Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à Europe 1 le 1er février 2018, sur la révocation du PDG du groupe Radio France Mathieu Gallet, l'augmentation du pouvoir d'achat des ménages et le projet de réforme des affectations des élèves issus de l'Ecole nationale d'administration. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à Europe 1 le 1er février 2018, sur la révocation du PDG du groupe Radio France Mathieu Gallet, l'augmentation du pouvoir d'achat des ménages et le projet de réforme des affectations des élèves issus de l'Ecole nationale d'administration.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, COHEN Patrick.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour Patrick COHEN.

PATRICK COHEN
Je vous présente Hélène JOUAN, chef du service politique d'Europe 1, qui a une question à vous poser sur l'intrusion du gouvernement dans le judiciaire, mais moi je veux d'abord vous parler de l'intrusion du gouvernement dans l'audiovisuel. Le patron de Radio France, Mathieu GALLET, démis de ses fonctions, c'est ce que vous souhaitiez ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est d'abord la décision du CSA, dont je rappelle qu'elle est une autorité administrative indépendante…

PATRICK COHEN
A la demande du gouvernement et de la ministre de la Culture.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il n'y a pas eu de demande du gouvernement…

PATRICK COHEN
Elle a clairement souhaité son départ.

BENJAMIN GRIVEAUX
Le gouvernement a exprimé un souhait, le CSA prend ses décisions de manière indépendante. Je rappelle que Mathieu GALLET a été condamné en première instance pour attribution de marchés publics, pour favoritisme dans cette attribution, qu'il a été condamné à 1 an de prison avec sursis, avec 20.000 euros d'amende. Je rappelle que dans ce retrait de mandat le CSA a considéré qu'il n'était plus, aujourd'hui, en capacité de mener sereinement un groupe important, qui est le groupe Radio France, et c'est d'abord aux personnels de Radio France qu'on veut redire la confiance du gouvernement, les féliciter…

PATRICK COHEN
A cause de la confiance rompue avec le gouvernement.

BENJAMIN GRIVEAUX
Les féliciter, par ailleurs, pour les excellents résultats et pour la stratégie de transformation du groupe qui a été engagée, et que c'est dans cet esprit de responsabilité que le CSA a pris cette décision et qui a rendu cette décision hier.

PATRICK COHEN
« Exemplarité » a dit, redit la ministre de la Culture, Françoise NYSSEN, hier dans un communiqué. Exemplarité, ce n'est pas un critère juridique, c'est un critère moral, où mettez-vous le curseur ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il est important d'avoir à la tête des grandes entreprises publiques, ou des grands opérateurs publics, des personnes dont l'exemplarité soit inattaquable.

PATRICK COHEN
Stéphane RICHARD, PDG d'ORANGE, mis en examen dans l'affaire TAPIE, lui n'a pas de devoir d'exemplarité ? En fait c'est quand ça vous arrange.

BENJAMIN GRIVEAUX
La question est la question de la condamnation, à nouveau, la présomption d'innocence est préservée, que les choses soient bien claires…

PATRICK COHEN
Non, aux yeux de la loi Mathieu GALLET est innocent, Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, mais il a été condamné en première instance, je le rappelle…

PATRICK COHEN
Il a fait appel.

BENJAMIN GRIVEAUX
Pour favoritisme, dans l'attribution de marchés publics, ce qui, on peut en convenir, ne relève pas d'une totale exemplarité.

PATRICK COHEN
Il a fait appel de cette décision…

BENJAMIN GRIVEAUX
Tout à fait…

PATRICK COHEN
Le double degré de juridiction, c'est une garantie essentielle pour les citoyens.

BENJAMIN GRIVEAUX
Et y compris vis-à-vis, je pense, de Mathieu GALLET, il va pouvoir se défendre pleinement, il va pouvoir interjeter appel de la décision judiciaire…

PATRICK COHEN
Il l'a fait.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il l'a fait, il va pouvoir, d'ailleurs, également faire appel de la décision qui a été prise par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, je crois qu'il a annoncé qu'il le ferait également.

