Déclaration de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, sur les grandes orientations de la politique d'investissement dans les infrastructures dans la perspective du futur projet de loi d'orientation des mobilités, à Paris le 1er février 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, sur les grandes orientations de la politique d'investissement dans les infrastructures dans la perspective du futur projet de loi d'orientation des mobilités, à Paris le 1er février 2018.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth.

FRANCE. Ministre des transports

Circonstances : Remise du rapport de Philipe Duron, président du Conseil d'orientation des infrastructures, au Gouvernement, à Paris le 1er février 2018

ti : Monsieur le Président, cher Philippe DURON,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,


Il y a 8 mois jour pour jour, c'était un 1er juillet à Rennes, le Président de la République annonçait un nouveau cap en matière de mobilité, avec une priorité désormais simple et claire : améliorer les transports du quotidien.

Le ton était donné. Il marquait une rupture nette avec des décennies où la politique des transports s'était trop souvent résumée à une seule politique de grandes infrastructures, une rupture avec des décennies d'une politique qui avait fini par ne plus se demander si elle répondait vraiment aux attentes de nos concitoyens.

Cette rupture appelait tout d'abord un changement de méthode, à commencer par une pause sur les nouveaux grands projets le temps de réfléchir collectivement aux meilleurs investissements que nous voulions pour notre pays.

Il nous fallait en effet sortir de cette véritable dérive qui a consisté à multiplier les promesses non financées, ce dont notre pays a souffert.

Et je dis bien « a souffert », car à force de promettre partout et depuis trop longtemps des projets que l'on ne sait pas financer et que l'on repousse indéfiniment, nous finissons par avoir beaucoup de frustration parmi les élus et des concitoyens qui ne croient plus en la parole donnée.

Surtout, notre politique d'infrastructures a fini par en oublier les besoins auxquels elle devait répondre, des besoins pourtant essentiels pour nos concitoyens : l'entretien de leurs routes et lignes ferroviaires du quotidien, la meilleure connexion de leur territoire aux grands axes ou à la métropole la plus proche, le désengorgement de leurs grandes villes.

Il nous fallait donc ouvrir une page nouvelle, faite d'écoute, de cohérence et de sincérité.

C'est ce que nous avons fait à travers les Assises de la mobilité, ces 3 mois de consultation inédite menés cet automne, où nous avons écouté, débattu, des attentes, des idées, parfois des colères des Français, des territoires, des acteurs de la mobilité.

C'est aussi ce que vous avez fait au sein du Conseil d'orientation des infrastructures. Durant 4 mois, vous avez mené un travail considérable, avec notamment plus de 500 auditions, un travail inédit, qui je le pense fera date.

Je veux remercier chacun de ses 16 membres pour cette immense contribution que vous apportez aujourd'hui.

Le président Philippe DURON et son vice-président Bruno CAVAGNE.
Les présidents des commissions du développement durable et de l'aménagement du territoire de l'Assemblée nationale et du Sénat, Barbara POMPILI et Hervé MAUREY.
Les députés Matthieu ORPHELIN et Benoît SIMIAN.
Les sénateurs Gérard CORNU et Michel DAGBERT.

Merci à Karima DELLI, députée européenne, présidente de la commission transports.

Merci aux représentants des collectivités locales :
Michel NEUGNOT, pour Régions de France
François DUROVRAY pour l'Assemblée des départements de France
Louis NEGRE, pour France Urbaine.

Merci enfin aux personnalités qualifiées Jean-Michel CHARPIN, Nicolas FORRAY, François PHILIZOT, Pierre-Alain ROCHE, ainsi qu'aux rapporteurs et à toutes les équipes du CGEDD, de la DGITM et des services de l'Etat qui ont beaucoup contribué.

Votre rapport est le fruit d'un consensus, entre des élus et des experts, entre des représentants européens, nationaux et territoriaux, et des sensibilités politiques différentes. C'est une force importante pour les débats qui nous attendent.

Vous avez réinterrogé de fond en comble notre politique d'investissements dans les infrastructures, en repartant d'une question simple et primordiale : à quels besoins devons-nous répondre en priorité.

Le rapport que vous présentez propose 3 scénarios. C'est là aussi le caractère inédit de votre travail : vous avez mis les besoins d'investissements face aux réalités des moyens que nous devons y consacrer pour y répondre. Les 3 scénarios ont le mérite de la cohérence. Ils mettent tout le monde face à la complexité et la réalité de l'équation qui s'impose à nous.

Je le précise tout de suite : il ne s'agit pas de dépenser moins. L'enjeu est aussi et d'abord d'investir mieux, c'est-à-dire de faire des choix pertinents pour nos concitoyens, de répondre à leurs besoins, et que chaque euro investi soit le plus utile au plus grand nombre.

Quel que soit le scénario, votre rapport nous recommande un certain nombre de priorités. Je dois dire que j'y retrouve beaucoup de mes convictions ! Elles répondent en effet toutes au coeur du combat que je porte pour les transports du quotidien.

