Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV le 8 février 2018, sur des affaires de violences sexuelles le concernant révélées par la presse. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV le 8 février 2018, sur des affaires de violences sexuelles le concernant révélées par la presse.

Personnalité, fonction : HULOT Nicolas, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité ce matin est Nicolas HULOT, ministre de la Transition écologique et solidaire. Nicolas HULOT, bonjour.

NICOLAS HULOT
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je voudrais commencer avec le froid, la neige, les inondations. J'ai une question toute simple à vous poser : pourquoi sommes-nous aussi vite désemparés face au moindre dérèglement climatique ?

NICOLAS HULOT
Vous savez, quand j'ai été sur le lieu des inondations, Bruno LE MAIRE y a été, Sébastien LECORNU, c'est terrible parce qu'il y a un truc qu'on ne peut pas dire aux gens. On ne peut pas leur dire : « Ça ne va pas se reproduire. » On ne peut pas leur dire : « On va tout faire pour que ça ne se reproduise pas. » On peut anticiper, ce qui a très bien marché, pour mettre les biens, les personnes à l'abri. On peut éviter maintenant de reconstruire dans des zones inondables. On peut, ce qui a été le cas et ce qui est le cas au moment où je vous parle et qu'on ne soupçonne pas d'ailleurs, c'est là que l'Etat est quand même une machine extraordinaire, l'efficacité des services de l'Etat, des secours, des élus, des agents communaux. Mais le message, il est malheureusement pathétique mais il faut qu'on s'en rende compte, la nature, il y a un moment ou un autre, on a beau être un génie humain extraordinaire, on ne peut pas faire face à tout. On a probablement en termes d'aménagement du territoire, en termes d'artificialisation des sols parfois été excessifs, mais comme en plus, il ne faut pas tout mettre sur le dos des changements climatiques mais les extrêmes climatiques, l'intensité, on voit bien. La pluie, elle tombe quand il ne faut plus, quand on en a besoin elle n'est pas là, quand elle tombe, elle tombe avec une intensité, voilà. Je ne dis pas que le phénomène de neige là en hiver, qu'il neige en hiver, c'est normal. Mais acceptons quand même qu'on ne pourra pas faire face à tout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, prenons nos responsabilités.

NICOLAS HULOT
Non mais voilà. S'il y a des leçons à tirer, évidemment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, quelles leçons tirez-vous ?

NICOLAS HULOT
En tout cas, sur l'organisation, sur la prévention, l'Etat et vraiment ce gouvernement n'est pas resté les bras croisés. Quand on voit que sur les dizaines de milliers de kilomètres de nos réseaux fluviaux, on a mis des capteurs partout qui ont permis d'anticiper. C'est vrai qu'il y a eu des époques où on a été peut-être un peu légers pour laisser des gens s'installer dans les zones inondables. Sauf que pendant longtemps, les crues étaient séculaires, après elles étaient décennales puis maintenant vous avez des pauvres gens qui ont des crues en 2016. Là ceux qui ont été victimes venaient à peine de recevoir parfois les indemnités des assureurs puis paf, au moment où ils ont refait leur maison, ça repart. Il faut beaucoup d'humilité mais voilà, il y aura, et après la crise et d'ailleurs on est rentré dans la décrue, ce qui va permettre maintenant parce qu'il fallait attendre que les événements soient derrière nous – ils ne sont pas totalement derrière nous – pour que le gouvernement puisse accélérer les procédures de catastrophe naturelle. Et puis, il va falloir aussi que les assureurs assument leurs responsabilités dans la plus grande célérité et c'est ce que Bruno LE MAIRE s'y emploie. Mais franchement, tout le gouvernement est à la manoeuvre. J'ai un conseil des ministres dans une heure ou un peu plus d'une heure, je sais que ce sujet va être à l'ordre du jour. Nous avons écouté les attentes des élus, les attentes des victimes et on va voir ce que l'Etat peut faire en mesures d'urgence et en mesures spécifiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nicolas HULOT, vous avez aussi choisi ce matin d'accepter mon invitation pour répondre précisément à des accusations portées par nos confrères de L'Ebdo et d'autres journaux. Alors je vais poser des questions extrêmement directes, vous me connaissez. Est-il vrai que vous avez été accusé de harcèlement sexuel par une ancienne collaboratrice de votre fondation ?

