Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’État, porte-parole du Gouvernement, à France 2 le 8 février 2018, sur le rôle des services de l’État en cas d'épisode neigeux et le rapport annuel de la Cour des comptes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’État, porte-parole du Gouvernement, à France 2 le 8 février 2018, sur le rôle des services de l’État en cas d'épisode neigeux et le rapport annuel de la Cour des comptes.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, ROUX Caroline.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : CAROLINE ROUX
Bonjour.

LAURENT BIGNOLAS
Caroline ROUX qui reçoit aujourd'hui Benjamin GRIVEAUX.

CAROLINE ROUX
Oui, je reçois le porte-parole du gouvernement qui vient ce matin répondre aux colères. Des colères il y en a plusieurs : celle des naufragés de la route, celle des Corses et celle de la Cour des Comptes.

- Jingle -

CAROLINE ROUX
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour Caroline ROUX.

CAROLINE ROUX
Franchement, sincèrement, est-ce qu'on pouvait éviter ça ? Est-ce qu'on pouvait éviter la pagaille pour 12 cm de neige ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous savez, on a des épisodes neigeux exceptionnels, et c'est ce qu'on est en train de vivre. Le dernier qui avait à peu près cette ampleur, remonte à 2013. Et donc, le gouvernement qui vous explique qu'on empêchera la neige de tomber, que ce soit par 10, par 15 ou par 20 cm, ce gouvernement-là vous ment. Le rôle de l'Etat c'est de mettre en place les moyens de pouvoir à la fois saler, de pouvoir déneiger de pouvoir prévenir aussi des situations de risques, et j'appelle moi, à nouveau à la prudence aujourd'hui, puisqu'on a connu la neige, c'était lundi et mardi, avec des épisodes neigeux très importants, et hier, aujourd'hui c'est le verglas, donc à nouveau beaucoup de prudence, pour la conduite, pour nos concitoyens.

CAROLINE ROUX
Ça veut dire quoi quand on passe un message comme celui-ci ? « J'appelle à beaucoup de prudence », qu'est-ce que doivent comprendre les gens qui vous regardent ce matin ? Ça veut dire quoi ? Ça veut dire : je ne prends pas ma voiture, ça veut dire je ne prends pas le train, ça veut dire quoi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, ça ne veut pas dire ça du tout. Les trains roulent, il faut arrêter de raconter des sottises. Les trains roulent, les voies sont dégagées, on a deux Transilien sur trois qui fonctionnent, on l'a vu dans un petit reportage qui a été montré précédemment, la SNCF travaille, donc je ne laisserai pas dire que les agents de l'Etat ne sont pas là, nuit et jour, depuis 72 heures, pour permettre à nos concitoyens de rouler, et qu'il y a des axes plus difficiles que d'autres, la N118 à Paris, elle est fermée jusqu'à la mi-journée au moins. Pourquoi ? Parce qu'on a eu des personnes qui sont restées bloquées, parce que quand vous salez une route, Caroline ROUX, jusqu'à 4 ou 5 cm, ça fonctionne, de neige, quand vous êtes à 15 ou 20 cm, le sel n'opère plus, et donc quand vous avez des véhicules bloqués sur la voirie, il est difficile de faire passer les engins pour déneiger.

CAROLINE ROUX
Donc, ce que je retiens ce matin, c'est que vous nous expliquez qu'en fait on ne pouvait pas mieux faire. Il n'y a pas de retour d'expérience, après une nuit et une journée comme celle-ci, en se disant...

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, évidemment qu'il y a des retours d'expérience, et évidemment qu'on va essayer de faire encore mieux la prochaine fois. Mais ce que je suis...

CAROLINE ROUX
Quoi par exemple ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce que je suis en train de dire aussi, c'est qu'il ne faut pas raconter aux Français n'importe quoi, quand on a des épisodes neigeux exceptionnels, on adapte à des moyens exceptionnels. C'est ça aussi la force de l'Etat.

CAROLINE ROUX
Qu'est-ce qu'on peut faire mieux, Benjamin GRIVEAUX ? Qu'est-ce qu'on peut faire mieux ? L'information ?