- L'entretien et la régénération des réseaux existants, tout d'abord. Chacun a en tête les innombrables exemples d'un réseau, qu'il soit ferroviaire, routier, ou fluvial, qui marque des signes de fatigue par manque d'entretien. Ce n'est tout simplement plus tenable, et nous avons là un besoin que je qualifierais d'élémentaire.
- Autre priorité, le désenclavement de tous nos territoires. Voilà un exemple d'une politique d'infrastructures qui ne tourne plus rond. Quand dans mes déplacements, je suis confrontée à des habitants, des élus, qui désespèrent de voir la modernisation de certains axes routiers repoussés de contrats de plan en contrats de plan, de décennies en décennies, alors qu'ils sont pourtant indispensables.

Ce ne sont pas de grands travaux, ce sont des contournements de bourgs, des aménagements de sécurité, des créneaux de dépassement, indispensables pour relier correctement tout notre territoire. Vous confirmez ma conviction que ce désenclavement routier peut être achevé en l'espace d'une décennie. Voilà une belle ambition, une ambition utile.

- De la même façon, le ferroviaire doit pleinement s'adapter à l'émergence des métropoles, nous devons y renforcer la place du train pour transporter beaucoup de voyageurs. Il nous faut également traiter les noeuds ferroviaires, pour rendre nos plus grandes gares pleinement efficaces et fiables.

- Une dernière priorité que vous évoquez, et que je veux mentionner : il s'agit des mobilités douces, dont le vélo bien sûr. Je me félicite que vous fassiez de ces modes de transport propre, extrêmement pertinents sur de nombreux trajets du quotidien, un élément central d'une politique d'équipement. Cela participe d'une prise de conscience pour laquelle je milite beaucoup.

Nous aurons à débattre des différents scénarios. Mais ces priorités que vous énoncez, je les fais totalement miennes. Et je le dis clairement : ces investissements sont pour moi absolument incontournables et indispensables. Car ils répondent à une urgence pour nos concitoyens, et c'est bien là notre priorité.

Vous évoquez aussi dans votre rapport les très nombreux projets d'infrastructures de notre pays. Là aussi, vous apportez au débat une vision nouvelle, qui me semble extrêmement novatrice et utile.

Car sur bon nombre de projets, le débat ne peut se résumer à la question de faire ou de ne pas faire. Votre rapport montre en effet parfaitement qu'un grand projet peut très bien se faire et répondre à nos priorités selon le rythme, selon le phasage qu'on lui donne.

Je n'oserais citer un exemple, mais tout de même : imaginons un projet de ligne à grande vitesse, entre deux villes du Sud Ouest par exemple. Vos travaux montrent que la question n'est pas de faire ou de ne pas faire ce projet, mais que le phasage du projet permet de s'attaquer en priorité à l'amélioration des noeuds ferroviaires autour des deux métropoles concernées, et que cela concourt à la fois à la réalisation du projet mais aussi à l'amélioration des transports du quotidien. Et tout cela de façon cohérente et finançable.

C'est l'exemple même du fait qu'en changeant notre façon de voir les choses, nous pouvons à la fois sortir de promesses non financées et en même temps répondre à davantage de besoins en matière de mobilité.

Dans l'immédiat, je ne doute pas que votre travail va susciter quelques réactions ! C'est une très bonne chose, car les choix d'infrastructures doivent enfin relever d'un débat profondément ouvert et démocratique.

Nous allons donc continuer à écouter, c'est le coeur de notre méthode.

Je recevrai la semaine prochaine l'ensemble des présidents de région, des grandes associations de collectivités, les représentants d'usagers et les ONG, pour recueillir leurs réactions sur ce rapport, leurs préférences quant aux différents scénarios, et leurs propositions.

Puis le Gouvernement fera dans les prochaines semaines un choix, un choix clair sur le scénario retenu. Il constituera la base du volet loi de programmation et de financement des infrastructures du projet de loi d'orientation des mobilités, que je présenterai en avril au Conseil des ministres.

Car ensuite, c'est bien le Parlement qui aura à en débattre. Là aussi, c'est une démarche nouvelle et inédite. Le temps des grands projets promis sans vision d'ensemble et sans financement est terminé. Comme cela se fait dans d'autres domaines, c'est le Parlement, la représentation nationale, le coeur de notre démocratie, qui votera une programmation claire pour nos infrastructures pour les prochaines années.

Le rapport que vous présentez aujourd'hui nous invite à ouvrir une nouvelle page. Nous avons collectivement l'opportunité de faire enfin des choix qui répondent aux besoins prioritaires de nos concitoyens, des choix crédibles, des choix sincères pour nos infrastructures. Je crois que ce sera un changement majeur, à la fois pour améliorer le quotidien de chacun, mais aussi pour la crédibilité de la parole publique.

C'est ce que nous allons faire, vous pouvez compter sur ma détermination pour mener à bien cette transformation.

Encore une fois, je veux remercier les 16 membres du Conseil, qui nous permettent par la qualité et l'ampleur de leur travail d'ouvrir une nouvelle page sur des bases claires, cohérentes et sincères.


Je vous remercie.


Source https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr, le 7 février 2018

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