NICOLAS HULOT
La réponse est non et je le dis avec d'autant de force que la personne en question qui est parfaitement identifiée, avec laquelle je suis en contact, vous dira exactement la même chose. Et le pire de cela, c'est qu'elle a déjà été interrogée par un certain nombre de vos confrères et elle a fait exactement la même réponse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'elle a déposé plainte contre vous ?

NICOLAS HULOT
Jamais, jamais. Mais permettez-moi de vous dire, moi ma réponse elle est claire et je ne l'affirmerai pas j'espère avec une telle assurance, une grosse douleur, parce que je vais garder mon sang-froid.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va y revenir.

NICOLAS HULOT
Mais vous voyez, simplement d'avoir à répondre à une question devant la France entière, je pense que chaque homme qui nous regarde, chaque parent comprend la difficulté de l'exercice. Mais je veux juste à un moment vous dire depuis des mois - depuis des mois -, non seulement je subis toutes sortes de rumeurs, d'insinuations, de suspicions qui vont qui viennent, d'inquisition ou d'interrogations auprès d'hommes, de femmes que j'ai connus parfois récemment, parfois il y a vingt ans, parfois il y a trente ans. Je me suis senti traqué par une meute invisible. Il y a des choses qui ont été livrées : mon patrimoine, est-ce qu'il a bien déclaré son patrimoine. J'ai même lu une fois que j'étais un des hommes les plus riches du monde. Est-ce qu'il n'a pas triché dans sa déclaration de patrimoine et d'ISF ? Il serait propriétaire d'une écurie de voitures de luxe. Récemment, j'aurais appelé Bernard ARNAULT pour que certains articles ne sortent pas. Il est infidèle à l'enjeu écologique, il est aux mains des lobbies. Enfin, c'est tous les jours. Tant qu'on est dans ce registre-là, ce n'est pas agréable, c'est même insupportable mais on assume, on avance parce qu'on n'est pas là pour avoir des états d'âme. Puis là, on change de registre et on sort la botte secrète. L'arme infaillible, celle qui blesse, celle qui tue, celle qui crée la suspicion, celle qui crée le doute et on passe au sujet qui, dans le contexte actuel qui est un contexte légitime et que je salue qui libère la parole des femmes, mais là on passe sur le sujet de ce qu'on appelle le sexe, la vie privée. Et là ce n'est pas pareil, on franchit une ligne rouge et, par voie de conséquence, on touche à mon honneur - il s'en remettra -, on touche à ma famille, à mes enfants et là je veux remettre les pendules à l'heure. Je dis stop parce que le journal en question demain va évoquer deux affaires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'allais y venir.

NICOLAS HULOT
Qui n'en sont pas - qui n'en sont pas - et qui n'ont aucun, comment dire, contenu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors la première affaire dont j'ai parlée, il est dit par le journal et par la rumeur que vous auriez acheté le silence de cette jeune femme. C'est vrai ou ce n'est pas vrai ?

NICOLAS HULOT
Alors c'est d'autant plus faux qu'à partir du moment où je vous ai répondu non sur la première allégation et que la personne en question pourra le confirmer, mais imaginez pour elle, cette femme qui a sa vie, qui va avoir à répondre mais elle le fera…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je tairai le nom de cette femme pour ne pas l'exposer.

NICOLAS HULOT
Oui. En tout cas je vous dis, on s'est encore parlé récemment, je sais très bien qui c'est, on se connaît très bien et il n'y a pas deux versions. Donc s'il devait en plus… La semaine dernière, on m'a dit : « Nous avons entre les mains », c'est arrivé à mon ministère, « un accord de confidentialité ». On m'a même rajouté : « Vous avez fait un chèque. » J'ai dit : « Je vous en prie, amenez-le moi » et elle a dit la même chose : « On sera curieux de le voir. » Voilà l'exemple de choses qui sont ignominieuses, qui sont inqualifiables, qui me mettent évidemment dans une rage folle mais si l'idée c'est de faire mal, que ses petits procureurs anonymes sachent que oui, ça me fait mal mais je suis debout. Voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il vrai qu'une jeune fille de 17 ans, petite-fille d'un homme politique célèbre, a déposé plainte contre vous ?

