Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes à BFM/TV le 5 février 2018, sur les droits des femmes et le projet de lutte contre les violences sexistes et sexuelles. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes à BFM/TV le 5 février 2018, sur les droits des femmes et le projet de lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Personnalité, fonction : SCHIAPPA Marlène, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invitée ce matin, Marlène SCHIAPPA, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, et qui publie « Le deuxième sexe de la démocratie » aux éditions de L'Aube, bonjour.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Députée, est-ce que vous vous seriez levée pour applaudir Gérald DARMANIN à l'Assemblée nationale ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez ! Les membres du gouvernement n'ont pas le droit d'applaudir, donc parfois c'est très tentant, on a envie d'applaudir telle ou telle loi, telle ou telle intervention, mais il est interdit pour les membres du gouvernement d'applaudir à l'Assemblée nationale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais je vous ai dit députée !

MARLENE SCHIAPPA
Je ne suis pas députée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais si vous aviez été députée, vous vous seriez levée ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne réponds jamais aux questions avec des si parce que c'est trop facile de vous dire : si j'avais été là, j'aurais fait si, j'aurais fait ça, je ne sais pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous fuyez la réponse, si j'ai bien compris ?

MARLENE SCHIAPPA
Pas particulièrement mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce l'histoire d'un homme qui utilise son pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez ! Je n'en ai pas la moindre idée, je n'ai pas accès au dossier. Tout ce que j'ai vu ce sont des articles dans la presse. Et je me suis exprimée à l'antenne d'une radio pour dire deux choses. 1) que cette affaire concerne un membre du gouvernement et que, donc, si en tant que membre du gouvernement je donnais mon avis, ça pourrait être perçu comme une pression dans un sens ou dans un autre. Et je me suis exprimée pour dire une deuxième chose, qui était un appel à la retenue de la presse parce que moi, je suis toujours un peu affligée quand on a un déballage de la vie intime, réelle ou supposée, à la fois du ministre Gérald DARMANIN mais aussi de la femme qui l'accuse de viol.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous ne vous engagez pas, vous ne portez aucun jugement, aucune remarque, rien.

MARLENE SCHIAPPA
J'attends que la justice fasse son travail.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien ! La retenue, vous parlez de retenue !

MARLENE SCHIAPPA
Je parle de retenue de la presse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous avez fait preuve de retenue dans l'affaire Jonathan DAVAL ?

MARLENE SCHIAPPA
Je fais preuve d'énormément de retenue en ce qui concerne toutes les affaires très nombreuses qui existent et qui concernent des meurtres de femmes, des enlèvements de petites filles, des viols, du harcèlement sexuel. Croyez-moi, il y a un nombre incalculable de fois où je me retiens énormément eu égard à tout ce que je vois, tout ce que j'entends…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous vous êtes retenue dans l'affaire Jonathan DAVAL ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas une question de retenue…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que si vous ne vous étiez pas retenue, qu'auriez-vous dit ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est une bonne question. Je crois que ce n'est pas une question…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est une très bonne question.

MARLENE SCHIAPPA
Je crois que ce n'est pas une question de retenue. Qu'est-ce qu'il faut savoir là-dedans ? Première chose, je ne suis pas intervenue dans une affaire judiciaire, je n'ai pas commenté ni une plaidoirie d'avocat ni une décision de justice. En revanche, j'ai alerté l'opinion sur le traitement sémantique et médiatique qui est réservé à toutes ces affaires que je viens de citer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez commenté des propos des avocats de Jonathan DAVAL !

MARLENE SCHIAPPA
J'ai commenté un article et c'est la capture d'écran que j'ai faite, un article qui faisait ce que l'on appelle « du victim-blaming », c'est-à-dire qui renverse la responsabilité et qui fait comme si la femme était victime. Ce n'est pas pour l'affaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des propos, un article, des propos des avocats.

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas pour l'affaire DAVAL en particulier, c'est quelque chose de général que j'ai toujours dénoncé. Moi ce qui m'intéresse, c'est quel message est envoyé aux femmes qui sont victimes de viol, de violence et comment elles intériorisent le fait que potentiellement, elles pourraient elles-mêmes être responsables des violences qu'elles subissent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez jugé scandaleuse la défense de l'avocat de Jonathan DAVAL !

