Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Cnews le 2 février 2018, sur les prix des produits alimentaires, la modernisation de la Fonction publique, les aides de l'Union européenne aux zones rurales difficiles, les laits infantiles contaminés par les salmonelles et sur la taxation du halal. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Cnews le 2 février 2018, sur les prix des produits alimentaires, la modernisation de la Fonction publique, les aides de l'Union européenne aux zones rurales difficiles, les laits infantiles contaminés par les salmonelles et sur la taxation du halal.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue Stéphane TRAVERT, bonjour, vous êtes au coeur de l'actualité, au coeur des choses.

STEPHANE TRAVERT
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et dès cet après-midi, ça va encore barder puisque vous recevez les transformateurs, c'est-à-dire les industriels de l'agroalimentaire ; et puis les distributeurs. Pourquoi vous les recevez séparément, à tour de rôle ?

STEPHANE TRAVERT
Parce qu'à un moment il faut dire « ça suffit », quand vous avez pris un engagement, que vous avez signé une charte, cette charte il faut la respecter. Et cette charte, c'était avoir des achats éthiques et responsables. Et aujourd'hui, nous allons donc recevoir les distributeurs, puis de les transformateurs de façon séparée, pour éviter cette espèce de numéro où autour de la table, chacun se regarde en disant « ce n'est pas de ma faute, c'est la faute de l'autre ».

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire chacun va dire sa vérité mais vous, il vous appartient…

STEPHANE TRAVERT
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De trouver la vérité – si je puis dire et de débusquer les tricheurs et les Tartuffe !

STEPHANE TRAVERT
Exactement, c'est tout à fait ça…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce qu'il y a des tricheurs et des menteurs !

STEPHANE TRAVERT
Il y a un certain nombre d'enseignes ou des transformateurs, parce que ça peut se passer aussi de ce côté-là, qui d'un côté font des demandes de déflation, donc arrivent à la négociation avec des baisses de prix très très fortes ; et puis des industriels qui peuvent considérer qu'il y a un effet d'aubaine et qu'ils peuvent là aussi passer des augmentations importantes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que c'est pour cela que vous les recevez à Bercy, chez monsieur Bruno LE MAIRE, j'ai envie de dire « Monsieur anti-fraude » !

STEPHANE TRAVERT
J'ai reçu il y a 15 jours avec ma collègue de Bercy au ministère de l'Agriculture le Comité spécialisé qui travaille sur les relations commerciales. Là c'est quelque chose de particulier, qu'il s'agit de travailler bien sûr la bonne tenue de ces relations commerciales…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais d'éviter les fraudeurs !

STEPHANE TRAVERT
Nous sommes à Bercy, il faut éviter celles et ceux qui prennent des largesses avec la charte qu'ils ont signée. Mais la loi va arriver pour permettre de régler ces problèmes.


JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que ça veut dire que ça va au-delà de la guerre des prix ?

STEPHANE TRAVERT
Au de au-delà de la guerre des prix, c'est-à-dire que cette guerre des prix nous a entraînés dans une espèce de situation mortifère autour de l'alimentation. Cette guerre des prix bas, elle a entraîné ces pertes de revenus chez les agriculteurs, cette perte de prix bas elle a aussi entraîné parfois des difficultés dans les industries agroalimentaires qui avaient peine parfois ensuite à recruter du personnel qualifié dont ils avaient besoin, voire même trouver le système nécessaire pour créer de nouveaux projets et investir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors à quel moment vous les réunirez si c'est possible ?

STEPHANE TRAVERT
Oui, bien sûr mais nous le faisons de façon régulière…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais tous ensemble ?

STEPHANE TRAVERT
Tous ensemble, nous l'avons avait déjà il y a 15 jours et avec les agriculteurs. Et nous allons le refaire prochainement, avant le Salon de l'agriculture où nous réunirons les producteurs, les transformateurs et les distributeurs ensemble pour faire un point de la situation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
E comment vous pouvez les forcer à acheter les produits agricoles au prix qu'ils coûtent, au prix de la production pour l'agriculteur ?

STEPHANE TRAVERT
C'est à travers la loi et le projet de loi que j'ai présenté cette semaine en Conseil des ministres, il parle justement de ce postulat de base qui est l'inversion de la construction du prix. C'est-à-dire qu'on va partir du prix de revient dans les exploitations, en essayant en fait que les producteurs puissent se regrouper par bassin, de manière à pouvoir fixer un cadre tarifaire qui puisse correspondre à une zone dite. Et ensuite à partir de ce prix en deçà duquel les agriculteurs ne pourront pas vendre, le transformateur où le distributeur pourra fixer son prix de vente au consommateur.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça peut paraître compliqué et ça l'est, mais le consommateur pense que c'est toujours lui qui va trinquer.