NICOLAS HULOT
Alors sur l'âge de la victime, la réponse est non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas 17 ans ?

NICOLAS HULOT
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Majeure ?

NICOLAS HULOT
Absolument. Et la réponse est oui sur le fait que sur des allégations, des faits qui remontent à 1997, cette personne en 2008 – donc vous voyez, on parle de faits qui ont 21 ans et sur une plainte qui a été déposée en 2008. Cette plainte a été classée sans suite parce que non seulement l'affaire était prescrite mais ça ne suffit pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il y avait prescription.

NICOLAS HULOT
Et j'allais dire peu importe qu'il y ait prescription, mais parce que l'enquête, j'ai été auditionné par les gendarmes à ma demande, j'y suis allé tout seul.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez été confronté à cette jeune femme ?

NICOLAS HULOT
Non, je n'ai pas été confronté. J'ai été auditionné et les enquêteurs à l'époque très rapidement ont considéré qu'il n'y avait absolument rien qui permettait de poursuivre cette affaire-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc la plainte a été classée sans suite ?

NICOLAS HULOT
Elle a été classée sans suite et c'est pour ça que je suis aussi fumasse parce que, voilà, on parle de deux choses : une qui n'a pas de fondement, une qui est vraie, c'est qu'il y a eu cette plainte mais qu'il y a eu la justice qui est passée, et pour moi quand la justice est passée il y a un moment ou un autre où il faut aussi en tenir compte. Voilà. On remet ça évidemment sur la place publique mais la justice est passée. Est-ce qu'on m'a reproché quelque chose ? A l'époque, je faisais partie des gens médiatiques. Vous pensez que s'il y avait eu le moindre soupçon, les choses en seraient restées là ? Non, voilà, donc je veux simplement en rester là. Voilà deux choses qui vont sortir demain matin, une qui a été jugée, qui a été classée sans suite, et pas qui a été classée sans suite pour me faire plaisir. Croyez-moi que quand un matin, j'étais en vacances, et que mon épouse, nous avons appris ça, est tombée des nues, je suis immédiatement rentré. C'est moi qui ai demandé à voir les gendarmes, voilà. Donc déjà le traumatisme à l'époque, il était fort et on ressort maintenant. L'affaire a été jugée. J'aimerais bien à un moment qu'on ne confonde pas tout, qu'on ne mélange pas tout et qu'on ne fasse pas des introductions de suspicion un sur une rumeur, deux sur une affaire qui a été classée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Savez-vous si d'autres accusations courent sur votre compte, Nicolas HULOT ?

NICOLAS HULOT
Ecoutez, j'espère que non. Et vous savez, moi j'ai peur de la rumeur mais il y a une chose dont je n'ai pas peur, c'est de la vérité. Voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous saviez que ces accusations et enquêtes, vous saviez que ça allait être publié ? On vous avait prévenu ?

NICOLAS HULOT
Que ça allait être publié, je le sais depuis la semaine dernière.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Vous avez été contacté par mes confrères ?

NICOLAS HULOT
Alors la semaine dernière, je n'ai pas été contacté par vos confrères, j'ai été contacté par la personne soi-disant victime qui m'a dit : « Je viens de les envoyer balader et de leur confirmer que non seulement il n'y avait pas eu d'accord mais qu'il n'y avait jamais eu de problème. » A l'époque, la semaine dernière, nous avons contacté la journaliste en question qui nous a dit : « Oui, j'ai eu la personne en question et effectivement elle a répondu très clairement qu'il n'y avait pas d'affaire, pas d'accord, et cætera. » Je pensais un peu naïvement que les choses allaient en rester là, compte tenu que les choses me paraissaient limpides. Entre temps, on ne va pas dire comme d'un fait exprès mais l'histoire de cette plainte qui a été déposée, qui a été jugée, qui remonte à des événements il y a 21 ans et qui a été jugé en 2008, comme par hasard elle resurgit. Donc là évidemment, c'est une belle botte secrète qui fait mal.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais revenir sur la raison de cette de cette publication. Pourquoi avez-vous choisi de vous exprimer ce matin ?

