Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à RTL le 7 février 2018, sur l'épisode neigeux des 5 et 6 février, l'information des voyageurs par la RATP et la SNCF et l'effectif des SDF en Ile-de-France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à RTL le 7 février 2018, sur l'épisode neigeux des 5 et 6 février, l'information des voyageurs par la RATP et la SNCF et l'effectif des SDF en Ile-de-France.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur RTL pour évoquer cette situation tout à fait exceptionnelle, premier hiver du quinquennat MACRON, et en l'occurrence une vie compliquée pour de nombreux Français. Alors, pour ceux qui nous écoutent là, en ce moment, coincés dans leur voiture, on n'espère pas, mais pour certains d'entre eux c'est le cas, d'autres dans leur cuisine, dans leur salle-de-bain, ils se demandent simplement qu'est-ce qu'il faut que je fasse, quels conseils ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors d'abord le premier conseil c'est d'éviter au maximum de prendre son véhicule aujourd'hui parce que la conduite est difficile, il y a eu l'expérience pour ceux qui ont conduit hier, et encore ce matin, prendre au maximum les transports en commun, et plutôt les transports en commun ferroviaires, puisqu'il y a de nombreux bus dans différentes zones qui sont restés au dépôt.

ELIZABETH MARTICHOUX
En Ile-de-France par exemple, il n'y en n'a aucun qui circule.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il n'y en n'a pas, et par ailleurs se renseigner auprès des différents transporteurs, notamment ferroviaires, sur les retards ou sur les cadences qui sont ralenties par définition. Moi je veux d'abord saluer les centaines d'agents publics qui depuis lundi après-midi, qui dans la nuit de lundi à mardi, puis cette nuit encore, se sont mobilisés, à la fois pour déneiger, pour saler, et puis pour héberger, pour accueillir, pour prendre soin, parce qu'il y a des personnes qui sont restées coincées dans leur véhicule cette nuit, qui ont été accueillies dans des gymnases…

ELIZABETH MARTICHOUX
On va en parler.

BENJAMIN GRIVEAUX
On vu de la solidarité. On a vu de solidarité de communes, on a vu de la solidarité qui s'est exercée avec des personnes qui ont dormi dans des gares, dans des aéroports, bref, beaucoup de respect pour tous ces agents publics qui ont donné beaucoup de leur temps à leurs concitoyens depuis 48 heures.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ceci devait être dit, parce que, c'est vrai, on constate aussi, d'ailleurs sur RTL depuis tôt ce matin, il y a de la solidarité. Il y a aussi un défaut d'information. La SNCF, la RATP, ne donnent pas suffisamment d'information voyageurs. Valérie PECRESSE était tout à l'heure en direct avec Yves CALVI, elle nous le disait, si elle le dit c'est qu'elle le vivait aussi elle-même, et elle parlait à ses administrés, est-ce que vous allez une nouvelle fois demander à la SNCF de venir au ministère des Transports pour rendre des comptes sur ce sujet-là ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il faut toujours bien informer, et je vais vous dire une chose, on est dans une situation exceptionnelle, et nous vivons une situation exceptionnelle, il n'a pas autant neigé depuis 2013, et quand on a 15 à 20 centimètres de neige qui tombent en 24 heures on est dans une situation exceptionnelle, et donc à situation exceptionnelle, moyens exceptionnels. Les sites de la SNCF ou de la RATP doivent pouvoir être en mesure de donner les informations, et c'est vrai qu'il a pu être noté à certains endroits que les informations ne circulaient pas suffisamment, mais je n'ai aucun doute…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous le dites avec vos précautions oratoires, mais il est vrai que dans certains cas il y a eu un défaut d'information.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vais vous dire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous savez que c'est le nerf de la guerre dans ces cas-là.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, le nerf de la guerre c'est de faire en sorte que les gens puissent circuler, puissent être en sécurité, c'est ça le nerf de la guerre dans ces moments-là.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le nerf de la guerre ce n'est pas d'anticiper, ce n'est pas préventivement de dire « ne prenez pas vos voitures », « attention, si vous allez prendre le train », et quand on est dans la gare d'informer sur les trains qui circulent ou pas ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il est difficile d'anticiper… arrêtons de faire croire n'importe quoi aux Français, Elizabeth MARTICHOUX. Il est difficile d'anticiper le nombre de centimètres qu'il va tomber. Il faut savoir une chose, c'est que quand vous salez une route, quand vous salez de la voirie, jusqu'à 3 ou 4 centimètres le sel est efficace, au-dessus de 3 ou 4 centimètres, et on est bien au-delà puisqu'on est sur 15, 20, 25 centimètres dans certains endroits, le sel est inopérant.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le salage ne servait à rien. Pour ceux qui disent, on les a entendus sur l'antenne, « la Mairie de Paris n'a rien fait », « l'Etat n'a rien fait », ça ne servait à rien, vous dites.

