Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Inter le 1er février 2018, sur la révocation du PDG du groupe Radio France, la situation sociale et les projets de révision constitutionnelle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Inter le 1er février 2018, sur la révocation du PDG du groupe Radio France, la situation sociale et les projets de révision constitutionnelle.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : NICOLAS DEMORAND
Jusqu'à neuf heures, l'invité de France Inter est le Secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, par ailleurs délégué général – ça veut dire patron – de La République en marche. Christophe CASTANER, bonjour.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Merci d'être ce matin au micro de France Inter, un micro du groupe RADIO FRANCE dont le PDG Mathieu GALLET a été révoqué hier par le CSA. Approuvez-vous cette décision ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je n'ai pas ni à l'approuver, ni à la justifier. C'est une décision indépendante du CSA qui prend acte d'un fait : la condamnation en première instance - il y a un appel du PDG – dont on peut penser que ça l'empêche aujourd'hui de diriger dans de bonnes conditions, de façon pacifiée y compris pour les journalistes, les journalistes d'investigation qui régulièrement interrogent l'actualité et l'actualité judiciaire. Cette décision est prise, considérons que c'est la bonne. Par contre, veillons sur la bonne gouvernance le plus vite possible de RADIO FRANCE.

NICOLAS DEMORAND
Elle était menacée cette gouvernance d'après vous ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je pense qu'elle était fragilisée par la condamnation dont Mathieu GALLET, qui est un homme de qualité, chacun le sait, a fait l'objet. C'est peut-être injuste mais c'est une décision de justice.

NICOLAS DEMORAND
Vous parlez d'indépendance. Or, plusieurs voix au sein du gouvernement ont clairement dit qu'il fallait que les choses cessent et fait, de fait, une grosse pression, une forte pression sur le CSA. Vos propos servent à maintenir les apparences qui sont importantes en démocratie.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, je crois que l'exemplarité est importante en démocratie et quand vous êtes ministre, vous pouvez nous faire un certain nombre de reproches et c'est légitime ; quand vous êtes PDG d'un grand groupe public comme RADIO FRANCE, cette exemplarité est plus forte encore que celle qu'on peut demander à chacun de nos concitoyens.

NICOLAS DEMORAND
Est-ce que vous pouvez nous dire ce qui va se passer désormais ? Le doyen d'âge du conseil d'administration de RADIO FRANCE va expédier les affaires courantes. C'est bien cela ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est la règle. C'est la règle effectivement qui s'applique et le CSA devra procéder dans le calendrier qui est le sien le plus vite possible à la désignation de quelqu'un qui sera en responsabilité de piloter le groupe.

NICOLAS DEMORAND
Et ensuite, on le démettra à son tour quand la nouvelle manière de nommer les PDG sera adoptée ? C'est ça le cheminement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Attendez. Le gouvernement travaille effectivement sur un texte de loi pour l'audiovisuel public pour la fin de cette année. C'est sur ces bases-là. Quel est le contenu de cette loi ? Je n'en sais rien. A l'heure qu'il est, il n'est pas écrit ce texte, il est en discussion. Notamment la ministre a demandé à tous les représentants du groupe audiovisuel de faire des propositions. S'il était prévu un autre mode de désignation, celui-ci pourrait s'appliquer immédiatement ou pourrait ne pas s'appliquer en attendant la fin de l'échéance. Rien aujourd'hui n'est arrêté sur ce sujet. Ce qui compte, c'est que vous ayez quelqu'un en responsabilité de RADIO FRANCE qui ait toute la légitimité du fait de sa nomination selon les règles actuelles, celles du CSA, pour diriger ce groupe dont on a besoin qu'il soit stabilisé.