BENJAMIN GRIVEAUX
On peut sans doute informer encore mieux informer que ça n'a été le cas, mais je vais vous dire une chose, les applications numériques peuvent nous y permettre, avec en temps réel, la tenue à la fois des réseaux de voirie départementale, les préfectures le font, mais également la SNCF, la RATP. J'entendais hier Valérie PECRESSE qui pestait, elle est la présidente du STIF, c'est le Syndicat des Transports d'Ile-de-France, je suis certain que le STIF sera parmi les premiers à encourager les opérateurs de réseaux, notamment ferroviaire, pour permettre une meilleure information de nos concitoyens.

CAROLINE ROUX
J'ai l'impression que ça vous agace. Ça vous agace quand une partie de l'opposition dit qu'il y a une forme d'amateurisme du gouvernement sur la gestion de cette crise. Ça vous agace quand on est en colère contre l'Etat, quand on a passé une nuit dans sa voiture.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous savez... Non, un, je respecte parfaitement cela et je vais vous dire, je me réjouis qu'on ait pu cette nuit, ouvrir 46 centres qui ont accueilli beaucoup de Français. Je me réjouis aussi de la solidarité des Français, les uns envers les autres, parce qu'il y a de belles histoires qui se sont construites à ce moment-là, c'est toujours le cas, et je vais vous dire, que l'opposition nous explique qu'elle saura maitriser les épisodes neigeux et climatiques, et bien je m'en réjouis et je ne suis pas certain que les Français leur accordent beaucoup de crédits.

CAROLINE ROUX
On peut se dire que vendredi, ça va bien se passer ? Parce qu'il y a de la neige à nouveau.

BENJAMIN GRIVEAUX
On peut se dire que vendredi, on aura à la fois des moyens de l'Etat mobilisés, et qui seront mobilisés, tant que des épisodes neigeux sont prévisibles. Et on est au mois de janvier, au mois de février, pardon, en France, et il est possible qu'il continue de neiger un peu.

CAROLINE ROUX
Benjamin GRIVEAUX, le président de la République a terminé son déplacement en Corse, les Corses parlent d'un discours de vengeance, Jean-Guy TALAMONI parle d'humiliation, ce matin Gilles SIMEONI explique qu'il y a une majorité de Corses qui s'est sentie méprisée, il a été très vexé, blessé, parce que il y a été fouillé, tout comme d'autres élus corses. Ce déplacement aura servi à quoi, en réalité ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vais vous faire une confidence. Hier soir je me rendais à une conférence au Sénat, j'y suis allé à pied et sans véhicule, je suis beaucoup moins connu que Gilles SIMEONI, mais on m'a également fouillé. Donc voyez, ce n'est pas l'humiliation de quiconque, ça arrive à tout le monde, c'est juste la règle quand on rendre dans des bâtiments publics et quand il y a en plus la présence du président de la République. Le président de la République, il a fixé un cadre clair, il n'a pas fait de surenchère, il n'a pas fait de mépris, mais il a dit les choses, et son rôle c'est de fixer le cap, et le cap c'est de faire réussir la Corse dans la République, c'est aussi simple que cela, et c'est le cap qui a été fixé, le dialogue s'est engagé avec l'Etat, avec le Premier ministre, dès le début du mois de janvier, puisque les deux représentants de la collectivité territoriale unique de Corse ont été reçus à Matignon, et le dialogue il va se poursuivre jusqu'au printemps. Un dialogue avec...

CAROLINE ROUX
Mais on a l'impression que le climat est plus tendu après son déplacement qu'avant son déplacement. Il y a une forme de déception de la part des nationalistes qui avaient été portés par les urnes, avec un scrutin démocratique, les Corses se sont prononcés, et après l'arrivée du président République, on les sent plus agacés.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, en tout cas, on sent monsieur TALAMONI et monsieur SIMEONI, je ne parle pas au nom des Corses, au nom des habitants de l'île. Ce dont je suis certain, c'est que s'est tenue une élection locale, au mois de décembre, et que les enjeux d'un territoire c'est les transports, c'est l'accès aux soins, c'est la question de la gestion des personnes âgées. Vous avez en Corse deux fois moins de maisons de retraite que sur le continent, c'est la question du très haut débit et par exemple de la connexion et de la qualité de la connexion Internet, ce sera en 2020 du très haut débit partout en Corse. C'est cela le quotidien des Corses, et qu'au fond, si on veut faire réussir la Corse dans la République il y a les questions institutionnelles, très bien, on a changé quatre fois de statut depuis 1982, est-ce qu'on a le sentiment qu'aujourd'hui on offre à la jeunesse de Corse, des perspectives en termes d'emplois, de développement, de qualité de vie ? Je ne suis pas certain. C'est là-dessus qu'il faut travailler, et là-dessus de toutes les options sont ouvertes, le président de la République l'a rappelé.

