SALAME
C'est là où le rapport dit : « on n'est pas dupes », vous faites appel mais vous ne faites rien.

JULIEN DENORMANDIE
Non, on fait appel en demandant de surseoir à cette décision de justice et de pouvoir aller jusqu'au bout de l'expérimentation, une expérimentation sur l'encadrement des loyers ça prendra un an et demi – deux ans, si ça marche on continuera, si ça ne marche pas on ne continuera pas. Donc, on est très clairs sur cette position.

LEA SALAME
Ca va baisser quand les loyers ? On l'a vu les prix de l'immobilier ont augmenté de 12 % à Bordeaux en un an, de 8 % à Paris, 6 % à Lille, les classes moyennes n'ont plus les moyens aujourd'hui de payer leur logement, de se loger dans les grandes villes, ça va changer quand ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais, si j'avais une solution et une baguette magique qui permettait de faire diminuer les loyers du jour au lendemain, j'en serais le plus heureux des hommes, ça ne se passe comme ça malheureusement. Quand est-ce que ça va baisser ? A force de détermination ! Parce que justement on se donne les moyens en prenant des mesures fortes pour construire plus et construire moins cher, ça prendra du temps. Mais, pendant ce temps, on va apporter également des solutions à ceux qui en ont le plus besoin : prenez les étudiants, on va construire 60.000 logements pour les étudiants ; prenez les personnes qui ont froid en ce moment dans leur appartement, on va rénover 150.000 appartements par an à partir de cette année pour justement les aider, donc on prend des mesures de long terme - et effectivement ça prendra du temps – et, en parallèle, on va apporter des solutions tout de suite à ceux qui en ont besoin.

LEA SALAME
Par exemple, sur les centres d'accueil ?

JULIEN DENORMANDIE
Sur les centres d'accueil d'urgence on a fait un effort sans précédent, imaginez que depuis le 1er novembre c'est plus de 13.000 places qui ont été ouvertes dans ces centres d'hébergement d'urgence, imaginez qu'au moment où on se parle notre dispositif d'hébergement d'urgence c'est l'équivalent de la ville de Rennes et là aussi ça, cet hébergement d'urgence, ce sont des solutions de court terme, mais il faut apporter des solutions de long...

LEA SALAME
Mais alors pourquoi vous n'avez pas réussi à tenir la promesse qui était peut-être intenable, je l'admets, d'Emmanuel MACRON, il avait dit en juillet : « il n'y aura plus une personne, ni un homme, ni une femme, qui dormira dehors d'ici Noël », vous ne l'avez pas tenue ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais parce que la situation elle est extrêmement compliquée, parce que ce sont des hommes et des femmes avec leurs propres histoires qui parfois sont difficiles à repérer, ces 13.000 places supplémentaires que nous avons ouvertes permettent par exemple au moment où on se parle à toute femme, à toute famille qui appelle le 115 de se voir proposer une solution adaptée, ça faisait très longtemps que ça n'était pas arrivé.

LEA SALAME
Il y a combien de gens qui ont dormi dehors cette nuit, vous le savez ça ?

JULIEN DENORMANDIE
Les chiffres que nous avons c'est à peu près une cinquantaine d'hommes isolés en Ile-de-France pour être très précis ; et j'insiste également sur un autre point, parce que là on parle de la situation d'urgence, donc vous voyez avec cet effort sans précédent que nous menons, mais vraiment sans précédent et, en parallèle de ça, on fait également une politique de long terme. Quel est le scandale de l'hébergement d'urgence ? C'est que pendant des années on se contente de laisser les personnes qui y sont, prenez ces personnes qui dorment dans les hôtels, ils sont plus de 40.000, certains depuis deux ans, trois ans, voire 10 ans....

LEA SALAME
Et, donc, vous avez une annonce ce matin sur ce sujet ?

JULIEN DENORMANDIE
Et donc notre politique ça va être de faire sortir les gens de l'hébergement d'urgence pour leur donner de vrais logements, c'est ça qu'il faut faire, sur l'année 2018 ce sera 30 % de plus de sortie d'hébergement d'urgence vers le logement...

LEA SALAME
Ça veut dire combien ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est 5.000 ménages...

LEA SALAME
5.000 ménages.

JULIEN DENORMANDIE
5.000 ménages qui sortiront en plus de cet hébergement d'urgence

LEA SALAME
Bien. Vous dites : « un effort sans précédent » et pourtant le logement c'est quand même un petit peu le parent pauvre de la politique d'Emmanuel MACRON, en tout cas pour 2018 le budget du ministère a baissé de deux milliards d'euros pour 2018, en fait ce n'est pas votre priorité, en fait vous vous débrouillez avec des baisses d'argent ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, non, je ne peux pas vous laissez dire ça, c'est complètement faux, l'hébergement d'urgence par exemple c'est 13 % supplémentaires de budget qui ont été accordés. Mais vous savez un bon ministre ce n'est pas un ministre qui a le budget le plus élevé, un bon ministre c'est un ministre qui fait des mesures fortes, des transformations fortes et qui à la fin a des résultats, donc on en reparlera au fur et à mesure des mois si notre politique marche. En tout cas, avec Jacques MEZARD, moi je suis du matin très tôt jusqu'au soir très tard pour apporter des solutions concrètes aux Français.

LEA SALAME
Merci beaucoup Julien DENORMANDIE d'avoir accepté de répondre à ce rapport critique de la Fondation Abbé Pierre paru aujourd'hui.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er février 2018

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