NICOLAS DEMORAND
Mais donc, dans un temps plus ou moins long, en attendant la nouvelle loi, le nouveau PDG en titre pourrait être démis et remplacé rapidement si je vous comprends bien. Si vous ne savez pas, dites-le moi et on passe à autre chose.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non. Aujourd'hui, rien n'est décidé sur ce sujet donc on va appliquer la loi. La loi prévoit que le CSA désigne dans les semaines qui viennent, et je suis sûr qu'ils feront diligence, un PDG à RADIO FRANCE ou une responsable de RADIO FRANCE. Ensuite, la loi viendra et nous verrons si elle s'applique ou pas.

NICOLAS DEMORAND
C'est un peu baroque, non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, c'est la loi. Vous me demandez s'il faut appliquer un texte qui n'existe pas aujourd'hui, je préfère vous répondre que le mieux c'est d'appliquer la loi. La loi qui existe aujourd'hui prévoit qu'effectivement le CSA qui a pris une décision, celle de révoquer le PDG de RADIO FRANCE, désigne très vite un nouveau responsable ou une nouvelle responsable.

NICOLAS DEMORAND
L'exemplarité, vous en parliez Christophe CASTANER, elle est une condition absolue pour les dirigeants des services publics. C'est ce qu'a déclaré Françoise NYSSEN, ministre de la Culture hier, après la révocation de Mathieu GALLET. Est-ce que cette exemplarité absolue s'applique aussi aux membres du gouvernement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr, quand ils sont condamnés et même en amont, quand ils sont mis en examen. Vous le voyez, pour le gouvernement l'exigence est plus forte encore.

NICOLAS DEMORAND
François BAYROU n'était pas mis en examen.

CHRISTOPHE CASTANER
Il a fait le choix de ne pas revenir au gouvernement au moment où il y a eu une recomposition. Il avait démissionné, c'était son choix.

NICOLAS DEMORAND
Et sur Gérald DARMANIN ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois qu'une accusation ne vaut pas culpabilité. Gérald DARMANIN fait l'objet d'une accusation ; il y a une enquête qui s'est ouverte automatiquement. Si les faits étaient confirmés évidemment et qu'il y avait une mise en examen, il devrait quitter le gouvernement. Mais ni vous ni moi ne connaissions le dossier. Je crois qu'il faut faire attention. Une accusation, et je respecte parfaitement la personne qui porte cette accusation, mais une accusation ne vaut jamais culpabilité. Ou sinon, n'importe qui autour de cette table pourrait facilement être mis en cause.

NICOLAS DEMORAND
Prisons, hôpitaux, EHPAD, lycées, universités, il y a eu différents fronts sociaux qu'on a vus ou qui vont se réveiller, qui ont semblé prendre l'exécutif au dépourvu, Christophe CASTANER. Pourquoi n'avez-vous pas vu ces conflits-là venir ? Il n'était pas possible des les anticiper ?

CHRISTOPHE CASTANER
Si vous regardez le budget des prisons, si vous regardez le budget des EHPAD, vous vous apercevez que dans la loi de finances, notamment pour les EHPAD, ils ont connu une augmentation budgétaire de l'Etat jamais vue ces dernières années. La ministre a rajouté encore la semaine dernière cinquante d'euros en urgence. Ça veut bien dire qu'ils avaient été anticipés. Cette tension, cette crise, cette très grande difficulté pour les personnels mais aussi pour les patients avait été prise en compte. La preuve, c'est qu'on a une traduction budgétaire. Idem pour le budget de la justice, il a connu une augmentation exceptionnelle cette année mais il faut un peu de temps. Ne nous demandez pas de réparer tous les maux de la société d'un coup. Il faut entendre les cris et les mobilisations comme celle des gardiens dans la pénitentiaire.