STEPHANE TRAVERT
C'est compliqué mais je crois que c'est aussi une révolution, on change complètement le paradigme. Jusqu'à il y a une période récente et jusqu'encore maintenant, c'est le distributeur qui imposait son prix au transformateur, voire même aux producteurs, qui se trouvait souvent écrasé et qui venait à travailler à perte. Et aujourd'hui, nous souhaitons à travers la loi faire en sorte que nous puissions redonner un prix juste. Et qu'est-ce que c'est le prix juste ? C'est le prix qui rémunère tous les acteurs de la chaîne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que pouvez garantir que votre loi ne va pas se faire au détriment du consommateur ?

STEPHANE TRAVERT
Elle ne sera pas au détriment du consommateur puisque les plans de filières, les interprofessions, les producteurs se sont engagés sur un certain nombre de sujets : sur la question du bio, sur la question de l'élévation de la qualité alimentaire de leurs produits…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous dites vous-même qu'ils mentent, qu'ils promettent et qui ne tiennent pas…

STEPHANE TRAVERT
Je vous parle des producteurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui oui mais enfin, ces intermétiers !

STEPHANE TRAVERT
Oui, les producteurs sont là aussi pour faire élever cette qualité attendue par les consommateurs. Demain, il y aura à travers le SRP (seuil de revente à perte) à travers l'encadrement des promotions, une espèce de bouffée d'oxygène, qui va permettre aussi à la fois de lisser les prix parce qu'on aura mieux segmenté, parce qu'on aura une plus grande diversité des produits, une meilleure qualité. Et enfin cette bouffée d'oxygène dont nous avons besoin, elle va ruisseler chez les producteurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça c'est la vision optimiste, mais vous avez parlé…

STEPHANE TRAVERT
Et il faut l'être.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'encadrement des promotions en série qui sont souvent déguisées, on a vu le drame et le scandale provoqué par les baisses d'Intermarché sur le Nutella et d'autres produits d'ailleurs que doivent continuer. Vous empêcherez ça, vous y arriverez ?

STEPHANE TRAVERT
Il faut y arriver parce qu'aujourd'hui, ce n'est plus acceptable. Il y a des promotions que l'on dit avec des prix abusivement bas qui entraînent – et j'ai des chiffres – des situations qui sont inacceptables socialement et ineptes sur le plan environnemental. Chaque individu jette 150 kilos de produits alimentaires qui ont été achetés et pas déballés par an. Il faut travailler sur ce sujet…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voulez interdire les ventes à perte, je veux dire…

STEPHANE TRAVERT
…Ventes à perte oui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Constantes et qui sont déguisées.

STEPHANE TRAVERT
Et qui sont constantes et qui sont défavorables à nos producteurs, parce que nous avons besoin de redonner de la compétitivité chez nos agriculteurs. Mais il y aura toujours des promotions, mais nous encadrons le seuil des promotions, le « 1 acheté 1 gratuit » ne sera plus possible, mais par contre le « 2 acheté et le 3ème offert », là ce sera possible.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est un conflit ou un problème qui dure depuis plus de 20 ans.

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce qui nous fait penser qu'à partir… et à partir de quel argument Stéphane TRAVERT va arrêter et à faire en sorte qu'ils marchent droit ?

STEPHANE TRAVERT
Parce que d'abord, on part toujours avec l'optimisme de la volonté, c'est essentiel et puis parce qu'il faut négocier, il faut discuter, il faut concerter et je ne lâche rien sur ces sujets. Je reçois comme vous le savez cet après-midi les transformateurs et les distributeurs et la semaine prochaine, je les recevrai de nouveau et un par un parce que lorsque vous avez les distributeurs… lorsque vous avez les distributeurs entre eux, ils ne nous donnent pas toutes les informations et c'est bien normal, ils ont aussi des secrets industriels comme on peut dire. Et lorsqu'ils sont seuls en face de vous, là vous pouvez aborder les choses de manière concrète et leur dire : qu'est-ce que vous avez fait ici sur telle production agricole, quelle marge avez-vous pu se mettre en place et comment vous comptez retourner ce revenu, ce supplément de revenu aux agriculteurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et est-ce qu'il est vrai que dans la prochaine loi, vous limiterez le niveau des promotions à 25 % des volumes…

STEPHANE TRAVERT
34 %.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
25 des volumes et à 34 %...