PATRICK COHEN
Non…

BENJAMIN GRIVEAUX
Donc, les voies et les moyens de droit seront épuisés, mais l'exemplarité est indispensable est indispensable à la tête de grands organismes publics.

PATRICK COHEN
Un dernier mot encore, imaginez un instant que Mathieu GALLET soit relaxé en appel, vous lui envoyez un mot d'excuses avec une boîte de chocolats ?

BENJAMIN GRIVEAUX
A nouveau, c'est une décision du CSA. Je sais que, et j'ai entendu Frédéric MITTERRAND s'exprimer sur vos ondes ce matin auparavant, que les responsables de l'audiovisuel public venaient prendre leurs ordres auprès du gouvernement, ça s'était avant, les temps ont changé, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel est une instance indépendante et il n'est nullement question de remettre en cause cette indépendance.

PATRICK COHEN
Après la déclaration de Françoise NYSSEN, la ministre de la Culture, qui a clairement souhaité le départ de Mathieu GALLET.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est normal que le gouvernement exprime son souhait sur des situations qui occupent et qui préoccupent beaucoup des salariés d'un groupe important pour l'audiovisuel public français.

PATRICK COHEN
Benjamin GRIVEAUX, nous sommes le 1er février, les salariés qui vous écoutent ont pu constater des changements sur leur bulletin de paie, et un tout petit gain de pouvoir d'achat, baisse des cotisations. Est-il vrai que vous envisagez de rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires, la mesure de Nicolas SARKOZY supprimée par François HOLLANDE ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Pendant la campagne présidentielle le candidat Emmanuel MACRON avait évoqué non pas la défiscalisation, mais la suppression des cotisations, donc c'est la désocialisation des heures supplémentaires, ce qui n'est pas exactement la même chose…

PATRICK COHEN
Non, mais pour le salarié ça revient à peu près au même.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, mais enfin ce n'est pas exactement la même chose. Ce sont des éléments qui sont en réflexion. Moi je rappelle d'abord notre obligation de tenir les finances publiques et que la trajectoire, que ce soit sur les finances sociales ou sur le budget de l'Etat, doit être tenue, c'est ce qui est la condition sine qua non de la crédibilité financière, de la signature de l'Etat français et des engagements que nous avons pris vis-à-vis de nos partenaires européens. Je rappelle que, certes, il y a les baisses de cotisations intervenues ce mois-ci, qu'une deuxième baisse de cotisations interviendra au mois d'octobre, qu'au mois d'octobre la taxe d'habitation, 80 % des Français verront une baisse de 30% de leur taxe d'habitation, et que différents minima, par exemple l'allocation pour les adultes handicapés, le minimum vieillesse, etc., sont revalorisés, la prime d'activité également. Donc c'est un ensemble, on ne s'interdit aucune piste, le principe il est simple, c'est qu'il faut qu'en France le travail paye mieux.

PATRICK COHEN
Paye mieux, beaucoup plus qu'en janvier ? En janvier, là, pour l'instant, ça fait 7 euros nets en plus pour un salarié qui gagne 1500 euros bruts.

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors, ça fait 7 euros nets en plus, et, à nouveau, l'augmentation, la seconde, sera au mois d'octobre sur le salaire net, et la taxe d'habitation, dont je rappelle que, en moyenne, en France, elle est de 600 euros. Pour quelqu'un qui paye 600 euros de taxe d'habitation l'an dernier, il paiera 400 euros cette année, 200 euros de moins.

PATRICK COHEN
Les fraudeurs fiscaux dont les noms seront publiés, seront rendus publics, le « name and shame » anglo-saxon, c'est une bonne idée, ça vous semble dissuasif pour lutter contre la fraude fiscale ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous avions renforcé, le groupe parlementaire la République En Marche avait déjà, dans le cadre du débat budgétaire qui s'est tenu à l'automne, renforcé les mesures contre les grands fraudeurs fiscaux en prévoyant de pouvoir les déchoir de leurs droits civiques et civils. Je crois que c'est important, dans un moment où on en appelle à la responsabilité de chacun, eh bien que l'exemplarité, à nouveau, soit de mise, et que pour les grands fraudeurs fiscaux on puisse avoir cette procédure dite de « name and shame », c'est-à-dire de rendre publics les noms des entreprises qui se seraient mises de côté, ou en tout cas qui n'auraient pas respecté un principe assez simple qui fait que c'est l'impôt qui est aussi le lien entre la Nation et le citoyen, entre la Nation et l'entreprise.