MARLENE SCHIAPPA
Je n'ai pas jugé scandaleuse la défense, j'ai le plus profond respect pour les droits de la défense, ça fait partie de l'Etat de droit. Chaque personne, quelle que soit ce qu'elle a fait ou ce qu'on présume, a droit à un avocat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous cite…

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas la défense que j'ai jugée scandaleuse, c'est cette ligne qu'on appelle encore une fois du victim-blaming.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors je vous cite : nous dire « elle a une personnalité écrasante, c'est pour cela qu'elle aurait été assassinée », je trouve ça proprement scandaleux. En disant cela, on légitime le féminicide, c'est ce que vous avez dit, vous assumez ces propos ?

MARLENE SCHIAPPA
Ah oui ! J'assume tout à fait ces propos, mais je voudrais rappeler qu'ils sont sortis du contexte puisqu'entre ces deux phrases, il y a d'autres phrases. Et je parle…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais enfin, ces phrases-là existent.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi je veux bien le contexte, mais elles existent…

MARLENE SCHIAPPA
Non, non, mais tout à fait, j'assume parfaitement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc c'est votre avis, c'est votre opinion, c'est votre engagement.

MARLENE SCHIAPPA
Elles existent, ce n'est pas une question d'avis ou d'opinion, c'est une question d'analyse et de combat culturel…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'engagement.

MARLENE SCHIAPPA
Et pour mener ce combat culturel, c'est la lettre de mission que m'a donnée le Premier ministre, il m'a donné une lettre de mission en me disant : vous devrez mener ce combat culturel et alerter l'opinion publique sur la réalité de ce que vivent les femmes. Pour ça j'ai deux armes, l'action publique et la parole publique. La parole publique, elle permet d'alerter sur ce qu'on appelle le fait de blâmer les victimes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez dit « c'est un assassinat ».

MARLENE SCHIAPPA
Je n'ai pas dit « ça c'est un assassinat », j'ai dit le…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez dit « c'est un assassinat »…

MARLENE SCHIAPPA
Non, non, j'ai dit le féminicide… il faut mettre les mots dans le bon ordre et garder…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour cela qu'elle aurait été assassinée, c'est ce que vous avez dit, ne niez pas ce que vous avez dit.

MARLENE SCHIAPPA
Pardon Jean-Jacques BOURDIN, je parlais du cas général. Je suis partie de cette affaire en particulier en parlant ensuite du féminicide, et j'ai dit le féminicide. Le féminicide, c'est un assassinat, ce n'est pas etc., etc.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, pourquoi un assassinat ?

MARLENE SCHIAPPA
L'idée c'est de dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça peut être un crime.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, vous avez raison, ça peut être un crime, c'est un abus de langage de ma part, peut-être que j'aurai dû dire crime ou meurtre au lieu d'assassinat, là vous avez raison. Mais l'idée générale pour moi, c'était d'alerter à ce traitement. Vous savez, à chaque fois qu'une femme est violée on lui dit : mais qu'est-ce que vous faisiez toute seule dans la rue en mini-jupe, pourquoi vous étiez dehors à 3 h 00 du matin, est-ce que vous n'avez pas un peu aguiché l'homme et on lui demande de se justifier. Et c'est ce seuil de tolérance de la société aux violences sexistes et sexuelles que j'appelle à abaisser et à revoir. Et ça passe par le traitement journalistique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien ! Vous ne regrettez pas ce que vous avez dit ?

MARLENE SCHIAPPA
Pas du tout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas du tout. Votre projet de loi de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, présentation au mois de mars, c'est bien cela Marlène SCHIAPPA ?

MARLENE SCHIAPPA
Au Conseil d'Etat a priori au mois de mars, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Au mois de mars. Alors allongement des délais de prescription pour les crimes sexuels sur mineur !

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jusqu'à quand ?

MARLENE SCHIAPPA
L'idée c'est d'allonger à 30 ans pour prendre en compte deux phénomènes. D'abord la mémoire traumatique, c'est-à-dire le fait pour des personnes qui ont été violées, femmes ou hommes au demeurant quand ils étaient enfants ou jeunes, d'avoir oublié et ensuite de s'en souvenir. Et deuxièmement, le fait que parfois on n'est pas armé pour judiciariser un crime sexuel que l'on a vécu quand on est jeune, adulte, et il faut attendre de grandir pour cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Instauration d'un non-consentement présumé des enfants en matière de relations sexuelles, ça c'est très intéressant, un âge au-dessous duquel un mineur ne peut consentir. Quel âge ?