STEPHANE TRAVERT
34 %.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
34 % des prix !

STEPHANE TRAVERT
C'est ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et si ce n'est pas respecté ?

STEPHANE TRAVERT
Il y aura des sanctions et ces sanctions, elles se traduiront… alors ce seront des contrôles de la DGCCRF ; et puis des amendes qui peuvent aller jusqu'à 75.000 euros et qui sont en cas de non-respect…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc toutes ces règles valent pour les enseignes françaises, mais est-ce que vous ne croyez pas Stéphane TRAVERT que certains doivent se marrer ? Par exemple Cdiscount, Amazon, Alibaba qui sont des conquérants tous azimuts et sans pitié !

STEPHANE TRAVERT
Alors le projet de loi, on parle bien de la relation commerciale entre des producteurs et des transformateurs et des productions agricoles. Nous ne sommes que sur les produits alimentaires bien évidemment. Et l'application du SRP ou de l'encadrement des promotions ne se fera que sur une expérimentation pendant 2 ans sur des produits alimentaires, mais pas forcément tous les produits alimentaires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je vais revenir tout à l'heure sur l'agriculture. Mais là, le président de la République aujourd'hui est au Sénégal. De Tunis, il a confirmé que pour la réforme prévue de l'Etat il était indispensable de faire évoluer la fonction publique. Et il parle Gérald DARMANIN, le Premier ministre Edouard PHILIPPE qui réunissait un comité interministériel auquel vous participiez dit « il faut un plan volontaire qui permettra justement de donner de la mobilité ». Mais les syndicats disent déjà « c'est un scandale, il n'y a pas de concertation et c'est un plan social pour liquider les fonctionnaires ». Quelle est la vérité ?

STEPHANE TRAVERT
Moi je suis très attaché à la fonction publique, au service public et à la qualité du service public et à la qualité du service rendu…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai peur quand on dit ça d'abord.

STEPHANE TRAVERT
Non parce que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que ça annonce ?

STEPHANE TRAVERT
C'est une vraie conviction. Et je crois qu'on doit emmener la fonction publique sur un beau projet de cohésion sociale et territorial. Ça c'est important, c'est ce que nous devons faire. Mais la fonction publique, elle est comme le pays, on transforme le pays mais la fonction publique elle doit se transformer en même temps, nous devons la faire évoluer. Et de quoi parle-t-on ici ? Parle de mobilité, faire en sorte que des fonctionnaires qui ne se sentent pas forcément bien dans l'administration où ils sont, dans le travail qu'ils font puissent être mieux accompagnés, mieux formés et puissent éventuellement choisir de partir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous confirmez que sur les 5 millions et quelques de fonctionnaires, 120.000 – c'était la promesse du candidat MACRON – 120.000 partiraient volontairement ou pas…

STEPHANE TRAVERT
120.000 fonctionnaires…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'ici à 5 ans ?

STEPHANE TRAVERT
C'était l'engagement du président de la République lors de la campagne. Et à l'intérieur de ce chiffre de 120.000, vous avez une capacité à pouvoir faire des départs volontaires pour celles et ceux qui le souhaitent, avec un plan d'accompagnement et de mobilité, soit parce qu'ils ont un projet dans le privé ou un projet ailleurs…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais pas seulement les seniors, peut-être même des jeunes qui peuvent avoir envie de partir…

STEPHANE TRAVERT
Ça peut être des jeunes qui ont envie de partir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et comme dans les entreprises, il y aura un chèque !

STEPHANE TRAVERT
Mais bien sûr, il y aura une sollicitation pour les aider, je crois que les choses ont été…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est provisionné ?

STEPHANE TRAVERT
Provisionné oui dans le budget, puisque nous allons le mettre en place. Mais je crois que c'est important aussi… nous avons besoin des fonctionnaires, nous avons besoin de fonctionnaires territoriaux, nous avons besoin de fonctionnaires d'Etat qui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord mais moins…

STEPHANE TRAVERT
Des missions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Moins de fonctionnaires, l'Etat en a trop ?

STEPHANE TRAVERT
Mais comment aujourd'hui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faut donc dégraisser !