NICOLAS HULOT
D'abord il y a un moment où je n'en peux plus. Je n'en peux plus parce que, vous savez, on est ministre mais enfin on est quand même, j'espère qu'on a un peu d'humanitaire nous, on a une famille. Là pendant que je vous parle, à l'instant où je m'exprime, pour mes enfants la vie va être différente. Déjà à l'époque il y a 20 ans, enfin en 2008 quand cette plainte a été déposée, pour ma femme et moi ç'a été un traumatisme. Ç'a été classé, j'ai souhaité en rester là parce que ce n'est pas la peine d'en rajouter. Maintenant ça revient et comme je sais que ce journal va, puisqu'ils me l'ont dit, faire référence au passé de ces affaires qui n'en sont pas : personne n'a déposé plainte contre moi, il n'y a pas une jeune femme qui a une parole et moi une parole différente, il y a un moment où il y en a marre. Il y en a marre parce que moi je veux passer à autre chose, je veux passer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous en avez marre ? Vous en avez marre franchement ?

NICOLAS HULOT
C'est un cauchemar mais je suis solide, ma famille est solide mais ma famille est ce qu'il y a de plus important pour moi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus important que la politique, plus important que tous ces engagements-là ?

NICOLAS HULOT
Beaucoup plus important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez pensé à démissionner ? Sincèrement ?

NICOLAS HULOT
Je n'y ai pas pensé. Je ne vous cache pas que j'ai pris ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pourriez le faire ?

NICOLAS HULOT
C'est ma famille qui prime, c'est sa résistance qui prime et c'est ça qui guidera ma décision.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vos choix.

NICOLAS HULOT
Mes choix. Et je dis simplement, vous savez, on est dans un contexte, et il ne faut pas faire d'amalgame, et c'est pour ça que ce contexte est à la fois nécessaire, salutaire - la libération de la parole des femmes -, qui oblige les hommes à une forme d'introspection, moi le premier mais mettons bien des frontières. On peut se poser la question, les uns et les autres, parce qu'on a eu dans d'autres temps des attitudes, des expressions que l'on pensait anodines mais qui ne l'étaient peut-être pas pour les personnes concernées. Cette question vaut d'être posée mais dans un registre qui n'a rien à voir avec les allégations dont nous sommes en train de parler. Pourquoi aussi est-ce que ça me fait mal ? C'est qu'en mettant tout ça, en remuant cette boue, on touche à des valeurs qui ne sont pas simplement des valeurs de quelques-uns, qui sont des valeurs universelles. Moi j'ai en horreur le machisme, le sexisme que je mets presque au même niveau que le racisme. Et on sait ça, ceux qui me connaissent - ceux qui me connaissent -, qui ont passé 25 ans avec la famille d'Ushuaïa, j'ai passé 25 ans avec l'équipe de ma fondation où il y a une grande majorité de femmes, ils me connaissent. Oui, là on a touché où ça me fait mal mais tant que c'est à moi, ça va. Hier ma femme, mes enfants étaient en pleurs. Là on a franchi la ligne, là j'ai la rage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pouvez vous regarder dans la glace sans sourciller, Nicolas HULOT ?

NICOLAS HULOT
Je n'ai absolument pas peur de la vérité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'avez pas peur de la vérité.

NICOLAS HULOT
J'ai peur de la rumeur parce que c'est un poison lent qui tue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelles suites judiciaires envisagez-vous ?

NICOLAS HULOT
On ne va pas brûler les étapes. On va regarder de ce qui est dit demain, aujourd'hui, mais comprenez bien que je ne laisserai pas la diffamation, la suspicion, les insinuations se développer. Voilà. J'ai pris les devants, il y a deux affaires qui n'en sont pas, il y a eu effectivement une plainte, elle a été classée. Il y a un moment ou un autre il faut savoir quel est le rôle…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'était donc une jeune femme de 20 ans, on est bien d'accord.

NICOLAS HULOT
Vous voyez, vous m'apprenez l'âge. Ce que j'ai simplement en mémoire à l'époque, c'est que cette personne évidemment était majeure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle était majeure.

NICOLAS HULOT
Visiblement, on vient de vous apporter son âge.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, 20 ans.

NICOLAS HULOT
Voilà. Excusez-moi, mais les faits étant quand même très anciens, je n'ai pas forcément tout…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc elle n'était pas mineure ?