MARLENE SCHIAPPA
On est en train de réfléchir. L'idée a priori ce serait d'aller vers 15 ans, c'est le sentiment du président de la République, il l'a dit à l'Elysée quand il a lancé la grande cause du quinquennat. C'est mon sentiment également, c'est ce qui ressort des consultations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
13 ans, disait Nicole BELLOUBET, vous préférez 15 ans.

MARLENE SCHIAPPA
Non, non, ce n'est pas une question de Nicole BELLOUBET ou moi, c'est général.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc c'est 15 ans.

MARLENE SCHIAPPA
C'est a priori 15 ans. Cela dit, une petite précision, on doit trouver vraiment la bonne rédaction pour faire en sorte que le Conseil constitutionnel valide l'âge de 15 ans. Donc on est en train de voir comment on peut tourner cela, Nicole BELLOUBET et moi main dans la main.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le harcèlement de rue puni, on est bien d'accord ?

MARLENE SCHIAPPA
Verbalisé, absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Verbalisé, une amende ?

MARLENE SCHIAPPA
Une amende, l'idée c'est d'avoir du flagrant-délit, c'est que quand il y a un phénomène de harcèlement de rue ou d'outrage sexiste, les forces de l'ordre, la police de la sécurité du quotidien qui sera créé par le ministre de l'Intérieur Gérard COLLOMB puisse verbaliser en flagrant-délit, en mettant une amende à la personne qui harcèle la femme dans la rue ou dans les transports.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc une amende, on est bien d'accord…

MARLENE SCHIAPPA
Une amende, absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec la police de sécurité du quotidien.

MARLENE SCHIAPPA
C'est ça, avec une amende.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Difficile de trouver… puisqu'on parle de violence, c'est une forme de violence sexiste, difficile de trouver un emploi quand on porte le voile. Vous avez vu les témoignages de toutes ces femmes…

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, je les ai vues.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand on passe un entretien d'embauche, que faire ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez ! Je pense qu'il y a deux choses. D'abord, un certain nombre d'emplois qui demandent de ne pas avoir de signe religieux ostentatoire, je pense là aux agents d'Etat, au corps enseignant et à tout ce qui représente l'Etat et qui demande donc de ne pas avoir de signe religieux ostentatoire, ça c'est la première chose. La deuxième chose, c'est ce qui concerne l'emploi privé où là dans le privé, chaque individu majeur, éclairé a sa liberté de conscience et est autorisé à porter tel ou tel…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Beaucoup de femmes témoignent en disant « je suis obligée d'ôter mon voile avant de passer un entretien d'embauche, sinon je ne suis pas engagée ». Vous le regrettez, vous condamnez cette attitude des chefs d'entreprise ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez ! La discrimination, elle est interdite par la loi, donc ce n'est pas personnellement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est de la discrimination !

MARLENE SCHIAPPA
Quand on n'embauche pas quelqu'un pour sa religion et qu'on est dans un secteur privé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc puni par la loi !

MARLENE SCHIAPPA
C'est une forme de discrimination.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Puni par la loi.

MARLENE SCHIAPPA
La discrimination elle est déjà punie par la loi. Moi j'ai signé une convention avec le Défenseur des droits Jacques TOUBON qui s'occupe de cela. Il peut être saisi facilement et gratuitement par toute citoyenne ou tout citoyen qui s'estime discriminé. Et ensuite, il peut investiguer sur cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Faut-il rendre obligatoire le congé paternité ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez ! Moi j'ai demandé que le gouvernement lance une mission auprès de l'Inspection générale des affaires sociales. Vous savez que pendant 10 ans, j'ai présidé un réseau de mères actives et leur première revendication en tant que lobbyiste en direction des pouvoirs publics, c'était l'allongement et la meilleure indemnisation du congé paternité. Donc avec 3 de mes collègues : Gérald DARMANIN, Agnès BUZYN et Muriel PENICAUD, nous avons demandé à l'IGAS une mission pour étudier tout ce qui est possible pour améliorer le congé paternité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
11 jours aujourd'hui !

MARLENE SCHIAPPA
Oui, l'idée c'est d'aller vers un allongement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
14 jours ?

MARLENE SCHIAPPA
Et ou une meilleure rémunération.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable à…

MARLENE SCHIAPPA
Moi je ne peux pas… je n'ai pas de religion sur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais vous, vous n'avez pas de conviction sur le sujet ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, ma conviction c'est qu'il faudrait d'abord mieux le rémunérer, parce que ce qu'on observe c'est que 70 % des pères…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il sera mieux rémunéré !