STEPHANE TRAVERT
Comment aujourd'hui on fait mieux de service public, comment est-ce qu'on incarne mieux le service public au service des…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc on l'incarne mieux avec moins de fonctionnaires !

STEPHANE TRAVERT
Français et comment on fait en sorte que dans une République où la digitalisation prend beaucoup de parts, la numérisation prend beaucoup de parts, on forme mieux les uns et les autres pour répondre aux besoins de nos concitoyens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est une manière de répondre aux mutations. Mais vous, vous avez été socialiste, vous avez été même ex-frondeur socialiste parce que le PS n'allait pas assez à gauche. Qu'est-ce que ça vous fait ?

STEPHANE TRAVERT
Mais vous savez être socialiste ou être de gauche, c'est porter des valeurs. Et ces valeurs, elles n'interdisent pas le fait de vouloir transformer son pays et de vouloir l'accompagner dans la modernité. Et être attaché à la fonction publique, c'est ne pas la laisser justement dans la situation qu'elle pouvait connaitre il y a 15 ou 20 ans. C'est la faire évoluer avec la France, c'est la faire évoluer avec le monde.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais pas le lui imposer de manière brutale ?

STEPHANE TRAVERT
Jamais de brutalité, jamais de brutalité. Vous savez que la méthode d'Emmanuel MACRON depuis le début de ce quinquennat et celle d'Edouard PHILIPPE, parce qu'on travaille beaucoup ensemble, je peux vous dire que jamais la brutalité n'est au menu des discussions. C'est la concertation et la discussion.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Stéphane TRAVERT, il ne s'agit pas de compter les gens… il y a 42 ans la Commission européenne a mis au point des aides qui compensaient chaque année les zones qui sont handicapées. Il paraît qu'elle veut… c'est-à-dire les particularités, la montagne, le marais poitevin…

STEPHANE TRAVERT
Les zones difficiles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà, les zones difficiles, il paraît que la Commission de Bruxelles veut les remettre en cause. Quelle est la position de la France ?

STEPHANE TRAVERT
Oui, cette carte elle a plus de 40 ans et l'agriculture française a changé, les paysages français ont changé. Et donc nous sommes obligés de revoir cette carte. Et depuis 2013, il y a un travail qui a été engagé par mon prédécesseur, Stéphane LE FOLL sur cette carte. Et l'Europe avait renvoyé cette carte parce qu'elle jugeait que les critères qui avaient été mis en place ne suffisaient pas, n'étaient pas bons.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quelle est la position de la France ?

STEPHANE TRAVERT
Et donc nous… nous essayons de trouver des solutions. Je recevrai cet après-midi une délégation d'agriculteurs et de producteurs d'Occitanie qui sont inquiets et légitimement inquiets…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ce matin que vous allez les recevoir.

STEPHANE TRAVERT
C'est ce matin, pardon, je les reçois ce matin à 11 h 00. Je les reçois ce matin et je suis très heureux de les recevoir parce que nous allons pouvoir dialoguer ensemble et trouver des solutions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord mais avant, écoutez au moins l'un d'entre eux, il y en a tellement qui protestent et souvent raison parce que…

STEPHANE TRAVERT
Véhémence !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ecoutons l'un d'eux.

(…)

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il a tort, il a tort ?

STEPHANE TRAVERT
Non, il a raison mais c'est… et je comprends son inquiétude. Il nous faut revoir ce zonage parce que la Commission européenne le demande. Nous devons proposer une carte à la Commission européenne et moi, je veux que cette carte sur laquelle nous avons travaillé et concerté, elle soit juste et équitable, mais qu'elle puisse aussi contenir dans la contrainte budgétaire qui est la mienne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que là aussi, il faut moderniser des textes qui ont été bâtis, il y a presque un demi-siècle ?

STEPHANE TRAVERT
Bien évidemment, il faut les moderniser, il faut accompagner…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et que la France est d'accord avec la réforme envisagée à Bruxelles ?

STEPHANE TRAVERT
De toute façon, elle a été votée par les 27 Etats membres et, donc, les autres Etats membres font le même exercice avec la même difficulté.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais les agriculteurs trouvent là l'exemple ou peut-être la preuve qu'au mois de mai prochain, quand l'Europe va revoir la PAC, 9 milliards pour la France, ils vont être abandonnés en rase campagne ?