NICOLAS DEMORAND
Qu'est-ce qui s'est passé alors si vous aviez anticipé ? Comment se fait-il que ces mouvements aient pu malgré tout se déployer avec vigueur ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, c'est comme dans la vie. Il y a un facteur déclenchant. Le facteur déclenchant, ce sont des agressions totalement inadmissibles, insupportables dont sont l'objet les gardiens dans les prisons. Evidemment, ça suscite cette réaction. Ce sont des femmes et des hommes qui vivent un métier extrêmement difficile avec un turn-over extrêmement élevé. Vous avez des gens qui réussissent au concours, qui rentrent et qui ne tiennent pas. C'est ça qu'il faut entendre. Donc il y a des propositions qui sont faites, il y a des embauches qui sont programmées ; tout ça prend un peu de temps. Il faut aller plus vite encore et c'est l'engagement qu'a pris Nicole BELLOUBET. C'est la même chose sur les EHPAD. Nous sommes deux responsables dans les EHPAD : l'Etat sur le volet santé, les départements sur le volet accueil. Là encore, prenons en compte cette dimension-là mais ne négligeons pas qu'aujourd'hui on parle de 1,5 million de personnes qui sont à plus de quatre-vingt-cinq ans susceptibles d'être accueillies. Dans quelques années, ce seront cinq millions. Mettons tout sur la table. Je crois qu'aujourd'hui, il faut constater ce qui ne marche pas dans ce pays et assumer de le changer. Et en même temps, il faut avoir en tête que dès qu'on change quelque chose, ça peut provoquer des tensions parce qu'il y a des situations acquises. Nous voulons les changer.

NICOLAS DEMORAND
La réforme constitutionnelle, Christophe CASTANER, s'annonce compliquée. C'est bien normal, c'est un énorme sujet tout de même que de toucher à la Constitution. Gérard LARCHER y voit un petit parfum de populisme, d'antiparlementarisme. A-t-il nécessairement tort ? N'a-t-il pas un petit point là quand même ?

CHRISTOPHE CASTANER
Là encore, c'est difficile de changer la Constitution. Alors qu'est-ce qu'on fait ? On ne fait rien ? On a bien vu que, quand par exemple on a voté il y a quelques années - c'était une majorité différente - le non cumul des mandats pour les parlementaires, le Sénat résisté. Quand aujourd'hui nous proposons le non cumul dans le temps, c'est-à-dire qu'on peut considérer qu'au bout de dix-huit ans de mandat de sénateur, vous pouvez passer à autre chose, le Sénat trouve que c'est du populisme. Non. Moi je pense que les Français ont voulu du renouvellement politique, ils l'ont montré notamment au moment des élections législatives, et donc il faut le traduire dans les textes. Notre Constitution gagnerait effectivement à prévoir la baisse du nombre de parlementaires ; elle gagnerait aussi à prévoir le non cumul dans le temps.

NICOLAS DEMORAND
Donc vous le trouvez un peu « vieille France », Gérard LARCHER ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je le trouve président du Sénat.

NICOLAS DEMORAND
Ce qui veut dire ?

CHRISTOPHE CASTANER
Qui défend une ligne politique que le Sénat connaît bien. Il a fixé un certain nombre de lignes rouges ; discutons. Maintenant, les discussions. Ensuite, il lui appartiendra d'assumer des choix qui ne sont pas ceux des Français. Les Français ont exprimé très clairement ce besoin de renouvellement politique.

NICOLAS DEMORAND
Et donc référendum si c'est bloqué.

CHRISTOPHE CASTANER
Si c'est bloqué, le président de la République n'exclut rien y compris le référendum, parce que c'est dans le contrat que le président de la République a passé avec les Français le soir du second tour de l'élection. Nous nous étions engagés sur le non cumul dans le temps et sur la baisse du nombre de parlementaires.