NICOLAS HULOT
Si en plus vous mettez ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais je vous pose la question, Nicolas HULOT.

NICOLAS HULOT
Mais les choses sont très claires. Est-ce que vous imaginez, monsieur BOURDIN, que je bénéficie d'une immunité par ma notoriété et que s'il y avait eu une affaire de viol avec une mineure, je serais reparti ? « Merci monsieur HULOT de vous être déplacé et passez un bon week-end ». Non mais franchement, voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous en avez parlé avec le Premier ministre et le président de la République ?

NICOLAS HULOT
Oui, depuis que tout ça est en train de bouillonner, vous imaginez bien que le Premier ministre et le président de la République, on se parle très régulièrement, sans se laisser détourner aussi des tâches qui sont les nôtres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que vous ont-ils dit ?

NICOLAS HULOT
Ils m'ont affirmé leur affection mais même pas… enfin évidemment, leur confiance, bien entendu, mais leur confiance d'autant plus que, il n'y a pas… comment dire… il n'y a pas à dire : il y a une affaire qui est en instruction et on va attendre, voilà, il n'y a pas d'affaire. Il n'y a pas d'affaire ! Je n'ai évidemment – phrase banale – rien à me reprocher, mais je n'ai été accusé… quand j'ai été accusé, ça a été tranché, ou alors la justice ne sert plus à rien, voilà, et pour ce qui concerne ça, si cette personne, que j'estime, que je crois qui m'estime, nous avions deux versions différentes, bon, maintenant, vous savez dans le monde dans lequel on est, voilà, qu'est-ce qui peut me tomber dessus, moi, je sais que j'ai ma conscience, je sais que je n'ai jamais rien fait qui soit dans le champ… hors de la morale, de l'inacceptable, je me pose comme tout le monde, mais ça n'a rien à voir, et n'y voyez pas… n'interprétez pas mal ça, parce que je ne voudrais pas que ça nuise non plus à ce débat, à cette libération de la parole des femmes, à des questionnements que nous pouvons avoir, on a une vie, j'ai 62 ans, on a eu des relations de séduction, peut-être que ce qui nous a semblé anodin à une époque, eh bien, ne l'est plus aujourd'hui, que le ressenti des femmes s'exprime, et que c'est très bien, mais cernons bien les choses, ne confondons pas tout, attention aux amalgames, ne mélangeons pas tout, parce que, à un moment ou à un autre, au contraire, au lieu de servir les hommes et les femmes, ça va les desservir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous souffrez de tout cela ?

NICOLAS HULOT
Le mot est faible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le mot est faible.

NICOLAS HULOT
Oui, le mot est faible, voilà, parce que ça va, ça revient, ça me poursuit depuis des mois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la politique…

NICOLAS HULOT
Quand vous avez des gens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la politique, c'est parce que vous êtes entré en politique que vous subissez cela ?

NICOLAS HULOT
Quand vous avez des gens que vous estimez qui vous disent : j'ai été appelé par une journaliste, par un journaliste, pour me demander si je m'étais bien comporté avec elle, etc., mais le simple fait de dire ça, c'est de donner corps à une insinuation et à une rumeur, une fois, ça va, deux fois, ça va, trois fois, ça va, quatre fois, ça va, mais j'ai un job qui est passionnant, mais qui est d'une complexité monstrueuse, qui engage l'avenir, et je n'ai pas la théorie du complot, je dis simplement que les choses ne me semblent pas très spontanées, cet acharnement, là, depuis des semaines, tout ce qu'on a essayé, on a essayé le fric, on a essayé ceci, eh bien, qu'est-ce qui reste ? Qu'est-ce qui reste après quand on peut vraiment faire mal à quelqu'un ? L'insinuation sur… dans le contexte actuel, que j'aurais été, je ne sais pas quel homme indigne, voilà, oui, ça fait mal, ça fait mal quand c'est injuste, ça fait mal quand c'est fondé (sic), infondé, et ça fait mal parce que moi, hier, on a fait pleurer mes enfants. Et ça, je ne le pardonnerai jamais, jamais !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nicolas HULOT, sur RMC, BFMTV ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 février 2018

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