STEPHANE TRAVERT
Non parce que le Premier ministre, le président de la République et moi-même sommes sur une ligne d'avoir une PAC offensive, une PAC ambitieuse, une PAC qui protège les agriculteurs. Regardez le nombre d'accidents climatiques auxquels nous avons assistés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord et est-ce que les 9 milliards seront toujours 9 milliards, parce que le président de la République dit « ça va être juste et ambitieux », c'est combien l'ambition ?

STEPHANE TRAVERT
9 milliards c'est le budget PAC sur la France, pour la France avec les retours européens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais pour la France…

STEPHANE TRAVERT
Mais pour la France, il va falloir défendre ce budget. Aujourd'hui, nous n'avons pas encore défini le cadre financier pluriannuel, il nous faut le définir, nous sommes en train d'y travailler. Nous souhaitons que nous puissions avoir toutes les chances pour défendre cette PAC. Et ce que je fais actuellement, c'est d'aller chercher des alliés parce que la France, elle n'est pas toute seule en Europe, je cherche à travailler avec l'Allemagne, avec la Hongrie, avec l'Espagne, avec l'Italie…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce matin vous dites qu'on n'aura peut-être pas forcément les 9 milliards alors ?

STEPHANE TRAVERT
Si, mais aujourd'hui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous allez vous battre pour les avoir…

STEPHANE TRAVERT
Il faut se battre pour les avoir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et il faut aller vite parce que vous allez avoir le Salon de l'agriculture dans un mois…

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce sera le premier Salon de l'agriculture d'Emmanuel MACRON, président de la République. Si vous voulez qu'il soit bien accueilli…

STEPHANE TRAVERT
Ce sera un beau rendez-vous, c'est la fête de l'agriculture et c'est une très belle vitrine sur l'excellence française.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le président qui a battu tous les records, il paraît que c'est François HOLLANDE suivi de près par Jacques CHIRAC. Pour battre le record de la durée de présence au salon, il faudra qu'Emmanuel MACRON y passe toute la journée !

STEPHANE TRAVERT
Je pense qu'il y passera du temps, beaucoup de temps parce qu'il aime ce contact.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La sécurité alimentaire, LACTALIS avec beaucoup de retard fait semblant ou joue la transparence, et révèle des dysfonctionnements graves du passé qui n'avaient pas été signalés. Quelle leçon vous tirez et qu'est-ce que vous indiquez à LACTALIS AND CO ?

STEPHANE TRAVERT
Que de toute façon, on ne transige pas avec la sécurité sanitaire ; et que la décision qui a été prise par LACTALIS de fermer cette tour parce qu'ils n'ont pas l'assurance de pouvoir régler le problème est une bonne mesure, il faut la soutenir…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils ferment !

STEPHANE TRAVERT
Ils ferment une unité de production. Et quant aux salariés, parce que je me suis enquis de la situation des salariés parce que c'est important, qui sont sur cette tour de séchage à l'intérieur du site de Craon, puisqu'il y a d'autres sites à l'intérieur, ces salariés seront répartis soit sur d'autres sites à Craon ou sur d'autres usines…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que vous allez durcir les contrôles ?

STEPHANE TRAVERT
Il faut renforcer les contrôles, oui tout à fait, il faut renforcer les contrôles et accompagner les entreprises justement pour que nous ayons toutes les garanties, pour faire en sorte que ce genre d'accident ne se renouvelle pas. Et nous mettrons dans la loi le fait que toutes les contaminations qui sont extérieures au produit puissent être là aussi définies et…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Que ça remonte aussi vers l'Etat.

STEPHANE TRAVERT
Et que ça remonte aussi vers l'Etat, tout à fait.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Que l'Etat ne soit pas dupé !

STEPHANE TRAVERT
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et monsieur BESNIER, il parait qu'on ne le voit jamais ou…

STEPHANE TRAVERT
Moi je le vois et…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il est enfermé.

STEPHANE TRAVERT
Je l'ai au téléphone et nous avons des discussions et c'est bien normal, c'est… il est le patron d'un des plus grands fleurons français de l'industrie agroalimentaire et il faut que l'on travaille ensemble.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
…Il paraît que le président de la République vient d'organiser un dîner HULOT-TRAVERT, il faut vraiment l'arbitrage d'Emmanuel MACRON, le président de la République pour que les deux susceptibilités s'accordent ?