PATRICK COHEN
Entreprises et particuliers.

BENJAMIN GRIVEAUX
Particuliers également.

PATRICK COHEN
Et donc, à partir de quand, il faut une loi pour cela ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il faut travailler, le ministre de l'Action et des Comptes publics a engagé le travail avec les parlementaires, et il a annoncé ce matin que probablement le texte serait bouclé avant l'été.

PATRICK COHEN
Le ministre des Comptes publics c'est Gérald DARMANIN, dont on rappelle qu'il fait l'objet d'une plainte pour viol.

BENJAMIN GRIVEAUX
Dont on rappelle qu'une enquête préliminaire a été ouverte.

PATRICK COHEN
Une enquête préliminaire, il est visé par une enquête préliminaire.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui.

PATRICK COHEN
Et ça ne pose pas de problème, dans l'état actuel des choses, pour son maintien au gouvernement.

BENJAMIN GRIVEAUX
A nouveau, il n'a jamais vu un juge et la présomption d'innocence est de mise. Il n'a jamais vu un juge. Il n'a pas été convoqué, c'est une enquête préliminaire qui est ouverte de nature automatique. Pourquoi ? Parce que lorsque des faits de cette nature sont reprochés, il est normal que le Parquet puisse ouvrir, de manière automatique, une enquête, c'est ce qui a été le cas.

PATRICK COHEN
Aujourd'hui, comité interministériel sur la réforme de l'Etat. Emmanuel MACRON avait évoqué la possibilité que les nouveaux énarques, au lieu de choisir des grands corps, se dirigent vers des administrations défavorisées, des administrations en souffrance. Lesquelles et comment, de quelle façon, Benjamin GRIVEAUX ?

BENJAMIN GRIVEAUX
L'objectif c'est de transformer l'action publique, et on transforme l'action de l'Etat en commençant par changer aussi le fonctionnement à la tête de l'Etat et dans les responsabilités les plus élevées de l'Etat. Il était de tradition que les élèves sortis les mieux classés l'ENA choisissent les prestigieux grands corps, qui sont parfaitement estimables, c'est l'Inspection des Finances, c'est le Conseil d'Etat, c'est la Cour des comptes, ce sont les différents corps d'inspection. On considère qu'il faut envoyer les meilleurs là où le pays en a le plus besoin, sur les sujets prioritaires du gouvernement, la santé, le logement, l'éducation, dans les territoires les plus en difficulté. C'est sans doute un moyen, aussi, de mobiliser les meilleurs sur ce que l'on considère être prioritaire pour la Nation, ça ne veut pas dire qu'ils y feront tout leur carrière, mais que leurs premières années, à la sortie de l'ENA, elles doivent être consacrées aux Français qui sont les plus en difficulté.

PATRICK COHEN
C'est-à-dire qu'il y aura un délai, une période…. ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça, les modalités, on va y travailler, mais l'objectif il est très clairement que pendant les premières années on puisse avoir les meilleurs élèves dans les endroits où les Français en ont le plus besoin.

PATRICK COHEN
Les meilleurs n'iront plus à la Cour des comptes, ils iront à la Sécurité sociale.

BENJAMIN GRIVEAUX
A la Sécurité sociale, sur les politiques du logement, dans les territoires en difficulté. On dit souvent que, voilà, il y a deux France, qu'il y a la France des périphéries, des territoires délaissés, ce sont dans ces territoires où on a le besoin d'avoir le plus de compétences, de gens jeunes, engagés, pour transformer le pays.

PATRICK COHEN
Dans la préfectorale, comme on dit, dans des territoires…

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, c'est une très bonne mission de service public la préfectorale.