MARLENE SCHIAPPA
Non, c'est mon souhait personnel mais qui n'engage que moi, on verra ce que l'IGAS nous dit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui parce que Bercy va…

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, il faut le financer, tout à fait, vous avez raison. L'idée ce n'est pas de faire des incantations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais 14 jours ça serait bien ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je pense qu'il faudrait l'allonger. Quand on regarde ce qui se passe dans les autres pays, il y a des pays dans lesquels vous n'avez pas de congé paternité ou de 3 jours. Il est fait par exemple en Italie, en Allemagne aussi me semble-t-il. Mais il est plus important et surtout mieux rémunéré bien sûr dans les pays nordiques. Donc l'idée c'est de voir comment on fait ce travail culturel pour qu'il soit admis que les pères le prennent. Mais peut-être que je peux profiter de votre antenne pour rappeler qu'il est interdit pour les employeurs de refuser un congé paternité. Il est important de le dire aux jeunes pères qui vous écoutent et qui nous écoutent, quand ils demandent un congé paternité l'employeur n'a pas le droit de leur refuser.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors pourquoi ne pas le rendre obligatoire ce congé paternité ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est l'avis de Valérie PECRESSE par exemple ou d'autres…

MARLENE SCHIAPPA
Oui, je l'ai vu, je l'ai vu, parfaitement. Ecoutez ! Il y a 3 choses, première chose en France, quand on rend des politiques familiales obligatoires il y a parfois un effet cliquet, un effet de rejet. C'est ce qu'on a vu avec le partage du congé parental pendant la précédente législature. On l'a rendu obligatoire, il n'y a pas plus de pères qui l'ont pris, il y en a en réalité moins, ça c'est la première chose. La deuxième chose, c'est comment on fait en sorte que la politique soit effective. Le président de la République nous dit souvent « la politique ce qui est intéressant, c'est l'exécution », comment on l'exécute. Si on rend le congé paternité obligatoire, comment on l'exécute, comment on fait pour obliger les pères qui ne veulent pas à le prendre. Et la troisième chose c'est vraiment ce combat culturel et je crois que là encore, il est important vraiment de rappeler aux pères qu'ils ont des droits ; et de voir comment on peut mieux les rémunérer et éventuellement allonger ce congé paternité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce matin sur RMC, nous diffusons des reportages sur la non-mixité. Vous avez vu ça évidemment en Inde, en Grande-Bretagne, en Nouvelle-Zélande. Des compagnies de taxis réservées aux femmes, des voitures dans les trains en Thaïlande réservées aux femmes, un festival de musique pour femmes en Suède, des métros ou des bus de filles au Japon. Serions-nous revenus au dix-neuvième siècle ? Vous êtes favorable au développement de la non-mixité ? Sincèrement ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, je suis assez ambivalente parce que d'un côté je comprends complètement le désir de ces femmes qui s'exprimaient sur votre antenne ce matin d'être en sécurité, de se sentir libre de leurs mouvements sans être importunées ou harcelées ou d'autres choses. Je rappelle que huit femmes sur dix ont peur de sortir toutes seules le soir. Cela, je le comprends complètement. Mais ce qui m'interroge, c'est quel modèle de société voulons-nous. Moi, je crois profondément en la mixité et je crois profondément au fait que femmes et hommes, filles et garçons peuvent se mélanger dans le respect. Je suis assez ambivalente. Je comprends l'idée mais notre modèle de société pour moi, ça ne doit pas être la séparation des deux sexes chacun de leur côté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut donc maintenir une mixité.

MARLENE SCHIAPPA
J'en suis persuadée. Je pense qu'il faut la garder.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quel que soit le domaine. Salle de sport, transports en commun, et cætera, et cætera. Vous êtes contre.