BENJAMIN GRIVEAUX
Pour les premiers centimètres, le salage est utile, au-delà le salage s'avère inopérant. Moi je veux aussi saluer les personnels de la SNCF qui ont été mobilisés, et qui se sont mobilisés, parce que, à nouveau, on a 700 personnes qui ont pu être accueillies dans des gares, cette nuit, de mardi à mercredi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous me permettez d'insister. La ministre Elisabeth BORNE a réagi à 15h00 hier, est-ce que ce n'est pas trop tard ? La préfecture a réagi hier à 14h00, les gens étaient partis dans leurs entreprises et allaient être piégés quelques heures plus tard pour rentrer. Est-ce que c'est compliqué en fait, tout simplement, de venir dire préventivement aux Français la mauvaise nouvelle, c'est-à-dire il va neiger, ne bougez pas, n'allez pas travailler, sinon vous allez être, certains, dans un enfer ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a deux épisodes neigeux Elizabeth MARTICHOUX, le premier lundi, et le second mardi, qui était d'une plus grande ampleur, et que les choses soient très claires. Il est difficile de savoir le matin à 8h00 si les routes seront bloquées à 14h00. Dans l'immense majorité des cas la prévention, évidemment, est la meilleure des politiques, c'est ce que nous avons fait, et c'est ce qui a été fait par les préfectures…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous dites il n'y a aucun retard, on vous entend, il n'y a eu aucun retard, aucun défaut.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non ; et par les préfectures, et par le ministère des Transports, ça a été fait dès hier, avec des appels à ne pas prendre son véhicule, qui ont été réitérés à maintes reprises et avec…

ELIZABETH MARTICHOUX
Trop tard.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, trop tard, Elizabeth MARTICHOUX, à nouveau soit vous êtes devin et vous êtes la météorologue de France la mieux renseignée, mais moi je ne savais pas hier matin, peut-être le saviez-vous, et auquel cas je vous invite à prendre contact avec nos services, qu'il allait tomber 20 centimètres de neige, vous avez vraiment les dons de devin que l'Etat n'a pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ecoutez, je n'ai pas été un devin, mais ce n'est pas moi vers qui on se retourne dans ces cas-là pour dire…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais je comprends, et il est normal que les Français se retournent vers l'Etat dans ces moments…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est normal ou est-ce qu'il y a une culture, je vous pose la question, est-ce que c'est normal ou il y a effectivement une culture de la dépendance des Français à l'égard de l'Etat dès qu'il arrive un aléa climatique ? Il y en a certains qui le disent, qu'on devrait plus être fataliste que toujours en appeler à la malédiction et à l'inertie des pouvoirs publics.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non. Le rôle de l'Etat c'est de garantir la sécurité des Français, la circulation, et de faire en sorte que les choses puissent se rétablir rapidement. Une autre chose est aussi à noter, c'est que là on est face à un épisode exceptionnel, et j'entends certaines voix, et je suis certains que nous aurons droit à l'instrumentalisation politique dans les 24 ou 48 prochaines heures, de gens qui vont nous dire il faut quand même adapter nos infrastructures. Mais, on ne va pas adapter des infrastructures à un moment exceptionnel, ça reste exceptionnel…

ELIZABETH MARTICHOUX
On ne va pas acheter des moyens supplémentaires pour deux épisodes neigeux, seraient-ils exceptionnels.

BENJAMIN GRIVEAUX
Et je vais vous dire, pour deux épisodes neigeux qui se tiennent tous les 4 ou 5 ans. Il y a de la solidarité, il y a les services de l'Etat qui sont entièrement mobilisés, et vous l'avez dit, et moi je veux le saluer, il y a la solidarité entre les Franais, c'est aussi ça qui fait la force de notre pays.