NICOLAS DEMORAND
Un enfant juif de huit ans a été tabassé à Sarcelles par deux adolescents. Que dit de la France un épisode de ce genre, une agression de ce genre, de la France de 2018 ? Le ministère de l'Intérieur a publié un certain nombre de chiffres hier qui montrent que cette forme-là de racisme, et en l'occurrence d'antisémitisme, brutale, violente, cette forme-là est en augmentation. Qu'est ce qui se passe en France ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois qu'il y a un double phénomène. La banalisation de la violence : on l'a vue contre des policiers le soir du jour de l'An. Et puis la banalisation de ce qui est plus horrible encore que le rejet des institutions. Parce que quelque part, il peut y avoir une cause, on n'est pas satisfait et évidemment je le condamne, mais quelque chose de plus horrible encore : c'est le choix religieux de tel ou tel qui banalise cette violence. Donc il faut qu'elle soit sanctionnée, il faut aussi qu'on travaille à cette éducation, à ce vivre ensemble. Ce que ça marque, c'est qu'aujourd'hui la stigmatisation des uns des autres dans leurs différences est quelque chose contre lequel nous devons nous battre tous les jours.

NICOLAS DEMORAND
Qu'est-ce que vous pouvez faire ? Travailler pour le vivre ensemble, on connaît très bien, et le jour où on y sera tant mieux. Mais en attendant ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord une société qui retrouve de l'emploi va mieux. Une société pacifiée, apaisée va mieux et là vous avez une responsabilité, nous avons une responsabilité politique de faire cela et de changer en profondeur par exemple le marché du travail. Mais vous avez aussi cette éducation au vivre ensemble, cette ouverture au niveau de l'école. Quand on investit massivement dans les quartiers, dans les quartiers REP les plus difficiles de France, où vous diminuez par deux le nombre d'élèves, je crois que quelque part vous contribuez au vivre ensemble et vous baissez ces tensions-là.

NICOLAS DEMORAND
Les huit derniers jours ont vu, Christophe CASTANER, un certain nombre d'enquêtes d'opinion publiées qui ont enregistrées une baisse de popularité de l'exécutif. C'est un élément parmi d'autres du paysage politique, mais quelle analyse faites-vous tout de même de cette baisse ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi, je n'analyse pas les sondages mais il faut écouter les Français. On entend des tensions. Je pense par exemple qu'à la fin de ce mois, on entend beaucoup des tensions sur, par exemple, les conséquences de l'augmentation de la CSG pour une grosse moitié des retraités en France, et on n'entend pas que les vingt-cinq millions de salariés qui, depuis quelques jours, ont vu une augmentation de leur salaire tomber. Je pense qu'il faut continuer à faire de la pédagogie, il faut expliquer, il faut entendre. Mais on est aussi dans un système d'impatience où il faudrait que le politique règle tous les problèmes très vite. En six mois, il aurait fallu réaliser la totalité de l'engagement présidentiel. Je pense qu'il nous faut encore du temps, du temps pour corriger les maux.
On parlait des EHPAD : la situation dans les EHPAD pour les personnes âgées est quand même là depuis dix ans, quinze ans, vingt ans. Assumons. Sur la formation professionnelle, regardons la réalité. La réalité, c'est trente-deux milliards d'euros dont on ne sait plus à quoi ils servent, donc assumons de le poser sur la table, mais il faut un peu de temps pour tout ça. Je pense que le gouvernement va à un rythme élevé mais il faut qu'on soit plus attentif encore, plus dans la pédagogie encore pour convaincre, y compris dans la ruralité.
Je suis un élu de la ruralité, je sais aussi ces impatiences, ces inquiétudes-là. Ce qu'on a vu sur la téléphonie mobile sous l'autorité du ministre Julien DENORMANDIE où, contrairement à ce que nous faisions avant, c'est-à-dire vendre les fréquences pour récupérer trois milliards pour les mettre dans les caisses, on les investit directement dans la ruralité. C'est cette pédagogie-là que nous devons porter et renforcer.

NICOLAS DEMORAND
Donc patienter. Patienter.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais bien sûr, parce que vous savez qu'on ne transforme pas un pays en quelques mois. Mais en même temps, je crois que les salariés, je viens de citer, ont vu à la fin de ce mois une augmentation de leur feuille de paie et ça va se poursuivre.

NICOLAS DEMORAND
Christophe CASTANER, on vous retrouve. Beaucoup de questions encore à vous poser après la revue de presse de France Inter.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 février 2018

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