MARLENE SCHIAPPA
Transports en commun, je ne suis plutôt pas favorable à dire qu'il y aurait… D'abord, je trouve que ça nous interroge sur le rapport à l'homme et la représentation de l'homme. Une minorité d'hommes sont des violeurs et des agresseurs sexuels, ils doivent être punis extraordinairement, sévèrement et avec exemplarité. L'immense majorité des hommes heureusement ne sont pas des violeurs et ne sont pas des agresseurs sexuels et doivent pouvoir aller en salle de sport et dans les transports avec les femmes et n'ont pas du tout envie de les harceler sexuellement. La question, c'est comment on fait pour que les femmes se sentent en sécurité et ne se sentent pas susceptibles d'être harcelées, intimidées, et cætera ; c'est à ça que le gouvernement travaille. Notamment la verbalisation du harcèlement de rue va mettre fin à une forme d'impunité à cet égard et va être utile, je le crois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. « La force de mon engagement est liée à la maternité », c'est ce que vous dites. J'ai vu l'article dans Le Monde sur vous qui était vraiment très, très intéressant. Vous dites aussi : « Le fait de naître fille fait s'abattre sur la tête d'un enfant une tonne d'injustices. » Oui, c'est vrai ? Aujourd'hui, c'est dramatique d'avoir une fille, de faire naître une fille ?

MARLENE SCHIAPPA
Je suis très heureuse d'avoir deux filles qui nous regardent avant d'aller à l'école. Non, non, je suis absolument comblée d'avoir la chance d'avoir deux filles. Ce n'est pas le sujet. Le sujet, c'est justement comment je fais pour que ces deux filles, parce qu'elles sont des filles et pas des garçons, ne subissent pas les injustices et les inégalités. Il suffit de prendre quelques chiffres et c'est terrible de se dire que quand un enfant naît fille et ne naît pas garçon, ça veut dire que statistiquement elle sera moins bien payée à poste égal, qu'elle fera plus de tâches ménagères puisque… nous dit que 72 % des tâches ménagères sont faites par les femmes et pas par les hommes dans les couples hétérosexuels, qu'elle aura plus de probabilités d'être violée, d'être harcelée sexuellement, et cætera.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce que j'ai aimé dans cette interview, c'est que vous défendez l'égalité femmes-hommes mais, en même temps, vous avez joué avec des poupées quand vous étiez enfant, avec des Barbie.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr. J'ai joué à la Barbie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les jouets sexués, ce n'est pas dramatique.

MARLENE SCHIAPPA
Je n'ai jamais dit que c'était dramatique, les jouets sexués. Je dis dans cette interview que j'ai joué à la Barbie et que j'ai joué aussi aux voitures au demeurant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai, c'est vrai.

MARLENE SCHIAPPA
Ce qui est dramatique, c'est de ne pas avoir le choix. C'est de dire que vous êtes assigné à jouer à ça ou à ça. Mais avoir le choix et choisir la Barbie, ça n'a rien de dramatique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et puis j'ai beaucoup aimé le rapport avec votre père notamment, universitaire historien. Il parle d'oppresseur et d'oppressé. Vous êtes oppresseur ? Vous êtes dans le monde des oppresseurs vous, Marlène SCHIAPPA, dans un gouvernement d'Emmanuel MACRON ?

MARLENE SCHIAPPA
On m'a interrogée de nombreuses fois. Mon père en l'occurrence a un engagement politique qui est le sien, je n'ai pas le même engagement politique, je n'ai pas la même lecture notamment sur le développement économique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Lui c'est lui et vous c'est vous.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Absolument, oui. Il a voté pour Emmanuel MACRON votre père ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne pense pas qu'il ait voté pour Emmanuel MACRON mais, encore une fois, nous sommes dans un pays libre. Je suis adulte et émancipée, je ne suis pas tenue de voter comme mon père. Dieu merci.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, c'est sûr. Vous portez la Corse autour du cou.

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous aimez la Corse.

MARLENE SCHIAPPA
J'adore la Corse, je suis à moitié Corse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que le peuple corse existe ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je crois que le peuple français existe. Après, je comprends que par facilité de langage peut-être on s'attache à parler du peuple bourguignon, du peuple breton, du peuple corse pour marquer une forme d'attachement affectif. Mais moi, je crois à la République avant tout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La Corse, mention spécifique dans la Constitution : vous y êtes favorable ou pas ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, je n'ai pas à y être favorable. C'est un sujet extrêmement délicat sur lequel il y aura une position…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui d'accord, mais vous avez un avis quand même.

MARLENE SCHIAPPA
Le sujet, ce n'est pas mon avis personnel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment « ce n'est pas votre avis » ? Mais pourquoi vous n'avez jamais d'avis ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, avant vous me reprochiez d'avoir trop d'avis, maintenant de n'avoir jamais d'avis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non. Mais sur ces questions qui fâchent, vous n'avez jamais d'avis. Pourquoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, non, pas du tout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Assumez. Assumez votre différence justement.