ELIZABETH MARTICHOUX
Six cent personnes accueillies dans des centres d'hébergement en dehors de Paris, 700 personnes ont dormi aussi dans les gares, à Montparnasse et Austerlitz, ce sont des voyageurs qui n'ont pas pu prendre le train ou des personnes naufragées dans la rue…

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, parce que les trains doivent réduire leur vitesse et les cadences, notamment quand il y a beaucoup de neige, parce que ça peut poser des problèmes de sécurité notamment sur les wagons avant.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les sociétés d'autoroutes ont suffisamment fait leur boulot dès que c'était possible ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, on n'est pas en train de donner des bonnes notes aux uns et aux autres, on est en train de faire en sorte…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, mais il faut tirer des leçons Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, mais, vous savez, on tire les leçons une fois que l'épisode est passé, et là il y a des gens qui sont coincés dans leur voiture, il y a des gens qui se demandent s'ils peuvent aller bosser demain, et donc le vrai sujet c'est de déneiger, de saler, et ne vous inquiétez pas, les conséquences seront tirées, et on regardera pour faire en sorte qu'au prochain épisode neigeux exceptionnel on puisse avoir la meilleure réaction possible.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les SDF, les personnes sans abri, Benjamin GRIVEAUX, quelle mobilisation pour eux ? Il y en a qui ont dormi dans les rues de Paris, par exemple, on les a vus.

BENJAMIN GRIVEAUX
On a 145.000 places d'hébergement d'urgence, c'est 10.000 places de plus que l'an dernier. On a, dans le cadre du budget qui a été voté à la fin de l'année 2017, donc pour l'année prochaine, une augmentation de 12 % des moyens. On a 1000 places supplémentaires qui seront ouvertes dès cette semaine, dont 650 places supplémentaires en Ile-de-France et 250 à Paris. Donc, on a mobilisé des moyens, comme jamais n'ont été mobilisés sur les questions d'hébergement d'urgence…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais pour là, ces 24 heures, est-ce qu'il y en a eu encore plus, vous avez dit 10.000 de plus…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce sont les chiffres que je viens de vous donner, 1000 places supplémentaires ouvertes cette semaine, là…

ELIZABETH MARTICHOUX
Cette semaine. Et pour faire face à cet épisode neigeux en particulier, vous connaissez ma question…

BENJAMIN GRIVEAUX
Pour faire face non seulement à l'épisode neigeux, mais pas uniquement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Les personnes qui étaient dans la rue cette nuit.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais pas uniquement à l'épisode neigeux, parce qu'il y a la neige, mais il y a le grand froid, et le grand froid il n'a pas attendu la neige, il était là avant.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sylvain MAILLARD, député LREM, a dit « pour l'immense majorité des SDF qui dorment dans la rue, c'est leur choix. » Il l'a dit lundi matin, on n'était pas encore dans cet épisode exceptionnel de froid qui rend pour eux la situation intenable…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce sont des propos regrettables et je crois qu'il les a d'ailleurs regrettés.

ELIZABETH MARTICHOUX
Maladresse ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il les a regrettés, il s'en est expliqué lui-même, donc je ne vais pas y revenir.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ce n'est pas leur choix, les SDF qui restent dans la rue ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, non. Il y a quelques personnes qui font le choix difficile de vivre en marge de la société, et qui choisissent de vivre dans la rue, mais c'est une infime minorité, la très grande majorité ne fait pas de choix, c'est une situation subie. Et le rôle des pouvoirs publics c'est de leur offrir un hébergement, de la dignité, d'être au chaud, et puis de pouvoir d'abord les accueillir en hébergement d'urgence, et ensuite de sortir de ces situations d'urgence, pour les pérenniser dans des hébergements plus stables.

ELIZABETH MARTICHOUX
Toute dernière question. Un chiffre, combien de personnes ont dormi dans la rue la nuit dernière, est-ce que vous le savez ?

BENJAMIN GRIVEAUX
La nuit dernière, je ne dispose pas de ce chiffre…

ELIZABETH MARTICHOUX
Plus de 50 en Ile-de-France.

BENJAMIN GRIVEAUX
Vraisemblablement plus de 50. Je vois très bien ce que vous voulez…

ELIZABETH MARTICHOUX
Julien DENORMANDIE a dit 50 en Ile-de-France.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, Julien DENORMANDIE ne dit pas ça, et c'est malhonnête de dire ça, donc je vais rectifier, Julien DENORMANDIE dit qu'il y a 50 personnes à qui n'ont pas pu être trouvé des solutions suite aux appels qui ont été passés au 115, c'est simplement ça qu'il a dit, rien d'autre, il y a évidemment plus, et malheureusement plus, de 50 personnes qui ont dormi dehors en Ile-de-France.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors il a été mal compris, ou il s'est mal exprimé, il sera l'invité du « Grand Jury » dimanche. Merci à vous.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 février 2018

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