STEPHANE TRAVERT
Pas du tout.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La vérité, pas…

STEPHANE TRAVERT
La vérité, non non mais je vais vous dire la vérité. Le président ne m'a rien demandé, n'a rien demandé d'ailleurs je pense à Nicolas HULOT. Mais nous avons… voilà, je pense qu'il est normal que deux ministres d'un gouvernement puissent partager…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, pour nous ça nous semble normal…

STEPHANE TRAVERT
Partager ensemble.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est bien. Mais est-ce que vous vous habituez au caractère que l'on prétend ombrageux de Nicolas HULOT, on dit qu'il est à la fois fragile et autoritaire, qu'il est au bord de la déprime et de la colère, vous vous y habituez ?

STEPHANE TRAVERT
Mais moi, je m'habitue à tous les caractères et au gouvernement, c'est cette somme de caractères qui fait sa richesse aussi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est très bien de ne pas démentir qu'il y a ces difficultés…

STEPHANE TRAVERT
Mais chacun…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'adapter des caractères.

STEPHANE TRAVERT
Chacun a son caractère, c'est bien normal.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Allez ! On va terminer avec une question que vous connaissez bien, vous savez que les Français sont de plus en plus sensibles à la souffrance infligée aux animaux et surtout au sort qui leur est réservé dans les abattoirs, et pas seulement dans les abattoirs, au moment du transport. Qu'est-ce que vous faites ?

STEPHANE TRAVERT
Là aussi dans la loi, nous avons créé le délit sur la maltraitance animale, à la fois dans les transports, dans le transport des animaux et dans les abattoirs. Et nous allons renforcer les peines pour cas de maltraitance…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les sanctions, les maltraitances…

STEPHANE TRAVERT
Il y aura des sanctions…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Lors du transport !

STEPHANE TRAVERT
Lors du transport et notamment dans les abattoirs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai lu que vous refusez que l'on installe des caméras de vidéo surveillance dans les abattoirs, est-ce que votre position peut évoluer ?

STEPHANE TRAVERT
Ce n'est pas un refus, aujourd'hui installer des caméras c'est possible si l'entreprise le souhaite. Mais vous savez que c'est très encadré parce que filmer des salariés, ça ne se fait pas à leur insu. On filme des salariés avec leur accord, donc c'est le CHSCT…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
S'ils sont d'accord, il pourrait y avoir des caméras ?

STEPHANE TRAVERT
Si les salariés sont d'accord, il peut y avoir des caméras si l'entreprise le souhaite. Moi ce que je souhaite, c'est renforcer les contrôles, c'est mieux accompagner celles et ceux qui font ce difficile travail dans les abattoirs, et faire en sorte que les vétérinaires qui viennent contrôler soient là pour contrôler et sanctionner s'il y a besoin et s'il y a des manquements. Et donc je préfère en clair plus de vétérinaires pour contrôler et sanctionner le cas échéant et accompagner, que des vétérinaires…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Que ça ne se produise plus.

STEPHANE TRAVERT
Derrière des écrans à regarder des vidéos à longueur de journée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je me demande comment vous faites, c'est un paradoxe, pour aider l'élevage et en même temps répondre à ceux qui ne peuvent plus supporter ce qu'ils ont vu et qui ne mangent plus de viande et qui deviennent des végétariens !

STEPHANE TRAVERT
C'est la difficulté de ce ministère, d'essayer de trouver le bon équilibre. Nous sommes sur l'arrête en permanence…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai envie de vous poser une dernière question, pourquoi vous ne créez pas une taxe qui n'existe pas encore sur le halal ?

STEPHANE TRAVERT
Je ne sais pas mais vous savez, je ne me lève pas le matin en me demandant quelle taxe je pourrai bien créer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais là peut-être, ça aiderait à financer le culte…

STEPHANE TRAVERT
Mais il y a une réflexion…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Musulman, au lieu d'avoir des financements qui viennent de l'étranger.

STEPHANE TRAVERT
Il y a des discussions qui se mènent aujourd'hui avec l'ensemble des différentes confessions. J'en ai eues dernièrement avec le grand rabbin…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, de ce côté-là c'est réglé parce qu'il y a le Consistoire. Il n'y a rien du côté halal, peut-être donc vous dites que vous y réfléchissez !

STEPHANE TRAVERT
Mais pas forcément à des taxes, enfin il faut regarder comment tout cela peut se faire. Mais ce n'est pas un sujet que j'ai encore embrassé sur les nombreux sujets qui sont les miens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Embrassez-le, embrassez-le, il est important. Merci d'être venu…

STEPHANE TRAVERT
Merci à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et d'avoir répondu à tant de questions en peu de temps.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 février 2018

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