PATRICK COHEN
Hélène JOUAN a une question pour vous.

HELENE JOUAN
Oui. Hier Marlène SCHIAPPA, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité femmes/hommes, a publié un tweet dans l'affaire de Jonathann DAVAL, elle s'en est pris en fait à la défense de son avocat qui avait souligné la personnalité écrasante d'Alexia, sa femme et sa victime. « Pour tous ceux qui demandent un exemple de victime-blaming » a-t-elle écrit, « en voici un », en clair elle reproche à l'avocat du meurtrier de rejeter la faute sur la victime du meurtre et pas sur le coupable, pas de se concentrer sur le coupable. Benjamin GRIVEAUX, est-ce à un ministre de commenter et de dénoncer une ligne de défense, est-ce qu'on est bien là dans la séparation des pouvoirs ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Un, il y a le respect de la défense, par définition il n'y a pas de commentaire à faire sur les affaires en cours. Mais, un, moi je veux rappeler que, d'abord on pense aux parents d'Alexia DAVAL, qui ont vécu 3 mois, dont, je crois, on peut qualifier d'enfer, la perte d'un enfant et ensuite la duplicité de quelqu'un qui manifestement a joué un rôle pendant 3 mois. Et donc, il faut avoir beaucoup de mesure sur ce dossier, beaucoup de discrétion…

HELENE JOUAN
Mais Marlène SCHIAPPA a eu raison ou tort ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Elle n'est pas intervenue dans le travail de la justice, elle a rappelé ce qui est le combat qu'elle mène, et avec talent, depuis sa nomination au gouvernement, que, dans le quinquennat, la violence faite aux femmes, et les violences faites aux femmes, était une priorité. Ensuite il y a évidemment le respect de la défense et il est parfaitement légitime qu'un avocat prenne la ligne de défense qu'il souhaite pour pouvoir défendre son client, il n'est pas question d'intervenir dans ces dossiers-là.

HELENE JOUAN
Donc elle a eu tort de commenter une ligne de défense.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non. A nouveau, elle n'est pas intervenue dans un dossier judiciaire, elle a simplement rappelé que, par la banalisation des mots, parfois, on fait aussi mal à la cause des femmes et aux violences faites aux femmes, dont je rappelle qu'en France, tous les 3 jours, une femme meurt sous les coups de son compagnon.

PATRICK COHEN
Donc elle a bien, comme vous dites, critiqué la banalisation d'un fait qui est un fait de société grave.

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous savez, les mots ont un sens, il y a des violences physiques et puis à des violences symboliques, et les violences symboliques n'ont pas non plus leur place.

PATRICK COHEN
Emmanuel MACRON, Benjamin GRIVEAUX, se rend en Corse en début de semaine prochaine pour les 20 ans de l'assassinat du préfet Claude ERIGNAC, ce sera aussi un moment politique important, avec des annonces sur l'évolution du statut de l'île de Beauté ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est d'abord un moment de commémoration, pour un préfet qui, il y a 20 ans, a été abattu dans le dos, et le préfet c'est le représentant de l'Etat, c'est ce qui incarne la Nation et la République. Le président de la République aura sans doute l'occasion de s'exprimer, mais aussi sur l'avenir de l'île, et sur, finalement comment est-ce qu'on se projette pour permettre aux habitants de Corse d'avoir accès à un emploi, accès à des logements, accès à des transports de qualité, à un système de soins, c'est cela l'enjeu majeur pour la Corse. Les représentants de la collectivité territoriale unique, Jean-Guy TALAMONI et monsieur SIMEONI ont été reçus par le Premier ministre, il y a eu des premiers échanges, le dialogue s'est ouvert, comme d'ailleurs il est ouvert avec l'ensemble des responsables des différentes collectivités locales, ce dialogue va se poursuivre.

PATRICK COHEN
Merci Benjamin GRIVEAUX, porte-parole du gouvernement, d'être venu ce matin en direct au micro d'Europe 1.


source : Service d'information du Gouvernement, le 5 février 2018

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