CAROLINE ROUX
Et inscrire la Corse dans la Constitution, c'est indispensable pour calmer le jeu ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ce n'est pas une question de calmer le jeu, il y avait différentes revendications qui étaient faite et qui étaient portées par Jean-Guy TALAMONI par Gilles SIMEON, sur la question du statut de résident, sur la question de la co-officialité de la langue corse, et ça, il n'y avait pas d'ouverture, et le président de la République hier avait été très clair, et la question de l'inscription de la Constitution à la Corse, la question de l'article 72, la question de comment est-ce qu'on peut différencier, parce que il y a une spécificité en Corse, et d'ailleurs elle le porte, la collectivité territoriale unique c'est déjà une spécificité, il est normal de tenir compte des spécificités, mais ça se fait dans le cadre de la République.

CAROLINE ROUX
Je parlais des colères, donc on a vue celle du parti des nationalistes, on a vu, celle d'une partie des Français et voici maintenant que Didier MIGAUD est en colère, en tout cas c'est le rapport de la Cour des comptes, qui estime que le gouvernement ne fait pas est en termes de réduction des déficits, il doute, lui, de votre trajectoire budgétaire, en expliquant que c'est un pari. Sur ce point, le nouveau monde ressemble en de nombreux points à l'ancien monde.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne sais pas si Didier MIGAUD est en colère contre nous, mais on devait être très très en colère contre nos prédécesseurs, si on se dit des choses, puisqu'il les a même taxés d'insincérité budgétaire. Qu'est-ce que je note ? Ça fait 11 ans que la France n'a pas tenu la barre des 3 % de déficit, pour la parfois depuis 11 ans, nous y sommes. Ça fait 6 ans que la France n'avait pas connu un taux de croissance pareil. Qu'est-ce que nous dit la Cour des comptes ? Et la Cour des comptes est parfaitement dans son rôle de nous dire : voilà, il y a des efforts encore à apporter. La Commission européenne considère que la trajectoire financière de la France est sérieuse, et donc il y a des efforts à apporter, structurels, mais il y a aussi et je veux le dire ici, à la Cour des comptes, il y a des réformes structurelles et il y a la conjoncture, et les deux éléments, les deux éléments permettent de redresser les comptes publics, permettent de produire de la croissance économique, permettent de produire de la richesse et de la redistribuer. Et donc je le dis très clairement, le programme du président de la République, ce n'était pas la purge, c'était le programme de François FILLON, que défendait Laurent WAUQUIEZ, je le rappelle, avec 500 000 fonctionnaires de moins et 2 points de TVA pour tout le monde. Nous on n'est pas dans un...

CAROLINE ROUX
Donc en fait vous assumez. Vous assumez parce que...

BENJAMIN GRIVEAUX
On n'est pas dans un exercice de purge, on est dans un exercice de sérieux budgétaire, on n'a pas multiplié les cadeaux, on est dans un exercice raisonné et raisonnable, et on est dans un exercice qui permet à la croissance d'être là.

CAROLINE ROUX
Didier MIGAUD craint en effet que vous soyez anesthésié, anesthésié par la croissance...

BENJAMIN GRIVEAUX
Je n'ai pas le sentiment qu'on soit anesthésié, on ne peut pas dire d'un côté qu'il y a des colères...

CAROLINE ROUX
... et que vous passiez des réformes structurelles.

BENJAMIN GRIVEAUX
On n'est pas anesthésié. Un, il y a des réformes structurelles qui ont été engagées, la réforme sur le logement qui est discutée en ce moment même, les ordonnances Travail, la réforme du capital, ça ce sont des réformes structurelles il y en a d'autres à venir, la formation, l'apprentissage, la question des retraites, nous ne fuyons aucun débat et je crois que les Français le savent.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup. C'est à vous Laurent.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 février 2018

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