MARLENE SCHIAPPA
Honnêtement monsieur BOURDIN, pardon, mais je crois que s'il y a bien quelque chose qu'on ne peut pas me reprocher, c'est bien de ne pas assumer et d'avoir des avis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je suis très content alors. Allez-y.

MARLENE SCHIAPPA
Là, vous ne m'avez pas invitée en tant que citoyenne corse ou française ou qui passe par-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous ai invitée en tant que Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Vous m'avez invitée en tant que secrétaire d'Etat donc en tant que membre du gouvernement. Vous comprendrez qu'à la veille du déplacement du président de la République en Corse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que vous allez accompagner.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, avec lequel je me déplacerai. C'est au président de la République de s'exprimer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aucun avis sur le rapprochement des prisonniers corses qui sont actuellement sur le continent ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je crois que de façon générale, il y a une question autour des prisons et la garde des Sceaux la prend très à coeur et très au sérieux et elle mène un travail vraiment que je crois qu'il faut saluer, avec un grand courage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord mais le rapprochement, non ? Vous n'avez pas d'avis ?

MARLENE SCHIAPPA
Si. Mon avis, c'est que de façon générale, il faut faire en sorte que les personnes qui soient emprisonnées puissent avoir un accès à leur famille plus facilement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les rapprocher. Ce qui serait humainement…

MARLENE SCHIAPPA
Je crois qu'il y a du cas par cas qui est prévu et là, c'est la garde des Sceaux vraiment. C'est sa prérogative.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est du cas par cas qui est prévu ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, il me semble que c'est à l'étude. Nicole BELLOUBET s'est exprimée, elle s'exprimera de nouveau, le président de la République s'exprimera demain. Je crois que ce n'est pas à moi de gérer la question des prisons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, ce n'est pas la question des prisons, c'est la question des prisonniers, ce qui n'est pas tout à fait pareil, Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
C'est une question… et les prisonniers sont dans une prison.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et des prisonniers corses, des prisonniers corses.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous parlez le corse d'ailleurs ?

MARLENE SCHIAPPA
Très mal. Je sais dire « chi ché do » (phon) pour « qu'est-ce qu'il y a après », ce que mon grand-père disait quand il voulait un dessert. Voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous voulez savoir ce qu'il y a après ?

MARLENE SCHIAPPA
Volontiers. Dites-moi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si je vous parlais des djihadistes, des femmes djihadistes ?

MARLENE SCHIAPPA
Allons-y.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'en pensez-vous ? Trois Françaises djihadistes qui ont été arrêtées en Irak. Elles risquent la peine de mort.

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si ces Françaises sont condamnées à mort, la France devra-t-elle intervenir ? Vous n'avez pas d'avis sur la question ?

MARLENE SCHIAPPA
Je vais vous répondre. C'est un sujet qui est… D'abord peut-être une parenthèse. Moi je veux bien avoir des avis sur tous les sujets qui sont ma prérogative. Là, ce n'est pas ma prérogative mais je vais vous donner quand même ma réponse. Sur les femmes djihadistes, c'est un sujet extrêmement délicat. Il y a plusieurs questions là-dedans. Là, la question c'est est-ce qu'on traite les femmes djihadistes différemment des hommes djihadistes. Moi je ne le crois pas. Je ne crois pas que ce soit nécessaire. Je pense qu'il ne faut pas de traitement indifférencié, c'est aussi cela l'égalité femmes-hommes. Je ne comprends pas au nom de quoi les femmes djihadistes devraient bénéficier de traitement différencié par rapport aux hommes djihadistes. Ça, c'est une conviction personnelle que je vous livre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Donc la France doit-elle intervenir en cas de condamnation à mort ?

MARLENE SCHIAPPA
Là, je pense que c'est une question qui doit aussi se régler au cas par cas mais je pense que si les conditions d'un procès équitable sont assurées à l'étranger, il n'y a pas de raison pour que la France intervienne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de raison ?

MARLENE SCHIAPPA
Si les conditions d'un procès équitable sont réunies, il n'y a pas de raison.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En Irak, le procès sera le procès et avec un risque de condamnation à mort, la France ne doit pas intervenir s'il y a condamnation à mort. Merci Marlène SCHIAPPA d'être venue nous voir.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 février 2018

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